À 24 ans, Gérald Ayayi (1,91 m) réalise la meilleure saison de sa carrière avec Cholet. Avec 13,7 points par match, à 52 % au tir et 45 % derrière l’arc, il endosse le rôle de leader de son équipe. Passé par Bordeaux en N3, puis par Pau-Lacq-Orthez pendant 4 ans, avant d’atterrir dans les Mauges il y a 3 saisons, le joueur revient sur un parcours atypique qui l’a mené jusqu’aux portes du très haut niveau.
Interview avec Gérald Ayayi
Propos recueillis par Melvin Ferrand et Gaël Angénieux.
Ce n’est un secret pour personne, tu es issu d’une vraie famille de basketteur(se)s, mais contrairement à tes frères et sœurs, ta croissance a été plus lente. Ça a affecté ta formation notamment, comment est-ce que tu as vécu cela ?
Gérald Ayayi : Oui, ça a été très particulier parce qu’avec mon grand frère, on a un an d’écart et pourtant, lui, il a grandi très tôt. Dès Benjamin, si je me souviens, il était déjà plus grand que tout le monde. Du coup, je m’attendais à grandir très tôt, mais au contraire, j’ai grandi très tard, sur mes dernières années cadets. Et du coup, ça m’a affecté sur le fait que c’était beaucoup de pression d’avoir une famille de basketteurs de haut niveau. Et du coup, je le vivais vraiment très mal.
Je le vivais vraiment très mal jusqu’au moment où j’ai compris que c’était plus une force et que, plutôt que de me mettre la pression parce qu’ils avaient traversé ça, je me suis dit : « Je vais me servir de ce qu’ils ont traversé en fait pour que je n’aie pas à le traverser moi-même. » Et je pense que c’est aussi une chose qui a fait que j’ai pu gravir les échelons plutôt rapidement après. C’est parce que j’ai réussi à transformer cette forme de pression et à la tourner en avantage, et à me servir de leurs expériences pour m’appuyer dessus et pour essayer d’aller même encore plus haut.
Ton père aussi a joué au basket, quel rôle a-t-il joué dans cette période, notamment sur le plan mental ?
Gérald Ayayi : C’était une partie dont je ne m’étais pas rendu compte sur le moment, le rôle de mes parents. À cette époque, je pensais que seulement moi était triste, parce que je ne pouvais plus devenir pro, parce que je n’avais pas été pris à l’INSEP ou dans un centre de formation.
Il y a quelques mois, j’ai appris que ça avait été aussi dur pour mes parents. Ils avaient réussi à ne pas le montrer et je pense qu’ils ont été forts parce qu’ils ont réussi à me faire garder l’amour du jeu jusqu’à ce que j’aie cette croissance qui fait que tout a changé. J’avais toujours le droit à mon débrief d’après-match dans la voiture, ils me suivaient partout. Je ne m’en rendais pas compte sur le moment parce que je pensais que j’étais le plus à plaindre. Mais maintenant, avec le recul, je vois vraiment qu’ils ont joué un rôle très important.
Quand tu étais encore en U17, on te diagnostique la maladie d’Osgood-Schlatter, qui intervient pendant les périodes de forte croissance. Même si ça te tient éloigné des parquets pour une longue période, cette blessure a-t-elle apporté une sorte de soulagement sachant que tu allais grandir par la suite ?
Gérald Ayayi : Je n’ai jamais autant souhaité être blessé de ma vie. Je savais que mon grand frère avait beaucoup grandi avec cette maladie donc quand j’étais plus jeune, dès que j’avais un peu mal au genou : “hop, Osgood, c’est bon, arrêtez-moi pendant 2 mois, je vais grandir”. Vraiment je l’attendais avec impatience, donc quand j’ai été diagnostiqué, je me suis dit “Enfin !”. Après, ça n’a pas été facile parce que j’ai été écarté des terrains. Mais une fois que c’est bel et bien arrivé, il y avait ce côté de “c’est enfin mon tour !”
Depuis ton arrivée à Cholet, tu as énormément progressé mais ce qui saute aux yeux, c’est ta progression offensive. Quel regard portes-tu sur cette progression et comment est-ce que tu l’expliques ?
Gérald Ayayi : J’ai toujours cru en moi offensivement, toujours beaucoup travaillé. C’est vrai que j’avais plutôt un profil qui m’a poussé à m’imposer défensivement. Je savais que plus j’allais être sur le terrain, plus j’allais faire mes preuves en attaque. Et ma place sur le terrain, je l’ai d’abord gagnée en défense. C’est pour ça que je me suis greffé dans ce rôle défensif, qui était déjà le mien, et qui l’est toujours. Je n’ai jamais cessé de travailler offensivement. Ma défense me permettait de gagner ces minutes pour ensuite montrer tout le travail que j’avais réalisé en attaque, et de me projeter comme une menace offensive.
Est-ce qu’il y a un élément de ton bag offensif que tu as particulièrement travaillé ?
Gérald Ayayi : Mon tir, beaucoup. Que ce soit sur des exercices gestuels ou après l’entraînement, beaucoup de répétitions. Je pense que j’ai encore beaucoup à faire pour le fluidifier. Mais je pense que c’est l’aspect technique sur lequel j’étais le plus attendu, où j’étais le plus challengé également et sur lequel, cette saison, j’arrive le plus à répondre présent et à sanctionner.
Cette année, on assiste à un championnat très dense, avec les grosses performances d’équipes surprises comme la SIG ou Nanterre. Vous êtes 8e, alors que vous avez un bilan plus qu’honorable (12-9). Avec l’équipe, quel regard portez-vous sur votre saison, et comment est-ce que vous envisagez la suite ?
Gérald Ayayi : On a un bon regard, c’est-à-dire que nous savons qu’on peut faire mieux, mais que c’est maintenant que ça va commencer à se jouer. On va avoir un calendrier difficile qui arrive avec beaucoup d’équipes du top 8. Ce qui est bien, c’est que je pense que l’an dernier, on était dans la position de la SIG, de Nanterre. Du coup, je sais comment ils se sentent, comment la fatigue et le fait de devoir tenir la position est difficile.
C’est-à-dire que tu ne vas plus forcément chercher plus haut, mais tu te dis maintenant qu’il faut la tenir, et c’est le plus dur, avec les outsiders qui poussent derrière. Je pense que cette année, on a vraiment l’équipe faite pour ça. C’est-à-dire pousser derrière les grosses équipes, pousser derrière les équipes surprises et aller les pousser dans leurs derniers retranchements et, si possible, aller grappiller le plus de places possible dans les mois à venir.
Cet été, tu as renoncé à ta clause de départ pour rester un an de plus à Cholet. Finalement, cette saison, tu as obtenu tes premières sélections en EDF, tu as été élu All-Star de Betclic Elite, et même MVP de décembre en BE. J’imagine que tu ne regrettes pas d’être resté, sur le plan individuel, comment est-ce que tu vois la suite ?
Gérald Ayayi : Bien sûr, je pense que ce soit l’équipe de France ou le All-Star Game, c’était déjà l’an dernier des objectifs que je n’ai pas réalisés. Du coup, très vite, je me suis concentré sur moi, sur ma saison, et je me suis dit que si j’étais concentré sur moi, j’allais performer. Et justement, ces récompenses individuelles sont tombées. Donc, quand j’ai décidé de rester à Cholet, c’était vraiment aussi pour aller chercher toutes ces récompenses, parce que je savais que je me rapprochais du All-Star Game, je me rapprochais des équipes de France.
Du coup, bien sûr, c’était dans un petit coin de ma tête. Mais voilà, je voulais surtout grandir en tant que personne, hors du terrain, et je voulais utiliser justement la situation, l’environnement que m’offrait Cholet en termes de liberté, d’épanouissement, de leadership dans l’équipe pour me challenger, pour grandir et sortir de ma zone de confort avant d’aller sur un nouveau challenge.

crédit : FFBB






