Nous poursuivons aujourd’hui notre exploration du mercato d’Élite 2. Au menu du jour, Chalon-Reims, Denain, Évreux, Hyères-Toulon et La Rochelle. Ces équipes ont été les objets de mon attention ces derniers jours, l’occasion de vous proposer une modeste analyse des recrues qui, chacune à leur manière, m’ont tapé dans l’œil.
Valentin Vitale-Boiteux : le nouveau feu-follet de Châlon-Reims

Après le départ de sa jeune star Guillaume Grotzinger (qui a pris le chemin de la NCAA), Éric Bartcheky, coach de Chalon-Reims, avait la lourde tâche de choisir celui qui succéderait à l’un des meilleurs Espoirs de la saison passée. Et ce choix s’est porté sur le surprenant Valentin Vitale-Boiteux, 24 ans, qui vivra sa 2ème saison en Élite 2. Et souvenez-vous, lors de son arrivée à Aix-Maurienne, Julien Cros avait fait le choix fort d’installer ce dernier dans le 5 majeur de sa formation, alors qu’il sortait de plusieurs saisons en N1 qu’on ne pourrait pas qualifier d’excellentes.
Mais, par la force des choses, nous sommes obligés de constater que le plus jeune coach de la LNB avait vu en l’ancien Lorientais ce que nous n’avions même pas imaginé. Un joueur électrique qui a une force de projection et une force de drive assez impressionnante. Un joueur qui, en bref, correspondait parfaitement aux principes de jeu d’Aix-Maurienne. Au final de cette première saison en Élite 2, il termine avec des statistiques très prometteuses : 10,3 points, 2,2 rebonds et 4,4 passes ; tout en ayant fini à une 13ème place plutôt inespérée au début de l’exercice.
Mais pour en revenir au choix d’Éric Bartcheky, on remarque qu’il a pris un meneur avec des qualités très similaires (que l’on a rappelées précédemment) à Guillaume Grotzinger. Il a également des axes de progression très nets : son shoot extérieur (27,2% la saison passée) et sa solidité défensive. Enfin, on peut également noter que l’ancien Savoyard sera épaulé par un sérieux client, en la personne d’Alexandre Bouzidi qui, au vu d’un fit que je trouve moins évident avec Jarrett Adderton et d’une fin de saison dernière vraiment très compliquée, sera pour moi derrière dans la rotation des meneurs.
Cette doublette illustre assez bien ce qu’a voulu mettre en place pendant cette intersaison en misant sur de nombreux joueurs prometteurs (Bouzidi, Vitale-Boiteux, Eyango, Adderton, etc.) capables d’exploser tout au long de la saison. Et ce, sans pour autant disposer de leaders clairement établis dans l’effectif, ce qui pourrait permettre à ceux qui en ont les capacités de prendre très rapidement des responsabilités. Pour résumer, comprenez qu’une recrue aussi prometteuse que Valentin Vitale-Boiteux, dans une équipe plutôt faite pour lui et qui a beaucoup à lui offrir s’il se montre sous son meilleur jour, coche suffisamment de cases pour me donner envie de glisser une petite pièce sur son nom.
Maxime Sconard : un besoin de renouveau conclut à Denain pour l’ancien arrière blésois

Alors qu’on l’attendait au tournant la saison passée avec l’ADA, Maxime Sconard n’a finalement pas autant convaincu que lors de l’exercice 2024-2025. Avec davantage de déchets dans le jeu, il a dû constater depuis le banc, la folle progression du jeune Talis Souhlac, qui prenait de plus en plus d’envergure sur le backcourt blésois, aux côtés de Timothée Vergiat. Et, malgré le départ de ces deux derniers, Maxime Sconard avait lui aussi besoin d’un nouveau défi.
Statistiquement, on peut évidemment noter sa baisse d’efficacité au shoot sur la dernière saison (-6% aux FG, -11,2% aux 3FG et -7 de TS%). Une baisse certes notable, mais qui trouve son explication dans son utilisation, lui qui a dû créer davantage ses shoots. Lui qui n’a pas joué le premier match de pré-saison à la suite « d’une légère blessure », a déclaré le club nordiste, la question de son rôle et de son utilisation se pose donc encore. Quelles responsabilités lui offrira Thomas Andrieux dans son système et quel équilibre y aura-t-il avec Duke Deen ?
Car vous l’aurez sans doute remarqué, ce ne sont plus une succession de combo-guards qui composeront le backcourt de Denain. En effet, plus de Romain Parmentelot et de Marcos Suka-Umu, mais un pur meneur en la personne de Duke Deen, l’un des meilleurs passeurs du championnat danois la saison passée, et un arrière athlétique, en la personne donc de Maxime Sconard. Une association qui va aussi s’imposer dans la continuité de ce qu’avait pu faire Thomas Andrieux dans les derniers clubs qu’il supervisait sur le banc.
Pourquoi cette association pose-t-elle question, entre guillemets ? Eh bien, parce qu’il est vrai que Thomas Andrieux avait eu cette tendance de laisser les clés du camion à ses meneurs : le trio Gomez – Gauthier – Diot à Roanne, ou encore Mathis Keita et Marquis Jackson à Châlon-Reims. En résumé, Maxime Sconard a toutes les qualités pour devenir un vrai joueur référence en Élite 2, mais la recrue aura-t-il suffisamment la main sur le ballon pour s’exprimer offensivement ? C’est la question que je me pose quand je vois cette équipe.
JaCobi Wood : un nouveau leader offensif à l’ALM Évreux qui aura fort à faire

Après les nombreux départs qui ont chamboulé le club ébroïcien, les supporters d’Évreux peuvent souffler avec l’arrivée du combo-guard JaCobi Wood en terre normande. Considéré comme l’un des extérieurs les plus dominants de la Pro A allemande (2ème division) l’an passé, il sera logiquement installé comme la principale menace offensive de l’ALM pour la saison qui arrive.
Pour avoir observé quelques-uns de ses matchs, ce qui marque, c’est bien évidemment sa facilité à shooter de loin. Avec le step-back comme move signature, il finira d’ailleurs sa première saison dans le monde professionnel à plus de 37% derrière l’arc. Ce qui m’inquiète davantage, en revanche, ce sont les joueurs qui vont l’entourer. Il a eu notamment une relation tout particulière avec les intérieurs qu’il a pu côtoyer dans les différents clubs dans lesquels il est passé.
Et que ce soit un joueur comme Nick Ellington lors de ses deux dernières saisons à Murray-State, ou Lukas Milner qu’il a côtoyé à Tübingen, ces derniers avaient la particularité d’être des intérieurs assez mobiles, avec lesquels il jouait beaucoup sur des situations de short roll (avec pas mal d’utilisation de slip screens) ou des mains-à-mains.
Et c’est vrai qu’avec un Landry Djedje plus amateur des picks classiques et d’un jeu dos au panier qui mettent davantage en avant ses aptitudes physiques, ainsi qu’un Rigo Edzata qui s’est beaucoup éloigné du cercle sur sa dernière saison avec Aix-Maurienne, difficile d’imaginer que la recrue puisse réitérer ces schémas-là. N’oublions pas non plus que JaCobi fera son retour à la compétition après plus de 8 mois d’absence. Une fracture du 5ème métatarsien, qui est une blessure d’usure osseuse fréquente chez les basketteurs.
Compte tenu de la durée de sa convalescence, le risque d’une rechute est faible, mais reviendra-t-il rapidement au même niveau qu’il a avait lorsqu’il avait quitté les parquets ? Difficile à dire, et les prochains matchs de préparation auxquels il participera donneront peut-être davantage d’éléments aux supporters ébroïciens. Une chose est sûre, c’est que comme ces dernières années, Évreux n’aura pas d’autres ambitions qu’un maintien en Élite 2. Et un JaCobi Wood en grande forme sera un atout non négligeable pour parvenir à cet objectif.
Axel Julien : un retour au HTV pour créer un backcourt exceptionnel avec John Roberson

C’est l’un des gros noms qui est sorti cet été en Élite 2. Après 11 ans au plus haut niveau français, 8 saisons européennes, et près d’une vingtaine de sélections en Équipe de France, Axel Julien est de retour au bercail. Un joueur d’expérience qui viendra en premier lieu ajouter un certain contrôle offensif que n’auront pas des joueurs plus électriques comme John Roberson et Natéo Gabriel Des Bordes. La saison passée, Axel avait un rapport ast/tov de près de 2,5 avec la JDA, preuve en est qu’il sait gérer le tempo des matchs.
L’objectif de cette venue, c’est aussi sans doute, de se défaire de la dépendance de John Roberson, qui s’était notamment fait ressentir lors de sa courte absence, à la mi-saison dernière. Forcément, vous vous dites qu’un joueur capable de mobiliser 2 voire 3 défenseurs, tout en étant aux côtés de shooters très fiables (Diallo, Knezevic, Moses Greenwood) le rend forcément irremplaçable du point de vue offensif. Mais force était de constater qu’avec -5 d’offensive net rating, le HTV a souvent payé les frais offensivement de son absence.
L’arrivée d’Axel va leur permettre de passer encore un cap, même s’il faut reconnaître que Mathis Keita suppléait plutôt bien le meneur américain de 37 ans. Autre point important, ça sera le mentorat. Évidemment qu’avec cet effectif-là, le HTV s’impose comme un contender sérieux au titre. On peut alors se douter d’une chose, c’est que le HTV aura la volonté de garder au moins 2 ans, l’ancien guard du Pôle-France, Natéo Gabriel des Bordes. Et quoi de mieux pour lui que d’être dans un environnement compétitif, tout en étant accompagné par deux joueurs références en France, que sont Axel Julien et John Roberson.
Des intérêts qui vous l’aurez compris semblent nombreux, mais bien évidemment, celui qui prédominera, c’est le bilan sportif à court terme, pour une équipe qui rêve d’une première participation aux playoffs après 3 saisons consécutives dans l’antichambre de la Betclic Élite.
Sasha Derradji : le meilleur espoir de N1 rejoint les Maritimes

Après le départ du jeune Maxence Lemoine, les Rochelais s’étaient donnés la mission de retrouver un jeune espoir pour leur backcourt. Et après 5 saisons du côté de Saint-Vallier, c’est Sasha Derradji qui incarnera ce projet. Auteur d’une saison patron en N1 où il aura doublé toutes ses productions statistiques (13,3-6,4-6,3), tout en menant son équipe jusqu’à la première place de la poule basse, nul doute qu’il était pour lui le moment de passer le cap de l’Élite 2.
Bien évidemment, j’évoquais Maxence Lemoine, mais Sasha n’aura pas du tout le même rôle. Il est un meneur beaucoup plus gestionnaire, et c’est un joueur qui a beaucoup moins de distance avec son shoot. On l’a vu avec Saint-Vallier, il a une belle patte droite quand il s’agit de finir près du cercle, mais dès qu’il s’éloigne de ce dernier, il a moins d’efficacité et de volume. Derrière l’arc par exemple, il tourne à 12/49 (soit environ 24,5%), en 40 matchs joués.
Pour ses qualités de meneur pures, on ne s’en fait pas. Sa vision de jeu et ses qualités de passe sont parfaitement adaptées à un niveau tel que l’Élite 2. Avec un ratio ast/tov supérieur à 3, il n’avait plus rien à prouver en N1. La recrue a d’ailleurs déjà prouvé ces qualités-là pendant quelques rencontres de pré-saison (9 passes dans la victoire face à Quimper, et 8 dans la défaite qui les opposait à Poitiers).
Pour autant, la question qu’on est est en droit de se poser, c’est : est-ce qu’à terme, cette absence de danger en dehors du cercle, ne va pas altérer cet impact collectif ? Sa capacité de scoring sera donc probablement le sujet numéro 1 de sa pleine réussite dans cette saison, et sera donc également un bel enjeu de la saison de l’équipe de Germain Castano.
Fin de cette seconde partie. La prochaine sera consacrée au Havre, Levallois, Nantes, Orléans et Poitiers.






