Asvel. Crédit : Sébastien Grasset

ASVEL, enfin des ambitions européennes

Après des années à truster les dernières places de l’EuroLeague, l’ASVEL semble enfin décidée à faire bonne figure sur la scène continentale. Pour cela, le club présidé par Tony Parker est prêt à mettre les gros moyens sur le marché des transferts.

Un retour en EuroLeague compliqué

Depuis que l’ASVEL a fait son grand retour en EuroLeague en 2019, sous la forme d’un membre permanent ayant un contrat garanti avec la plus grande entité européenne, l’équipe basée à Villeurbanne dans la banlieue de Lyon n’a jamais brillé.

En effet, le meilleur classement sur les sept saisons disputées n’est qu’une pauvre quatorzième place (l’EuroLeague ne comptait que 18 participants jusqu’à l’année dernière avant un élargissement à 20) sans jamais parvenir à avoir un bilan s’approchant de l’équilibre.

Pour la saison du retour, l’ASVEL a décroché une encourageante 15e place dans une saison tronquée par le Covid-19 qui s’était arrêtée après 28 matchs dont 10 victoires (35,7% de victoire) pour l’équipe menée, entre autres, par Guerschon Yabusele, de retour en Europe après une aventure compliquée en NBA.

L’ASVEL célèbre son titre de champion de France en 2019. Crédit : Joël Philippon

La saison suivante va bien à son terme et l’équipe parvient à décrocher 13 victoires (38,2% de victoire) permettant de finir quatorzième de la saison régulière. Une légère progression qui ne trouvera pas de suite malgré un autre ancien de NBA, Elie Okobo, qui réalise un retour de très haut niveau, notamment sur la première moitié de saison.

Les Villeurbannais ne gagnent que 10 matchs sur 32 joués (31,3%) et se classent avant-derniers dans une saison encore faussée par l’exclusion des clubs russes au cours de la saison à cause du conflit opposant la Russie à l’Ukraine.

La situation ne s’améliore pas en 2022-2023 puisque l’ASVEL finit bonne dernière de la saison régulière avec seulement 8 victoires en 34 matchs. La saison suivante, les rôles s’inversent avec l’Alba Berlin, avant-dernier la saison passée, et l’équipe coachée par TJ Parker, frère de Tony, gagne une place et une victoire (9, 26,5% de victoires). Elle profite de la saison cauchemar de Berlin qui n’aura gagné que 5 matchs.

TJ Parker, ancien coach de l’ASVEL. Crédit : Euroleague

Si la saison 2024-2025 est plus encourageante malgré les nombreux changements d’entraîneurs avec une 15e place et 13 victoires, égalant son meilleur bilan depuis son retour, la rechute n’est que plus brutale cette année. L’ASVEL finit bonne dernière avec 8 victoires pour 30 défaites, loin derrière l’Anadolu Efes, 19e (12 victoires).

Malgré cela, le club de Tony Parker est à sa place avec un salary cap très inférieur aux autres équipes et même en-dessous du plancher demandé par l’EuroLeague, qui oblige à payer une amende si celui-ci est inférieur à 5,8 millions d’euros.

Face aux difficultés sportives, Nando De Colo a quitté le club en cours de saison. Crédit : Arthur Réau

Un statut écorné sur le plan national

Au-delà de ces difficultés sur le Vieux Continent, l’ASVEL n’est plus le monstre qu’elle était sur le plan national. Club, de loin, le plus titré de l’histoire du championnat de France avec 21 titres devant Limoges (11) et Pau (9), les noirs et blancs ne font plus figure d’ogre.

Le dernier titre remonte à 2022 et c’est même la dernière fois que les Villeurbannais ont rallié la finale. Une éternité pour un club de ce niveau. Entre 2015-2016 et 2021-2022, l’ASVEL a été championne quatre fois en sept ans, et même en six ans puisque la saison 2020 a été arrêtée à cause du Covid.

Le dernier titre de champion de l’ASVEL en 2022. Crédit : AFP

La dernière Coupe de France remonte elle à 2021 et le dernier trophée du club avec le plus grand palmarès de l’Hexagone est donc la Leaders Cup 2023. A travers ce coup d’œil sur les derniers trophées, on sent bien une équipe à bout de souffle depuis l’amorce de cette décennie 2020.

En saison régulière, l’ASVEL continue de squatter le top 3 en toute logique avec son statut de club d’EuroLeague. Malgré cela, depuis son dernier titre en Betclic Élite, elle n’a plus rallié les finales, éliminée à trois reprises en demi-finales et dès les quarts cette année.

L’ASVEL subit la prise de pouvoir de Monaco et la montée en puissance de Paris car si le club de Tony Parker a fait parler l’expérience à deux reprises face au club de la Principauté en les battant au terme de séries âprement disputées (deux matchs 5), le rapport de force s’est clairement inversé.

La saison 2025-2026 est sans doute la pire depuis longtemps, avec une dernière place de l’EuroLeague avec seulement 8 victoires en 38 matchs, et des éliminations en quarts de finale d’Élite 1, de Coupe de France et de la Leaders Cup. Ces multiples échecs ont sans doute convaincu Tony Parker qu’il était temps de mettre la main à la poche afin de reconstruire une équipe compétitive.

Tony Parker et Gaëtan Müller, dirigeants du club. Crédit : Sacha Rutard

Un budget décuplé

Ainsi, l’ASVEL prépare une explosion de sa masse salariale pratiquement historique. Alors qu’elle avait été sanctionnée par l’EuroLeague et contrainte de verser 1,28 million d’euros à ses joueurs (somme représentant le gap entre la masse salariale et la masse salariale minimum exigée par l’Euroleague), BasketNews annonce une masse salariale supérieure à 20 millions d’euros pour la saison prochaine.

En effet, l’instance européenne exige une masse salariale plancher de 5,8 millions d’euros, ce dont l’équipe basée en banlieue de Lyon était donc très loin. La sanction ne se limite pas à cette « amende » puisque l’ASVEL a également été interdite d’inscrire des nouveaux joueurs ou entraîneurs tant que la somme n’aura pas été versée.

Tony Parker s’est donc empressé de satisfaire les demandes de Chus Bueno, président de la compétition européenne, et des instances afin de pouvoir se pencher au plus vite sur le recrutement et de construire un groupe compétitif.

Grâce à l’exploitation de sa flambant neuve LDLC Arena et ses revenus billetterie ainsi que le développement des revenus commerciaux l’ASVEL pourrait passer dans une nouvelle dimension. Le plus grand coup de tonnerre devrait venir de nouveaux investisseurs réputés dans le monde du basket : la famille Buss.

LDLC Arena, la nouvelle salle de l’ASVEL. Crédit : OL Vallée

Propriétaire de la plus grande franchise du monde, les Los Angeles Lakers, pendant plusieurs décennies, la famille Buss semble prête à investir dans le projet et apporter sa connaissance tant sur le plan sportif que marketing mais aussi attirer de nouveaux sponsors et investisseurs.

Ainsi, BasketNews a donc étudié la trajectoire financière de l’équipe rhodanienne et tablé sur une enveloppe de plus de 20 millions dédiée aux salaires des joueurs et coachs. Cela placerait l’ASVEL à hauteur des mastodontes du continent comme le Panathinaïkos et l’Olympiakos.

Jeanie Buss, possible nouvelle investisseuse du club rhodanien. Crédit : Florian Benfaid

Un recrutement 5 étoiles

Cette nouvelle masse salariale permet donc à la direction de convoiter des joueurs auxquels elle n’aurait même pas pensé à l’époque. De nombreuses rumeurs et des gros noms ont filtré, accompagnés d’un intérêt insistant de la part de Tony Parker.

La première pièce du nouvel effectif aurait déjà donné son accord, bien que l’officialisation ne soit pas encore intervenue. Et l’ASVEL a frappé fort d’entrée en obtenant l’accord du MVP de la saison régulière de Lega Basket Serie A, le championnat italien, Armoni Brooks.

Ancien joueur NBA passé notamment par Houston, l’actuel joueur de l’Olimpia Milan aurait déjà été séduit par le projet mais aussi par le salaire offert (on parle de 4,6 millions d’euros sur 2 ans). Le meneur sort d’une saison aboutie en Italie avec donc son titre de MVP et des moyennes de 16 points et 4 rebonds avec une adresse plus que respectable (48% et 38% à 3 points) dont 13 points en EuroLeague en 22 minutes de moyenne.

Armoni Brooks, première recrue de l’été. Crédit : Gazzetta

Parallèlement à ce premier renfort, la direction se penche sur d’autres pistes et non des moindres. En effet, le club rhodanien ciblerait des profils français dominants cette saison sur la scène continentale avec Sylvain Francisco et Timothé Luwawu-Cabarrot qui auraient reçu des offres conséquentes d’environ 6 millions d’euros sur deux ans.

Si ces deux joueurs venaient à rejoindre les rangs de Villeurbanne, l’effectif aurait déjà fière allure puisque le Sylvain Francisco a été deuxième du vote de MVP de l’EuroLeague et nommé dans le meilleur 5 de la compétition en tournant à 16,5 points et 6,5 passes sur les 38 matchs de saison régulière.

Timothé Luwawu-Cabarrot a, lui, fini quatrième marqueur de l’épreuve avec 18,3 points de moyenne. Pour sa deuxième saison du côté de Vitoria, l’ailier français passé par la NBA a passé un cap majeur en doublant pratiquement sa moyenne de points (de 10 à 18,3) avec un temps de jeu similaire, environ 25 minutes.

Deux autres internationaux français seraient aussi sollicités, l’un avec un bagage plus étoffé que l’autre, en la personne de Frank Ntilikina, champion d’Europe avec Olympiakos avec un rôle mineur. Mathis Dossou-Yovo est l’autre nom évoqué après sa saison exceptionnelle du côté des Hauts de Seine et de Nanterre où il a notamment fini troisième du vote de MVP d’Élite 1.

Qui va rester de l’effectif actuel ?

Parmi les joueurs de l’effectif actuel, plusieurs sont en fin de contrat cet été et ne devraient pas être conservés : David Lighty, Edwin Jackson, Zac Seljaas et Thomas Heurtel.

Les deux premiers sont des historiques de l’ASVEL et semblent arriver à la fin de leur aventure dans le Rhone à respectivement 38 et 36 ans. Ils ont rendu de fiers services au club mais semblent proches de la fin avec des blessures à répétition et des performances en baisse.

Thomas Heurtel partira lui aussi et a même été écarté du groupe avant la fin de la saison. Zac Seljaas devrait aussi faire ses valises.

Melvin Ajinca, Glynn Watson Jr. et Shaquille Harrison arrivent également en fin de contrat mais la direction pourrait entamer des discussions afin de les prolonger au vu de leurs bonnes performances cette saison.

Armel Traoré, Mbaye Ndiaye et les pivots Bastien Vautier et Bodian Massa sont encore sous contrat jusqu’en 2027 mais pourraient faire les frais de la refonte de l’effectif bien que les deux premiers cités ont montré des qualités qui pourraient leur offrir une place dans l’effectif pléthorique de l’année prochaine.

L’effectif de l’ASVEL devrait être fortement remodelé cet été. Crédit : LDLC ASVEL

Tony Parker de dirigeant à coach de l’ASVEL?

Outre le bouleversement de l’effectif, le banc va connaître du changement cet été. En effet, Pierric Poupet, en poste depuis plus de deux ans, vient juste d’être remercié.

Le nom pour le remplacer est déjà tout trouvé : Tony Parker, président actuel. L’ancien meneur star de l’équipe de France a récemment passé ses diplômes d’entraîneur et a déjà été nommé coach de l’équipe de France U17 avec laquelle il disputera une Coupe du monde cet été.

Le numéro des Spurs devrait donc prendre le relais de Pierric Poupet et bénéficier de l’augmentation de la masse salariale pour toucher un salaire historiquement élevé pour un coach du championnat de France. Le très bien renseigné média européen BasketNews évoque un salaire autour de 1,2 millions d’euros annuels, dix fois plus que son prédécesseur.

Tony Parker devrait être le nouveau coach. Crédit : Stéphane Pillaud

Ce dernier n’a cependant aucune expérience au coaching et voudrait donc s’entourer d’un coach extrêmement expérimenté en la personne de Vincent Collet, son ancien sélectionneur en équipe de France mais aussi coach de plusieurs équipes de Betclic Élite et conseiller spécial des Cavs cette année.

L’ASVEL prépare donc un été chargé à même de lui permettre d’atteindre les playoffs d’EuroLeague pour la première fois depuis son retour en 2019. L’arrivée prochaine de la NBA Europe que Tony Parker rêve d’intégrer a sans doute une forte influence sur ce renouveau de la LDLC ASVEL.

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