Bryson Graham lors de sa conférence de presse d'introduction au côté de Michael Reinsdorf. Crédit : Sam Smith via NBA.com

Qui est Bryson Graham, le nouveau vice-président des Bulls?

Tout fraîchement arrivé dans l’Illinois, Bryson Graham se retrouve dans une franchise des Chicago Bulls en reconstruction. Un choix dans la continuité de son parcours.

Loin des projecteurs

Né le 3 octobre 1986 à San Antonio, Bryson Graham grandit dans une famille férue de sport. Alors qu’il suit attentivement les exploits de David Robinson et Tim Duncan dans le Texas, il s’intéresse de plus en plus à la balle orange. Il n’en n’oublie pas les études, ses parents se montrant très exigeants sur ce dernier point.

Il étudie à la Ronald Reagan High School, un lycée public situé au nord de San Antonio et reconnu pour ses exigences académiques. L’établissement figurait en 2013 à la 5e place des meilleurs lycées de San Antonio alors même qu’il n’a vu le jour qu’en 1999. Graham évolue alors dans un tout nouveau lycée qui doit encore faire ses preuves dans le basketball, d’autant plus au Texas, qui est un État réputé pour sa culture sportive.

À la fin de son cursus lycéen, Bryson Graham n’attire pas la convoitise des grandes universités Il décide par conséquent de se diriger vers des programmes plus petits afin de se mettre en valeur. C’est donc pour cette raison qu’il rejoint en 2004 le Maine Central Institute à Pittsfield dans le Massachusetts. Au sein d’un établissement ayant déjà vu passer d’autres joueurs NBA tels que Caron Butler, Sam Cassell ou Brad Miller, Graham se montre à son avantage.

Il retourne au Texas l’année suivante en rejoignant le Lon Morris College à Jacksonville, où il évolue en JUCO. Loin du glamour universitaire, Bryson Graham se retrouve dans un environnement où tous les joueurs se battent pour trouver une place en Division I NCAA. Là-bas, il bataille quotidiennement pour attirer l’attention des plus grandes universités.

Il finit par y parvenir en rejoignant Texas A&M en 2006. Au sein d’un programme montant en puissance dans les années 2000, Graham joue assez peu. Bryson Graham se contente de bouts de matchs au sein d’une équipe qui se bat pour la reconnaissance nationale, atteignant le Sweet Sixteen en 2007 et se qualifiant au deuxième tour du tournoi NCAA en 2008 et 2009. En trois saisons, il ne joue que 63 minutes en 28 matchs cumulés, et se fait deux ruptures des ligaments croisés antérieurs, l’empêchant d’atteindre son rêve d’évoluer en NBA.  

Bryson Graham sous le maillot de Texas A&M en 2006. Crédit : Associated Press via Alamy
Bryson Graham sous le maillot de Texas A&M en 2006. Crédit : Associated Press via Alamy

Diplômé d’un bachelor en développement des ressources humaines avec une mineure en business, l’ancien guard raccroche les sneakers pour se diriger vers le banc de touche en devenant graduate assistant pour sa fac. Sa curiosité plaît au sein de l’université, où il ne refuse jamais de faire ce qui lui est demandé. Passant de la préparation vidéo à la logistique tout en aidant au scouting, Bryson Graham devient un réel couteau suisse indispensable au programme.

C’est à ce moment-là qu’il rencontre Dell Demps, alors directeur du personnel joueur professionnel à San Antonio. Ce dernier, présent lors de la visite de son fils Tre pour potentiellement rejoindre Texas A&M, est très rapidement conquis par cet assistant. Même si son fils rejoint finalement Northwestern, Demps et Graham restent en contact.

Et en 2010, Dell Demps est nommé GM des New Orleans Hornets. Ce dernier contacte immédiatement Bryson Graham pour lui proposer un poste au sein de la franchise, sans lui faire passer le moindre entretien.

Je n’avais aucun doute sur le fait que Bryson était la bonne personne […].Mais dès que Turgeon (coach de Texas A&M à l’époque) a dit qu’il ne voulait pas le perdre, ça m’a tout simplement confirmé mon intuition. Quatorze ans plus tard, Bryson est GM d’une équipe NBA.

Dell Demps, via nola.com (2024)

Started from the Intern

Au sein d’une franchise sortant alors d’une saison décevante terminée à la 11e place de la conférence Ouest malgré un Chris Paul All-Star et David West en lieutenant, Bryson Graham commence tout en bas. Il n’est au début qu’un simple interne des opérations baskets, soit le poste d’entrée dans un front office.

Il doit gérer à la fois les tâches administratives tout en assurant la logistique quotidienne et en touchant un salaire assez faible. Bryson Graham s’occupe par exemple de préparer les cafés et les snacks, de transporter les nouveaux joueurs depuis l’aéroport vers la franchise ou de prendre des notes lors des réunions.

Je me souviens encore de ces barres aux cacahuètes, à la fois sucrées et salées, qui devaient forcément s’y trouver [..] et des Rice Krispies Treats. Je faisais tout et n’importe quoi. Aucune tâche n’est trop insignifiante pour toi. À mon avis, en commençant tout en bas de l’échelle, c’est la seule façon de gravir les échelons.

Bryson Graham, via nola.com (2024)

Pourtant l’intéressé voit en cela l’opportunité d’apprendre tous les jours, de découvrir de l’intérieur le fonctionnement d’une franchise NBA. Il profite de ces réunions pour ingurgiter tous les échanges et le savoir des personnes présentes afin de mettre de l’ordre dans ses pensées et mieux comprendre la dynamique de la ligue.

Au bout de deux ans, Monty Williams, alors coach de l’équipe, lui propose un poste de coordinateur vidéo et player development. Une proposition face à laquelle Bryson Graham est hésitant en premier lieu, lui qui n’a alors jamais fait cela par le passé en se limitant à des reports de scouting au mieux. Mais le coach insiste et se montre persuasif avec lui, au point de lui faire accepter ce nouveau rôle au sein de la franchise.

Il apprend énormément au cours de ses deux saisons en analysant quotidiennement les adversaires tout en participant au développement de certains joueurs tels que Anthony Davis ou Jrue Holiday. Dans une entrevue avec The Athletic en 2022, il déclare que:

« Quand j’ai pris le poste de coordinateur vidéo en chef, j’ai pu participer à toutes les réunions d’entraîneurs. J’étais sur le terrain avec les joueurs et j’ai vu le basket sous un angle totalement différent. Je suis convaincu que travailler aux côtés des entraîneurs et être présent dans la salle vidéo est vraiment, vraiment important pour l’évaluation des joueurs et la gestion de l’effectif ».

En 2014, il décide de retourner vers le front office en devenant coordinateur de scouting, expliquant qu’il se sent plus à l’aise dans les bureaux de la franchise plutôt que sur le banc. Il a alors pour missions de scouter des joueurs partout dans le monde, que ce soit en NCAA, en Europe ou même dans d’autres championnats émergents. Et au sein d’une franchise qui se reconstruit autour d’AD, le travail de Bryson Graham est remarqué. À tel point qu’il est même nommé directeur du scouting en 2017, preuve qu’il fait l’unanimité dans la franchise à ce moment-là.

Bryson Graham au côté de David Griffin devant les médias lors de sa dernière saison à la Nouvelle-Orléans. Crédit : David Grunfeld/The New Orleans Advocate via AP
Bryson Graham au côté de David Griffin devant les médias lors de sa dernière saison à la Nouvelle-Orléans. Crédit : David Grunfeld/The New Orleans Advocate via AP

À l’été 2019, alors que New Orleans a entamé sa reconstruction autour de Zion Williamson, Brandon Ingram et Lonzo Ball suite au départ de Davis vers Los Angeles, Bryson Graham est nommé assistant GM. Sous la direction de David Griffin, ancien General Manager des Cavs champion en 2016, ses responsabilités s’élargissent au-delà du scouting puisqu’il se retrouve impliqué dans la stratégie sportive globale tout en continuant d’assurer ses missions de scouting. Il devient par la suite GM de la franchise en 2024.

Il participe activement au renouveau de la franchise, cette dernière draftant lors de cette période de très bons jeunes tels que Nickeil Alexander-Walker, Herb Jones, Trey Murphy III, Jose Alvarado ou encore Dyson Daniels. L’ensemble de la ligue s’intéresse de plus en plus à son travail, à tel point que The Athletic le nomine en 2022 dans son top 40 des dirigeants, coachs et agents qui façonnent le monde du basketball et son avenir.

L’oiseau prend son envol

Après 15 années de bons et loyaux services dans la Nouvelle-Orléans, Bryson Graham quitte sa franchise de toujours. Celui qui est passé du poste d’intern à GM souhaite donner un nouvel élan à sa carrière. Il rejoint alors les Atlanta Hawks dans un poste de senior vice-president des opérations basket.

Avec un rôle encore plus global, il se retrouve dans une équipe qui ne sait plus où aller. La construction autour de Trae Young n’ayant pas abouti aux succès espérés, il fait partie du management qui récupère le pick 2026 des Pels – joli coup d’œil du destin – et qui se sépare du meneur de poche pour reconstruire autour de Jalen Johnson, All-Star pour la première fois cette saison-là.

En parallèle, la franchise de Chicago connaît une saison 2026 frustrante malgré son bon début de saison. Arturas Karnisovas et Marc Eversley, alors les deux décideurs sportifs de la franchise, sont plus que jamais contestés dans l’Illinois en raison de leur bilan. En six saisons, ils ne sont pas parvenus à ramener les Bulls au sommet, s’empêtrant dans une médiocrité trop moyenne pour espérer sortir la tête de l’eau. Ils sont finalement démis de leurs fonctions avant même la fin de saison.

Chicago se met alors à la recherche de leurs successeurs. En faisant appel à une firme de consulting (TurnkeyZRG) dans sa recherche d’un nouveau VP des opérations basket, la franchise souhaite alors aller de l’avant. Michael Reinsdorf déclare notamment vouloir se diriger vers un dirigeant « process-orienté », prêt à accepter de construire un projet long-terme tout en étant un bon communicant.

Dès les premières minutes – exactement deux –, Bryson Graham conquis Michael Reinsdorf. Par son enthousiasme ainsi que ses expériences antérieures réussies, il parvient à obtenir ce poste tant convoité, alors même qu’il était en concurrence avec Matt Loyd, bras droit de Tim Connelly à Minnesota et ancien salarié des Bulls ayant travaillé avec John Paxson par le passé. Un soulagement pour Graham, qui n’a pas manqué de partager son émotion.

« Mon objectif ultime est de diriger une équipe. J’aimerais beaucoup devenir GM. J’aimerais beaucoup devenir vice-président. Et mettre à profit tout ce que j’ai appris au fil des années et les expériences que j’ai vécues pour diriger une organisation. Je pense que c’est là mon objectif final ».

Bryson Graham, via The Athletic (2022)

Un défi de taille à Chicago

Dans l’Illinois, Bryson Graham aura fort à faire. La franchise ayant officiellement entamé son rebuild depuis deux saisons, il dispose d’une énorme marge pour construire l’équipe compétitive de demain en s’appuyant sur ses qualités de scouting. D’autant plus que Chicago a deux choix au premier tour, à savoir le sien (autour du 9e) ainsi que le pick de Portland (15e choix), récupéré dans le trade de Derrick Jones en 2022.

Le nouveau VP des opérations basket n’a d’ailleurs pas hésité à mettre en avant les profils qu’il affectionnait, à savoir les joueurs qu’il appelle « SLAP » (Size, Length, Athleticism, Physicality). On comprend ici l’idée qu’il souhaite avant tout récupérer des joueurs possédant un potentiel physique au-dessus de la moyenne, similaire à ce qu’il a pu faire à NOLA avec Herbert Jones ou Trey Murphy. Une philosophie qui s’inscrit parfaitement dans les derniers choix de Chicago avec Josh Giddey, Matas Buzelis et Noa Essengue.

Il est surtout conscient de la situation actuelle des Bulls, se montrant réaliste sur la qualité de l’effectif actuel. Il faut dire que Chicago est une franchise en grandes difficultés depuis plus de dix ans. Elle est devenue source de raillerie dans l’ensemble de la ligue, au point que le journaliste Jon Greenberg se pose la question si « Bryson Graham est prêt à diriger un grand marché avec une petite organisation ? ».

Avec son enthousiasme, Bryson Graham va-t-il redonner le sourire aux fans de Chicago ? Crédit : Josh Boland via Chicago Tribune
Avec son enthousiasme, Bryson Graham va-t-il redonner le sourire aux fans de Chicago ? Crédit : Josh Boland via Chicago Tribune

Si des premiers mouvements sont à prévoir dans les prochains jours dans le front office, la première décision forte de Graham sera de trouver un coach ainsi qu’un GM adhérant à la vision qu’il souhaite mettre en place. Pour ce dernier poste, certaines rumeurs laissent penser que Dave Lewin (assistant GM à Boston) serait le favori. Ayant impressionné lors des interviews pour le poste de VP des opérations basket, il aurait les faveurs des dirigeants pour être le n°2 de Graham. Mais c’est bien ce dernier qui aura le dernier mot quoi qu’il arrive.

Concernant le coach, le nom de Tom Thibodeau est revenu ces derniers jours. Celui qui a dirigé les Bulls entre 2010 et 2015 serait intéressé par un comeback dans l’Illinois, lui qui a été viré par les Knicks qu’il avait pourtant emmenés jusqu’en finale de conférence après avoir été un acteur majeur du rebuild de la Big Apple. Ces rumeurs venant du camp de Thibs, on ne sait pas encore vraiment quel est l’avis de Graham à ce sujet, lui qui pourrait privilégier un changement total.

D’autres rumeurs laissent penser que le management s’intéresserait à Sean Sweeney qui, après avoir fait les beaux jours de Dallas, est cette saison l’assistant principal de Mitch Johnson à San Antonio. Micah Norie est un nom qui revient régulièrement, lui qui est le bras droit de Chris Finch aux Wolves et qui est considéré comme le meilleur assistant de la ligue depuis deux ans selon le traditionnel sondage de début de saison.

Bryson Graham arrive dans une franchise où il a tout à reconstruire. Comme il l’a prouvé depuis le début de sa carrière, ce nouveau défi ne lui fait pas peur. Mais on sait qu’à Chicago les paroles sont rarement suivies par les actes. Pourra-t-il bouleverser la franchise, endiguer dans son passé historique afin de construire un futur brillant ?

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