AS Guelmeur : « grandir tout en gardant nos valeurs »

Brest est une ville passionnée de sport. Le club de football masculin a participé à la Ligue des Champions en 2025, le BBH vient de remporter le championnat féminin de handball et est dans le dernier carré de la coupe d’Europe et l’équipe de hockey a remporté deux Coupes Magnus dans son histoire. Mais il manque un sport : le basket.

Depuis 2010, Brest n’a plus d’équipe professionnelle de basketball, avec la descente, puis la mort de Étendard. Le Brest Métropole Basket, né des cendres de la Breizh Team, devait être l’équipe représentant fièrement la pointe bretonne sur la scène nationale. Pourtant, l’année prochaine, c’est une autre équipe qui va évoluer à un échelon supérieur.

L’Amicale Sportive du Guelmeur est née en 1974 dans le quartier de Saint-Marc, et depuis est resté un club représentant le sud-est de la ville de Brest. Mais, au sein du sport amateur et semi-pro breton, les Tangos sont en train de se faire remarquer. Le club vient d’accéder à la Nationale Masculine 3, l’échelon le plus haut dans l’histoire du Guelmeur. En plus de cela, l’équipe s’apprête à participer à sa deuxième finale de Coupe de Bretagne consécutive ce week-end.

Alors que le club vit ses meilleurs moments, leroster.com a pu s’entretenir avec Florian Rioual et Valentin Diulein, respectivement président et entraîneur de l’AS Guelmeur, afin d’en apprendre un peu plus sur cette équipe et ses ambitions.

Interview avec Florian Rioual et Valentin Diulein de l’AS Guelmeur

Pouvez-vous vous présenter et décrire votre fonction au sein du club?

Florian Rioual : 35 ans, papa de 2 enfants. Président du club depuis la saison 2022/2023.

Valentin Diulein : Je suis salarié au sein de club de l’AS Guelmeur depuis 3 ans. Ma fonction est éducateur en charge de toute la technique du club. Je suis coach également sur des jeunes U13 CTC* ainsi que l’équipe Fanion du club qui évolue en Pré-nationale et sera en National 3 l’année prochaine.

* Coopération Territoriale de Clubs, une convention par laquelle des clubs affiliés à la FFBB s’engagent à collaborer.

Ce samedi, votre équipe joue la finale de la Coupe de Bretagne. La deuxième en deux ans. Comment se sent l’équipe vis-à-vis de ce rendez-vous ? Est-ce qu’il y a une différence par rapport à la saison dernière ?

FR: L’équipe se sent bien et motivée pour cette finale. Ils ont conscience de l’événement et de l’équipe qu’ils vont affronter. La réelle différence avec l’an dernier, c’est que cette année, ils ont un peu plus d’expérience. Ils ont pris la mesure de ce que pouvait être une finale contre une équipe de haut de tableau Nationale 3 la saison dernière. Cette saison, ils ont confirmé ce qu’ils avaient initié sur la 2ème partie de saison de l’an dernier et ça aboutit sur une montée en nationale 3. Forcément, l’équipe n’est pas favorite sur le papier mais ils n’ont rien à perdre et sont capables de tout sur cette finale.

VD : L’équipe souhaite terminer cette saison qui restera déjà historique. Ils abordent ce rendez-vous avec détermination et une envie de bien finir. Il n’y a pas de réelle différence à part que ce n’est pas la même équipe en face. Pour nous c’est un vrai test pour l’année prochaine.

Cette finale vient également conclure une saison déjà historique pour le club, qui en étant champion de pré-nationale, va jouer en division nationale pour la première fois de son histoire. Est-ce que c’était une ambition avant le début de saison? Ou même depuis quelques années ?

FR : Effectivement, c’est une saison historique pour le club. Que ce soit les joueurs, Valentin, le coach, le staff, tout le monde a bien bossé. Ils méritent cette montée au vu de leur investissement et de leur état d’esprit ! Ce n’était pas forcément le projet en début de saison. On s’était fixé comme objectif de réussir à être placé dans le Top 5. Ils ont largement répondu à cet objectif.

VD : Pour ma part en tant que coach j’avais l’ambition d’un top 5 tandis que les joueurs s’étaient fixés un top 3. Donc pas un réel objectif cette saison mais il y avait cette volonté d’arriver à ce niveau dans 2-3ans. À force de travail et de rigueur mes joueurs y sont arrivés un peu plus tôt.

Quels sont les principes importants de cette équipe?

Seniors Masculins 1 - AS Guelmeur
L’équipe Fanion en début de saison. Crédit : AS Guelmeur

FR : C’est avant tout une équipe. Forcément sur un match, certains sont un peu plus mis en avant que d’autres. Mais la force de ce groupe, c’est que c’est une vraie équipe solidaire dans l’effort. Ils jouent les uns pour les autres et ils adhèrent totalement à ce que Valentin souhaite mettre en place. Ils sont tous dans le don de soi, la volonté de tout donner que ce soit à l’entraînement ou en match. Ils ne font pas les choses à moitié.

VD : C’est déjà avant tout une bande de copains qui aiment se retrouver. Ce sont des joueurs qui adorent le basket et qui adorent s’entraîner, ce qui pour un entraîneur est assez agréable je le reconnais. J’ai des principes basés sur le jeu en transition avec une volonté de se rendre constamment disponible à la balle. Avec une défense également atypique mais agressive. Ma volonté était de mettre en exergue les qualités individuelles de mes joueurs dans un collectif.

Quel joueur vous a surpris cette saison?

FR : Difficile de sortir un joueur individuellement. J’ai été pas mal surpris de l’adaptation de Timothée [Donnard-Le Gall] à ce niveau. Je ne m’attendais pas à ce qu’il attrape le wagon aussi facilement. Pour un jeune de 16 ans, c’est pas forcément simple d’intégrer un groupe en senior et il l’a plutôt bien fait. Plus qu’un joueur, c’est la façon dont le groupe est drivé par Valentin qui m’a agréablement surpris. La facilité avec laquelle il a fait adhérer les joueurs à ses idées, c’est assez surprenant positivement.

VD : ll n’y a pas un joueur qui m’a surpris. Je dirais surtout que ce qui a fait notre force c’est l’équipe. Chaque personne était impliquée dans le projet.

Comment se passe le recrutement de joueurs à ce niveau de compétition? Est-ce que le Guelmeur dépend plus de la formation dans ses catégories jeunes?

FR : Il ne faut pas oublier que nous sommes à Brest. Le bassin brestois est riche mais il n’y a pas non plus 50 profils en capacité de jouer en Pré-Nationale ou en Nationale 3. Donc forcément on sonde en local, des joueurs partis qui seraient de retour. On est à l’affût de joueurs arrivant sur Brest pour les études ou pour le travail. Depuis pas mal de saisons, on bosse en interne afin de proposer et d’accompagner les jeunes du mieux possible. Ce n’est pas forcément simple de sortir des joueurs chaque saison pour intégrer l’équipe première mais entre Thomas [Le Gall], Evan [Abiven] (parti l’été dernier) et Timothée, c’est des profils formés au club. C’est important et essentiel.

VD : Le recrutement est en cours, je suis conscient qu’en Nationale 3 on va devoir rajouter quelques éléments. Mais, ma première volonté est que les futures recrues correspondent à l’état d’esprit du groupe. Ce qui est actuellement en bonne voie.

La salle habituelle du Guelmeur, le gymnase du Forestou, est depuis quelque temps en rénovation et devrait être prête pour la saison prochaine. Comment se déroule le financement d’un tel projet? Est-ce que la ville aide le club ailleurs que dans cette rénovation ?

Le gymnase du Forestou va faire l’objet d’une rénovation en profondeur.
Le Forestou va être rénové. Crédit : Le Télégramme

FR : Le gymnase est la propriété de la ville. Nous ne sommes que de simples bénéficiaires. La taille du club fait que nous sommes (à 1 créneau près) l’unique structure associative du gymnase donc quand la ville décide d’entamer des travaux de rénovation, nous sommes consultés et écoutés. La ville attribue une subvention de fonctionnement au club, ce qui se fait avec toutes les assos et globalement dans toutes les communes. La totalité des coûts de rénovations sont à la charge de la mairie. Nous allons disposer d’un espace de vie et là par contre, c’est à nous de l’équipe et de l’aménager, ce qui est plutôt logique.

VD : Ces travaux sont un travail conjoint entre la ville et le club. Financièrement la ville a une volonté de reprendre soin de leurs infrastructures sportives ce qui est nécessaire pour le développement du sport dans la ville. Ainsi que l’épanouissement de la jeunesse. En effet, ces travaux sont financés par la ville.

Après la chute de l’Étendard, le BMB a repris le flambeau en tant qu’équipe de la ville. Il y a 2 ans, elle était en NM2, aujourd’hui elle est en bas de tableau de Pré-Nationale. Est-ce que le Guelmeur est en position pour se stabiliser dans les ligues nationales ou cela semble trop tôt ?

FR : Il est encore tôt pour dire que nous allons nous stabiliser au niveau national. On va tout faire pour. C’est déjà en cours avec la construction de l’effectif pour la saison prochaine. Après, c’est le terrain qui parlera. L’objectif, c’est de se maintenir. On a pas l’intention de faire l’ascenseur, ce serait manquer d’ambitions. On verra bien, mais en l’état, on travaille depuis plusieurs saisons à structurer le club. On a encore du boulot mais on est prêt à accompagner l’équipe pour la nationale 3.

VD : Le fait pour moi de monter est important, le plus important sera de perdurer à ce niveau là. Le guelmeur est prêt à se stabiliser dans les ligues nationales. Il faut construire sereinement avec un bilan à l’équilibre. Nous avancerons étape par étape.

L’année prochaine, il n’y aura pas d’équipe bretonne de basket professionnelle, avec la descente de Quimper. L’UJAP est d’ailleurs la seule équipe depuis 2010 à avoir atteint la deuxième division. Comment est-ce que vous pouvez expliquer le retard de la Bretagne sur le basket en comparaison aux autres régions?

FR : On espère tous que les Béliers de Kemper se verront rappeler pour se maintenir en Elite 2. Il y a des bruits de couloir avec des clubs qui sont financièrement en difficulté. Dans tous les cas, ils seront au moins en Nationale 1, qui pour moi est un championnat au moins, autant professionnel que l’Élite 2 au vu du nombre de matchs et de déplacements.

Le retard de la Bretagne sur d’autres régions, c’est difficile à expliquer puisqu’il y a quand même 4 équipes en NM1 cette saison en plus de Quimper en Elite 2. Lorient, Rennes, Vitré et Fougères. C’est pas négligeable. Une ville comme Rennes devrait être en capacité d’avoir une équipe en Betclic Elite ou en Elite 2 au vu de la taille de la ville. Après, il doit forcément y avoir des décisions politiques. L’équipe 2 de Rennes (que l’on va affronter ce samedi) évoluait en Nationale 2 la saison dernière. Ils s’étaient maintenus sportivement, mais ils ont demandé à descendre au vu des contraintes financières. C’est qu’il y a quelque chose pour peut être aller plus haut.

VD : Le fait de la descente des Béliers de Quimper en Nationale 1 sera une vraie difficulté pour le basket breton. C’est important de garder un centre de formation. Pour moi les clubs doivent s’accorder afin de retrouver un niveau professionnel en Bretagne c’est primordial pour l’attractivité de la pratique.

Quelles sont les ambitions, à court et long terme, de l’AS Guelmeur?

FR : A court terme, maintenir l’équipe 1 garçons en Nationale 3, l’équipe 1 fille au niveau régional. On a la volonté de faire monter l’équipe 2 garçons en région également afin de réduire l’écart de division et proposer des projets équipe 1/2 à certains jeunes.

Chez les jeunes, l’objectif est de continuer à travailler avec les clubs voisins que sont Guipavas avec notre CTC et Sanquer dans une moindre mesure. Je reste persuadé que l’entente entre clubs voisins est une force pour le développement du territoire. A long terme, l’objectif reste le même. Pérenniser le club, continuer de le structurer. Développer de nouvelles pratiques (basket santé, micro basket, etc…) Faire du club un véritable lieu de vie où il fait bon être. Peut être qu’avec tout ça, des choses viendront naturellement.

VD : L’ambition du club est de continuer à grandir tout en gardant nos valeurs ainsi que cet état d’esprit. Notre force est que l’on arrive à avoir des encadrants de qualité sur chaque catégorie avec des bénévoles dynamiques.

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