VJ Edgecombe a déjà beaucoup de choses pour lui.
Pour un joueur de 21 ans qui sort d’une saison All Rookie First Team, le Bahamien est déjà d’une maturité assez rare. Après sa pointe historique a 34 points pour son premier match en carrière, VJ a montré tout au long de la saison qu’il pouvait avoir un impact immédiat dans une équipe de playoffs.

Quand on regarde ses stats plus en détail, pour un joueur présenté comme explosif avec des actions spectaculaires, c’est son tir à mi-distance qui est le plus intéressant. Il arrive directement dans le top 25% en efficacité de tous les joueurs de la grande ligue.
Et lorsqu’arrive le moment où la pression est maximale, le jeune guard affiche une sérénité surprenante qui dépasse largement son âge. 54.5% de loin (!) vs 35.4% sur cette saison en général. En plus on est pas sur une anomalie statistique car ces situations stressantes de fin de match se sont jouées sur 38 des 82 matchs de la saison dernière.
Après le joueur n’est pas parfait avec un dribble qui n’est clairement pas élite, quelques errances dans ses choix de passes et des difficultés à passer au travers des écrans adverses en défense.
Si vous suivez le joueur depuis plusieurs années comme Eric Gordon ou Buddy Hield en équipe nationale ou en NCAA, cette première saison n’est que la suite logique d’un profil qui reste extraordinaire pour son âge et dans le top 3 des meilleurs joueurs de son année en concurrence avec Kon Knueppel et Dylan Harper.
Cette deuxième saison va lui demander autre chose
Et oui les 76ers de Philly ont considérablement renforcé leur effectif depuis les playoffs 2026. Après avoir gagné une série de playoffs contre les Celtics dont les superlatifs me manquent après 43 années de disette contre la franchise du Massachusetts en phases finales, L’élimination en demie finale de conférence Est contre des Knicks futurs champions NBA, a scellé le sort de Daryl Morey en tant que président des opérations sportives des Sixers au profit de Mike Gansey, ancien assistant GM chez les Cavs. Et on peut dire qu’il n’a pas chômé depuis sa prise de fonction.
LeBron James et Jaylen Brown sont arrivés (bye bye PG et sa suspension de 25 matchs pour une substance toujours inconnue) pour épauler de VJ, Joel Embiid et Tyrese Maxey dans les potentiels titulaires. Anfernee Simons, Kentavious Caldwell-Pope et Dean Wade font partie des nouveaux arrivants dans la rotation.
Edgecombe devrait évoluer dans une équipe où les possessions et les responsabilités offensives seront beaucoup plus disputées malgré le départ de Grimes pour les Lakers.
Avec l’arrivée d’autant de porteurs de balle autour de lui, le jeune bahamien aura moins souvent besoin d’avoir la balle pour avoir un impact. Il devra apprendre à créer de la valeur lorsqu’il ne possède pas la gonfle : se placer correctement, couper au bon moment, courir en transition, sanctionner les aides et surtout maintenir une pression constante sur la défense sans monopoliser les possessions.
Autrement dit, son développement ne se mesurera pas uniquement à ce qu’il fera avec le ballon entre les mains, mais aussi à la qualité de ce qu’il fera lorsqu’il ne l’aura pas.
Pour franchir cette étape, quatre chantiers semblent particulièrement importants : stabiliser son tir extérieur, améliorer son accès au cercle, apprendre à privilégier l’efficacité aux gros plays et conserver cette désinvolture si précieuse lorsqu’il évolue aux côtés de futurs Hall of Famers.
A. Stabiliser son tir extérieur
C’est probablement le chantier le plus évident.
Edgecombe a surpris les observateurs lors de sa saison rookie par sa capacité à être une menace intéressante derrière l’arc. Il a notamment affiché une réussite de 42,9 % sur les tirs à trois points grands ouverts, le meilleur pourcentage de l’effectif des Sixers dans cette catégorie sur la saison régulière.
Avec cette efficacité qui est bonne mais pas non plus exceptionnelle ça lui permet de surnager dans un effectif où le niveau du tir extérieur l’année dernière n’était pas franchement bon. Le borgne parmi les aveugles, Ulysse tout ça tout ça, vous l’avez.

Les playoffs ont aussi rappelé que cette arme reste irrégulière.
Sur ces mêmes tirs ouverts, son adresse est tombée à 23,7 %. Une différence suffisamment importante pour montrer qu’il reste du travail avant de considérer son tir comme une véritable garantie.
La bonne nouvelle, c’est qu’Edgecombe a déjà identifié le problème. Il a annoncé travailler sur son tir pendant l’été pour « ne plus être laissé seul par une équipe adverse »
Et pour ses 3 premiers matchs avec les Bahamas pour qualifier sa nation à la coupe du monde, le jeune au bandeau tourne à 18 sur 31 tirs à 3 points (58.1%) dans des règles FIBA. c’est encourageant pour la suite.
Le contexte des Sixers rend ce chantier encore plus important. Avec LeBron James, Jaylen Brown, Joel Embiid et Tyrese Maxey autour de lui, Edgecombe devrait régulièrement profiter de situations où la défense devra choisir entre aider sur une star ou lui laisser de l’espace.
Il devra alors être capable de punir.
Pas nécessairement à entre 50 et 45 % au global sur toute la saison parmi les meilleurs de la ligue. Mais suffisamment pour qu’une défense ne puisse pas décider de l’abandonner hors des périodes de clutch.
S’il parvient à devenir une réelle menace extérieure, il pourra aussi se créer plus facilement des décalages sur ses coupes et drives.
B. Améliorer son accès au cercle
Devenir un joueur complémentaire fiable ne signifie pas devenir uniquement un tireur dans un coin. VJ Edgecombe doit également continuer à développer sa capacité à attaquer le cercle avec ou sans ballon.
Son explosivité est déjà l’une de ses principales qualités. Il possède le premier pas, la vitesse et les qualités athlétiques nécessaires pour mettre une défense en difficulté.
Le problème actuel est un peu la représentation de la fougue de la jeunesse alliée à un dribble pas assez développé. Parce que oui, parlons de l’éléphant dans la pièce, The Generator n’est pas The Answer à Philly. Dès qu’il prend un dribble, son efficacité au tir chute drastiquement, 60.4 d’eFG% sans dribble vs 49.5% dès le premier dribble effectué. Comme lorsqu’une voiture neuve sort du garage elle perd de la valeur.
Visuellement, si le défenseur arrive a rester au contact après le premier pas, le jeune bahamien n’arrive pas souvent à se défaire de son adversaire (comme sur son action sur son futur coéquipier en fin de match de NBA Cup l’année dernière).
Cette année on attend logiquement une amélioration d’Edgecombe au dribble pour un meilleur accès au cercle. Mais on va encore plus surveiller cet accès via le jeu sans ballon : couper dans le dos d’un défenseur qui regarde une star, attaquer les espaces libérés par un déplacement de LeBron ou Embiid, profiter d’un écran à l’opposé de l’action.
Une multitude de micro étapes qui consistent à transformer ces qualités athlétiques en accès régulier au cercle par des schémas d’équipe mais aussi du QI Basket.
L’objectif n’est donc pas nécessairement de transformer son profil en driver fou mais d’augmenter son nombre de pas dans la peinture par matchs serait un plus pour qu’il gagne en efficacité au global.
C. Apprendre à privilégier l’efficacité aux gros plays
C’est peut-être le chantier le plus subtil.
VJ est un joueur spectaculaire : Dunks, finitions au cercle, contres à deux mains et j’en passe. Le rookie n’a jamais semblé manquer d’envie de produire l’action qui fait lever la Xfinity Mobile Arena. Et cette confiance est évidemment une qualité.
Mais la prochaine étape de son développement sera peut-être d’apprendre à faire la différence entre l’action spectaculaire et la bonne action. Les deux ne sont pas incompatibles. Simplement, lorsqu’il aura moins de responsabilités offensives, Edgecombe n’aura plus besoin de prouver sa valeur à chaque possession.
S’il attaque le cercle, la meilleure solution ne sera pas toujours de chercher le contact ou la finition spectaculaire. Une finition simple, un floater, un arrêt ou même une passe supplémentaire peuvent parfois être beaucoup plus efficaces.

Quand on regarde en détail sa répartition de tir, il n’est pas au-dessus de la moyenne NBA dans tous les registres de la finition. Déjà qu’on parlait que son dribble et accès au cercle ne sont pas extraordinaires, le rookie a eu du mal à être propre dans ses derniers choix de possession.
Le rôle plus complémentaire de cette année va lui exiger moins de volume, mais davantage de précision dans les décisions. Cette évolution pourrait l’aider à gagner en efficacité près du cercle que je lui souhaite. On parle d’un jeune joueur de 21 ans pas d’un vieux briscard de 35 ans, il peut encore progresser.
En tout cas, le but n’est pas de retirer le spectacle de son jeu. C’est de faire en sorte que le spectacle soit une conséquence de ses bonnes décisions, et non l’objectif de la possession.
Et lorsqu’il aura appris cela, Edgecombe deviendra beaucoup plus difficile à défendre tout en gardant son âme de joueur.
D. Garder sa désinvolture face aux futurs Hall of Famers
Enfin, il y a un chantier qui n’a rien de technique.
VJ Edgecombe doit surtout rester VJ Edgecombe. À seulement 21 ans, le Bahamien possède déjà une personnalité particulièrement affirmée. Il n’a jamais semblé impressionné par le statut de ses coéquipiers.
La séquence avec Joel Embiid après un choc en est probablement l’une des meilleures illustrations. Alors que beaucoup de jeunes joueurs pourraient naturellement être intimidés par un MVP et l’un des visages de la NBA. VJ s’était permis une remarque totalement décomplexée au Franco-Américano-Camerounais : « Look at me. Am I still handsome? »
Cette désinvolture pourrait devenir précieuse dans un vestiaire qui accueillera désormais plusieurs joueurs au statut considérable. LeBron James n’a évidemment plus besoin d’être présenté. Jaylen Brown arrive avec un titre NBA et un statut de star. Embiid et Maxey restent les visages majeurs de la franchise.
Edgecombe devra apprendre d’eux. Mais il ne devra surtout pas avoir peur d’eux. Son caractère peut justement lui permettre de trouver cet équilibre.
Et son expérience avec les Bahamas va dans le même sens. En sélection, Edgecombe est déjà appelé à prendre davantage de responsabilités et à évoluer dans un contexte où il doit être l’un des principaux moteurs de son équipe.
Il connaît donc déjà les deux extrêmes : être une pièce centrale et être un jeune joueur au milieu de joueurs plus expérimentés.
Devenir indispensable sans devenir une star
Le plus intéressant dans la situation d’Edgecombe est finalement qu’il n’a pas besoin de reproduire sa saison rookie.
Il n’a pas besoin de conserver 35 minutes par match. Il n’a pas besoin de conserver le même volume de tirs. Et il n’a certainement pas besoin de devenir le troisième créateur des Sixers derrière Joel Embiid et Tyrese Maxey.
Son défi est différent, il doit développer sa capacité à avoir un impact lorsqu’il n’a pas le ballon : couper, courir, se déplacer, créer de l’espace et rester une menace permanente pour la défense.
Le tout en améliorant son jeu avec ballon malgré une utilisation potentiellement moindre : un tir extérieur plus fiable pour punir les aides, une capacité à attaquer les close-outs et accéder au cercle ainsi qu’une meilleure sélection de tirs pour transformer ses qualités athlétiques en efficacité.
Enfin, il devra conserver cette confiance qui lui permet de rester lui-même, même entouré de stars qui gardent la balle entre les mains.
Si Edgecombe progresse sur ces chantiers, son éventuelle baisse de volume offensif ne sera pas forcément une mauvaise nouvelle. Ce sera une période d’apprentissage accélérée aux côtés de 3 ou 4 futurs Hall of Famers.
Pas trop mal pour un gamin de 21 ans non ?






