Liban, Iran, le basket sacrifié par la géopolitique

Pendant que la NBA discute expansion et que l’Europe organise la NBA Europe, une partie du monde du basket s’écroule en silence. Au Liban et en Iran, deux des trois meilleures nations de la zone FIBA Asie, la balle orange ne rebondit plus que sous l’écho des bombes. Entre championnats suspendus, fuite des talents et clubs délaissés, le basket de la région vit ses heures les plus sombres. Et tout le monde semble s’en foutre.

On a souvent loué la résilience du basket libanais. On a écrit des lignes entières sur Wael Arakji, le « MVP du peuple », et sur cette sélection capable de faire trembler des nations mondiales malgré une économie en lambeaux. Mais aujourd’hui, la résilience a ses limites. Depuis l’escalade du conflit entre Israël et le Hezbollah en mars 2024, le basket libanais n’est plus en mode survie : il est à l’arrêt complet.

Wael Arakji MVP de la FIBA Asia Cup 2022 Crédit : Gettyimages

Le Liban : Des salles de basket aux centres de réfugiés

Le constat est brutal. Le championnat libanais, l’un des plus passionnés au monde, a été mis entre parenthèses. Les infrastructures ne sont plus des sanctuaires sportifs : de nombreuses salles de sport ont été réquisitionnées pour accueillir les milliers de déplacés fuyant les bombardements au Sud et dans la banlieue de Beyrouth.

Le championnat qui a été raccourci en 2024-2025 de 9 à 5 mois (avec le même nombre de match), montrait déjà des signes d’essoufflement, dont les conséquences sont, des blessures graves de joueurs importants pour l’équipe nationale, Wael Arakji qui rate la FIBA Asia Cup et donc qui prive le Liban d’un des meilleurs joueurs de son histoire et donc de sous performer…

Basket - Finale: Riyadi tire le premier, La Sagesse sous pression
Finale 2024-2025 Al Riyadi-Sagesse Crédit : Sarkis Yeretsian

Pour les clubs de l’élite, comme Al Riyadi ou Sagesse, le coup est terrible. Ces institutions, qui dominent la West Asia Super League (WASL), voient leur modèle économique voler en éclats. Les sponsors se retirent, l’argent s’évapore, et les joueurs étrangers (3 par clubs) indispensables au niveau de jeu ont fait leurs valises dès les premières alertes. Le basket, dernier ciment social d’un pays fracturé, s’efface devant l’urgence humanitaire.

Des joueurs indispensables de certains clubs ont dû partir, les exemples sont très nombreux mais parmi les plus marquants Paris Bass, joueur de la Sagesse Beyrouth depuis le début de cette saison et l’un des meilleurs joueurs étrangers de la ligue libanaise, a signé en Libye. Jimmy Salem, l’un des joueurs libanais les plus expérimentés, a eu l’opportunité de signer au Japon.

Alors que la saison 2025-2026 au Liban était partie pour être l’une des plus disputées depuis un long moment, la guerre l’a encore une fois arrêté, provisoirement ou indéfiniment, seul l’avenir nous le dira.

L’Iran : L’isolement par le feu

De l’autre côté de la frontière, en Iran, la situation n’est guère plus brillante. Déjà asphyxié par des années de sanctions, le sport iranien subit de plein fouet l’instabilité régionale. Les frappes récentes et les tensions militaires ont fini d’isoler le basket perse.

En février 2024, le symbole a été frappant : un tournoi qualificatif de l’Euroleague (NextGen) à Abu Dhabi a été annulé en plein milieu d’un match entre Monaco et l’Aris Salonique à cause de tirs de missiles dans la région. Si même les tournois chez les voisins riches du Golfe sont impactés, imaginez le quotidien d’un club à Téhéran ou Ispahan.

Demi-finaliste de la dernière FIBA Asia Cup, sans aucun naturalisé, battant la Nouvelle-Zélande pour la 3ème place, l’Iran était redevenu une place forte du basket asiatique.

l’Iran terminant 3ème de la FIBA ASIA CUP Crédit : ifpnews.com

Les clubs iraniens, comme Tabiat (finaliste de la WASL), sont désormais des parias logistiques. Voyager pour jouer des compétitions internationales est devenu un parcours du combattant : visas refusés, vols annulés, et une paranoïa sécuritaire qui empêche toute équipe étrangère de venir jouer sur le sol iranien. Le niveau stagne, les talents locaux ne s’exportent plus ou s’exilent dans des ligues mineures pour fuir l’incertitude.

 La WASL : Un projet ambitieux dans un champ de mines

La FIBA avait lancé la West Asia Super League pour professionnaliser la zone. Sur le papier, c’était brillant : opposer les meilleurs clubs de la région dans une ambiance électrique. Dans les faits, c’est devenu un cauchemar organisationnel. Comment maintenir une compétition quand deux des trois nations majeures (avec l’Irak) sont en guerre ou sous tension maximale ?

Wasl: Riyadi fonce vers le sacre, La Sagesse rend les armes
Al Riyadi vainqueur de WASL 2025 Crédit : FibaWasl

Les clubs libanais et iraniens sont les « laissés-pour-compte » de cette nouvelle ère. Ils ont le talent, ils ont le public (les ambiances à Beyrouth et Gorgan sont inégalables), mais ils n’ont plus de sécurité. La FIBA tente de délocaliser les matchs à Dubaï ou Doha, mais le basket y perd son âme et ses revenus de billetterie.

Alors que l’Euroleague a pu relocaliser les matchs de Dubaï, de l’Hapoël Tel Aviv et du Maccabi Tel Aviv, la FIBA n’a même pas essayé de trouver une solution pour que les clubs libanais et iraniens puissent poursuivre leur parcours en WASL…

Le basket dans cette région a toujours été plus qu’un sport ; c’était un cri de ralliement, une preuve d’existence sur la scène internationale. En laissant ces clubs et ces fédérations s’enfoncer dans le noir, c’est tout un pan de la culture basket mondiale qu’on laisse mourir.

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