Alicia Tournebize. Crédit: Pierrick DELOBELLE

Tournebize et Guillet : la France perd ses pépites vers la NCAA féminine

Dans un mouvement qui ne se limite plus à l’été, Alicia Tournebize et Mélissa Guillet ont décidé de franchir l’Atlantique en plein milieu de la saison, direction la NCAA. Une tendance lourde, d’un exode organisé vers un système capable de faire grandir leurs marques et leurs carrières. 

Le basket féminin français, longtemps considéré comme une école de formation respectable, voit désormais ses talents quitter les clubs avant la trêve. Si cet exode vers la NCAA était déjà attendu pour l’été 2026, la réalité a bousculé les plannings : deux signatures en deux jours, Tournebize puis Guillet, ont donné le signal d’un changement d’époque. 

Depuis juillet 2021, la NCAA a transformé la donne en autorisant les étudiants-athlètes à monétiser leur Nom, Image et Ressemblance (Name, Image, Likeness, NIL). Le droit à l’image est devenu un levier : les joueuses peuvent gagner de l’argent sans perdre leur éligibilité, participer à des partenariats, être ambassadrices de marques, ou créer leur propre monétisation via les réseaux sociaux, les autographes ou des camps. Autrement dit : la NCAA n’est plus seulement une école, c’est une scène globale pour exister en tant que marque et athlète. 

Alicia Tournebize : vers la grande scène universitaire 

Alicia Tournebize, 19 ans, n’est pas une inconnue en France. Issue d’un centre de formation reconnu, Bourges. Elle a plus récemment participé à l’EuroBasket U18 2025, où les Bleues ont récupéré la médaille de bronze, mais aussi une place dans le cinq majeur de la compétition pour Alicia. Terminant meilleure marqueuse (12,1 points) et meilleure rebondeuse (8,9 rebonds) de la sélection. 

Son choix de rejoindre South Carolina, programme historique de la NCAA, dit beaucoup de son ambition : elle cherche une montée en gamme compétitive, structurelle. Si plusieurs Françaises ont déjà tenté l’aventure NCAA avant elle, Tournebize arrive dans une époque où l’exposition médiatique est maximale : matchs retransmis, couverture constante, et une communauté universitaire qui suit ses athlètes. 

Initialement prévue pour l’été 2026, sa signature en plein hiver 2025 n’est pas un hasard tactique. C’est un pari d’avance : acclimatation linguistique, découverte du jeu US, adaptation à l’intensité physique et mentale avant que les enjeux sportifs ne montent. Elle vient pour apprendre, s’intégrer et grandir, pas seulement pour performer immédiatement. 

 

Mélissa Guillet : la lumière de LF2 vers la NCAA 

Mélissa Guillet (n°16), championne d’Europe U16 2022. Crédit : FIBA

À La Tronche Meylan, Mélissa Guillet fait partie de ces joueuses que l’on remarque sans toujours avoir les projecteurs braqués. 7 points et 2,6 rebonds en 17 minutes de moyenne en LF2 en dit peu sur le papier, mais racontent beaucoup dans le contexte d’une rotation efficace, cohérente, collective qui se bat pour dans le Top 3. 

Sa participation au camp international Basketball Without Borders (NBA/WNBA) en juillet 2025 a été plus qu’une expérience : elle a été un déclic sportif et culturel. La rapprochant encore plus de son rêve américain et de son “modèle” Gabby Williams.

Comme Alicia, le choix de Melissa de partir en plein cœur de la saison n’est jamais anodin. Elle anticipe, elle projette, elle affine son timing pour intégrer le système NCAA, faire l’expérience du jeu US, grandir physiquement et tactiquement, puis viser plus haut, plus tard. 

Téa Cléante, le modèle récent 

À ce mouvement s’ajoute une figure déjà établie : Téa Cléante. Coéquipière de Mélissa dans les sélections jeunes, Cléante a quitté la France alors qu’elle était engagée jusqu’en 2027 à l’Asvel, où elle a fait un court passage en pro, une seule saison. Son parcours montre qu’on peut s’intégrer, durer, et exister dans un programme qui ne parle pas la même langue, pas le même basket, pas le même storytelling médiatique. Elle reste une preuve vivante que l’exode tricolore n’est pas une fuite égoïste, mais un pari sur soi, une mise en avant de son potentiel dans un système qui sait valoriser ses athlètes. 

Pourquoi la NCAA attire autant ? 

  1. L’environnement de formation

La NCAA ne vend pas que du basket : elle vend un cadre, une histoire, une progression. Les entraînements, la concurrence interne, la vie universitaire et la culture sport-campus offrent un contraste fort avec le modèle club européen. 

  1. Le NIL : une révolution économique

Depuis 2021, les athlètes universitaires peuvent tirer profit de leur Nom et Image. C’est une transformation majeure : des partenariats, des sponsors, des contenus monétisables, des apparitions rémunérées qui n’entachent plus l’admissibilité universitaire. Pour une Française qui rejoint un campus où l’État permet le NIL, c’est une possibilité de créer sa marque avant même de devenir professionnelle. 

  1. L’exposition

Diffusion télé, réseaux sociaux, événements campus, rivalités historiques, la NCAA féminine n’est plus une “niche locale” : c’est une scène mondiale, immédiate, où chaque match peut être une vitrine, pas seulement une statistique. 

Un pari sur l’avenir, mais pas un conte de fées automatique 

Partir aux États-Unis ne garantit rien. L’intensité physique, la densité des rotations, le besoin d’anglicisation rapide, la vie en dehors du basket, et la gestion de sa marque personnelle via le NIL demandent un équilibre délicat : savoir performer sur le terrain, savoir gérer sa présence en dehors, comprendre les règles complexes du NIL (différentes selon l’État, l’université, l’association sportive), négocier des contrats tout en restant étudiant-athlète. Ce n’est pas une route pavée d’or, mais une autoroute à fort trafic médiatique. 

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