L'été à venir ne s'annonce pas de tout repos dans l'Oregon. Crédit : Ian Cox via Trail Blazers

Portland Trail Blazers, un été à la croisée des chemins

Après une saison séduisante, Portland doit trancher dès cet été sur la direction à donner au projet. Une situation loin d’être évidente dans une franchise en plein bouleversement.

Une saison 2026 surprenante

On peut dire que la saison des Blazers n’a pas été des plus banales, et ce dès le premier jour.

Moins de 24h après la reprise de la saison NBA, on apprenait que le coach de l’équipe, Chauncey Billups, était mis à l’écart à la suite d’une enquête fédérale sur des paris sportifs illégaux et des parties de poker clandestines. Un évènement bien évidemment inattendu, surtout après que le concerné a été prolongé quelques mois auparavant. Avec un vestiaire sous le choc, c’est Tiago Splitter qui a eu la lourde tâche d’assurer l’intérim.

Mais les Blazers ont assuré avec brio en développant une identité de jeu dans la lignée de la fin de saison dernière. Notamment défensivement où Portland a mis en place un système très agressif sur le point d’attaque afin de mettre la pression et créer du chaos afin de générer des pertes de balles. On se souvient notamment que c’était l’équipe qui faisait le plus de presse tout-terrain en début de saison, avant de voir cette stratégie s’essouffler au fur et à mesure de la saison à cause de la fatigue.

En accompagnant cela de closeout très agressif afin de combler les décalages tout en assurant des rotations défensives de haut niveau afin de conserver un big près du cercle, l’objectif était de semer la zizanie dans l’attaque adverse. Un choix payant puisque Portland était cette saison la 12e meilleure défense de la ligue !

On a également pu voir une équipe intéressante offensivement. Avec la volonté de toujours attaquer le cercle (58,1 drives par match, 3e de NBA), les Blazers ont bâti un système visant à prendre des tirs rémunérateurs : soit au panier, soit à 3pts sur C&S. Que ce soit en initiant sur PnR ou bien en profitant d’une bonne organisation offensive de l’espace pour créer ses lignes de drive, l’équipe a été assez surprenante.

Néanmoins on ne peut pas omettre que l’attaque a montré plus d’une fois de grosses limites, en particulier au tir. Sans réel shooteur d’élite dans ses rangs, l’équipe était 27e en termes de réussite à trois points, avec un super mauvais 37% de réussite sur les trois points wide open (26e). On peut également pointer du doigt les trop nombreuses pertes de balles, la faute à l’absence d’un réel créateur capable d’initier sans déchets.

Les statistiques collectives de Portland depuis le début du rebuild en 2022. Via Cleaning The Glass
Les statistiques collectives de Portland depuis le début du rebuild en 2022. Crédit : Cleaning The Glass

En finissant la saison avec 42 victoires, Portland a réalisé sa première saison positive depuis 2021 ! La franchise de l’Oregon s’est même offert la peau des Suns lors du play-in. Mais au premier tour, les hommes de Splitter n’ont rien pu faire face à l’armada texane, pourtant amputée de son alien Victor Wembanyama lors d’une partie de la série. Rien de bien grave quand on sait que l’on ne donnait pas cher de leur peau avant la série.

Au rayon des satisfactions, difficile de ne pas citer Deni Avdija, All-Star pour la première fois de sa carrière (24,2 points ; 6,9 rebonds ; 6,7 assists). Il s’est affirmé comme l’un des meilleurs driveurs de la NBA, finissant 9e driveur le plus efficace parmi ceux à minimum 10 drives par rencontre. Kevin Durant expliquait en janvier que « c’est désormais une star », précisant que « sa plus grande force est d’attaquer la raquette pour obtenir des lancers (ce qui) lui ouvre beaucoup de choses ».

Enfin comment oublier le retour de Damian Lillard à la maison. Libéré par les Bucks après avoir été coupé – le restant de son salaire étant étalé sur les cinq années à venir –, il a décidé de revenir dans la franchise qui l’a vu devenir l’un des tout meilleurs joueurs du monde. Même s’il n’a pas pu jouer de la saison afin de soigner sa rupture du tendon d’Achille, il nous a gratifiés d’une performance exceptionnelle au All-Star Game en remportant le concours à trois points pour la troisième fois de sa carrière. Ce qui a d’ailleurs laissé planer quelques doutes sur un potentiel retour lors des playoffs !

Tiago Splitter, merci, au revoir ?

Promu en urgence coach principal des Blazers, Tiago Splitter a assuré avec brio ce rôle de pompier. Surtout quand on se souvient qu’il était en concurrence avec Nate Bjorkgren – coach des Pacers en 2021 – pour assurer cet intérim. Une consécration pour celui qui a connu une excellente saison au Paris Basketball l’année dernière, portant le club parisien aux playoffs d’Euroleague et à son premier titre de champion de France.  

Revenu sur les terres de l’Oncle Sam, le Brésilien a brillé par sa capacité à perpétuer la philosophie mise en place par son prédécesseur, une situation qui rappelle celle qu’il a connue dans la capitale française. Il a surtout réalisé un travail remarquable pour maintenir le groupe soudé derrière un seul et même objectif à la suite de l’arrestation de Billups. Un évènement qui aurait pu faire imploser un vestiaire, mais qui l’a au contraire soudé.

Il a été projeté dans une situation très difficile. Ce n’était pas facile pour lui de prendre soudainement le poste de head coach. Mais je pense qu’il a été phénoménal. Il tire le meilleur de tout le monde, il croit en chacun de ses joueurs. Il a fait un super travail pour fédérer ce groupe et s’assurer que l’on reste positif .

Deni Avdija, en conference de presse (2026)

L’ancien pivot de San Antonio a surtout ramené cette exécution rapide, à la fois sur transition et demi-terrain, pour combler les limites sur jeu placé de ses joueurs. Bien évidemment tout n’était pas parfait – notamment dans sa recherche du tir à trois points sans vrais shooteurs –, mais il a tout de même montré de bonnes choses. S’ajustant plutôt bien en playoffs, il a optimisé son équipe avec l’effectif dont il disposait.

Mais à la suite de l’élimination contre San Antonio, les premières rumeurs ont fait état d’un potentiel changement de coach dans l’Oregon. L’insider Jake Fisher laissait d’ailleurs entendre qu’avant même la fin de saison, les entretiens se sont multipliés afin de trouver un successeur au poste de Splitter. Les dernières infos laissent penser que Tom Thiboddeau pourrait être intéressé, lui qui est sans poste depuis son départ de New-York l’année dernière. Le nom de certains assistants a émergé, tels que Steve Hetzel à Brooklyn ou Jared Dudley à Denver, sans savoir quel est le profil recherché par Portland.

Car c’est là que se joue le début du renouveau de Portland : quel coach sera le plus à même de lead un projet qui a terminé sa phase de reconstruction et souhaite être compétitif à (court ?) moyen terme Surtout en prenant en compte le retour de Lillard qui, du haut de ses 35 ans, suscite quelques interrogations concernant le niveau qu’il pourra retrouver. Ce dernier devrait quoi qu’il arrive avoir son mot à dire sur ce choix puisqu’il serait consulté sur l’évaluation des candidats potentiels.

Malgré une saison satisfaisante sportivement, Tiago Splitter sera-t-il toujours sur le banc des Blazers à la reprise ? Crédit : Darren Abate via AP

Que faire avec les jeunes ?

Pour la première fois depuis cinq ans, l’équipe affiche un projet séduisant qui a tout pour plaire. L’effectif est aujourd’hui encore brut, avec un noyau de jeunes qui ne demande qu’à se développer. Les playoffs nous ont permis de passer certains au révélateur, à commencer par Scoot Henderson qui a été intéressant par séquences. Même si des doutes subsistent quant à sa capacité à vraiment être un scoreur efficace et un défenseur off-ball suffisant, il a tout de même été une satisfaction.

On ne peut pas en dire autant de Donovan Clingan, qui a largement sous-performé en comparaison avec Robert Williams, qui apportait plus de garanties verticales et de mobilités. Il n’a jamais pesé dans la protection de cercle, se limitant à 21 minutes de moyenne sur les cinq rencontres contre 27 en régulière. Toumani Camara a également déçu en attaque, notamment au tir où il a été trop maladroit alors qu’il est devenu plutôt efficace depuis deux ans.

Pour Shaedon Sharpe, la situation est bien plus complexe. Le 7e choix de la draft 2022 n’a pas montré depuis son arrivée dans la ligue qu’il pouvait être plus qu’un scoreur. S’il possède des qualités athlétiques largement au-dessus de la moyenne, le tir a quant à lui beaucoup plus de mal à venir avec efficacité. Le manque de réussite résultant sûrement d’une sélection de tirs bien trop compliqués avec beaucoup de jumpers contestés et un handle qui peine à convaincre.

Tous les joueurs évoqués plus haut, excepté Camara et Sharpe , sont toujours dans leur contrat rookie. Ils représentent par conséquent des assets avec un retour sur investissement élevé dans le cas d’un trade, surtout quand on sait que les Blazers possèdent des contrats plus importants.

La situation financière des Portland. Crédit : Spotrac

Jerami Grant et Jrue Holiday ont par exemple deux ans de contrat restant – avec une player option sur la seconde – à environ 35 millions (21% du cap chacun). Ils représentent les contrats idéaux à inclure dans un trade pour une superstar, en y ajoutant des jeunes dans leurs contrats rookies et des picks de draft.

Surtout quand on sait que Portland possède 8 premiers tours sur les cinq prochaines drafts, le pick de cette année allant à Chicago. En plus de ses choix, ils possèdent également celui d’Orlando en 2028 (récupéré dans le trade de Cedric Coward) ainsi que le pick de Boston en 2029 (obtenu dans le trade de Jrue Holiday vers le Massachusetts). Mais la franchise des Blazers a surtout la mainmise sur trois futurs premiers tours de Milwaukee, à savoir celui de 2029 ainsi que la possibilité de swap en 2028 et 2030.

Faut-il absolument viser une superstar cet été ?

Il est justement intéressant de se pencher sur ce point précis puisque les Bucks abordent une phase de rebuild à venir, si ce n’est pas déjà le cas. La franchise du Wisconsin se retrouve à un carrefour de son histoire puisqu’elle ne semble plus en mesure d’être compétitive, avec le contrat de Lillard en dead money, alors même que Giannis Antetokounmpo clame haut et fort sa volonté de se battre encore pour un titre.

Pour le moment, les décideurs de Milwaukee ne ferment la porte à aucune possibilité, se montrant prêts à entourer du mieux possible le Grec, tout comme à se séparer de ce dernier pour entamer cette reconstruction. Or, sans la possession de trois futurs premiers tours, Milwaukee aurait tort de ne pas chercher à récupérer ce qu’ils possédaient.

Est-ce que Portland ne sera pas le candidat de trade idéal pour récupérer Giannis Antetokounmpo ?

Avec des contrats pour absorber celui du Greek Freak, des jeunes à potentiel ainsi que les picks de Milwaukee, Portland a tout pour séduire les Bucks. Oui tout, mais pas forcément Giannis, qui souhaiterait selon certaines rumeurs rester dans la conférence Est et/ou rejoindre un plus gros marché. Un point important dans les négociations puisqu’il sera free-agent en 2027. Dès lors Portland ne peut pas sacrifier une grande partie de ses assets sans être certain qu’Antetokounmpo prolonge son aventure dans l’Oregon.

Giannis Antetokounmpo serait-il intéresser par l'idée de retrouver Damian Lillard à Portland ? Crédit : Patrick McDermott via Getty Images
Giannis Antetokounmpo serait-il intéressé à l’idée de retrouver Damian Lillard à Portland ? Crédit : Patrick McDermott via Getty Images

On a également laissé entendre que Portland pourrait être intéressé par Anthony Davis, dont le trade à Washington ne semble pas l’enchanter. Si le joueur a, comme souvent dans sa carrière, connu une année compliquée à cause des blessures, il reste tout de même l’un des meilleurs intérieurs de la ligue. Et la contrepartie serait moindre pour s’accaparer les services d’Unibrow plutôt que du Greek Freak.

Il est également possible que Portland surveille de près la situation autour de Kawhi Leonard. Si les investigations n’ont pas (encore ?) donné lieu à des sanctions concernant le scandale autour d’Aspiration, les Clippers pourraient tout de même chercher à échanger The Klaw cet été, ce dernier étant en fin de contrat à l’été 2027 et dont la valeur ne va faire que diminuer avec le temps et les blessures.

Il est également possible que les Blazers s’intéressent à la situation d’autres joueurs, comme Jaylen Brown, puisque Brad Stevens semble être prêt à faire de gros coups après l’élimination contre Philadelphie. Quid des situations de Donovan Mitchell à Cleveland et Devin Booker à Phoenix ? Aucune rumeur n’est réellement sortie autour des trois derniers noms cités, mais il est sûr que Portland se positionne comme l’un des plus gros poissons de cette intersaison.

Si nous récupérons une star, nous aurons une chance de gagner. Si nous n’en trouvons pas, il faudra ajouter des pièces en espérant que le développement suive. Et si cela ne fonctionne pas, nous devrons repartir sur un nouveau plan. À mon avis, chacun de ces scénarios a autant de chances de se produire.

Tom Dundon, en conférence de presse (2026)

Car oui, les Blazers ont une opportunité de faire un gros trade sans pour autant sacrifier tous leurs assets. Une chance peut être unique, en particulier quand on voit que malgré la présence de nombreux jeunes, aucun ne semble aujourd’hui en mesure de rendre vraiment compétitive la franchise. Surtout quand on anticipe la prolongation à venir de Deni Avdija à partir de l’été 2028.

Mais la stratégie de la franchise dépendra des choix du nouveau propriétaire. Et on peut dire que ce dernier suscite beaucoup de débats depuis sa prise de fonction.

Un nouveau propriétaire aux méthodes drastiques

À la mort de Paul Allen en 2018, ce dernier avait signifié dans son testament la volonté de vendre ses actifs sportifs, dont les Portland Trail Blazers, où il était le président depuis 1988. C’est sa sœur Jody Allen qui a assuré cette vente, attendant le moment opportun pour vendre au prix le plus élevé la franchise, les fonds récoltés étant transférés à l’association de Paul Allen qui finance des causes caritatives.

C’est donc après la signature des nouveaux droits TV qu’elle a officiellement mis en vente la franchise en mai 2025. Si plusieurs parties se sont manifestées, c’est bien le groupe d’investissement Rip City Rising qui a mis la main sur la franchise pour la modique somme de 4,25 milliards de dollars. On retrouve quelques figures locales, dont Sheel Tyle, mais aussi Andrew Cherng (fondateur de Panda Express) et surtout Tom Dundon, qui est devenu le nouveau propriétaire de la franchise.

Ce dernier est un homme d’affaires texan de 54 ans qui a bâti sa fortune dans le crédit automobile durant les 90s puis l’immobilier dans les 2000s. Il est surtout connu dans le monde du sport pour être le propriétaire des Carolina Hurricanes en NHL, qu’il a récupérés au plus bas sportivement en 2017 pour en faire un candidat au titre ces dernières années.

Exemple typique du « self-made man » américain, il est vu comme un businessman très actif dans tout ce qu’il entreprend, se montrant obsédé par la performance et l’optimisation de ses actifs. Une vision qu’il n’a pas hésité à mettre en avant dès sa nomination en expliquant que « Mes attentes sont probablement plus élevées que ce à quoi la plupart des gens sont habitués ».

Tom Dundon lors de sa conférence de presse d'introduction en tant que nouveau propriétaire de Portland. Crédit : Sean Meagher via The Oregonian
Tom Dundon lors de sa conférence de presse d’introduction en tant que nouveau propriétaire de Portland. Crédit : Sean Meagher via The Oregonian

S’il n’a pas hésité à dire qu’il était en phase d’observation, Dundon a tout de même pris des décisions qui n’ont pas manqué de faire réagir.

Toujours dans cette recherche d’optimisation, il n’a pas souhaité que les two-way contracts, inéligibles en playoffs, accompagnent l’équipe à San Antonio. De même, plusieurs membres du staff auraient patienté dans le lobby de leur hôtel en amont de la rencontre de play-in contre Phoenix pour réduire les frais de checkout tardif. Enfin, il a refusé de fournir des tee-shirts gratuits au public lors des deux rencontres de post-season à domicile afin de réduire les coûts. Un phénomène que l’on avait déjà pu observer lors de sa prise de fonction chez les Hurricanes.

Plusieurs insiders laisseraient d’ailleurs entendre que Dundon souhaiterait remplacer Splitter au coaching non pas à cause de ses résultats sportifs, mais plutôt pour faire des économies. En limitant le salaire de leur prochain coach à 1,5 million de dollars annuels, il serait bien plus bas que la moyenne de la ligue qui est autour des 7 millions de dollars cette saison !

Cette stratégie de cost-killing n’a pas manqué de faire réagir, obligeant Adam Silver à répondre à certains doutes planant autour du nouveau propriétaire de Portland. Le Commissionner a ainsi vanté la stratégie du milliardaire texan en précisant que c’est une « approche minutieuse qui consiste à se concentrer sur les détails pour donner l’impression aux gens que tout compte ».

Ne souhaitant pas investir personnellement dans la rénovation du Moda Center, qui est l’une des salles les plus anciennes de NBA, Dundon a tout de même réussi à obtenir un projet de rénovation financé à 365 millions par des fonds publics de l’État de l’Oregon. S’engageant à rester vingt ans supplémentaires, ce choix reste tout de même contrasté quand on sait que les propriétaires investissent généralement leur propre argent dans ces rénovations en plus de s’engager à long terme. Il a d’ailleurs mis la pression sur l’État en menaçant de déménager la franchise s’il n’obtenait pas gain de cause, preuve qu’il est prêt à tout pour arriver à ses fins.

Espérons pour Portland que le propriétaire sera aussi fort financièrement que sportivement. La franchise de l’Oregon se retrouve en tout cas à un moment important de son histoire cet été puisque le non-choix sera également une décision forte. Faut-il continuer à miser sur l’avenir ou à saisir les opportunités de marchés à venir ? Réponses dans les prochaines semaines…

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