Dixième en EuroLeague et à hauteur de la troisième place en championnat, le Panathinaïkós traverse actuellement une période difficile. Malgré une victoire jeudi face à Kaunas, le club grec reste sur une dynamique compliquée avec quatre défaites sur ses cinq dernières rencontres d’EuroLeague et trois revers en quatre matchs de championnat. Des standards de performance bien insuffisants pour les ambitions de l’organisation qui pourraient bien voir ses chances de participer au Final Four à Athènes disparaître.
Un coach sous pression

Lorsqu’un club dispose du meilleur budget d’Europe (50 millions d’euros) et ne performe pas à la hauteur des attentes, la faute revient majoritairement à l’entraîneur, et en effet au Panathinaïkós, Ergin Ataman a son rôle à jouer dans la mauvaise dynamique de son effectif. Les critiques fusent dans tous les médias et le coach turc a voulu y répondre hier après le succès face à Kaunas :
J’ai dit hier (mercredi), en conférence, que je n’en avais rien à faire lorsqu’on perd des matchs de saison régulière. Donc pour les réseaux sociaux, c’est vraiment bien pour eux, tout le monde parle de moi : “virez Ataman, pire coach d’Europe, pire coach au monde”. Mes résultats, tout le monde les connaît, donc je m’en fiche. La seule chose à laquelle je porte attention, ce sont les résultats de mon équipe, qui cette saison, parfois ne joue pas très bien au basketball. »
Et effectivement l’équipe ne joue pas très bien au basketball, du moins collectivement car au vu des stars présentes dans l’effectif, difficile de penser que le Pana n’est pas l’une des 4 meilleures équipes d’Europe aujourd’hui.
Le problème avec Ergin Ataman, c’est qu’il se repose beaucoup sur les performances individuelles de ses joueurs. Tactiquement il propose certaines choses certes, mais la majorité des possessions se terminent sur du jeu en 1 contre 1 car les systèmes mis en place n’ont pas fonctionné. Cette dépendance rend l’attaque du Panathinaïkós relativement prévisible pour l’adversaire, même si le talent de ses leaders permet souvent de débloquer des situations compliquées.
Le pire dans cette affaire, c’est que Ataman refuse de se remettre en question et préfère détruire ses joueurs en interview en rejetant la cause du résultat sur eux.
L’exemple parfait est TJ Shorts, arrivé cet été, qui, selon le tacticien turc « ne le satisfait qu’à 90 % ». Une déclaration particulière qui intervient dans un contexte où l’ancien meneur parisien ne peut pas briller, la faute principale à Ergin Ataman qui refuse de le mettre dans de bonnes dispositions, le cantonnant à un rôle qui n’est pas le sien. En plaçant TJ Shorts dans le corner, qu’attendre de lui ? Qu’il tourne à 40 % à trois points ?
Son rôle est celui de porteur de balle principal et le Panathinaïkós le savait en le recrutant. Pour le voir briller, il est nécessaire que le double MVP de Betclic Élite soit remis dans des conditions similaires qu’à Paris et de ne pas lui faire subir un temps de jeu instable qui le fragilise plus qu’autre chose.
Cette tension que le tacticien crée avec ses joueurs se transmet malheureusement aussi sur le terrain, et durant les temps morts où on peut observer que même les cadres de l’effectif ne l’écoutent pas parler. Cela relève d’un réel manque de confiance entre les deux parties et se transmet par de mauvais résultats.
Une équipe moyenne d’Euroleague

Comme précisé précédemment, la formation athénienne dispose d’un jeu collectif relativement faible, caractérisé par une attaque statique et une cruelle dépendance envers Kendrick Nunn. En effet on a pu l’observer durant ces dernières semaines, lorsque le meneur américain a été blessé, les verts ont concédé de lourdes défaites en EuroLeague contre des équipes de bas de tableau comme le Bayern, le Partizan ou le Paris Basketball.
L’ancien joueur des Lakers est au cœur des possessions offensives, ce qui peut déstabiliser ses coéquipiers lorsqu’il est absent ou en difficulté. Ce scénario s’est d’ailleurs produit récemment lors du derby grec face à l’Olympiakos. En première mi-temps Kendrick Nunn a été cadenassé par Frank Ntilikina, et le Panathinaïkós n’a trouvé que très peu de solutions en attaque, concédant un retard de 17 points. C’est seulement en seconde période lorsque le meneur américain a pris feu grâce à son génie offensif que sa formation est parvenue à revenir avant de perdre la rencontre 86 à 80.
Ce style de jeu très stéréotypé, basé sur le un-contre-un, fait du club grec l’une des équipes les moins performantes d’EuroLeague en matière de passes décisives : les Athéniens ne se classent que 14ᵉ avec seulement 18,5 passes par rencontre. De plus, l’attaque du Pana ne se limite qu’à la 13e place en termes de points marqués par match (85,5) avec un pourcentage à trois points parmi les pires de la ligue (34 %). De l’autre côté du terrain la situation n’est pas beaucoup plus séduisante : les joueurs d’Ergin Ataman se classent 9e au defensive rating et possèdent une défense intérieure relativement faible malgré les joueurs confirmés en place.
Ces statistiques font du Panathinaïkós une équipe moyenne d’EuroLeague, qui mérite bel et bien sa 10e place de la compétition. Son jeu collectif ainsi que sa prestation offensive et défensive ne leur permettent malheureusement pas de viser plus haut à l’heure actuelle. Une bien triste réalité pour une organisation dont l’ambition est le titre.
Une organisation incarnée par un propriétaire instable

La crise au Pana n’intervient pas qu’en EuroLeague mais aussi en championnat grec. La semaine dernière le club d’Athènes s’est fait crucifier au buzzer par Iraklis (7e au classement) et a ainsi subi sa troisième défaite en quatre matchs en championnat.
Le 1er février, c’est l’Aris (5e au classement) qui avait dominé le Panathinaïkós, provoquant la colère du propriétaire Dimitris Giannakopoulos. Dans la foulée, ce dernier avait publié sur ses réseaux sociaux une vidéo dans laquelle on le voyait en furie, menaçant aussi bien les joueurs que le coaching staff :
Entraîneurs, joueurs, tout le monde doit comprendre où il se trouve. Vous êtes au Panathinaïkós. Quand vous rentrerez à Athènes, si vous avez un minimum de dignité, vous devriez tous démissionner. Vous êtes une honte. Honte à vous ! ».
Une déclaration qui installe un climat malsain dans une saison déjà compliquée. Le milliardaire n’en est pas à sa première action polémique : la semaine dernière il avait notamment retiré la bannière d’une légende du club lors du derby grec en contestation à la performance de son équipe et des arbitres en première mi-temps. Un comportement pour le moins instable de la part d’un propriétaire qui impose une pression énorme à son équipe, mais pas forcément de la manière la plus constructive.
En réaction à cette mauvaise dynamique, le propriétaire avait signé le dernier MVP du Final Four : Nigel Hayes-Davis pour 15 millions d’euros. Une signature supplémentaire s’inscrivant dans une construction d’équipe qui ressemble plus au caprice d’un milliardaire qu’à un recrutement répondant réellement aux besoins de l’équipe.
Malgré cette mauvaise dynamique, les champions d’Europe 2024 possèdent tout de même un réservoir de talents qui peut leur permettre de se relancer. La victoire contre Kaunas et le retour de Mathias Lessort sont capables de réveiller les troupes. Mais pour aller jusqu’au Final Four il va falloir une remise en question d’Ergin Ataman ou bien un changement d’entraîneur, ce qui semble peu probable au vu de l’affirmation orale de son maintien jusqu’à la fin de saison par Dimitris Giannakopoulos.
Le collectif athénien devra composer les prochaines semaines avec un calendrier difficile en EuroLeague contre plusieurs concurrents directs pour les playoffs. Une entrée dans le top 6 reste cependant possible au vu du classement serré.
En championnat ils joueront leur 2e place au classement ce dimanche face à l’AEK Athènes qui possède à une victoire près le même bilan. Une rencontre qui s’annonce cruciale aussi bien pour la confirmation du dernier succès en EuroLeague que pour relancer une bonne dynamique en cette fin de saison.






