C’est l’image forte de la nuit. Menés de 31 points à la mi-temps contre les Wolves, les Bucks rentrent aux vestiaires sous les sifflets du public du Fiserv Forum. Dès l’entame du 3e quart-temps, Giannis Antetokounmpo inscrit un panier avec la faute… et hue ses propres fans. Rien ne va plus entre Giannis et les Bucks.
Pourtant, cette rencontre à domicile face aux Wolves avait tout d’un match prenable. Privée de Rudy Gobert (suspendu) et d’Anthony Edwards, Minnesota semblait bien affaiblie. Mais la partie a été dominée de bout en bout par les coéquipiers de Julius Randle. 76-45 à la pause, puis une lourde défaite 139-106 pour les Milwaukee Bucks, qui ont sans doute vécu leur pire soirée depuis le début de la saison.
Plus rien ne fonctionne à Milwaukee
Dès le début du match, les Bucks se sont laissé submerger par la vague offensive des Timberwolves. Aucun répondant en face, hormis un Giannis Antetokounmpo, une fois de plus irréprochable. Avec pour seules autres options offensives Kevin Porter Jr., Bobby Portis et Ryan Rollins, l’idée d’être une équipe compétitive pour le titre semble aujourd’hui inenvisageable. Pourtant, avec un joueur comme Giannis, cette situation ne peut que mener à la catastrophe. Les Bucks n’ont absolument pas le niveau, et cela se ressent dans les résultats : 11e à l’Est avec un bilan de 17 victoires pour 23 défaites, Milwaukee se retrouve derrière des équipes comme les Bulls ou les Hawks.
Défensivement, les Bucks semblent catastrophiques. Sans le meilleur joueur offensif adverse, ils encaissent pourtant 139 points. 21e défense de la ligue avec 116,2 points encaissés par match, le tout avec un joueur récompensé du titre de défenseur de l’année.
Offensivement, ce n’est guère mieux : 26e attaque de la ligue avec 112,7 points par match. Le ballon ne circule pas, le jeu est statique, sans véritables systèmes, et l’animation offensive repose essentiellement sur des exploits individuels de Kevin Porter Jr. ou Giannis Antetokounmpo. Doc Rivers ne parvient pas à faire jouer cette équipe ensemble, et il devient aujourd’hui difficile de trouver du positif à Milwaukee.
Contenders depuis plusieurs saisons, les Bucks ont aujourd’hui totalement perdu ce statut. C’était pressenti dès le début de l’exercice, mais l’attitude des joueurs de Doc Rivers interroge. Au-delà d’un roster bien trop faible, on ressent une forme de résignation à Milwaukee. L’équipe semble avoir lâché prise et ne plus croire au projet, à commencer par Giannis Antetokounmpo qui, malgré des performances toujours irréprochables, ne semble plus réellement investi chez lui.
Giannis et les Bucks : bientôt finis ?

crédit : Ross. D. Franklin
Ces dernières années, le Greek Freak n’a cessé de clamer son amour pour la ville. Mais la situation actuelle pousse forcément à s’interroger. Hier soir, Giannis a hué ses propres supporters avant d’enchaîner, en conférence de presse, avec des déclarations pour le moins troublantes :
Quand on me hue, je hue en retour. (…) Ça n’a aucune importance. Je joue au basket pour mes coéquipiers, pour moi et pour ma famille. Quand les gens ne croient pas en moi, je ne suis pas avec eux. J’ai tendance à être contre eux. Je fais ce que je dois faire, je sais ce que je sais faire. Je suis un électron libre, je l’ai toujours été et cela ne changera pas. (…) Je trouve cela injuste. Personne n’a à me dire quoi faire sur le parquet quand j’ai passé 13 ans ici et que je suis le leader all-time de toutes les catégories.”
Un discours clair, qui marque sans doute une rupture entre Giannis et les supporters des Bucks. Les rumeurs de trade circulent depuis un moment déjà, notamment avec Miami, mais les événements récents semblent leur donner une toute autre dimension. Giannis l’a toujours affirmé : il veut gagner. Et à l’heure actuelle, cela semble impossible à Milwaukee. Le trade apparaît alors presque comme une évidence.
Pour la première fois, le Greek Freak ne s’exprime plus comme le visage de sa ville, mais comme un joueur détaché du collectif, presque extérieur au projet. Derrière ces mots se cache sans doute une fatigue : celle de porter une équipe en perdition, celle d’incarner un projet qui n’avance plus. En rappelant son héritage, ses 13 années à Milwaukee et ses distinctions individuelles, Giannis semble déjà construire le récit de sa sortie. Il s’attaque à son propre environnement, à ses propres fans, lui qui a pourtant été si adulé dans le Wisconsin. L’hypothèse d’un trade vers Miami prend alors tout son sens, afin de permettre à chacun de reconstruire un projet viable.
Bucks : projet reconstruction ?
L’idée d’échanger le franchise player afin de reconstruire l’effectif peut sembler séduisante. Mais la gestion des choix de draft complique fortement cette perspective. Milwaukee ne possède pas ses prochains choix de premier tour jusqu’en 2031, freinant toute reconstruction via le tanking. L’option la plus crédible serait donc de récupérer plusieurs picks en échange du Greek Freak afin de parier sur l’avenir. Le projet des Bucks s’annonce néanmoins extrêmement complexe, et miser sur le futur l’est tout autant. La franchise devra faire preuve d’une grande intelligence dans ses décisions pour ne pas hypothéquer à la fois son présent… et son avenir.






