Deux saisons après son grand retour en NBA, Guerschon Yabusele retrouve le continent européen avec un goût d’inachevé. Pourtant, l’aventure avait parfaitement commencé après son dunk sur LeBron James en finale des Jeux olympiques et une saison réussie du côté de Philadelphie. Mais la suite des événements ne s’est pas déroulée comme prévu et la belle histoire qui aurait pu s’écrire en NBA s’envole en direction du Panathinaïkos.
Le poster sur LeBron comme déclencheur

Après trois années victorieuses au Real Madrid, Guerschon Yabusele s’engage avec les Bleus à l’approche des JO de Paris. Revanchard de son passage à Boston entre 2017 et 2019, The Dancing Bear n’avait encore aucune idée d’à quel point ce tournoi allait transformer la trajectoire de sa carrière.
Alors que l’équipe de France vit une passe compliquée en phase de poule, l’ancien joueur de l’Asvel est placé en tant que titulaire sur le poste 4 au détriment de Rudy Gobert. Choix réclamé par les fans mais qui va s’avérer bien plus crucial que tout le monde n’avait imaginé. Car à l’issue du quart de finale où la planète basket entière voyait le Canada se qualifier dans le dernier carré, les Français se sont démenés pour remporter le match avec Guerschon en tête de proue (22 points, 5 rebonds).
Rebelote en demi-finale face à l’Allemagne, l’ancien joueur des Celtics domine Daniel Theis, celui qui avait pris sa place à Boston, et finit une nouvelle fois meilleur marqueur (17 points, 7 rebonds) sous les chants de MVP pour mener les Bleus vers leur deuxième finale consécutive aux JO. En finale face à Team USA, c’est là que le phénomène Guerschon Yabusele atteint son paroxysme. Sur la scène la plus importante du basket mondial, l’ours inscrit son nom dans la légende en dunkant sur la tête de LeBron James. Une action iconique qui restera dans les mémoires et qui aura surtout permis à l’ancien rejeté des Celtics de retrouver la Grande Ligue cinq ans après l’avoir quittée.
Je serais peut-être toujours au Real Madrid si je n’avais pas dunké sur LeBron, en tout cas ça a été le point d’exclamation sur mes JO.
Une première saison pleine d’espoir

Après ces JO d’exception, Guerschon Yabusele débarque alors à Philadelphie dans un contexte particulier. La majeure partie de l’effectif est décimée par les blessures et la franchise de Pennsylvanie joue alors le bas de tableau dans la conférence Est. Malgré cette situation compliquée, le vice-champion olympique parvient à s’imposer dans la rotation et à trouver un rôle majeur. Il termine la saison sur des statistiques solides de 11 points, 5,6 rebonds et 2 passes décisives. Une performance rare pour un joueur de 29 ans qui sort d’EuroLeague, car nombreux sont les exemples qui ont échoué avant lui tels que Sasha Vezenkov ou Vasilije Micić, pourtant tous deux MVP de la compétition reine d’Europe.
Agent libre à la fin de la saison 2025, l’avenir semble brillant pour l’ancien Madrilène qui propose un profil intéressant pour une équipe ambitieuse. Bon défenseur capable d’être placé sur les postes 4 et 5, qui évolue à de bons pourcentages derrière l’arc (38 %) et qui a la possibilité de jouer au poste bas. En somme, un bon role player.
Avec ces qualités, Guerschon Yabusele attire les regards d’équipes prétendantes au titre telles que Denver et New York. Après réflexion, l’international tricolore emmène ses talents à la Big Apple dans un été où il est aussi nommé capitaine de l’équipe de France lors de l’EuroBasket. Tout présage alors une bonne saison où le Dancing Bear sera en capacité de montrer ses talents dans une équipe contender avec plus de visibilité. La suite, malheureusement, vous la connaissez…
La désillusion lors de la deuxième saison

Arrivé chez les New York Knicks avec plein d’espoir, l’ancien joueur des Sixers se retrouve très vite face à un mur. Mike Brown, signé un peu plus tard dans l’été, ne considère pas Yabusele comme une pièce importante de l’effectif et le restreint à un rôle très limité.
Avec des minutes qui chutent mois après mois et malgré la victoire en NBA Cup, le mentor de Mohammed Diawara et Pacôme Dadiet se retrouve rapidement frustré dans une situation qui lui rappelle ses sombres années à Boston. Dans ces conditions, l’homme qui avait déjà dû faire un sacrifice d’argent pour partir du Real vers la NBA se voit obligé de renoncer à sa player option de 5,8 millions de dollars pour pouvoir être transféré.
Agacé par sa situation au point d’à nouveau parier sur lui-même pour quitter New York, Guerschon Yabusele débarque à Chicago après une première partie de saison catastrophique (2,7 points en 9 minutes de moyenne). Aux Chicago Bulls, dans un contexte peu ambitieux, le joueur passé par Rouen rejoint un autre compatriote en Noa Essengue et réalise une deuxième partie d’exercice plus encourageante à l’image de son année passée chez les Sixers.
Avec 10 points, 5,7 rebonds et 25 minutes en 26 matchs, l’homme qui a dunké sur LeBron s’est redonné un peu d’air pour espérer signer un nouveau contrat mais la réalité de la NBA l’a vite rattrapé. Le joueur dont la priorité était de rester dans la Grande Ligue s’est vu proposer peu d’offres et malgré un contrat d’un an présenté par les Wolves, Guerschon Yabusele a fait le choix de la sécurité en signant un contrat de trois ans pour 12 millions d’euros au Panathinaïkos plutôt que de persister dans un rêve éphémère outre-Atlantique.
Un retour à la fois amer et encourageant

Ce « retour à la case départ » pour le héros de la France lors des Jeux olympiques fait mal au cœur et laisse un sentiment d’inachevé car la fin aurait pu être bien différente si le champion d’Europe 2023 avait atterri dans une franchise ambitieuse qui lui aurait donné un meilleur rôle. Cet « échec » témoigne de l’importance des choix dans une carrière et de la manière dont ces derniers peuvent mettre un joueur en position de performer ou non.
Au Panathinaïkos, il rejoint une équipe qui ne manque pas d’ambition et qui, après avoir vu son rival l’Olympiakos dominer ces dernières saisons, a pour volonté de reprendre son trône laissé en 2024. Avec un rôle majeur dans ce qui est peut-être le meilleur effectif jamais assemblé en EuroLeague, l’Ours laisse ses regrets derrière lui et aborde avec enthousiasme ce nouveau défi.
Ce récit nous rappelle la difficulté pour les joueurs draftés puis rejetés de la Grande Ligue d’obtenir une seconde chance concluante. Alors que Guerschon Yabusele a failli faire partie des exceptions, le retour à la réalité et la difficulté de la NBA l’ont rappelé à l’ordre. Aujourd’hui, il revient en EuroLeague non pas en tant que petit joueur mais bien en tant que cadre d’un projet ambitieux qui envisage de viser les hauteurs de l’Europe.
Alors, est-ce que cette deuxième tentative en NBA est-elle considérée comme un échec ? Peut-être. Aurait-il dû insister et ne pas revenir en Europe ? Ça, c’est l’avenir qui nous le dira… Le parcours du Dancing Bear doit être analysé et vu comme un exemple pour les joueurs qui performent d’abord en Europe et qui ambitionnent de faire le passage outre-Atlantique à un âge avancé. Car tel est le cas aujourd’hui de nombreux internationaux en la personne de Nadir Hifi et Sylvain Francisco, pour ne citer qu’eux.






