La montée d’un col hors-catégorie puis sa descente, c’est la façon dont on pourrait résumer la saison de Jalen Duren, le pivot des Detroit Pistons. Après une saison régulière au-delà des attentes, près de 20 points et 11 rebonds à 65% au tir, Duren était attendu lors de cette post-season avec le leader de la Conférence Est mais il a énormément déçu.
Malgré cette déception, la saison du natif de Pennsylvanie reste globalement une réussite puisqu’elle l’a vu devenir All-Star pour la première fois avant, peut-être, d’intégrer une All-NBA Team. Un niveau que ses premières saisons en NBA ne permettaient pas nécessairement d’imaginer mais qui lui a permis de s’installer parmi les meilleurs intérieurs de la ligue.
Une ascension programmée, une explosion confirmée
Jalen Duren est drafté en 2022 après une seule saison de NCAA à Memphis et a pris son temps mais semble désormais avoir bien lancé sa carrière. Sélectionné en 13e position par les Charlotte Hornets, il est immédiatement envoyé chez les Detroit Pistons, où il évolue depuis.
Il connaît une saison rookie correcte avec des moyennes d’environ 9 points et 9 rebonds en jouant 67 matchs dont 31 en tant que titulaire avec 25 minutes de moyenne. Cela lui vaut d’être nommé dans la All-Rookie Second Team.
La saison suivante, il devient le titulaire indiscutable du poste, gagne du temps de jeu et augmente sensiblement ses moyennes : 14 points et 11,5 rebonds. Il fait alors déjà partie des meilleurs rebondeurs de la NBA profitant grâce à ses épaules musculeuses qui lui permettent de dominer sous les cercles. Le seul bémol reste son équipe, bien trop faible et qui finit dernière avec un bilan peu reluisant de 14 victoires.

L’année 2024-2025 est légèrement moins prolifique avec des moyennes en baisse (12 points et 10,5 rebonds). Jalen Duren est alors considéré comme un pivot solide d’une équipe moyenne de NBA, mais vu davantage comme une machine à double-double qu’une future super star. Les performances collectives sont bien plus encourageantes avec 44 victoires et une qualification en playoffs.
Mais, cette saison est clairement celle de l’explosion pour le numéro 0. Toujours porté par sa puissance physique dévastatrice et une maturité nouvelle, le pivot de Detroit a franchi un cap colossal pour devenir l’un des intérieurs les plus dominants de la ligue, décrochant au passage sa première étoile de All-Star.
Jalen Duren affiche des statistiques de 19,5 points et 10,5 rebonds de moyenne, soit un bond de 7 points de moyenne. Il se classe huitième en termes de nombre de points marqués pour les joueurs de son poste ainsi que sixième meilleur rebondeur et même quatrième pour les rebonds offensifs. Le tout en à peine 28 minutes de temps de jeu moyen, peu pour un pivot All-Star.
Mais au-delà des chiffres, c’est son impact des deux côtés du terrain qui impressionne : il est devenu l’ancrage défensif d’une équipe passée de la 6e place (44-38 l’an dernier) au trône de la Conférence Est (48-18 au 15 mars).
Cade Cunningham n’y est pas pour rien dans cette révélation puisqu’il est le franchise player de l’équipe et fournit 10 passes décisives par match. Jalen Duren en est le premier « réceptionneur » avec 2,3 offrandes du meneur pour son pivot en moyenne.

Deuxième au vote du MIP
Le meneur double all-star avait d’ailleurs fini 2e au vote du MIP (Most Improved Player) l’année dernière, la même place que Jalen Duren cette année. Le trophée du MIP vient récompenser le joueur qui a le plus progressé sur la saison par rapport à la précédente.
En effet, il a été devancé, assez largement, par Nickeil Alexander-Walker, arrière des Atlanta Hawks, auteur d’une progression stratosphérique. Ce dernier a récolté 396 points (66 premières place, 19 secondes et 9 troisièmes) contre 254 pour Duren (23 premières, 39 secondes et 22 troisièmes).
S’il aurait pu espérer remporter ce premier trophée individuel, le résultat reste tout de même logique. D’une part, Jalen Duren est devenu All-Star pour la première fois, a vu une progression nette de sa moyenne de points (+6,8) et son équipe a semblé bénéficier de cette explosion puisqu’elle est passée de 44 à 60 victoires et une surprenante première place à l’Est.
Mais, Alexander-Walker ne manquait pas d’arguments avec une progression statistique plus impressionnante (+11,4 ; 5e plus grand écart depuis 35 ans) et un statut de titulaire nouveau suite à son trade de Minnesota à Atlanta. Grâce à son titre, les Hawks deviennent la première franchise à remporter le MIP deux années consécutives, après Dyson Daniels en 2025.

Loin du compte en playoffs
Suite à ces 70 matchs convaincants, tous les espoirs étaient permis d’autant plus que les Pistons ont fait la course en tête à l’Est tout au long de la saison. Une première participation aux Finals ne semblait pas utopique même si la franchise du Michigan ne partait pas favorite malgré son statut de premier.
Leur bonne saison régulière devait logiquement leur accorder un premier tour plutôt abordable. Il n’en fut rien puisque le play-in a placé le Magic d’Orlando sur leur route. Une équipe auteure d’une saison décevante mais qui, à son meilleur niveau, vaut bien plus que cette huitième place et que la majorité des bookmakers imaginaient avec l’avantage du terrain au premier tour.
Si les Pistons sont parvenus à s’en sortir, ce fut loin d’être une promenade de santé : les champions 2004 ont eu besoin d’un match 7 pour rallier le second tour et peuvent même être considérés comme miraculés étant donné qu’ils étaient menés 3-1 dans la série et même de 20 points à la mi-temps du match 6.
Jalen Duren n’est pas étranger aux difficultés des Pistons puisqu’il n’a pas réussi à dominer dans la raquette alors qu’il ne faisait pas face à un cador de la ligue en la personne de Wendell Carter Jr.

En effet, le second du MIP a vu ses statistiques baisser drastiquement : son nombre de points a été divisé par deux par rapport à la saison régulière (de 19,5 à 10,6 sur la série) à seulement 52,8% au tir contre plus de 65% sur la saison. Il a même semblé effacé car il n’a jamais pris plus de 10 tirs alors qu’il en prenait 11,5 en moyenne sur la saison régulière.
Malgré cela, J.B Bickerstaff a gardé confiance en lui en lui donnant un temps de jeu conséquent (31,4 minutes, plus qu’en saison régulière). Bien lui en a pris puisque Jalen Duren a réalisé son seul double-double de la série lors du match 7, ce qui pouvait laisser penser qu’il avait définitivement lancé ses playoffs avec cette performance de haut vol (15 points et 15 rebonds) dans une victoire cruciale pour son équipe.
Mais cette grosse performance ne fut qu’un feu de paille puisque Jalen Duren n’est pas parvenu à maintenir ce niveau face aux Cleveland Cavaliers. Il a même été encore moins performant avec seulement 9,9 points et 7,6 rebonds de moyenne à tout juste 50% en ne prenant que 8 tirs.
Pire, il a vu le coach lui préférer d’autres options à l’intérieur, Paul Reed ou Isaiah Stewart notamment lors du match 5, le point de bascule de la série, lors duquel il n’a pas joué du dernier quart-temps ni de la prolongation. On lui accordera qu’il avait fort à faire face aux deux tours des Cavs, Evan Mobley et Jarett Allen. Cela n’empêche malgré tout pas d’être déçu de sa post season.

Comment expliquer cet échec ?
Mais alors il faut se demander comment Jalen Duren a pu passer à ce point à côté de ses playoffs. Les explications sont multiples et contribuent toutes à justifier une part de ses difficultés.
Il est bien connu que la différence d’implication défensive des équipes entre la saison régulière et les playoffs est conséquente et cela s’est ressenti pour Jalen Duren. En effet, historiquement la moyenne de points marqués par match diminue à partir de la mi-avril et cela peut aussi arriver pour les joueurs. Le numéro 0 des Pistons a perdu 9,3 points sur sa moyenne de saison, le deuxième plus gros gap derrière Wilt Chamberlain (-15 points, mais de 50 à 35).

Surtout, le resserrement des défenses a énormément réduit la relation 1-5 des Pistons qui avait tant fait mal aux adversaires depuis octobre grâce à la qualité de passe de Cade Cunningham. On a vu ce dernier très coupé du reste de son équipe et contraint d’en faire beaucoup, voire trop, et ne pas parvenir à trouver son intérieur. Symbole de ses difficultés, le meneur des Pistons tirait 2,5 fois plus en moyenne et adressait 2,5 moins de passes décisives pour 2 pertes de balle de plus qu’en saison régulière.
Il faut dire que Jalen Duren n’a pas fait grand-chose pour l’aider, paraissant effacé et résigné face aux défenses plus rugueuses. Alors qu’il dominait physiquement, ses adversaires ont commencé à donner davantage de répondant et le joueur des Pistons n’a pas été capable de faire preuve de suffisamment de caractère pour réagir. Cela l’a donc privé des paniers faciles qu’il avait auparavant, en atteste son pourcentage au tir douteux.
L’argument de ses premiers playoffs avec un nouveau statut, en dépit de son jeune âge, peut également justifier ses difficultés. Duren s’est peut-être mis trop de pression à cause de sa saison régulière de haut vol tout en ayant conscience qu’une partie de son avenir se jouait. Il avait d’ailleurs bien conscience, après le premier tour, qu’il était la cible de nombreuses critiques.
Je sais qui je suis, je sais quelle est cette équipe. Tout ce bruit extérieur, je sais que les médias créent des histoires. Mais dans le vestiaire, nous savons qui nous sommes.
Quel avenir pour la saison prochaine ?
Ses contre-performances arrivent au pire moment pour l’ancien de l’université de Memphis. En effet, cet été s’annonce charnière pour lui puisqu’il arrive au terme de son contrat rookie et peut prétendre à un contrat juteux.
Il sera Restricted Free Agent cet été, c’est-à-dire que si une franchise lui propose un contrat, Detroit a la possibilité de s’aligner sur ce montant et ainsi de conserver son joueur drafté en 2022. Il risque d’attiser les convoitises de nombreuses franchises ayant du cap space.
Les discussions quant à une prolongation n’avaient pas abouti l’été dernier, les propositions du front office étant jugées insuffisantes par le joueur et son entourage qui considéraient qu’il méritait plus. Sa saison régulière ne l’a pas fait mentir et il pouvait envisager un contrat max à la mi-avril.

Les 14 matchs de playoffs vont sans doute lui faire perdre un petit peu d’argent mais les Pistons ont tout de même tout intérêt à lui proposer une offre conséquente afin de le conserver, lui la seconde option de l’équipe. On parlerait d’un contrat tournant autour des 160 millions de dollars sur 4 ans, ce qui pourrait gonfler si d’autres franchises venaient s’en mêler.
Malgré tout, on voit mal Jalen Duren quitter les Pistons cet été et ces derniers n’ont aucun intérêt à le laisser partir car le marché des pivots ne regorge pas d’opportunités et il sera donc difficile de lui trouver un remplaçant au moins aussi fort. L’aventure entre Jalen Duren et les Detroit Pistons semble donc bien partie pour se prolonger.






