À l’ère du basket-spectacle et de la glorification des box-scores, Gordon Herbert détonne avec l’absence d’une superstar dans une liste internationale qui est immédiatement traitée comme un drame national. C’est le logiciel classique : pas de Jamal Murray, pas de titre possible. Pourtant, à force de regarder les sélections à travers les noms ronflants et les moyennes de points en NBA, on en oublie de regarder le jeu. Pour le Canada, ce forfait n’est pas un affaiblissement ; c’est un retour salvateur à la réalité du terrain FIBA.
La dictature de la hype NBA
Il y a une tendance lourde qui consiste à croire que le talent brut résout tout. Jamal Murray est un joueur frisson, un dynamiteur de fin de match sous la plume de Mike Malone puis David Adelman aux Nuggets. Mais le basket de sélection n’est pas une ligue de fantasy où l’on empile les cartes Panini. En imposant un « contrat de trois ans », un pacte de présence obligatoire et continue sur tout le cycle olympique , Gordon Herbert a précisément voulu tuer ce fléau : le joueur de passage, la star qui vient faire une pige estivale quand son agenda publicitaire ou ses pépins physiques le permettent.

Le refus ou l’incapacité de Murray de s’inscrire dans cette continuité contractuelle met en lumière un fait technique que beaucoup feignent d’ignorer. Lors des dernières campagnes, le Canada n’a jamais souffert d’un manque de scoring sur les lignes arrières. Sous la houlette de Jordi Fernández, l’équipe a trouvé son équilibre : un monstre à une seule tête créatrice, Shai Gilgeous-Alexander, entouré de chiens de garde ultra-physiques (Dillon Brooks, Lu Dort) prêts à mourir sur chaque écran, sans dénigrer leur talent de basketteur bien entendu, les profils de Lu Dort et Dilon Brooks sont de plus en plus recherchés et pas uniquement à cause de leur force physique.
Vouloir intégrer à tout prix un second soliste, habitué à monopoliser le ballon et souvent usé par les joutes des playoffs NBA, relève de l’hérésie tactique. En FIBA, l’espace est un luxe. Moins de lignes de drive, pas de règle des trois secondes défensives : le jeu demande de la cohésion, du sacrifice et du rythme collectif. Tout ce que le Canada a développé en l’absence de Murray lors de son épopée bronzée au Mondial 2023.
La leçon allemande : Gordon Herbert contre les statuts
Pour comprendre que la sortie d’un joueur NBA peut être le ciment d’un titre, il faut analyser la jurisprudence Maxi Kleber en Allemagne. Même configuration, même méthodologie. Gordon Herbert, alors sélectionneur de la Mannschaft, avait lui aussi instauré ce plan triennal non négociable. Quand Kleber a boudé les rassemblements collectifs tout en émettant des réserves, Herbert n’a pas tremblé : exclusion pure et simple du groupe.
Les comptables du basket ont hurlé au scandale, pointant du doigt la perte d’un intérieur fuyant au profil précieux. La réponse de l’Allemagne ? Une Coupe du Monde 2023 magistrale, conclue avec l’or autour du cou. Sans Kleber, mais avec un groupe de soldats (Theis, Voigtmann, les frères Wagner) connectés par des centaines d’heures de vécu commun sous la tunique nationale. Le message était limpide : aucun passe-droit contractuel ne vaut plus que l’identité de l’équipe.

Parti de presque rien, Gordon Herbert, a réussi à redorer le blason d’une équipe allemande engluée dans le ventre mou de l’Europe.
Nous n’avions pas vu l’Allemagne à ce niveau là depuis l’ère Dirk Nowitzki, un basket d’un autre temps diront certains, mais les faits sont là les deux hommes à retenir du basket allemand depuis le début des années 2000 sont Dirk Nowitzki et Gordon Herbert.
L’épuration tactique
Le Canada est en train d’appliquer la même recette. En sanctuarisant le groupe des « fidèles » (les Lu Dort, Dilon Brooks ou encore RJ Barrett), la fédération valorise le travail de l’ombre, les fenêtres de qualification hivernales et donc surement bientôt intégrer des joueurs canadiens qui évoluent en Europe.
Sans Murray, la hiérarchie canadienne est limpide. Pas de guerre d’ego pour les tickets de shoot, pas de compromis défensif pour cacher une star fatiguée. Gordon Herbert récupère un groupe épuré, prévisible dans le bon sens du terme, et focus sur une seule mission. Le Canada n’a peut-être pas la ligne de statistiques la plus ronflante de l’été, mais il a enfin une équipe. Et c’est exactement là que se situe la nuance entre les prétendants de papier et les vrais champions.






