Après une saison remarquée du côté d’Évreux avec un maintien à la clé, l’international portugais Anthony Da Silva a passé la frontière normande pour poser ses valises dans le « Kostum Park » des Béliers de Kemper. Dans cette perspective, nous avons eu le plaisir d’échanger avec lui pour vous présenter l’une des recrues clés du mercato du club breton.
Un début de carrière entre deux frontières
Et pour commencer, il me semble que tu as fait une partie de ta formation à l’étranger, est-ce que tu pourrais nous en dire un peu plus, notamment sur les raisons qui t’ont poussé à quitter la France très tôt ?
Anthony Da Silva : Je suis rentré au Pôle Haute-Normandie avec un an d’avance. Et sur la fin de ma deuxième année, on a réfléchi avec les coachs du Pôle Espoir et ceux que j’avais à Évreux pour que j’intègre un centre de formation. J’avais fait pas mal de tests en France et le choix final semblait se diriger sur Strasbourg. Sauf qu’entre-temps, je suis aussi parti faire des tests en Espagne avec deux clubs : Badalone et Séville. Finalement Séville me proposait un vrai projet de construction.
J’y ai donc signé un contrat de longue durée, de 8 ans, avec des clauses à chaque fin de saison. Donc je me suis dit que je n’avais rien à perdre, j’avais un an d’avance donc dans le pire des cas, j’aurais pu revenir en France dans une équipe U18. Mais finalement malgré l’éloignement avec la famille, ça s’est super bien passé et je me suis bien adapté et j’ai vraiment adoré la formation espagnole.
J’y suis donc resté 4 ans et après j’ai dû rentrer en France parce qu’ils n’avaient pas encore de championnat Espoir en Espagne et si tu n’as pas le niveau pour jouer avec l’équipe première, il te prête. Je suis donc d’abord passé par Nanterre (majoritairement en Espoir), à Évreux, avant de rompre le contrat avec Séville à la suite d’un changement de propriétaire de leur côté.

Avec mon agent on a fait ce choix parce que ça m’a mis beaucoup en porte-à-faux. C’était prévu que je revienne à Séville, l’année de mes 20 ans et j’ai attendu jusqu’à la dernière semaine de juillet pour avoir une position par rapport à ma situation. Le souci, c’est qu’en France, à cette date, les rosters sont tous complets. Et donc la seule place qui restait pour moi, c’était à Dax, donc en N1.
Forcément ce n’était pas mon premier choix, même si je garde énormément de respect pour le club, et notamment pour les personnes avec qui j’ai pu collaborer. Mais voilà, je ne pouvais me permettre de passer 1 an sans jouer, et j’arrive donc dans un effectif déjà complet avec le rôle de 2ème meneur. Et je me suis vraiment construit là-bas, j’ai été chercher des minutes et des responsabilités grâce à mon travail et mes performances.
J’aimerais revenir sur cette saison au STB, club que tu rejoins après cette année intéressante à Dax. Une saison compliquée où tu n’as à priori pas eu les responsabilités qu’on a dû te promettre quand tu as signé ?
Anthony Da Silva : Exactement, en fait après la saison à Dax, j’avais eu deux propositions de deux clubs de Pro B qui avaient joué les playoffs à l’époque, mais c’était pour simplement compléter l’effectif. Et finalement au STB, il y avait ce projet de montée et j’avais eu un bon feeling avec le coach de l’époque qui était Hervé Coudray. Sauf qu’après deux mois il part. J’arrive là-bas en tant que deuxième meneur aussi, mais dans le but que je passe dans le 5 majeur à terme.
Et le problème c’est que là-bas, dès que tu perds 1 match, c’est le feu, que ce soit du côté de la direction ou des supporters. Et à juste titre parce qu’ils avaient mis les moyens pour remonter en Pro B. Hervé Coudray arrivait un peu sur un fin de cycle et il a décidé de se mettre en retrait. Sauf que le coach qui l’a remplacé (Fabrice Courcier) est arrivé avec un autre meneur. Donc je me retrouve en N1 avec deux autres meneurs.
Un qui joue 20 minutes, un autre 15 et le dernier 5, et ça changeait presque tout le temps. Donc mentalement c’était quand même compliqué, mais cette saison m’a fait grandir et m’a permis d’aller chercher davantage de responsabilités la saison qui a suivi, dans une belle équipe à Besançon où j’ai fait l’année qui m’a fait prendre le plein de confiance.
Alors justement ensuite tu fais une grosse saison au BESAC qui aura eu le mérite de te ramener à Évreux, en Pro B par la suite. Est-ce que c’était plus ou moins clair du côté d’Évreux et du tien que tu y retournerais une fois que tu aurais « acquis le niveau de la Pro B » ?
Anthony Da Silva : Pas du tout. Évreux reste évidemment mon club de cœur, celui où j’ai fait mes jeunes années. Mais entre-temps, ça c’était plutôt mal placé sur mon premier passage (2020-2021), puisque le coach de l’époque était beaucoup sur les Américains. Ensuite c’est son assistant, Marc Namura qui a repris les mains de l’équipe et qui avait suivi ma saison. Et après trois saisons en N1 où j’avais prouvé ma valeur, je me sentais de passer le cap pour avoir des responsabilités en Pro B, parce que je ne voulais pas revenir en Pro B pour être le 8, 9 ou 10ème homme.
Donc voilà le coach me l’a assuré, en me disant que certes la première saison j’aurais un Américain devant moi, mais la seconde ça serait moi qui aurais les clés du camion. Et au final c’est ce qui s’est passé. La première saison où j’ai eu même plus de responsabilités que prévu tout en ayant l’objectif collectif de se maintenir. Mais pour en revenir à la question, il n’y avait pas d’arrangements avec Évreux, juste un coach et un joueur qui se connaissait.
Tu as fini parmi les 5 meilleurs passeurs d’Élite 2 la saison passée, tu nous donnes l’impression d’avoir passé un vrai cap la saison passée avec Évreux, est-ce que c’est aussi un vrai ressenti de ton côté ?
Anthony Da Silva : Oui comme je te l’ai dit, j’ai vraiment eu beaucoup plus de responsabilités. Et j’avais eu une discussion l’an passé avec mon agent pour savoir si je continuais à Évreux. Mais c’était tellement un rêve de gosse, de jouer pour l’ALM, moi ayant grandi là-bas. Et certes, on avait accroché ce maintien, mais je n’avais pas eu ce rôle important dans l’équipe. Et au final j’ai eu ce rôle que je voulais tant, et on s’est maintenu avec le peu de moyens et de structures qu’on avait.

Le maintien que vous êtes allés chercher in extremis la saison dernière. Vous aviez un peu cette étiquette de l’équipe qui usait ses adversaires. Je pense que je ne vais pas te surprendre en te disant que vous étiez l’équipe qui commettait le plus de fautes, ni t’apprendre quelque chose en te disant que vos matchs terminaient à chaque fois 15 minutes après les autres, alors ma question est la suivante : est-ce que c’est ça la recette miracle du maintien ?
Anthony Da Silva : En fait on a eu du mal à trouver notre vrai identité de jeu pendant toute la saison. On arrive certes avec un objectif de maintien sur le papier mais on sent qu’avec les joueurs qu’on a, on peut faire plus. On avait des joueurs qui pouvaient éclore d’un moment à un autre. Sauf que ça a été les montagnes russes notre saison. On a eu des éléments de contexte de notre saison qui n’ont pas simplifié les choses.
Sean Miller-Moore (leader) qui arrive à la fin de la préparation, moi qui me blesse en sélection, et donc les deux joueurs qui sont censés tenir le plus le ballon n’arrivent pas tout à fait prêts. Tu rajoutes à ça le fait qu’on ait eu sur de longues périodes avec un effectif amoindri, des structures qui n’étaient pas idéales et au final ce sont des éléments qui ont un peu chamboulé notre saison.
Donc non, on ne faisait pas exprès de finir 15 minutes après tout le monde, ça a été vraiment un problème d’identité de jeu et de constance dans nos performances. Et au final le résultat de la saison est quand même satisfaisant avec ce maintien, et seuls les vraies personnes qui ont vécu cette saison pourront comprendre à quel point c’était compliqué.
Les Béliers de Kemper comme nouveau défi en Élite 2 pour le Anthony Da Silva
On sait que tu avais plusieurs touches dans cette intersaison en Élite 2 (Saint-Quentin et La Rochelle), de ton côté tu avais aussi évoqué le désir de repartir à l’étranger, qu’est-ce qui t’a poussé à choisir finalement la Bretagne comme endroit où poser tes valises ?
Anthony Da Silva : J’avais eu pas mal de sollicitations du côté de l’étranger, mais jamais rien de concret en fait. Et j’ai changé d’agents entre-temps, parce qu’avec mon ancien, on n’était plus sur la même longueur d’onde. Et le temps de changer d’agents, le marché espagnol était déjà ouvert tandis que le marché français se fermait, il a fallu que je prenne une décision.
Et avec l’arrivée de ma fille, je n’ai fait le choix qui était le plus stable pour moi, et il s’avère que c’était Quimper. J’ai pas choisi Quimper par dépit, comme j’ai pu l’entendre. Certains ont cru comprendre par une interview que j’ai faite, que c’était un choix secondaire mais pas du tout, c’est une superbe option pour moi. Comme j’ai déjà pu le dire, j’avais eu des contacts bien avant que le coach ne signe (son père).
En sachant que Le Portel était en difficulté financièrement, il y avait pour moi cette opportunité de rester en Pro B dans un club qui a de bonnes ambitions, de bonnes structures, etc. Et même si je suis en sélection, ça fait pas mal de temps que je suis arrivé sur Quimper, donc je le précise bien, je ne suis pas arrivé par dépit.

Bon, je ne pouvais pas réaliser cette interview sans parler du fait que tu seras coaché par ton père, la saison prochaine. Je n’ai pas mémoire d’avoir connu ça en LNB. Comment appréhendes-tu cette collaboration ?
Anthony Da Silva : Ça s’est déjà passé, parce que par exemple, Neno Asceric, le coach qui était présent pendant mon premier passage professionnel à Évreux, avait ramené son fils Luka Asceric à l’ALM, et je suppose que ça s’est bien passé. Mais pour en revenir à nous, c’est comme si notre relation était construite pour ça. Je m’explique, on a une super relation père-fils, mais sur le basket, il ne va pas faire de différence avec les autres joueurs. Ça a été mon coach en jeune pendant pas mal d’années, que ce soit sur des sélections ou dans les clubs où j’ai été.
Donc il m’a déjà coaché, il était aussi assistant quand j’étais à Nanterre. Alors je peux comprendre que ça fasse parler et que les gens se posent des questions, maintenant il faut, je pense, juste laisser le terrain parler. Moi, mon objectif c’est qu’aucun gars ne pense qu’il y aura une différence en interne, parce que je sais qu’il n’y en aura pas. Maintenant, on sait très bien faire la part des choses donc je ne suis pas inquiet.
Petite question peut-être sur la préparation, tu vas donc être légèrement occupé jusqu’en début septembre avec la sélection, est-ce que 3 semaines tu penses que c’est suffisant pour aborder le début de saison avec suffisamment d’automatismes avec ce groupe ?
Anthony Da Silva : Oui, les joueurs internationaux ont un peu cette malchance de ne pas pouvoir faire la prépa. Ça m’est déjà arrivé la saison passée, même si j’arrive blessé à la fin de la préparation. Donc oui c’est forcément un inconvénient vu qu’il y a des connexions qui vont se créer quand tu n’es pas là.
Ça va être à moi d’aller plus vers les joueurs pour mieux les connaître. Mais voilà, étant donné que j’ai déjà rencontré les personnes qui travaillent au club et que je connais tous les joueurs français, ça ne sera pas trop dépaysant non plus. C’est une situation que j’ai déjà connue et je vais faire tout pour rattraper le temps perdu.
Tu as déjà eu l’occasion d’évoluer avec certains joueurs du roster à ce propos ?
Anthony Da Silva : Oui, bah avant j’étais en équipe de France jeune avec Victor Diallo, Damien Bouquet que j’ai connu à Nanterre quand j’étais en Espoir et lui avec les professionnels. Et puis sinon j’ai joué beaucoup contre Junior Ouattara qui est de la même génération que moi. Florian Pouaveyoun que j’ai aussi beaucoup affronté et avec qui on s’entend bien.
Cameron Valcy avec qui j’ai fait une partie de ma préparation à Bordeaux, puisque nous sommes dans la même agence. Il y a juste les étrangers avec qui il va falloir qu’on apprenne à se reconnaître, même si pareil j’ai déjà pu affronter Daniel Oladapo.
« Le Portugal veut continuer à surprendre »
On se souvient de t’avoir vu jouer avec l’EDF chez les jeunes, qu’est-ce que tu gardes de cette expérience, et pourquoi as-tu fait le choix de te tourner vers tes origines portugaises ?
Anthony Da Silva : Bon je pense que ce n’est pas une surprise, mais il y a un tel vivier que ça aurait été compliqué de porter le maillot de l’équipe de France, même si j’en rêvais. Mais le Portugal était aussi dans un coin de ma tête. La Fédération faisait pas mal d’appels du pied même quand j’étais chez les jeunes. Et finalement j’avais ce passeport-là depuis que je suis petit puisque j’ai vécu 7 ans au Portugal.
La décision s’est prise assez naturellement à vrai dire. C’est la possibilité de vivre des compétitions internationales exceptionnelles comme ce que j’aurais pu vivre à l’Euro l’an passé sans ma blessure, ou là avec les qualifications pour les championnats du monde. Rien que là ce stade n’a jamais été atteint par la sélection et on se laisse le droit de rêver à la qualification. On est 4ème pour l’instant, sachant qu’il y a 3 équipes qui passent, tout est possible.
Et puis j’avais aussi cette envie-là vis-à-vis de ma famille et notamment mes grands-parents avec lesquels je suis très proche, qui sont eux Portugais et qui sont à fond derrière le Portugal. Quand je porte le maillot, je pense directement à eux. Et puis c’est un petit signe, parce que je sais qu’il regarde plus la télé portugaise que mes matchs en France, donc la plupart du temps qu’ils me regardent, c’est avec la sélection portugaise. Donc comme je te l’ai dit, c’était un choix à la fois dû au vivier et à la famille.

Après plus d’une décennie d’absence, le Portugal a réussi à se qualifier au dernier Euro. Plus fort encore, vous avez atteint vos premières phases finales. Alors ma question est la suivante, le Portugal est-il en train de devenir un vrai pays de basket ?
Anthony Da Silva : Le Portugal et la Fédération Portugaise, on a beaucoup de retard de développement par rapport à un pays comme la France. Ici le basket n’est pas un sport premier, c’est le foot. Et ce qui me fait rire, c’est quand mes coéquipiers me disent que je fais la star à prendre des photos et signer des autographes. Au Portugal, on aura beau être en équipement de sélection, dans la rue, on marche tranquillement. Ce n’est pas exceptionnel de croiser la sélection portugaise de basket.
Malgré tout avec les performances qu’on est en train de réaliser, Neemias Queta aussi qui en remportant les Finales NBA avec Boston a mis le Portugal sur la carte du basket mondial. On garde donc un retard que ça soit en matière de formation (structure, coach, conditions de travail), de communication, et aussi sur le vivier portugais. C’est mieux mais on a encore de grosses étapes à franchir.
Parlons de cette première phase de qualification. Vous êtes sortis de ce groupe composé de la Grèce, du Monténégro et de la Roumanie. 1 victoire et 1 défaite contre chaque adversaire, quel bilan le vestiaire a tiré de cette première phase ?
Anthony Da Silva : Historique mais avec un petit goût amer. D’un côté, on a battu la Grèce ce qui n’était jamais arrivé dans l’histoire du Portugal. La Grèce est quand même une équipe qui s’approche du Top 10 au ranking FIBA. Mais un peu de regrets parce que la Roumanie, on lâche le match dans les dernières secondes. Sur la fenêtre on gagne de 30 points chez nous et on perd de 2 chez eux, sur le dernier tir, donc c’est frustrant.
Même le Monténégro, où on va gagner chez eux mais on perd chez nous parce qu’on fait une entame de match très compliquée et une fin de match mal gérée. Donc quand tu accumules, on se dit qu’on peut aborder ce 2ème tour avec un bilan de 4-2, voire 5-1, et être au contact des meilleurs, en l’occurrence l’Espagne. Mais ça reste historique, et on a une équipe qui a les armes pour accrocher une qualification.

Et cette déception elle est peut-être d’autant plus présente parce que vous tombez peut-être sur un groupe où aucun adversaire ne semble plus abordable qu’un autre. Que ce soit l’Espagne, la Géorgie ou même l’Ukraine, le défi s’annonce de taille pour aller chercher son ticket.
Anthony Da Silva : Oui mine de rien, l’Ukraine il faut garder du respect pour eux, parce que leurs deux seules défaites, c’est contre l’Espagne. La Géorgie sera là avec leurs joueurs NBA (Bitadze et Mamukelashvili), et l’Espagne même si j’entends dire que ce n’est pas la grande Espagne. Ce n’est peut-être pas la génération la plus glorieuse mais force est de constater qu’ils ont été très solides sur ces qualifications avec une seule défaite. Et avec des jeunes joueurs comme De Larrea qui a été drafté par les Mavericks et d’autres joueurs NBA qui vont arriver.
Donc en conclusion, des gros morceaux mais comme je t’ai dit, on ne s’interdit rien. On a créé beaucoup de surprises jusqu’à maintenant, et on ne compte pas s’arrêter là. Tout le monde me demande « Mais vous êtes surpris de ce que vous faites ? ». Et je leur réponds « non » notre objectif, c’est de se qualifier. Et on s’en donne les moyens, c’est pour cette raison qu’on a 3 semaines de préparation, malgré que nous n’ayons que 2 matchs à préparer, parce qu’on veut se donner les moyens de nos ambitions.
Et pour finir, qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite de ta carrière et pour la saison qui arrive ?
Anthony Da Silva : Déjà de continuer à me construire, comme homme et comme joueur. La santé, je pense que c’est le plus important. Et j’espère beaucoup de victoires que ce soit avec la sélection portugaise ou Quimper. J’ai pu remarquer déjà qu’il y avait un gros vivier de supporters, une belle ferveur que j’ai hâte de découvrir pleinement.
Un grand merci à Anthony Da Silva pour le temps qu’il a bien voulu nous accorder. Nous lui souhaitons plein de réussite pour sa saison avec les Béliers de Kemper et la sélection portugaise.





