On peut n’avoir joué que six matchs de saison régulière, présenter un bilan de quatre victoires pour deux défaites, avoir été champion il y a deux ans et finaliste de conférence en titre, compter un double MVP dans son effectif, mais craindre la suite de la saison. C’est à peu près la situation dans laquelle se trouve l’Oklahoma City Thunder. Tout avait pourtant bien commencé, avec des victoires probantes contre les Spurs de San Antonio, pour la revanche de la finale de conférence, et contre les Denver Nuggets. Mais le Thunder vient de vivre une véritable hécatombe qui soulève de nombreuses interrogations quant aux objectifs de la franchise qui faisait pourtant partie des favoris au titre.
En effet, des joueurs majeurs tels que Jalen Williams, Cason Wallace (tout juste prolongé), Chet Holmgren et Alex Caruso sont éloignés des terrains pour des durées différentes, mais conséquentes. Cela laisse Shai Gilgeous-Alexander bien seul, et les résultats s’en ressentent immédiatement puisque, après quatre victoires consécutives, les hommes de Mark Daigneault se sont inclinés face à Dallas et Houston, deux équipes compétitives en ce début de saison. Le coach devra procéder aux ajustements nécessaires pour permettre à son équipe de redresser la tête et d’assurer un minimum de résultats avec un effectif qui reste cohérent.
Un effectif moins dense que la saison précédente
Les blessures de joueurs majeurs ne sont jamais une bonne nouvelle pour une équipe, mais OKC aurait pu s’adapter plus facilement si cette hécatombe était survenue l’année dernière. Cependant, cet été, Sam Presti, le GM du Thunder, a dû se résoudre à laisser partir des éléments de la rotation pour rester dans les clous de la masse salariale autorisée par la NBA et ainsi éviter des taxes excessives.

Ainsi, l’effectif a été amputé d’un défenseur de premier ordre en la personne de Lu Dort, ainsi que de deux joueurs importants en sortie de banc, aux profils 3&D si précieux : Aaron Wiggins et Isaiah Joe. Cela devait permettre à Ajay Mitchell, révélation de la saison dernière, et à Jared McCain d’obtenir davantage de minutes, mais personne ne pouvait prévoir que le Thunder serait frappé d’une telle malchance.
Sam Presti n’avait de toute manière pas le choix, puisque les dirigeants ne voulaient pas payer de taxes et désiraient rester sous le seuil de la luxury tax, fixé à 165 millions de dollars. Les contrats de Dort, à 18 millions de dollars, et de Wiggins et Joe, à environ 10 millions chacun, ont donc été sacrifiés pour respecter ces contraintes, mais OKC en subit les conséquences avec une ampleur inattendue.
En parallèle de ces départs, le Thunder ne s’est renforcé que par le biais de la draft, en sélectionnant le géant espagnol Aday Mara (2,21 m) en 12e position et en récupérant le 17e choix, Bennett Stirtz, en provenance de Memphis. Si les deux joueurs sont prometteurs, particulièrement Mara, présenté comme la kryptonite idéale de Victor Wembanyama, ils n’auront sans doute pas la possibilité de découvrir la grande ligue progressivement et seront lancés dans le grand bain plus vite que prévu.

Preuve en est, Stirtz a joué plus de 25 minutes lors de chacun des trois derniers matchs, un temps de jeu assez similaire à celui de Mara, mais énorme pour des rookies qui ne font pas partie des stars de la cuvée et qui ont atterri dans une franchise aux grandes ambitions.
Des blessures graves pour des joueurs clés
Comme évoqué précédemment, le Thunder a vécu une semaine cauchemardesque en perdant quatre joueurs, et non des moindres, en à peine une semaine, pour des durées d’indisponibilité importantes.
Le principal traumatisme est survenu dès le troisième match, conclu par une victoire face aux Clippers. Mais l’essentiel était ailleurs, et le sentiment qui régnait dans le vestiaire après le buzzer final était davantage de la tristesse que de l’inquiétude. En effet, au vu des images, il ne faisait aucun doute que la blessure de Jalen Williams était grave et qu’on ne le reverrait pas de la saison. Ce dernier a été victime d’une fracture de la cheville gauche qui devrait l’obliger à vivre une saison quasi blanche, après n’avoir pris part qu’à 33 matchs la saison passée.
Son absence lors de la série face aux Spurs s’était fait ressentir, et il avait clairement été indiqué que les ambitions du Thunder dépendaient notamment de l’état de santé du 12e choix de la draft 2022. Jalen Williams s’était affirmé comme le bras droit de SGA depuis sa deuxième saison en NBA.
Le second coup dur est arrivé le lendemain, avec la sortie d’Alex Caruso après seulement neuf minutes passées sur le parquet face aux Mavericks. Ce dernier a dû rentrer aux vestiaires, touché à la cheville, sans revenir par la suite. Aucune durée d’indisponibilité n’a été annoncée, mais la perte du Bald Eagle (l’aigle chauve), véritable glue guy indispensable au fonctionnement du jeu d’OKC, constitue inévitablement un handicap pour le coach de l’année 2024.
Puis, deux nouvelles blessures ont été annoncées coup sur coup le 30 octobre, concernant Chet Holmgren et Cason Wallace. Ce dernier est sorti après seulement cinq minutes de jeu, le même soir que Jalen Williams, tandis que Chet Holmgren a lui aussi disputé son dernier match ce soir-là, mais en y participant dans son intégralité.

Les diagnostics ont mis plus de temps à être annoncés, mais ils ne sont pas plus réjouissants : touché à l’épaule, Cason Wallace a été opéré, et son absence se comptera en mois, tandis que Chet Holmgren restera au minimum deux mois sur la touche.
Ainsi, Oklahoma City se retrouve privé de trois membres de son cinq de départ, dont deux pour l’ensemble de la saison, ainsi que de son sixième homme. Au-delà des absences, l’impact psychologique que celles-ci procurent pose question. On a vu Shai Gilgeous-Alexander en pleurs après la blessure de Williams et les déclarations du MVP montrent une forme de désemparement. De quoi remettre en cause ses ambitions et sa domination sur la Conférence Ouest ?
Je ne sais pas. Ouais, je ne sais pas, nous devons trouver des solutions, c’est une certitude. Nous devons en trouver beaucoup même. Mais je n’ai pas une réponse à t’apporter pour l’instant. (…) Une défaite seulement liée à notre réussite aux tirs ? Tu ne veux jamais dépendre de ta réussite aux tirs, tu veux être une équipe capable de gagner peu importe ta réussite.
Quelles alternatives pour rester performant ?
Le front office du Thunder devra donc se montrer inventif pour permettre au champion 2025 de conserver un espoir de titre en juin prochain. Si la marge de manœuvre reste limitée, Sam Presti aura tout de même la possibilité de faire venir un renfort en profitant d’une Disabled Player Exception de 15 millions de dollars. Ce montant n’est que théorique, car, au-delà de sept millions de dollars, la franchise se retrouverait au-dessus du deuxième apron, un seuil qu’elle a tout fait pour éviter cet été. Le GM pourrait également tenter de monter un trade, le Thunder disposant toujours d’un nombre conséquent de choix de draft, mais le contexte financier serré obscurcit cette perspective.
Ce devrait donc être à Mark Daigneault de sortir des tours de son chapeau en révélant de nouveaux joueurs, comme il a pu le faire avec Ajay Mitchell la saison dernière, ou en adaptant sa stratégie aux forces en présence.
La première conséquence sera bien évidemment que Shai Gilgeous-Alexander devrait avoir encore davantage de responsabilités. Alors que le MVP en titre avait montré que les considérations collectives prenaient clairement le pas sur ses records individuels (en atteste le fait qu’il ait accepté de voir sa série de matchs à plus de 20 points s’arrêter), il n’aura sans doute pas d’autre choix que de porter le ballon une grande partie du temps. Ses statistiques n’en seraient que meilleures, et sa candidature à un nouveau titre de MVP n’en serait que plus légitime.

Derrière SGA, les role players devront élever leur niveau de jeu. Isaiah Hartenstein devrait conserver ses standards habituels, avec un double-double de moyenne, et continuer à apporter sa contribution au jeu grâce aux connexions qu’il crée avec ses coéquipiers. Les deux belles surprises de la saison passée, Ajay Mitchell et Jared McCain, devront confirmer les espoirs placés en eux et la confiance qui leur a été accordée depuis l’intersaison.
Le Belge a démarré la saison dans la continuité de la précédente, avec 16,5 points de moyenne en 26 minutes de jeu, et devra maintenir de tels standards si le Thunder veut jouer les premiers rôles à l’Ouest. L’ancien joueur de Philadelphie, quant à lui, monte en puissance après deux premiers matchs difficiles.

Les deux Williams, Jaylin et Kenrich, joueront un rôle majeur pour compenser les absences sur les ailes, et leur temps de jeu le prouve. Néanmoins, la différence de niveau se fait clairement ressentir avec les titulaires habituels, qu’ils auront du mal à faire oublier. Le constat est le même pour les deux rookies, qui offrent de bonnes minutes en sortie de banc, mais restent encore inexpérimentés pour le niveau NBA.
Ainsi, le Thunder devra faire le dos rond en attendant les retours de Chet Holmgren et d’Alex Caruso, avant de se projeter vers une postseason dont les perspectives sont moins réjouissantes qu’au début de la saison. Pour cela, il faudra espérer que certains joueurs élèvent leur niveau de jeu. Reste que la domination promise à cette jeune équipe après son titre en 2025 semble désormais bien loin, preuve que tout peut aller très vite dans le basket.






