À un tournant du basket européen, les inégalités budgétaires entre les différentes formations d’Euroleague n’ont jamais été aussi importantes. Alors que certaines écuries se démènent avec de faibles moyens pour réaliser une saison au-delà des attentes, d’autres n’ont qu’à attendre la fin de l’exercice pour leur piller leur meilleur joueur. Au cours des cinq dernières années, les masses salariales des équipes ont augmenté de 50 %, ce qui a eu pour conséquence d’entraîner des différences encore plus marquées entre les grands et les petits budgets. Pourtant, des réformes ont été mises en place pour limiter cet excès, mais ces dernières ne semblent pas avoir un réel impact pour le moment.
Une disparité trop importante

Dans une ligue où l’argent est souvent synonyme de performance, certaines équipes possèdent un budget cinq fois supérieur à celui de leurs concurrentes. Cette saison, si l’on prend les deux extrêmes, la masse salariale la plus faible de la ligue est celle de l’ASVEL, à 5 millions d’euros, et la plus élevée celle du Panathinaïkos, à 27 millions, les moyens de recrutement sont totalement inégalitaires.
Une équipe doit se contenter de servir de tremplin pour des joueurs de championnats reculés en réfléchissant à la complémentarité dans son système pour espérer performer, tandis que l’autre, sans même réfléchir au fit, dépense sans compter pour recruter les meilleurs joueurs disponibles sur le marché.
Cette fracture a été parfaitement observée lors des playoffs de cette année, en particulier dans la série entre Valence et le Panathinaïkos. Le club espagnol (9,5 millions de budget), auteur d’une saison magnifique grâce à un style de jeu inspiré du Paris Basketball, a réussi l’exploit de défaire son opposant grec, qui possède pourtant des recettes trois fois supérieures.
Lors de cette série, c’est le « basketball » qui a gagné contre une puérile superteam mal coachée et irréfléchie au niveau de sa construction. Malheureusement pour Valence, cette histoire n’aura été que de courte durée et, tout comme le Paris Basketball, la quasi-totalité de l’effectif s’en va à l’intersaison pour renforcer les gros marchés.
Ces deux projets, qui avaient séduit l’Europe grâce à leur style de jeu lors des deux dernières années, sont ainsi ramenés à la réalité de leur portefeuille, dans l’impossibilité de capitaliser sur les succès passés. Avec tous ces départs précipités, les clubs peinent alors à afficher de la continuité dans leur effectif et sont rangés dans une case d’équipe de bas de tableau.
Un système mis en place mais sans réel impact pour le moment

Pour pallier cette disparité, l’EuroLeague a instauré depuis peu un salary cap souple ainsi qu’une luxury tax. Ces derniers ont vu le jour lors de la saison 2025-2026 dans le but de s’inspirer de la NBA et de créer une ligue plus équitable. Le plafond salarial est équivalent à 40 % des revenus moyens des clubs licenciés dans la compétition, soit 10 millions d’euros la saison prochaine. Chaque équipe dépassant ce plafond et atteignant la luxury tax devra payer un montant (qui évolue selon le dépassement), redistribué à tous les clubs en dessous de cette limite. En somme, si un club veut se renforcer au-delà du seuil fixé, il renforcera le budget de ses adversaires qui respectent la règle.
Si 10 millions par équipe paraissent peu, c’est parce que l’EuroLeague a instauré des exceptions pour favoriser la continuité dans les effectifs, le développement des jeunes ou le maintien des stars dans leur équipe. Tout joueur faisant partie de ces exceptions voit alors son salaire retiré ou diminué d’un certain pourcentage dans la masse salariale.
Cependant, même si la réforme du salary cap atteindra son plein potentiel en 2027-2028, cette dernière n’a pas empêché les gros marchés de se gâter à l’intersaison. En acquérant Guerschon Yabusele, Isaac Bonga, Moustapha Fall, Branco Badio et l’entraîneur Željko Obradović, le Panathinaïkos fait exactement comme chaque été, voire même pire. Avec toutes ces signatures, le club grec devra payer 11,75 millions d’euros de contrats l’année prochaine. Rendez-vous compte : 11,75 millions d’euros pour une intersaison ! Soit près de la moitié du budget annuel de certains clubs.
Donc, en soi, même si le projet est intéressant et réduira en partie les inégalités, il fait face à plusieurs problèmes. Le premier est que les gros marchés continueront toujours à attirer les meilleurs joueurs et à dépenser davantage s’ils sont prêts à payer les taxes. De plus, certaines des exceptions avantagent les grosses équipes, comme l’Anchor Player, qui retire les trois plus gros contrats d’un effectif de la masse salariale. Et enfin, cette ambition s’installe dans un climat d’incertitude où la NBA Europe projette son lancement la même année où l’Euroleague projette l’exploitation maximum de son salary cap.
La NBA Europe comme solution ?

Si l’on en croit les rumeurs, la NBA Europe pourrait mettre fin à cette « disparité économique » dans le haut niveau européen. En plus de potentiellement proposer un modèle fixe et rentable, l’arrivée de la ligue nord-américaine sur le Vieux Continent pourrait instaurer une égalité salariale entre les équipes. Comme outre-Atlantique, les franchises se redistribueraient alors leurs revenus de manière équitable. Les inégalités disparaîtraient et les franchises seraient alors laissées à leurs décisions plutôt qu’à leur portefeuille.
Cependant, des interrogations subsistent et subsisteront toujours tant que le projet NBA Europe ne sera pas clarifié. Parce que si les équipes participant à la compétition sont égalitaires entre elles, qu’adviendra-t-il des clubs de championnat ou des clubs de pays considérés comme de « petits marchés » par la NBA ? La Serbie et la Lituanie, terres de basket, seraient délaissées du meilleur championnat européen tandis que les franchises NBA exerceraient une domination sans pareil dans leurs championnats ? Beaucoup de questions cherchent encore leur réponse.
Ce qui est certain, pour autant, c’est que le basket européen entre dans un tournant historique où les inégalités salariales n’ont jamais été aussi marquées qu’aujourd’hui. La méritocratie peut exister, mais seulement sur courte durée. Car sur plusieurs années, les écarts économiques empêchent les clubs les moins riches de transformer leurs performances sportives en succès durables. Alors, qui de la NBA Europe ou l’Euroleague aura la solution face à ce problème ? Ça, c’est l’avenir qui nous le dira.






