Baba Miller

Scouting report : Il était une fois … Baba Miller

ONCE UPON A TIME.

Il existe un joyau caché dans les tréfonds du recrutement universitaire. Depuis quatre ans, les scouts NBA tournent autour de Baba Miller sans jamais réussir à ouvrir la bonne porte. Trois programmes. Trois saisons. Trois versions différentes du même joueur. À chaque étape, Baba Miller s’est réinventé, un peu comme Shéhérazade obligée de raconter un nouveau chapitre pour rester en vie. Sauf que la matière première, elle, n’a jamais fait défaut. La taille est là. La fluidité aussi. Le sens du jeu, pareil. On devine ces qualités depuis longtemps. On ne les a juste jamais vues briller pleinement. Et pourtant, ce n’est pas une histoire de manque de talent.

Né à Majorque en 2004, Papa Ababacar Bartolomé Miller communément appelé Baba Miller, intègre le centre de formation du Real Madrid à douze ans à peine. Sa croissance, elle, prend son temps : à quatorze ans, il mesure encore 1,88 m, avant de finir à 2,11 m aujourd’hui. Ce genre de trajectoire physique laisse des traces sur un profil. Formé comme extérieur avant de devenir intérieur, il a gardé un maniement de balle, une lecture du jeu et une mobilité qu’on ne trouve presque jamais chez un gabarit pareil. À dix-sept ans, il joue déjà en EuroLeague. Et puis il prend une décision qui détonne : quitter l’Europe pour la NCAA, direction Florida State.

Les débuts américains ne se passent pas comme prévu. Une suspension de seize matchs, liée à une histoire de remboursement de frais de camp jugée non conforme aux règles NCAA, retarde ses débuts. La suite ne sera pas beaucoup plus tranquille. Florida State, puis Florida Atlantic, puis Cincinnati. Quatre saisons, trois maillots, un rôle différent presque à chaque fois.

C’est à Cincinnati que les pièces commencent enfin à s’assembler. Dans une des conférences les plus dures du pays, la Big 12, il livre sa meilleure saison universitaire, terminant meilleur rebondeur défensif de la conférence, excusez du peu. Reste une question qui plane au-dessus de tout ça : est-ce que cette dernière version de Baba Miller est enfin la bonne ? Ou juste un nouveau chapitre d’une histoire qui refuse encore de se conclure ?

Physiquement intriguant.

Mesuré à 6’10.5″ (2,11 m) pour 94 kg, avec une envergure de 7’1.75″ (2,18 m), Baba Miller a de quoi attirer l’œil. Mais ce qui rend son profil vraiment intéressant, c’est ce qu’il fait de ce corps. Pour un joueur de cette taille, il se déplace avec une fluidité qui surprend. Il a longtemps joué extérieur avant sa poussée de croissance, et ça se voit. Les appuis restent actifs en permanence, il avale l’espace en quelques foulées, change de direction sans effort apparent.

Résultat : il peut évoluer dans à peu près tous les schémas défensifs modernes. Switcher loin du cercle, monter haut sur un pick-and-roll, revenir protéger l’arceau en second rideau. Sa mobilité est vraiment la pierre angulaire de tout son profil. Sans elle, pas de polyvalence défensive, pas de protection de cercle en aide, pas grand-chose en fait.

Le chantier, c’est le développement physique. Baba Miller, c’est avant tout une arme défensive, et son impact va bien au-delà des contres. Son Defensive Rebound Percentage de 27,7 % le place parmi les meilleurs rebondeurs défensifs de la Big 12. Son Offensive Rebound Percentage (8,3 %) montre aussi qu’il est capable de prolonger les possessions. Et ça ne tient pas qu’à ses mensurations. Il initie son box-out très tôt, prend l’avantage avant même que le ballon ne touche l’arceau.

Son placement, sa lecture des trajectoires lui permettent de sécuriser des rebonds sans avoir besoin de s’exposer physiquement. On sent la formation européenne là-dedans. Ajoutez à cela sa mobilité et sa longueur, ce combo lui permet d’aller chercher des ballons plus facilement que la moyenne.

Cette même mobilité, c’est aussi le socle de sa protection de cercle. Son utilisation sur drop ne permet pas d’exploiter ses qualités primaires. Il excelle plutôt en second rideau, capable de surgir du côté faible pour fermer une fenêtre de tir que l’attaque pensait ouverte. Son athlétisme ne se traduit pas par une détente hors norme. C’est plutôt sa capacité à couvrir l’espace avec fluidité qui fait la différence. La grande question, maintenant, c’est de savoir comment tout cela se transpose en NBA.

Sa technique et son placement devraient continuer à faire de lui un bon rebondeur. Mais son manque de puissance actuel pourrait poser problème pour tenir ses box-outs face aux intérieurs les plus costauds. Au-delà du manque de masse évident, sa morphologie ne l’aide pas toujours : son centre de gravité est haut, ce qui le rend moins stable à l’impact. Face à des intérieurs puissants, il se fait parfois déplacer de sa ligne avant même d’avoir pu exploiter sa longueur. Le vrai défi, ce n’est pas juste de prendre du poids. C’est de gagner en force fonctionnelle sans perdre cette mobilité qui fait toute sa valeur.

Statistiques avancées Baba Miller
Stats de Baba Miller en NCAA. Crédit : barttorvik.com/

Le passing prometteur.

De l’autre côté du parquet, c’est là que le profil de Baba Miller commence réellement à faire saliver. Derrière ce grand ailier se cache un joueur capable d’initier une partie de l’attaque, une qualité suffisamment rare pour un joueur de son gabarit pour mériter une attention particulière. Attention quand même à ne pas s’emballer. Lorsque l’on évoque sa capacité à porter le ballon, il ne s’agit pas d’un créateur primaire capable de déséquilibrer une défense installée. Baba Miller ne possède ni le handle, ni les changements de rythme, ni les changements de direction nécessaires pour générer son propre avantage de manière régulière.

En revanche, il excelle dans l’exploitation des avantages créés par ses coéquipiers. Une ligne de drive ouverte, un closeout trop agressif ou un intérieur en retard lui suffisent pour attaquer immédiatement le cercle en deux ou trois dribbles. Son premier pas, combiné à sa longueur et à sa mobilité, lui permet alors de punir les défenses qui lui laissent trop d’espace. Là encore, son passé de joueur extérieur ressort clairement. Il peut remonter le ballon après un rebond, initier certaines séquences, servir de porteur sur pick-and-roll de temps en temps.

Les stats avancées confirment cette impression. Un AST% de 23,3 % pour un USG% de 22,3 %, c’est un profil atypique. Il crée beaucoup sans monopoliser le ballon. Plus qu’un créateur primaire, c’est un créateur d’avantages pour les autres. Le vrai joyau de son profil, c’est probablement sa lecture du jeu. Plus que la qualité de ses passes, c’est sa rapidité de décision qui frappe. Il repère les aides défensives, anticipe les déplacements de ses partenaires, joue avec un temps d’avance. Sa palette de passes est riche : drive & kick, short-roll, skip passes vers le côté faible, alley-oop, initiation de pick-and-roll en tant que porteur.

Cette diversité vient moins d’une créativité spectaculaire que d’une excellente compréhension du jeu. Cincinnati a bien exploité cela. Baba Miller y a régulièrement joué en tant que Point Forward, initiant l’attaque depuis le périmètre, l’elbow ou la tête de raquette. Les nombreux hand-offs qu’on lui donnait répondaient à la même logique : mettre le ballon dans les mains d’un des meilleurs décisionnaires de l’effectif, sans exiger qu’il crée son propre tir à chaque fois.

 

Un profil limité.

Cette capacité à connecter le jeu compense en partie une lacune bien réelle : le spacing.

On trouve quelques séquences où il convertit quelques catch and shoot, notamment en Summer League, mais ne nous racontons pas d’histoire. Rien ne dit aujourd’hui que Baba Miller deviendra une menace extérieure. Il est 100% assisté sur ses tentatives de loin, le volume reste faible, et les indicateurs sont peu encourageants. Son adresse aux lancers francs, souvent un meilleur prédicteur du développement du tir que le pourcentage à trois points lui-même, reste insuffisante (61,7% en NCAA).

En l’état, les défenses NBA vont, très probablement, continuer à laisser vivre son tir extérieur et préféreront resserrer la raquette afin de protéger le cercle.

Stats Shooting Baba Miller
Stats Shooting Baba Miller. Crédit : barttorvik.com/

 

Play By Play. Baba Miller
Statistiques Play By Play de Baba Miller. Crédit : barttorvik.com/

À court terme, son rôle offensif devrait surtout se résumer à celui d’un finisseur. La transition reste le terrain où la combinaison d’outils physiques et de mobilité détonne le plus, mais on peut imaginer la même utilité sur des rolls, des cuts, ou simplement posté au dunker spot en attendant un ballon facile. Il pourrait même devenir une menace de lob, même si son explosivité verticale n’a, pour l’instant, rien de spectaculaire. Les limites évoquées plus haut sur son handle et ses changements de direction ne laissent en revanche entrevoir, à ce stade, aucune capacité à se créer un tir seul.

Dans la lumière de Los Angeles.

Pendant quatre ans, les scouts ont cherché la clé de ce trésor dont tout le monde devinait la valeur. Cincinnati en a peut-être livré les premiers indices. La suite de l’histoire s’écrit déjà à Los Angeles, mais pas dans le calme qu’on pouvait imaginer en août.

Entre-temps, la franchise a perdu cinq picks de premier tour jusqu’en 2033, une bonne partie de son noyau vétéran, et Kawhi Leonard lui-même, reparti à Toronto contre Brandon Ingram. Ce qui donne un relief particulier au parcours de Baba Miller : sélectionné au 36e rang, il fait partie des derniers jeunes joueurs que les Clippers auront pu piocher eux-mêmes avant un bon moment, en attendant de récupérer du capital de draft par la voie des transactions.

À mes yeux, la vraie valeur de Baba Miller n’est ni dans son scoring, ni même uniquement dans sa défense. C’est sa capacité à connecter le jeu qui le rend intrigant. Peu de joueurs de 2,11 m combinent cette mobilité, cette lecture des situations et cette rapidité de décision. Sans jamais monopoliser le ballon, il améliore les possessions de son équipe, des deux côtés du terrain. C’est aussi ce qui fait de lui un prospect très dépendant de son environnement.

Si les Clippers attendent de lui qu’il devienne un scoreur ou vrai stretch-four, ils risquent d’être déçus. Par contre, s’ils parviennent à exploiter sa mobilité défensive, son playmaking secondaire et son intelligence de jeu, on pourrait découvrir un joueur dont l’impact dépasse largement les stats traditionnelles. Son développement physique reste la clé. Gagner en force fonctionnelle sans sacrifier la mobilité,  lui permettra de mieux encaisser les contacts, de sécuriser ses box-outs, et de rendre sa polyvalence défensive vraiment exploitable en NBA. Le tir extérieur, lui, restera probablement le facteur limitant de son plafond.

La question n’est plus vraiment de savoir si Baba Miller a les qualités requises pour jouer en NBA. Elles sont là, bien réelles. La vraie question, c’est de savoir si les Clippers verront qui il est réellement.

 

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