Alors que Markus Howard dominait les parquets d’EuroLeague il y a de ça 3 ans en terminant meilleur scoreur de la compétition (19,4 points de moyenne), son rôle a largement diminué saison après saison, à tel point que ce dernier vient d’être mis à la porte par Baskonia et se dirige désormais vers le Zénith Saint-Pétersbourg. Ce déclin nous révèle une réalité sur ce type de profil dans le basket moderne.
La chute de Markus Howard

Alors qu’il n’a que 27 ans et qu’il est censé entrer dans les plus belles années de sa carrière, Markus Howard fait le chemin inverse en quittant la C1. En 2022, il découvrait l’EuroLeague, une saison d’adaptation plus tard, et il était déjà le meilleur scoreur de la compétition dans une équipe de Baskonia qui a créé la surprise en se qualifiant en playoffs après 5 années d’attente.
Ce qui a fait sa force durant cette période, c’était sa capacité de scoring exceptionnelle. Capable de marquer aux 3 niveaux, il était aussi réputé pour sa sélection de shoots difficiles après dribble. Joueur à risque sans trop de playmaking ni de défense, mais pour le moment, cela était compensé par le fait que Howard était en réussite.
Sur la saison 2023/2024, il tournait par match à 50 % à 2 points pour 5,6 tentés et 40 % à 3 points pour 9 tentés. Même s’il pouvait se rater sur quelques rencontres, dans l’ensemble, son style de jeu risqué était rentable pour sa formation. Son coach Duško Ivanović le mettait en confiance, en témoigne son usage rate de 36,8 %, parmi les 3 plus gros de la compétition.
Cependant, l’exercice suivant fut le début du déclin. Duško Ivanović parti, Pablo Laso le remplaça durant une année. Pablo Laso est un entraîneur qui traîne sa réputation du Real Madrid des années 2010, mais qui, depuis son licenciement de la Maison-Blanche, n’a jamais réussi à rendre ses équipes meilleures. On l’observe bien cette année du côté de l’Anadolu Efes. Il fut licencié après une saison décevante pour faire place à Dimitris Itoudis, qui ne fut pas plus concluant.
Moins bien utilisé par ces deux coachs, les responsabilités du numéro 0 ont alors commencé à diminuer, en témoigne un usage rate qui a chuté à 26,7 % en 2025, puis 23,2 % en 2026. Ajouté à cela qu’après deux ans, les défenseurs d’EuroLeague se sont adaptés à son profil et ses pourcentages se sont mis à baisser.
Plus capable de produire du scoring à haute efficacité, Markus Howard devint donc un handicap pour son équipe, car ce dernier n’était bon qu’à ça : si son style de jeu était le même auparavant, le fait qu’il ne soit plus aussi efficace et qu’il n’ait pas progressé dans d’autres secteurs expose davantage ses défauts.
Comme c’est un joueur qui joue pour lui, il va donc avoir tendance à geler les possessions par des shoots précipités ou en jouant son 1 contre 1, ce qui implique moins ses coéquipiers. Si on ajoute en plus que Howard ne marque pas, cela peut en frustrer certains. Son utilisation sur le terrain devient alors inintéressante et négative pour le collectif. Ses qualités physiques font de lui une cible en défense, son temps de jeu a alors diminué en conséquence. En 2025, il évolue à 12 points de moyenne en 22 minutes, puis en 2026, il chute à 10 points de moyenne en 20 minutes.
Cette saison, il est arrivé à un point où son utilisation est quasiment inexistante. Avec seulement 10 minutes de temps de jeu de moyenne et après ne pas avoir été utilisé lors du dernier match face à Beşiktaş, il s’en va désormais retrouver son ancien entraîneur Duško Ivanović, avec qui il avait été meilleur scoreur d’EuroLeague, au Zénith Saint-Pétersbourg. Son profil n’a pas dû intéresser d’autres équipes de C1, car le recruter représenterait de tourner le jeu autour de Howard afin de maximiser son potentiel, ce dernier n’étant pas capable d’occuper un autre rôle que celui de scoreur, ce qui comporte trop de risques.
Une triste chute pour un joueur de seulement 27 ans qui a déjà prouvé au meilleur niveau européen. Mais qui sait, peut-être saura-t-il rebondir et faire progresser son jeu dans d’autres aspects ? Il est d’ailleurs possible qu’il retrouve cette compétition d’ici peu, car certaines rumeurs indiquent que les clubs russes pourraient être de retour en EuroLeague.
Un profil révolu dans le basket moderne

La situation de Markus Howard illustre une tendance plus large : si un joueur veut performer au plus haut niveau, il doit savoir faire autre chose que scorer (même si ce dernier est très fort dans la compétence). En effet, aujourd’hui, les profils tournés uniquement vers le scoring sont révolus et peinent à trouver de la stabilité.
En NBA, on peut également retrouver ce genre de profil. Moins tourné vers les shoots extérieurs, mais dans un style similaire, Bennedict Mathurin est confronté aux mêmes difficultés. Joueur surtout basé sur le scoring, il a du mal à faire valoir d’autres qualités dans la grande ligue. Si sa défense est moyenne, son playmaking n’est lui pas terrible. Dans le système de Rick Carlisle aux Pacers, son profil a fini par poser problème, car trop tourné vers le 1 contre 1, il gelait les possessions et n’était pas favorable au jeu de mouvement des Pacers.
Bien qu’il ait réalisé de grosses performances, ces dernières étaient irrégulières et son jeu privilégiait sa personne plutôt que le collectif, ce qui pouvait l’amener à tenter des tirs forcés au lieu d’une passe.
Ces soucis ont conduit sa franchise à réduire son nombre de minutes la saison dernière, malgré un boulevard de responsabilités qui s’était offert à lui grâce à la blessure de Tyrese Haliburton.
Il est peu à peu sorti des plans des Pacers et a été échangé aux Clippers à la trade deadline. À Los Angeles, ça a été le même constat : auteur de quelques coups d’éclat, il a surtout de nouveau prouvé son irrégularité et sa difficulté à s’implanter dans un collectif NBA.
Cet été, la franchise californienne n’a pas souhaité le prolonger et l’ailier de 22 ans a été contraint de tester le marché afin de signer un contrat de 16 millions sur 2 ans aux Pelicans le 29 août, bien longtemps après la free agency, preuve du peu d’intérêt suscité par les franchises NBA.
Aujourd’hui, l’avenir de Mathurin en NBA est plus qu’incertain dans une équipe des Pelicans qui possède de nombreux joueurs à son poste. S’il ne remet pas vite son style de jeu en question, il pourrait bien voir les portes de la grande ligue se fermer à lui.
En dehors de ça, le problème est que ce type de joueurs ne sont bons que balle en main et refusent de se contenir à un rôle, or, dans le basket moderne, si un joueur n’est pas capable d’être une option élite et régulière au scoring, il est un handicap pour son équipe, car il monopolise la balle sans apporter une bonne plus-value.
Comme Andrew Albicy l’a si bien dit dans son interview avec First Team :
On est dans une génération où tous les joueurs peuvent prétendre à un vrai rôle, mais il n’y a qu’un ballon et c’est ça le problème.
Certains joueurs ont réussi à sortir de cette étiquette que l’on leur collait : c’est le cas de Sylvain Francisco, auparavant décrié comme un joueur à risque, surtout tourné vers le scoring, ce qui lui a valu des non-sélections en équipe de France et un début de carrière difficile. Aujourd’hui, il est parvenu à peaufiner son jeu en améliorant considérablement sa sélection de tirs et son playmaking, ce qui lui a valu de sécuriser sa place en tant que meneur des Bleus et de s’installer comme l’un des meilleurs joueurs du vieux continent.
Nadir Hifi semble prendre la même direction, même si des lacunes subsistent toujours. Surtout connu comme un scoreur aux côtés de T.J. Shorts, il a réussi à améliorer son playmaking lors du départ du meneur américain. Le problème, maintenant, c’est qu’il évolue dans un système fait pour lui, qui lui laisse une grande marge d’erreur, ce qui fait que sa sélection de tirs est parfois mauvaise. Cela le pénalise en partie et l’empêche de s’imposer en équipe de France et de se projeter dans une top formation européenne ou en NBA, car le recruter signifie faire de lui l’une des premières options offensives de l’effectif et donc avoir un jeu à risque à cause de sa sélection de tirs.
Pour conclure, ces profils unidimensionnels tels que Markus Howard et Bennedict Mathurin se font plus rares dans le basket moderne : ils apportent souvent trop de risques sans pouvoir se mettre en valeur en dehors du scoring. Ce type de joueur peut exister au plus haut niveau mais seulement à condition que l’efficacité, le volume de tirs et l’apport offensif compensent les lacunes dans les autres secteurs. De toute façon, on observe aujourd’hui que les meilleurs joueurs du monde ne se contentent pas d’un rôle de simple scoreur. Ils sont bien la preuve que le basket moderne nécessite de la polyvalence.





