Après une saison en enfer, Le Portel, club historique du championnat de France, jouera l’an prochain en Elite 2 pour la première fois depuis 2016. Une descente qui paraît nécessaire afin de repartir sur des bases plus saines et revenir plus fort.
La pire saison de l’histoire de la première division de championnat de France. C’est tout simplement ce que vient de vivre l’ESSM Le Portel cette saison : officiellement 0 victoire pour 29 défaites (la seule victoire de la saison a été perdue sur tapis vert) et un terrible différentiel de -754. Un long chemin de croix pour l’équipe du Pas-de-Calais et le vaillant public du Chaudron qui n’a jamais abandonné son équipe malgré cette saison cauchemardesque.
Une saison sportive en enfer
Pour la première fois de l’histoire une équipe a achevé la saison sans la moindre victoire au classement. En effet, malgré une victoire face au CSP Limoges le 28 octobre, Le Portel affiche un bilan de 0 victoire contre 29 défaites. Leur unique victoire a été retirée par la DNCCG (Direction Nationale du Conseil et du Contrôle de Gestion) moins d’un mois après, le 25 novembre, ramenant l’équipe zéro. Suite à ce retrait, aucune victoire n’est venue soulager une équipe incapable de faire bonne figure.
Symbole de cet échec cuisant, la gestion de coach a été très peu compréhensible. Kenny Grant avait commencé la saison avant d’être écarté en janvier suite à la plus grosse défaite de l’histoire du championnat (120-57 face à Paris, -63). Il avait été remplacé par Arnaud Ricoux avant de faire son retour seulement un mois plus tard. Ce retour a été accompagné du départ du président du club. Mais, un nouveau rebondissement est survenu début mars lorsque Kenny Grant a de nouveau été mis à l’écart en raison d’un arrêt maladie.

Ces résultats ne sont en rien surprenants au vu de l’effectif à disposition. L’ESSM a débuté la saison avec moins de 10 professionnels à disposition ce qui, pour espérer un maintien sur une saison complète, est très faible. Néanmoins, la direction n’avait pas d’autres solutions puisqu’elle était privée de leviers de recrutement par le gendarme financier du basket français.
La situation s’est encore empirée au cours de la saison avec les départs de plusieurs joueurs que la direction n’a pas été en capacité de combler en raison des problèmes financiers. Ainsi, en février, les Stellistes ont vu leurs deux meilleurs marqueurs (Ivan Février et Michael Smith) quitter le navire, laissant le groupe avec seulement 4 joueurs professionnels pour finir la saison.
Le départ d’Ivan Février est sûrement le plus symbolique pour ce jeune de la région (il est né à Lille). Arrivé au Portel en 2023, il a progressivement pris de l’importance au sein de l’effectif (8 points de moyenne en 2023-2024, puis 11,4 la saison suivante et donc 16,4 sur ce début de saison) au point d’en devenir le capitaine. Forcément, lorsqu’un capitaine quitte son équipe cela implique que celle-ci est en grande difficulté mais on ne peut reprocher au meilleur marqueur de l’ESSM de rejoindre un projet plus séduisant du côté de l’Italie, lui qui a tout donné pour le club.

Une fin de saison en roue libre avec des défaites de plus de 30 points d’écart en moyenne et un groupe composé pratiquement exclusivement de jeunes espoirs qui ont fait de leur mieux pour montrer une bonne image de l’ESSM mais qui n’avait tout simplement pas les moyens de résister. Symbole de ce déficit, durant la trêve internationale de mars, Lahaou Konaté n’avait que deux partenaires d’entraînement en plus des jeunes espoirs du club.
Arnaud Ricoux, successeur de Kenny Grant sur le banc, dressait d’ailleurs un constat alarmant sur le niveau de son équipe.
Je ne suis pas persuadé qu’on serait dominant en Nationale 1.
Une phrase alarmante mais lucide qui illustre la situation insoutenable du club du Pas-de-Calais.
Les problèmes financiers comme cause principale
Mais comment expliquer ce naufrage sur le terrain ? Comme souvent dans le sport, tout part de fondations économiques instables. Alors que Le Portel présentait déjà le budget le plus faible de la division avec 3,7 millions d’euros, il a été touché, au cours de la saison, par une dette d’abord annoncée à 600 000 euros avant d’être élevée à plus d’un million d’euros.
Cette dette conséquente a plusieurs causes. La première est la mort de Jacques Wattez, l’un des mécènes du club, ce qui a privé le club d’un apport financier non négligeable d’environ 150 000 euros. La seconde explication à ce trou est l’impact de la FIBA Europe Cup que l’ESSM a disputé en 2024-2025. En effet, la direction a annoncé une perte à hauteur de 250 000€ liée à des promesses de subventions non tenues de la part des collectivités territoriales.
Finalement, la DNCCG s’est montrée intransigeante à l’égard de l’Etoile sportive qui a été sanctionnée pour « présentation de comptes non fidèles » et a vu sa masse salariale strictement encadrée au point que Le Portel n’a pu se renforcer et, pire, a été contraint de se séparer d’un de ses joueurs, Tyshaun Crawford, pour rester dans les clous.

Cette intransigeance de la part des instances françaises a provoqué l’amertume du président démissionaire, Yann Rivoal. Ce dernier a regretté, à juste titre, la différence de traitement entre son club et l’AS Monaco Basket. Il est vrai que les deux clubs, tous deux victimes de problèmes financiers, n’ont pas été logés à la même enseigne. Quand l’ESSM devait combler un trou de 600 000€ que la Ligue s’est refusée à compenser, la Roca Team a, quant à elle, vu cette même Ligue lui apporter un soutien bienvenu de 20 millions afin de lui permettre de finir la saison tranquillement.
Nous sommes surpris, au regard de l’historique du club, de la sévérité de ces sanctions.
Ce choix pour le moins incompréhensible de la Ligue a soulevé de nombreuses critiques liées au fait que les instances ne protègent que les « gros » et laisse les « petits » se débrouiller quand bien même le gouffre financier est bien plus faible et que, au contraire du club de la Principauté, les salaires sont bien assurés dans le Nord.
Ce n’était pas une grève ni un refus de s’entraîner. On s’entraîne avec les joueurs disponibles. Les coaches font leur job, essaient de bricoler avec ce qu’ils ont. » a déclaré Lahaou Konaté.

Une descente nécessaire pour assainir les finances
Face à cette absence de soutien, les dirigeants ont du se résoudre à accepter une descente devenue inévitable et à laquelle le club échappait miraculeusement depuis 10 ans. Cette relégation est logique au vu de l’évolution de l’effectif mais aussi du budget déjà faible encore plombé par la dette accumulée. Les joueurs, eux non plus, ne se sont pas faits d’illusions très longtemps et ont vite compris que la dernière place leur était promise comme le montre cette déclaration de l’un des seuls professionnels encore à bord, Lahaou Konaté.
Le président nous avait tenu un discours avec l’idée de finir la saison avec Arnaud Ricoux et des jeunes pour préparer la descente.
Le plus dur reste à venir pour Le Portel : remonter au plus vite. Le dicton dit souvent qu’il faut remonter immédiatement ou presque sous peine de « s’habituer » à la deuxième division et de retomber dans l’anonymat. Ainsi, les dirigeants auront fort à faire afin de construire un groupe cohérent à même de jouer la montée tout en ne prenant pas de risque pour la santé d’un club qui a récemment été placé en redressement judiciaire. Cette décision écarte définitivement le spectre du dépôt de bilan, que la ville a évité en avançant des subventions.
En effet, Le Portel a annoncé fin avril qu’il demandait à être placé en redressement judiciaire de sa propre iniative afin d’assurer une restructuration dans un cadre légal sans compromettre ses salariés ni ses partenaires. Dans le communiqué, le club du Portel a voulu rester optimiste puisque ce choix permet d’éviter la cessation de paiement. Néanmoins, la DNCCG devra statuer quant à son cas fin mai et une rétrogradation administrative au-delà de l’Elite 2 (au niveau fédéral) n’est pas non plus totalement à écarter même si, là encore, la direction a affirmé pouvoir présenter un budget prévisionnel solide.
En attendant ce jugement, les dirigeants peuvent déjà commencer à dessiner les contours de l’effectif idéal pour remplir l’objectif remontée, tout en tenant compte des limites. Ils devraient baser le groupe sur quelques cadres d’expérience venant entourer les jeunes du centre de formation, la grande satisfaction de la saison. Par ailleurs, il a été annoncé qu’une politique tarifaire très accessible serait mise en place afin de faire revenir l’engouement d’un Chaudron réputé pour sa ferveur (Wembanyama en avait même parlé lors d’une conférence de presse).






