Nouveau Scouting Report pour Le Roster et aujourd’hui, on s’attaque à un phénomène incroyable du côté de Duke University : Khaman Maluach.
Background
Quand on parle de Khaman Maluach, on est obligé de passer par son parcours de vie pour comprendre comment il en est ici aujourd’hui parce que Maluach, ce n’est pas un fils de joueur qui a grandi dans les buildings de New York ou les penthouse de LA avec tout ce qu’il fallait pour devenir un grand joueur. Khaman Maluach, c’est un descendant dinka, peuple qui a subit de nombreux massacres et discriminations par le gouvernement soudanais sur des bases de différences culturelles entre le pouvoir islamique et le peuple dinka. Un peuple qui a déjà eu des descendants en NBA comme Manute Bol, Thon Maker ou Marial Shayok. C’est d’ailleurs un peuple qui est connu pour être l’un des plus grands d’Afrique, même si la guerre et la famine ont réduit ça.
Maluach, lui, est né en 2006, soit juste après les accords de paix qui offrent « l’autonomie » au Soudan du Sud jusqu’en 2011, année durant laquelle aura lieu un référendum pour l’indépendance du Soudan du Sud. A titre personnel, Maluach a très vite rejoint, avec sa mère et ses frères et soeurs, l’Ouganda. Là-bas, le manque de structure et la culture locale se fait ressentir et l’enfant Maluach se dirige plus vers le football. Il commence le basketball seulement en 2019, quand il rejoint un camp de Luol Deng par hasard puis qu’il se fait repérer par le coach Akech Wuoi Garang du Bethel Covenant College qui lui offre une bourse. Il a, par la suite, rejoint la NBA Academy Africa au Sénégal, loin de sa famille qu’il n’a pas vu pendant 2 ans. Il a dit s’être très vite inspirer de joueurs comme Joel Embiid, Anthony Davis ou Bam Adebayo.
En terme basketball, il fait plusieurs années dans le cadre de la Basketball Africa League. Sur sa première saison, lors de l’année 2022, il joue pour Cobra Sport, le club sud-soudanais. Alors qu’il n’a que 15 ans, on voit déjà ses qualités athlétiques et le potentiel d’utilisation de son corps incroyable avec quelques flashs techniques hyper intéressants pour un joueur qui a commencé le basketball seulement 3 ans auparavant, le tout dans une équipe qui gagne la CESBA (Central Equatoria State Basketball Association) et qui fait deuxième de la BAL.
L’année suivante, le nom de Khaman Maluach monte dans tous les boards : il progresse techniquement avec un tir qui va de mieux en mieux. Avec l’AS Douanes, il finit en finale de la BAL et champion de la ligue sénégalaise. Mais cette année-là, il finit surtout MVP du Basketball Without Borders à Johannesburg et on le voit à la Coupe du Monde avec le Soudan du Sud où il montre des choses intéressantes sur un petit temps de jeu à seulement 16 ans.
En 2024, il rejoint les City Oilers de la ligue ougandaise. Dans une équipe plus faible et à seulement 17 ans, il domine : il envoie 18.2 points, 13.5 rebonds (leader de la BAL) et 2.8 contres, montre sa domination physique et des énormes progrès techniques, faisant de lui un énorme candidat pour les grosses facs NCAA puis à la draft 2025 dans un second temps. Une situation qui lui a offert, à son âge, l’opportunité de jouer les Jeux Olympiques, avec un petit rôle certes, mais de jouer quand même face à LeBron James et Stephen Curry, quelque chose dont il est heureux selon ses dires dans le podcast The Brotherhood.
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Cette saison, Khaman Maluach joue à l’université de Duke, qu’il a choisi devant UCLA, Kansas ou Kentucky. Chez les Blue Devils, il est un élément important qui dominent autour de Cooper Flagg. Avec Kon Knueppel, Maliq Brown, Sion James, Tyrese Proctor ou Caleb Foster, Maluach s’éclate et montre des grandes qualités qui en font un super prospect.
Les qualités
- La première qualité quand on parle de Khaman Maluach, c’est son physique incroyable. Le pivot de Duke mesure 2m18 pour 113 kilos et possède une gigantesque envergure. Mais Maluach n’est pas juste grand, il est aussi très mobile, possède une superbe capacité à se mouvoir et à se déplacer dans l’espace. Globalement, et on le verra ci-dessous, mais le physique est la base du jeu de Maluach et lui offre beaucoup de potentialité dans son jeu.
- Khaman Maluach est un roller exceptionnel pour son jeune âge. Déjà, son physique lui offre une immense gravité sur le roll, ce qui force constamment la défense adverse à s’adapter à ses mouvements. En effet, avoir un joueur si grand, si mobile avec de la technique oblige l’équipe à garder un oeil et un coup d’avance pour ne pas se faire avoir sur un lob ou sur un scoring dans le dunker spot. Mais la capacité la plus dingue chez Maluach en terme de finition P&R, c’est sa fluidité sur le roll. Il pose de très bons écrans puissants et il drive vite et, souvent, les intérieurs ne peuvent pas le suivre. Quand un intérieur de 2m18 est capable de rouler vite, efficacement, de poser des écrans significatifs et de finir de différente manière (roll classique, alley-oop), c’est hyper efficace et c’est certain qu’il saura jouer le P&R dès ses premières heures en NBA.
Liking how Khaman Maluach sets his high screens. Slightly bends his knees which allows him to set and hold a hard pick. Rarely ever slips his screens too but still rolls hard to the rim. Arguably the most aggressive he’s been offensively early in a game.pic.twitter.com/wT0YejlPio
— Conrado Pascual (@CP3_777) January 8, 2025
- Forcément, un joueur de ce gabarit là, on l’attend aux rebonds et autant vous dire que Maluach en attrape beaucoup. Avec son physique incroyable, il s’impose physiquement face à beaucoup d’intérieurs sous-dimensionné ou moins athlétiques comme Johni Broome ou Hunter Dickinson. C’est notamment aux rebonds offensifs qu’il se démarque avec 15% de ORB%. Sur le rebond défensif, les chiffres sont moins en sa faveur mais il faut bien comprendre qu’à Duke, entre le phénomène athlétique Cooper Flagg et le nombre d’arrière long comme Sion James ou Tyrese Proctor, il est aussi très utilisé en tant que poseur d’écran sur le rebond. Pour finir, il protège assez bien son ballon sur sa captation du rebond.
- En défense, on a un protecteur de cercle avec beaucoup de potentiel. Déjà, sur les chiffres : on est à 6.4% de BLK%, on a une moyenne de 1.2 contres sur la vingtaine de minutes qu’il joue et tout ça sachant qu’il a Cooper Flagg dans son effectif qui est un joueur incroyable défensivement qui produit aussi beaucoup de contres. Dans le jeu, on a un pivot mobile mais surtout très réactif. Il voit les cuts assez vite et a un sens de l’anticipation assez incroyable pour son jeune âge. Forcément, avec ses longs bras, tout ça fait que le potentiel de Maluach en terme de protection de cercle est exceptionnel avec un tel alliage technique, physique et cognitif.
The offense is certainly going to take some time to develop but Khaman Maluach’s defense and rim protection is already so special. pic.twitter.com/s1hgOwRFxU
— Hutson Boggs (@hutson_boggs) November 5, 2024
- Un autre point positif, c’est que Maluach a d’excellentes mains. Quand on sait que c’est un pivot de 2m18 qui a commencé le basketball il y a 6 ans, le voir tourner à 77.3% aux lancers francs est incroyable. A titre de comparaison, ni Derik Queen, ni Thomas Sorber, ni Asa Newell ne sont au dessus de Maluach. Son évolution aux lancers francs dans la réussite est aussi super intéressante à noter : 50% avec le Cobra Sport, 66.7% avec l’AS Douanes, 72.4% avec les City Oilers et donc plus de 77% aujourd’hui. Si les volumes ne sont pas toujours significatifs, ça montre bien les progrès techniques réguliers et rapides que propose Maluach.
No draft pick since 2008 has exceeded a 75% true shooting percentage, and only five first rounders have shot above 70%.
— Matt Powers (@DraftPow) January 17, 2025
Duke's Khaman Maluach is at 80.6%. pic.twitter.com/yFqhudTDA0
- Pour en terminer avec les qualités : Khaman Maluach est quelqu’un qui a l’habitude des contextes nouveaux. On parle d’un très jeune Sud-Soudanais qui a du grandir en Ouganda, qui a joué au Sénégal, au Soudan du Sud, en Ouganda et aujourd’hui aux USA. Contrairement à d’autres joueurs qui n’ont jamais bougé du cocon, Maluach a montré qu’il savait gérer la nouveauté et s’adapter aux nouveaux contextes, une qualité importante en NBA où l’adaptation est primordiale et l’absence de cette qualité a pu couter des carrières à certains comme Greg Oden.
Les défauts et les points sur lesquels progresser
- Peut être que certaines personnes, en lisant les qualités, s’attendaient à trouver le tir extérieur. En effet, avant la saison, le potentiel de tireur de Khaman faisait partie des raisons d’aimer ce joueur. Malheureusement, on n’a pas beaucoup de résultats cette année. Sur ce début de saison, le pivot tourne à 1/7 de loin. Entre une très faible réussite et un trop peu de tentatives (que ce soit une consigne tactique ou un manque de confiance), on ne peut pas considérer, aujourd’hui, le Sud-Soudanais comme un stretch 5. Ce qui est bien dommage quand on sait qu’avec la BAL ou l’équipe nationale, il avait un vrai tir qui rentrait bien.
- On sait aujourd’hui l’importance qu’a, maintenant, le passing pour un intérieur. Hormis les pivots à vocation uniquement défensive comme Mitchell Robinson, avoir un pivot mauvais passeur est compliqué en attaque dans une NBA qui met de plus en plus en valeur le mouvement constant loin du ballon. Sur 20 matchs, Maluach tourne à 6 assists pour 14 turnovers en terme de total, c’est beaucoup trop léger. Même si on a une ou deux passes bien senties, on a aussi plusieurs séquences avec des passes un peu hautes, mal dosées ou tout simplement un manque de vision. D’ailleurs, on ne le voit pas sortir le ballon sur des séquences de short roll. Un point sur lequel il va devoir travailler pour devenir un joueur offensif vraiment efficace au niveau professionnel.
- Si Maluach fait 113 kilos, on peut s’inquiéter quand on le voit défendre les post-ups. Sur Amari Williams, par exemple, il se fait très franchement enfoncer. Alors certes, ce n’est que Amari Williams donc il peut contester assez aisément malgré tout avec ses longs bras et le fait que le pivot de Kentucky ne soit pas le technicien du siècle. Cependant, dans une projection NBA, l’imaginer défendre au poste bas sur des Domantas Sabonis, Alperen Sengun ou Jonas Valanciunas (pour ne pas parler de Nikola Jokic ou Karl-Anthony Towns) est compliqué. C’est un point qu’il va devoir améliorer aussi si il ne veut pas devenir une missmatch.
- Enfin, on peut noter que Maluach a quelques goaltendings un peu stupide mais à son âge, ce n’est pas dramatique et il arrivera à trouver les bons angles en grandissant en tant que joueur. Nonobstant, il ne faudra pas s’étonner de quelques erreurs de jugement en défense qui font encore partie de son jeu et c’est, très sincèrement, normal pour un joueur aussi jeune.
- Tout petit point à noter, on a vu une séquence très bizarre où il a vomi à cause de crampes et d’un excès de Gatorade selon son coach. A voir ce que ça peut signifier mais c’est à noter car c’est quand même très inhabituel pour un prospect.
En bref, Khaman Maluach porte en lui l’espoir d’un pays, l’espoir d’un peuple qui a si longtemps subi l’oppression par un gouvernement qui a perpétué des massacres sur les dinkas. Son potentiel est immense et un futur dans lequel Maluach devient une star, loin d’être impossible, changerait tout pour l’équipe nationale et mettrait un magnifique point d’exclamation au travail de Luol Deng et d’autres pour faire monter le basketball dans ce pays.