Pour ce nouveau scouting report, on va vous parler de dichotomie. Une dichotomie, selon le Larousse, c’est une division de deux éléments que l’on oppose nettement. Et en effet, sur Le Roster, on trouve opportun d’utiliser ce terme pour opposer le talent de Airious Bailey et le joueur que l’on surnomme « Ace ».
Mais comment faire la différence ? Ce qu’on entend par le talent de Ace Bailey, c’est les capacités qu’il peut produire sur un terrain et ce qu’on entend par le joueur, c’est ce qu’il produit matériellement. Si vous préférez, on va différencier le joueur de 1v1 et le joueur de 5v5, le Bailey de pick-up game et celui dans un contexte NBA ou similaire.
Qui est-il et comment en est-il arrivé ici ?
Airious, ce n’est pas un late bloomer, c’est un véritable prodige précoce de la balle orange. Très tôt dans ces années lycée, il est repéré, envoie des lignes statistiques plus que sérieuses et est considéré comme un des, si ce n’est le top joueur de sa cuvée. Avec son lycée de Georgie, il remporte de nombreuses distinctions dont le trophée de Mr. Georgia Basketball, un trophée qui élit le meilleur joueur lycéen de tout l’état. Par le passé, ce trophée a été remporté par quelques tout petits joueurs comme Shareef Abdur-Rahim, Dwight Howard, Lou Williams ou encore Jaylen Brown. Dans le même temps, et c’est évident au vu de la description qu’on en fait ici, il est de la partie dans tous les grands évènements jeunes : Nike Hoop Summit, McDonald’s All-American Game ou Jordan Brand Classic.
Mais Bailey, c’est aussi un nepo-baby, un membre de la bourgeoisie sportive. Forcément, quand tu nais dans une famille dans laquelle ta maman a joué à West Virginia au début des années 2000, ton papa a joué à l’université de Houston et, surtout, dans laquelle ta tante est Venus Lacy, superstar universitaire dans la fin des années 80, championne olympique en 1996 et joueuse WNBA qui n’a pas pu jouer longtemps à cause d’un accident de voiture, c’est plus simple de devenir un crack au basketball. Déjà parce que t’as les gênes en terme de taille, de physique mais aussi, et surtout, parce que tu as des gens pour te mettre dans le bain direct, t’apprendre la discipline requise et t’as des coachs qui peuvent t’apprendre des trucs que l’immense majorité des gamins ne verront jamais ailleurs qu’à la télé.
Pour résumer, Ace Bailey est un prospect qui est très attendu et qui a eu les meilleures dispositions pour l’être.
Formidable scoreur ou pas ?
C’est là qu’on en revient à notre fameuse dichotomie. Est ce que Ace Bailey est un scoreur exceptionnel ? Oui et non.
Oui parce qu’il a une aisance assez exceptionnelle au scoring. Ace Bailey, c’est un ailier de 2m08 typique de la génération KD : des joueurs capables de mettre des tirs difficiles sur tout type de défenseur grâce à un alliage de toucher, de taille et d’aisance balle en main tout bonnement incroyable, à la limite de l’indécence.
La panoplie chez Airious est complète. C’est probablement le freshman le plus complet en terme de scoring qu’on ait vu depuis un bon bout de temps en NCAA. On voit du Catch & Shoot à 3 points, du pull-up en haut volume, des fadeaways, turnaround shots, step-back, side-steps, etc. Il a même un vrai jeu de feinte qui le rend d’autant plus menaçant. En drive, on voit une vraie capacité de finisseur de qualité même si la puissance physique lui fait clairement défaut.
Sauf que voilà, si vous avez l’oeil et/ou un peu d’expérience en scouting, il y a des détails qui ne vous échappent pas dans ce genre de mix. Le premier problème, c’est ce pull-up à mi-distance à un pas devant la ligne, ce qui est, objectivement, le pire tir possible à prendre pour un joueur. C’est souvent un tir défendu, très difficile et qui n’a pas la rétribution qui fait l’intérêt d’un tir à 3 points.
Le second, et on en a parlé, c’est son manque de puissance sur le contact. Mais de manière plus générale, on peut parler de son incapacité à créer des tirs ouverts. Pourtant, on voit bien que pour un mec de 2m08, son handle est très solide et ses capacités d’accélération sont plutôt décente. Au final, on comprend que le problème est le joueur et pas le talent.
Le talent est là : la preuve, il score plutôt bien si on met ça en rapport avec la difficulté des tirs tentés. Le problème est le profil psychologique du joueur. Ace Bailey joue comme un bad-shot maker. C’est un profil qu’on retrouve souvent chez les joueurs qui n’ont jamais connu de difficultés pour scorer en quantité à n’importe quel niveau et, en effet, Ace Bailey n’a pas de difficulté. Surtout que, contrairement à d’autres bad-shot maker comme Cam Thomas, le profil physique de Bailey l’aide d’autant mieux qu’il est quasiment incontrable.

Le problème, ce n’est pas de savoir si Ace Bailey pourra reproduire ces tirs en NBA. Le problème, c’est que dans une NBA où les analytics ont pris une part importante dans les décisions tactiques d’une équipe, c’est impossible d’imaginer Bailey continuer ce style de jeu à risque. Il va devoir s’adapter en arrivant dans la grande ligue pour être viable. Heureusement, il a montré par séquence être capable de prendre son mal en patience pour jouer off-ball.
Mais là encore, il y a 2 problèmes qui se montrent :
- Le premier, ce sont les % de réussite de Bailey à plusieurs niveaux qui inquiètent. Le plus évident, c’est celui des lancers francs : 69.2%, ce n’est pas assez pour un scoreur de sa trempe et on sait à quel point le pourcentage sur la ligne a une forte corrélation avec la future réussite de loin d’un joueur. Des matchs comme celui contre Seton Hall où il tourne à 1/8 aux lancers, ce n’est pas possible. Même son 34.6% de loin est limite en terme de résultat.
- Le deuxième problème, c’est l’activité off-ball. Ace Bailey est un joueur assez égocentré qui ne bouge quasiment que quand c’est pour qu’il score. Sinon, on le voit très passif pour créer du spacing en bougeant ou en connectant régulièrement. Ce point est sûrement plus inquiétant car il sera bien nécessaire de changer d’attitude chez les professionnels si il veut devenir cette star qu’il peut être.
Tout ces points font que Ace Bailey est un super scoreur mais la transposabilité de son scoring en NBA est plus nuancée.
Un passing inexistant, mauvais ou sous-estimé ?
Commençons par le commencement : Ace Bailey, en terme de statistiques, c’est 1.3 assists pour 2.0 turnovers. C’est mauvais assez clairement, très mauvais même. Cependant, on doit mettre du contexte sur ce chiffre : Il n’y a pas, à Rutgers, des talents de finisseur très bons. Seuls Tyson Acuff et Zach Martini ont plus de 36% de loin. Dans le même temps, on a Jamichael Davis, Tyson Acuff, Jordan Derkack et PJ Hayes qui sont en-dessous de 43% à 2 points. On a vu d’autres joueurs voir leur chiffre de passes biaisé par la faiblesse du supporting cast.
D’un côté, on a des flashs de passing intéressants comme ici :
Defense is a floor raiser for Ace Bailey. By now, he has accumulated some above-average stocks – 4% block and 1.7% steal rates. The length and athleticism definitely project Bailey to be an above-average defender.
The second aspect is the passing – this is a ceiling raiser for… pic.twitter.com/SZ9438NVLG
— the center hub (@thecenterhub_bb) March 3, 2025
Mais de l’autre, on voit trop de défaut dans son passing. Le premier, c’est la lenteur du process. On a trop de séquences où il se retrouve bloqué en attaque mais met parfois 2 secondes (ce qui est énorme, surtout que les possessions passeront de 30 à 24 en NBA) à trouver un joueur ouvert. Le soucis, c’est qu’un process lent permet à la défense de se repositionner en cas de overreact à un mouvement mais aussi de lire l’attaque pour gratter l’interception sur la ligne de passe.
one of the things why Ace Bailey struggles with passing and turning his shooting gravity into opportunities for his teammates is that he takes so long to make a decision when he's watched by two players
— Sheed on the Hawks (@sheedinatl.bsky.social) 2025-02-09T18:01:51.865Z
L’autre problème, probablement plus embêtant, c’est le manque de volonté. La question est de savoir si il est borné (c’est à dire qu’il n’arrive pas à adapter son action en fonction de la réaction adverse) ou si il est égocentré (c’est à dire qu’il veut absolument scorer car il en a décidé ainsi), mais à la fin, le problème est le même : il prend des tirs forcés. C’est un bad-shot maker, donc il prend des tirs très contestés (qu’il met en réussite forte pour le type de tirs qu’il prend) mais si ça ne tient pas en NBA, pourra-t-il s’adapter?
The Ace Bailey offensive experience is such a mixed bag. The initial crazy amount of ground covered with his first step on a massively rounded angle, and then 0 thoughts of passing once past his defender for a terrible shot, with a great second jump for an airballed tip shot.
— Stone Hansen (@fullcourtreport.bsky.social) 2025-02-25T16:45:50.162Z
Ace Bailey est-il un défenseur NBA ?
Déjà, mettons les choses au clair tout de suite : Ace Bailey a le physique pour être un solide défenseur et il le montre. Grand, très long, mobile, il montre des qualités autant pour couper et gratter l’interception que pour protéger le cercle en aide et en lâchant des contres. Il tourne à 1.0 interceptions (1.7%) et 1.3 contres (4.1%). Avec toutes ces qualités et quelques bons instincts, on pourrait se dire que Bailey est un bon défenseur.
Once again Ace Bailey making plays on defense, defends the PnR perfectly and deflects the lob to Nelson leading to a turnover https://t.co/1NgDfuwC9p pic.twitter.com/dc8veLX4pJ
— Abdel (@abdel_taco) November 28, 2024
Cependant, si c’était aussi simple que ça, on ne serait pas en train de se demander pourquoi Ace Bailey est absent de toute discussion pour le top 2.
Revenons en arrière : Nous sommes le 2 janvier et Ace Bailey est sans Dylan Harper face à des Hoosiers qui ont bien démarré leur saison. Le jeu de Rutgers est simple : tous les ballons pour Bailey. Le résultat est plus que payant pour les Scarlet Knights avec leur freshman qui envoie 39 points à 16/29 aux tirs dont 4/8 à 3 points (on repassera sur le 3/8 aux lancers). Même si la défaite fait mal, elle est logique au vu du faible cast autour du scoreur. Cependant, ce n’est pas ça qui attira l’oeil des scouts avisés. Cette performance, aussi forte soit-elle, a été battu dans les médias par cette action défensive :
— ☭ (@SapphireExtrait) March 26, 2025
Cette séquence est un scandale absolu : Ace Bailey a le dos courbé façon bossu, les bras ballants et aucune volonté de suivre son attaquant. Le problème, c’est qu’à Rutgers, c’est loin d’être la seule séquence similaire et c’est bien cela qui dérange : comme pour passer, Bailey a un problème de moteur et/ou de volonté défensive. Et non, l’excuse du volume offensif n’excuse pas tout car Dylan Harper faisait au moins le minimum défensif.
Cela ne sert à rien d’épiloguer pendant des heures sur sa capacité à identifier les zones à risque, à comprendre et anticiper les mouvement de l’attaque si il n’a pas envie de combler les trous. On a vu des tonnes de joueurs avec un niveau athlétique et physique largement suffisant et qui ne défendent pas par flemme. Cependant, on doit toujours prendre des pincettes car les jeunes qui jouent dans des équipes mauvaises abandonnent la défense mais la retrouvent dans des équipes décentes (PJ Washington est un bon exemple de ça).
Conclusion : Ace Bailey, prodige du scoring ou énième joueur inefficace ?
La dichotomie entre Ace Bailey est ici : la différence entre le talent, capable de mettre n’importe quel type de tir et qui a le physique pour être solide en défense, et le joueur, qui prend les pires tirs du jeu, qui manque de volonté à la passe et qui défend par intermittence.
Bailey devra s’adapter dans un effectif NBA pour dominer un jour et surtout revoir son jeu différemment. Si il atteint son plafond, on pourra discuter du meilleur joueur de la draft. Si il ne l’atteint pas, il discutera avec personne d’autre que Jordan Clarkson et Lance Stephenson.