Après un exercice 2025-2026 plus que réussi, marqué par un retour en play-in, Denain-Voltaire a fait le choix de redessiner ses contours pendant l’intersaison précédente. Avec un changement de coach, marquant la fin d’un cycle très prospère sous Ali Bouziane, c’est désormais Thomas Andrieux qui prendra place sur le banc du club nordiste.
Avec cette arrivée, plusieurs questions se posent, et notamment celle de savoir si l’ancien coach de Roanne va s’installer dans la continuité (autant sur le plan tactique que sur les résultats sportifs) de son prédécesseur. Nous vous partageons ici notre retour, constitué des premières observations que nous a offertes ce début de saison.
2025-26 : une saison presque parfaite pour les Dragons de Denain

Arrivé à Denain dans une situation plus que délicate, Ali Bouziane avait d’abord permis aux Dragons d’accrocher un maintien quasiment inespéré à la fin de la saison 2023-2024. En effet, souvenez-vous que le coach algérien était arrivé dans l’urgence, à 5 journées de la fin de la saison pour affronter des concurrents directs au maintien. Et c’est avec la surprise la plus totale que nous, les observateurs, avions pu constater 3 victoires de suite de Denain, consécutives à son arrivée.
C’est dans ce contexte qu’Ali a su lancer le nouveau cycle du club nordiste. Avec 21 victoires pour 17 défaites, l’exercice précédent a été particulièrement convaincant pour une équipe qui n’avait plus joué un match de post-season sur les 5 dernières années. La satisfaction première peut paraître banale et primaire, mais c’est le bilan à domicile : 74% de victoires à la maison, et des succès mémorables face à la Chorale de Roanne, Orléans ou encore l’Élan Béarnais.
Après ces quelques années plus compliquées, quoi de mieux que de telles performances pour renouer pleinement avec le public ? Avec un taux de remplissage de 99%, Denain s’est placé à la 4ème place de ce classement, derrière des équipes comme Caen, La Rochelle et Blois, preuve d’une véritable empreinte locale. Mais bon, maintenant, parlons basket. Parce que oui, avant les tribunes, cette saison est d’abord une réussite sur le parquet.
Et dans un premier temps, c’est une dimension offensive pleinement retrouvée qui leur a permis de s’installer durablement dans la première partie de tableau. Denain, c’est avant tout une équipe qui prenait énormément de shoots extérieurs (3ème en Élite 2), pour une réussite qui était loin d’être exceptionnelle (31,5%). Alors, comment expliquer que, malgré une réussite qui figurait parmi les pires de l’Élite 2, Denain ait autant de volume sur les shoots extérieurs ?
La clé se trouve dans les rebonds offensifs. Avec un total de 11,7 rebonds offensifs par match, Denain était largement l’équipe qui en captait le plus. Je vous invite à aller regarder, ne serait-ce que des bouts de match de cette équipe pour constater le nombre de possessions où un système amenait un shoot extérieur, et se terminait sur une pression de souvent 3 joueurs denaisiens au rebond. C’était la clé de Denain la saison passée, une densité extrêmement forte sur tous les postes.
J’aimerais ajouter, d’ailleurs, que je pensais logiquement que cette stratégie permettait à Denain de figurer parmi les équipes qui prendraient le plus de points sur contre-attaque. Mais là encore, j’ai été surpris, puisqu’elle figure tout juste dans la moyenne des équipes d’Élite 2, ce qui appuie l’utilité de ce plan de jeu. Tout ça dans un jeu assez propre puisque l’équipe nordiste avait un ratio ast/to assez intéressant, s’approchant des 1,5.
Individuellement, nous avons assisté à une véritable montée en puissance de l’espoir Romain Parmentelot. Celui qui s’est envolé à l’autre bout de la France, dans le projet ambitieux des Antibes Sharks, a clairement passé le cap que l’on attendait pour lui. Il a assumé ses responsabilités, en augmentant sa production offensive, notamment sur le plan du scoring, où il est passé de 9,1 à 12,3 points de moyenne. De son côté, Lien Phillip rempile pour une 4ème saison avec Denain, après avoir livré une saison taille patron, dans la continuité des deux premières. Il finit la saison avec notamment 12,9 points et 6,6 rebonds.
Les mouvements de l’intersaison 2026
Départs :

- Ali Bouziane (coach) : Après un peu plus de 2 ans à la tête des Dragons, l’ancien coach d’Angers va pleinement se concentrer sur la sélection algérienne (bien qu’il y ait eu quelques rumeurs autour d’une venue au BCM Gravelines), avec laquelle il ambitionne un retour dans le top 16 africain.
- Romain Parmentelot : L’international U20 rejoint l’équipe ambitieuse des Sharks d’Antibes. Il partagera notamment le terrain avec l’ancien poste 4 de Chalon-sur-Saône, Željko Šakić.
- Marcos Suka-Umu : Après 9 années de carrière en France, l’arrière espagnol de 41 ans met un terme à sa carrière. Il rebondit déjà comme coach du côté du SCABB, où il s’occupera de la section Espoir.
- Siméon Kalemba : Après une saison pour le moins compliquée, où Siméon n’aura pas passé le cap de l’Élite 2, il retrouvera la N1 dans un environnement qu’il connaît bien. En effet, il retourne dans l’équipe qui l’a vu éclore, à Saint-Vallier.
- Wendell Davis Jr : Auteur d’une présaison convaincante avec l’Hermine de Nantes, l’ailier américain aura la volonté de jouer les premiers rôles en Élite 2.
- Marc-Olivier Lasserre : Bon shooteur extérieur, Marc-Olivier Lasserre sera un bon atout du banc de Hyères-Toulon.
Arrivées :

- Thomas Andrieux (coach) : Un an après son passage à Roanne, Thomas Andrieux retrouve les bancs de l’Élite 2. Il aura la lourde tâche de succéder à celui qui faisait l’unanimité à Denain, Ali Bouziane.
- Duke Deen : Après une année en première ligue danoise et un parcours convaincant en NCAA, le mètre 72 de Duke Deen arrive en France, et il sera l’une des pierres angulaires du système de Thomas Andrieux.
- Paul Billong : L’enfant de Boulazac a, il semblerait, acquis une véritable légitimité en Élite 2. Après une année à Rennes où il a dominé la N1, il a été l’un des leaders sur le terrain de Challans, malgré la déconvenue collective. Il sera un des éléments principaux du banc des Dragons.
- Maxime Sconard : Après une année en stagnation du côté de Blois, Maxime Sconard avait probablement besoin d’un nouveau défi pour prendre une nouvelle dimension dans cette division. Et même si le backcourt sera bien chargé, il sera le seul arrière de métier, ce qui lui laissera sans doute pas mal de liberté.
- Oscar Wembanyama : Attendu comme un élément secondaire pour une première expérience pleine en professionnel, nous sommes obligés de constater les quelques performances plus que convaincantes pendant la pré-saison, notamment lors des deux oppositions face au Champagne Basket. Un joueur dont la progression en cours de saison sera à suivre.
- Jeffrey Carroll Jr : Une dernière recrue d’expérience pour Denain, qui pourra compter sur ce joueur pour remplacer Wendell Davis. Un ailier de 32 ans qui jouait dans le 5 majeur d’une équipe de première division allemande, il y a de ça quelques saisons.
L’effectif de Denain-Voltaire version 2026-2027
- Arrières : Duke Deen ; Gaëtan Meyniel ; Maxime Sconard ; Paul Billong ; (+ Tommy Ghezala)
- Ailiers : Oscar Wembanyama ; Jeffrey Carroll Junior ; Christian Nelson
- Intérieurs : Lien Phillip ; Raphaël Tahet ; Moulaye Sow ; Olivier Cortale
Maxime Sconard : Le joueur à suivre de la saison de Denain
Alors qu’on l’attendait au tournant la saison passée avec l’ADA, Maxime Sconard n’a finalement pas autant convaincu que lors de l’exercice 2024-2025. Avec davantage de déchets dans le jeu, il a dû constater depuis le banc, la folle progression du jeune Talis Souhlac, qui prenait de plus en plus d’envergure sur le backcourt blésois, aux côtés de Timothée Vergiat. Et, malgré le départ de ces deux derniers, Maxime Sconard avait lui aussi besoin d’un nouveau défi.
Statistiquement, on peut évidemment noter sa baisse d’efficacité au shoot sur la dernière saison (-6% aux FG, -11,2% aux 3FG et -7 de TS%). Une baisse certes notable, mais qui trouve son explication dans son utilisation, lui qui a dû créer davantage ses shoots. Lui qui n’a pas joué le premier match de pré-saison à la suite « d’une légère blessure », a déclaré le club nordiste, la question de son rôle et de son utilisation se pose donc encore. Quelles responsabilités lui offrira Thomas Andrieux dans son système et quel équilibre y aura-t-il avec Duke Deen ?
Car vous l’aurez sans doute remarqué, ce ne sont plus une succession de combo-guards qui composeront le backcourt de Denain. En effet, plus de Romain Parmentelot et de Marcos Suka-Umu, mais un pur meneur en la personne de Duke Deen, l’un des meilleurs passeurs du championnat danois la saison passée, et un arrière athlétique, en la personne donc de Maxime Sconard. Une association qui va aussi s’imposer dans la continuité de ce qu’avait pu faire Thomas Andrieux dans les derniers clubs qu’il supervisait sur le banc.
Pourquoi cette association pose-t-elle question, entre guillemets ? Eh bien, parce qu’il est vrai que Thomas Andrieux avait eu cette tendance de laisser les clés du camion à ses meneurs : le trio Gomez – Gauthier – Diot à Roanne, ou encore Mathis Keita et Marquis Jackson à Châlon-Reims. En résumé, Maxime Sconard a toutes les qualités pour devenir un vrai joueur référence en Élite 2, mais la recrue aura-t-elle suffisamment la main sur le ballon pour s’exprimer offensivement ? C’est la question que je me pose quand je vois cette équipe.
Les Dragons soignent leur entrée

Deux matchs, deux victoires et déjà un statut de leader au classement. Pour son début de saison en Élite 2, Denain Voltaire ne pouvait guère rêver meilleur scénario. Après avoir dominé l’ADA Blois à domicile (87-76) lors de la première journée, les Dragons ont confirmé à l’extérieur en s’imposant largement sur le parquet de Châlons-Reims (55-80). Au-delà du bilan comptable, c’est surtout la manière qui interpelle : Denain affiche déjà une vraie solidité collective et semble avoir rapidement trouvé ses repères.
Néanmoins, malgré ces deux grosses performances, vous verrez que je mettrai quelques éléments de nuance qui permettront peut-être aux supporters des Dragons de ne pas s’emballer trop vite. Et ce retour en l’Élite 2, il s’est fait attendre jusqu’à la semaine passée dans les travées de Jean-Degros. Dès l’avant-match, la ferveur et l’impatience des Nordistes se sont fait sentir. Et si les premières minutes ont été compliquées, les hommes de Thomas Andrieux ont progressivement pris le contrôle de la rencontre.
Vous l’avez sans doute remarqué dès le début du match, la pression défensive de Denain était de mise, notamment en sortie de pick. Un Hard Hedge qui a mis du temps à se mettre en place, puisqu’on a observé, sur le premier quart-temps, des problèmes de timing sur ces situations-là et d’entraide en sortie de pick. Et pour cause, les Blésois ont effectivement mieux entamé la partie. Après un premier quart-temps remporté 24-19, Blois a même creusé l’écart au début du deuxième acte, jusqu’à mener 30-21.
Mais après, le trou noir… Avec une équipe encore « en construction » (20 pertes de balle), selon les mots du coach Morabito, et face à une équipe qui a réglé ses frictions défensives, l’ADA va encaisser un terrible 17-0, sous l’impulsion de Gaëtan Meyniel !!! Les locaux basculent avec 13 points d’avance. Au début du 3ème quart, Blois retrouve de l’agressivité défensive, mais se fait maintenant prendre sur les écrans de retard. Grâce à un Olivier Cortale dont c’est la spécialité, Denain va terminer la rencontre avec 16 rebonds offensifs.
Denain a compté jusqu’à 19 points d’avance dans le troisième quart-temps avant de gérer son avantage. Au terme des quarante minutes, les Dragons s’imposent 87-76. Au-delà de la prestation collective, ce sont aussi des recrues qui ont montré qu’elles étaient parfaitement intégrées. Entre un Duke Deen qui s’est illustré à la mène, un Jeffrey Carroll très efficace derrière l’arc et un Maxime Sconard qui a répondu présent sur pas mal de séquences défensives face à Duke Deen ; Thomas Andrieux a déjà su imprégner une base collective solide.
Une semaine plus tard, Denain retrouvait une autre équipe qui avait fait forte impression lors de la journée d’ouverture, le Champagne Basket. Après une victoire à la CO’Met Arena face à la Dream Team d’Orléans, les Rémois retrouvaient leur public et avaient à cœur de surfer sur leur premier succès. Mais cet espoir aura été de courte durée… Face à une équipe qui a construit son succès tout au long de la rencontre, les locaux n’auront inscrit que 55 points, et jamais plus de 16 points dans un quart-temps.
En maintenant leur adversaire à seulement 34% au shoot, Denain décroche une victoire qui les mène, pour le moment, à la 1ère place d’Élite 2. Pourtant, en ayant particulièrement observé la première rencontre, je ne peux m’empêcher d’avoir quelques réticences, comme je l’avais annoncé un peu plus haut. Lesquelles me diriez-vous, après deux sorties plus que convaincantes ? Eh bien, c’est toujours l’inquiétude face à des équipes qui jouent à « l’intensité ». Ça marche souvent très bien face à des équipes en construction et ce sont souvent des formations qui marchent par séries.
C’était un peu le cas d’Antibes la saison passée, qui a finalement fini 15ème après un gros début de saison ; c’était aussi le cas de Lorient en N1, qui a failli rater la poule haute. Vous l’aurez donc compris, ne nous emballons pas, et ce, même si Denain continue d’enchaîner dans les prochaines semaines (ce qui, au vu du calendrier, n’est pas à exclure).
On remercie le club de Denain-Voltaire pour leur accueil et on leur souhaite le meilleur pour cette saison d’Élite 2 !




