AS Monaco Basket, Roca Team. Crédit : Icon Sport

La Roca Team : quel avenir pour Monaco?

Alors que tout le monde promettait une saison remplie de succès à Monaco, les résultats ne se sont pas révélés à la hauteur des attentes. Entre les problèmes financiers et les blessures, un contexte pesant a fini par s’installer en Principauté, au point de mettre en question la saison prochaine.

Tout s’annonçait bien sur le Rocher : une saison 2024-2025 aboutie malgré aucun titre remporté mais surtout une prometteuse finale de l’EuroLeague, après avoir sorti l’ogre Olympiakos en demi-finale et une inter-saison prometteuse avec les arrivées de Nikola Mirotić, Kevarrius Hayes et Nemanja Nedović venant combler les départs de Girogios Papagiannis, Petr Cornelie (deux joueurs qui jouaient très peu), Mam Jaiteh et Jordan Loyd. Seulement, la saison a rapidement viré au cauchemar, que même un titre de champion de France ne pourrait venir apaiser.

Un effectif handicapé par les blessures et les départs

Nikola Mirotic weighs in on Team Roca key addition, EuroBasket winner
Nikola était un ajout prometteur pour Monaco. Crédit : AS Monaco

La Roca Team a débuté la saison avec un groupe de 14 professionnels et donc un effectif plutôt complet sur le papier entre densité à l’intérieur et talents sur les lignes arrières. Nikola Mirotić, MVP de l’EuroLeague en 2022, semblait être l’ajout permettant au club de passer dans la dimension supérieure.

Malgré cela, l’effectif s’est rapidement révélé insuffisant. Il faut dire que le club monégasque n’a pas été épargné par les blessures mais aussi les départs de joueurs au cours de la saison. Nick Calathes et Donatas Motiejunas ont été les premiers à quitter le navire en octobre, suivis plus tard par David Michineau et Yoan Makoundou qui ne jouaient qu’en championnat.

Le groupe professionnel a donc subi un rétrécissement aux lourdes conséquences puisqu’avec les blessures survenues, Monaco s’est retrouvé à disputer les matchs d’EuroLeague avec seulement 9 joueurs sur la feuille de matchs (seulement 8 pour le troisième match de la série face à l’Olympiakos). En effet, dans la compétition européenne, seuls les joueurs ayant un contrat professionnel sont autorisés à jouer alors qu’en Elite 1, l’effectif peut être complété par des espoirs. 

C’est en fin de saison que la situation s’est encore empirée avec la multiplication des blessures qui a eu un impact face à l’Olympiakos donc, mais aussi lors du dernier match disputé face au Paris Basketball. Pour ce qui s’annonçait comme un choc du basket français, l’AS Monaco ne s’est présentée qu’avec 5 pros à Gaston Médecin : Matthew Strazel, Kevarrius Hayes, Terry Tarpey, Jaron Blossomgame et Nemanja Nedović, expulsé dès le premier quart temps. Mike James, Nikola Mirotić, Alpha Diallo et Daniel Theis étaient blessés tandis qu’Elie Okobo a refusé de participer à la rencontre en signe de protestation face aux salaires impayés.

Une situation financière inquiétante

Le forfait d’Okobo n’est que le résultat logique de l’état des finances inquiétant de Monaco et qui a instauré un climat pesant au sein du club, ayant sans aucun doute eu un impact néfaste sur les résultats collectifs.

Tout a commencé en novembre 2025 quand l’EuroLeague décide de sanctionner la Roca Team, jusque-là épargnée par l’instance européenne. Cette dernière a été interdite de recrutements à cause de salaires impayés et de documents comptables non transmis. Ainsi, alors que le club avait annoncé l’arrivée de l’ancien meneur NBA, Cory Joseph, ce dernier n’a finalement jamais joué sous les couleurs rouge et blanche et a rejoint l’Olympiakos dans la foulée. Parallèlement à cela, la LNB a décidé de retirer 3 victoires au leader du classement pour non-paiement de la luxury tax de la saison précédente. La situation, certes problématique, n’inquiète pas outre mesure.

Au début de l’année 2026, la crise s’accentue : le propriétaire Aleksej Fedorychev se retrouve en difficulté financière à cause du conflit en Ukraine et ne peut plus alimenter les finances du club. Monaco est alors au bord de la faillite et les joueurs ne sont plus payés provoquant des tensions publiques. Ces derniers ont menacé de faire grève avec le soutien de leur entraîneur, début février, pour le match face à Chalon avant que la Principauté ainsi que la ligue annoncent leurs soutiens financiers. Cela n’a pas empêché Mike James de manifester son mécontentement sur les réseaux sociaux.

Cette situation a eu un impact certain au niveau sportif puisqu’entre le 20 janvier et le 5 mars, le club a traversé une série noire de 7 défaites en 8 matchs qui a un temps compromis la perspective de qualification en play-offs alors que Monaco était jusqu’alors dans le groupe de tête. Si le club est finalement parvenu à se qualifier, cette série les a fait sensiblement redescendre au classement et donc affronter un adversaire bien plus coriace dès le premier tour. Le coach grec Vassilis Spanoulis n’est pas parvenu à passer cette période, quittant le club d’un commun accord le 11 mars.

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Spanoulis n’est pas resté à Monaco. Crédit : Miko Missana

Face au risque d’un placement en redressement judiciaire, le gouvernement monégasque décide d’intervenir et de combler les plusieurs millions de dettes auxquelles le club fait face. Dans le même temps, la ligue annonce qu’elle va également contribuer à hauteur de 500 000 euros pour aider au paiement des joueurs. Cette décision fait polémique car Le Portel, qui est également dans une situation compliquée, n’a pour sa part pas bénéficié du soutien financier de la LNB. Début avril, le tribunal chargé du dossier annonce le report de l’examen du dossier au 12 juin, permettant à Monaco de finir la saison sportive plus sereinement.

Un effectif à reconstruire pour la saison prochaine

La saison n’est pas encore terminée et même si Monaco pourrait faire l’exploit de tout rafler sur la scène nationale (Supercoupe, Leaders Cup, Coupe, Championnat), les dirigeants ont intérêt à se pencher au plus vite sur les contours de l’effectif pour la saison prochaine. En effet, peu de joueurs actuels risquent de prolonger leur aventure en Principauté au vu du flou qui subsiste quant à l’avenir financier et sportif de Monaco. Si la Principauté a accepté de mettre la main à la poche pour sauver le club de la faillite, elle ne compte en aucun cas aider de nouveau et attend donc l’arrivée d’un nouvel investisseur majoritaire.

Plusieurs joueurs arrivent en fin de contrat cet été et ne devraient pas prolonger : Elie Okobo, Jaron Blossomgame, Nemanja Nedović et Daniel Theis. Les deux premiers sont au club depuis longtemps (2022) et sont pressentis pour signer dans le même club, Dubaï, qui se montre très pressant sur le marché et veut réaliser un été à même de le placer parmi les favoris au titre européen. Le pivot allemand au CV conséquent ne devrait pas manquer de prétendants.

Au-delà des joueurs en fin de contrat, d’autres cadres pourraient ou vont quitter le navire. Le cas le plus clair est celui de Mike James puisque ce dernier a d’ores et déjà annoncé, dans le cadre d’un entretien accordé à L’Equipe, qu’il disputait ses derniers matchs avec la Roca Team alors qu’il lui reste encore un an de contrat. En effet, quand la question lui a été posée la réponse fut laconique : non. Il a cependant déclaré qu’il ne connaissait pas sa prochaine destination. Des rumeurs l’envoient à Dubaï, l’Hapoël Tel-Aviv, Barcelone ou encore Milan.

     Il se dit aussi qu’Elvis est toujours vivant. Ce n’est pas vrai pour autant. Je suis agent libre. Je n’ai signé nulle part, ni discuté avec qui que ce soit. Je ne pense qu’à finir la saison.

Alpha Diallo, capitaine et défenseur d’élite est lui aussi annoncé du côté du Moyen-Orient où Dubaï pourrait reconstruire l’équipe de Monaco. Matthew Strazel, lui aussi arrivé en 2022 et à qui il reste un an de contrat, pourrait aussi être tenté par une première aventure à l’étranger, d’autant plus compte tenu le flou entourant le club. Le cas Nikola Mirotić reste à traiter.

Finalement, les derniers joueurs professionnels ne bénéficient pas d’un statut au niveau de leurs coéquipiers. Par conséquent, Juhann Begarin, Kevarrius Hayes et Terry Tarpey pourraient être les seuls survivants de cette saison de galère.

La Team Roca toujours en EuroLeague en 2027 ?

Ce sera sans doute l’une des questions majeures de l’été aussi bien afin de prévoir le budget que pour créer un effectif adapté : Monaco évoluera-t-il toujours en EuroLeague la saison prochaine ? Jusqu’à maintenant la Roca Team était parvenue à obtenir un ticket pour la saison suivante grâce à ses résultats sportifs, la condition étant, pour les équipes ne bénéficiant pas du statut de membre permanent, de rallier les play-offs. Seulement, cette année cela ne suffit plus et le club du Rocher n’a plus son sort entre ses mains. 

Ainsi, à l’heure actuelle, Monaco ne devrait pas disputer la plus prestigieuse des compétitions européennes l’année prochaine. Il faut dans un premier temps garantir un budget viable, rembourser les dettes couvertes par le gouvernement de la Principauté mais aussi construire une salle répondant aux normes EuroLeague (au moins 5 000 places notamment). Si ces conditions sont remplies, il faudra alors espérer une wild-card et le désistement d’une équipe.

Le casting est, pour l’instant, complet : 12 membres permanents (Barcelone, Madrid, Vitoria, les clubs d’Athènes et d’Istanbul, Munich, Kaunas, Milan, le Maccabi et donc l’ASVEL) auxquels s’ajoutent 5 clubs sous licence pluriannuelle (Valence, Dubaï, Bologne et les clubs de Belgrade), les deux derniers vainqueurs de l’EuroCup (Hapoël et Bourg) ainsi que Paris. Certains cas permettent tout de même à Monaco d’espérer.

Un temps attendue en BCL (Basketball Champions League) afin de préparer au mieux la transition vers la NBA Europe, l’ASVEL devrait finalement prolonger son bail de membre permanent et par conséquent verrouiller une place. Paris devrait aussi obtenir ce précieux sésame, les discussions avec Chus Bueno, président de l’EuroLeague, étant bien avancées . Le salut pourrait donc venir du dernier club français ayant une place réservée, Bourg-en-Bresse.

Vainqueure de l’EuroCup cette année, la Jeu a donc un sésame pour participer à la compétition. Néanmoins, les dirigeants ont déclaré qu’ils ne s’engageraient que si cela ne mettait pas en danger l’avenir du club. En effet, l’EuroLeague demande un budget minimum de 4,5 millions d’euros, ce qui obligerait Bourg à doubler celui actuel. A cela s’ajoute le problème de la salle puisqu’Ekinox ne répond pas aux normes mais, l’instance pourrait accepter de réaliser une dérogation, comme c’est le cas pour Gaston Médecin à Monaco.

Ce n’est pas l’envie qui manque pour l’équipe de Freddy Fauthoux qui devra néanmoins convaincre l’EuroLeague avant juin et l’assemblée générale que son modèle est viable. Si la réponse s’avérait négative, Monaco pourrait alors saisir l’opportunité et disputer une sixième saison consécutive.

     On va étudier l’hypothèse à fond. On est entre raison et passion. La passion, c’est d’imaginer Bourg-Barcelone ou Bourg-Belgrade. Quand on est un enfant de basket, un enfant de la JL, renoncer à ça ce serait une énorme décision.

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