Après un peu plus d'un an à la tête de la franchise, Marc Lore cède ses parts pour se consacrer à ses autres activités. Crédit : David Berding via Getty Images

Pourquoi Marc Lore cède-t-il le contrôle des Minnesota Timberwolves ?

L’annonce est tombée ce vendredi 21 Août 2026 : Marc Lore, propriétaire majoritaire des Minnesota Timberwolves (NBA) et des Minnesota Lynx (WNBA) a vendu ses parts dans les deux franchises pour un montant de 4,5 milliards de dollars. Derrière cette annonce surprise, pourquoi ce propriétaire si influent depuis sa prise de fonction a-t-il décidé de céder le contrôle de ces équipes ?

Une vente surprise

Un peu plus d’un an après avoir récupéré le contrôle majoritaire de ces franchises suite à une bataille juridique interminable, Marc Lore décide de vendre ses parts à Marc Stad. Une annonce très surprenante compte tenu du fait que rien ne laissait présager cela. Cette transaction représente tout de même une plus-value considérable puisque la franchise avait été acquise pour 1,5 milliard de dollars, faisant ainsi un x3 par rapport à investissement initial, et se classant au 4e rang des ventes de franchises NBA les plus élevées, derrière les Los Angeles Lakers deux fois et les Boston Celtics.  

Cela fait déjà plusieurs mois que la transaction se prépare. Shams Charania explique que « Ce changement de propriétaire est le résultat de plusieurs mois de discussions qui ont permis à Stad, Rodriguez et Lore de continuer à travailler ensemble et de conserver les structures de gouvernance actuelles ». Si l’annonce de l’opération a surpris tout le monde, l’opération en elle-même mûrissait discrètement depuis longtemps.

Pourtant l’effet de surprise reste très fort, surtout au vu du contraste avec la lenteur du processus d’achat. L’arrivée de Marc Lore et Alex Rodriguez à la tête de la franchise avait été un véritable marathon administratif, le processus d’approbation ayant duré plus de 4 ans au total suite à des désaccords avec Glen Taylor, ancien propriétaire historique de la franchise.

La décision de Marc Lore fait suite à sa volonté de se consacrer à l’introduction en bourse de Wonder, une startup américaine de livraison de repas qu’il a créée en 2018 et qui est aujourd’hui valorisé à environ 9 milliards de dollars. Ne pouvant plus se consacrer quotidiennement à la franchise des Lacs, il a préféré se mettre en retrait. Mais il reste tout de même dans l’organigramme de la franchise afin de l’accompagner dans les différents projets globaux, dont la construction d’une nouvelle salle en centre-ville.

Il conserve également sa place en courtside au Target Center à côté de Rodriguez, signe d’une vente qui s’est passée sans accroc. En effet, Lore a décliné plusieurs propositions de rachats supérieures aux 4,5 milliards proposés par Stad afin de privilégier la continuité du projet de la franchise. Présent depuis le rachat de la franchise dans un rôle de propriétaire minoritaire, ce dernier passe de 3e personne dans la hiérarchie à dirigeant de la franchise.

Alex Rodriguez reste quant à lui le 2e dans l’organisation. Il va tout de même conserver son rôle actuel en étant l’image public des propriétaires, lui qui est une ancienne star de baseball. Possédant une maison à Minnesota, il est celui qui dirigera au quotidien les activités de la franchise, un rôle qu’il a embrassé avec plaisir depuis sa prise de fonction. Il avait par exemple répondu à un fan qu’il ferait tout pour conserver les Wolves dans leur État d’origine suite au rachat.

Quel est l’héritage de Marc Lore (avec Alex Rodriguez) à Minnesota ?

On ne peut pas dire que l’arrivée de Marc Lore à la tête des Wolves se soit déroulée sans encombre.

En effet, après avoir échoué à racheter les New York Mets, Alex Rodriguez s’était associé à Marc Lore, ancien président du e-commerce de Walmart, pour racheter les Timberwolves. La construction de ce rachat pour 1,5 milliard de dollars était assez unique avec l’acquisition de parts successives (20% en mai 2021 ; 20% en décembre 2022 ; 40% en décembre 2023 et 20% en mars 2024) afin de leur permettre de se familiariser avec la gestion d’une équipe NBA et de faciliter la transition après le départ de Glen Taylor. Ce deal leur permettait également de pouvoir prendre le temps de construire un groupe financier suffisant, avec l’arrivée de plusieurs investisseurs supplémentaires pour consolider le rachat.

Si tout se passe bien au départ, le jeudi 28 mars 2024 marque un tournant. Glen Taylor publie un communiqué dans lequel il explique que « Les Timberwolves et les Lynx ne sont plus à vendre » puisque Rodriguez et Lore n’ont pas été en mesure de réunir les fonds nécessaires pour respecter les délais impartis. Cette déclaration fait suite à plusieurs reports expliquant que le montant de la franchise s’est fait à un prix bien inférieur à celui du marché, Taylor souhaitant alors mettre fin au processus de rachat afin de vendre encore plus cher l’équipe dont il détenait les rênes depuis 1994.

S’ensuit une bataille juridique qui se termine par un arbitrage en faveur des deux hommes, qui leur permet d’acquérir les Wolves et les Lynx officiellement en juin 2025. Marc Lore déclare à ce moment-là que « C’est un honneur pour nous de mener les Timberwolves et les Lynx vers une nouvelle ère pleine d’audace et de passion ».

Dès leur arrivée à la tête de la franchise les deux hommes avaient fait de la réconciliation avec Kevin Garnett une priorité. Ce dernier s’était longtemps davantage associé aux Celtics alors même que c’est dans le Minnesota qu’il avait connu ses meilleures années, avec en point d’orgue ce titre de MVP en 2004. Il a par exemple eu son maillot retiré à Boston, refusant depuis toujours que le sien soit retiré aux Wolves.

On adorerait corriger cela, parce qu’il est tellement important pour notre franchise, pour cette communauté, pour l’histoire des Timberwolves […] Nous entretenons d’excellentes relations avec Kevin (Garnett), nous avons beaucoup de respect pour lui, et il est entouré de personnes formidables. Si c’est important pour nos fans, ça le sera aussi pour Marc (Lore) et moi.

Alex Rodriguez, via Yahoo Sports (2025)

Le pari fini par payer puisque Kevin Garnett devient ambassadeur pour la franchise, un rôle visant à valoriser son histoire et l’expérience des fans. C’est surtout l’annonce du retrait de son maillot, contre les Boston Celtics le 28 février 2027, qui vient boucler tout le travail entrepris par les deux hommes d’affaires pour se réconcilier avec KG, lui qui entretenait des relations très compliqués avec Taylor depuis le décès de Flip Saunders en 2015, qui a fait voler en éclat un accord informel entre les deux hommes concernant l’avenir du Big Ticket au sein de la franchise.  

Autre chantier important du passage de Lore dans le Minnesota : le renouveau visuel de la franchise. Dès leur prise de fonction officielle, Rodriguez avait indiqué à Jon Krawczynski de The Athletic qu’ils envisageaient un rebranding inspiré du look de la fin des années 1990 et du début des années 2000. Il explique ainsi que « Nous avons beaucoup travaillé en coulisses. Je pense que nos supporters vont être très, très enthousiastes. … Nous sommes tout à fait conscients que faire revivre une partie de l’histoire de l’époque de KG est quelque chose qui compte beaucoup pour nos supporters ».

Ce projet se concrétise un an plus tard avec l’annonce d’un nouveau logo et des couleurs plus affirmées ainsi que des nouveaux maillots et un nouveau design du parquet qui vient rendre hommage aux racines de la franchise. L’annonce accompagnée d’une expérience pour les fans au Target Center en présence de Kevin Garnett, Naz Reid et Jaden McDaniels vient alors un peu plus renforcer la réussite des deux hommes dans le développement de la franchise.

Dans le sillage de la draft d’Anthony Edwards, la franchise connaît une période dorée, peut-être la meilleure de son histoire, avec cinq participations consécutives en playoffs depuis 2022, dont deux finales de conférence en 2024 et 2025.

Les Wolves parviennent notamment à mettre la main sur Tim Connelly pour devenir le président des opérations basket. Un choix judicieux pour celui qui est alors considéré comme l’un des architectes de la construction des Denver Nuggets, qui remportera d’ailleurs le titre la saison suivant son départ.

Financièrement, les deux hommes se sont attachés à fournir toutes les ressources nécessaires pour que la franchise puisse être la plus compétitive. Cela passe notamment par payer la luxury tax pour conserver ce roster le plus longtemps, comme en 2025 où ils ont dû payer 90 millions de taxe. Ce à quoi Lore avait déclaré que « Nous voyons cela comme une start-up qui perd de l’argent, mais qui investit parce que cela crée de la valeur pour l’entreprise à long terme ».

Concernant la salle, Lore et Rodriguez avaient laissé entendre dès leur arrivée qu’ils solliciteraient les autorités locales pour la construction d’une nouvelle arène, le Target Center étant la deuxième plus vieille salle de NBA. Ces derniers s’étaient montrés prêts à financer le projet via des fonds privés, en étant toujours en attente quant à l’emplacement exact de la salle, mais privilégiant vraisemblablement le centre-ville. Une orientation en phase avec Marc Stad qui resterait engagé dans la construction d’une nouvelle salle à Minnesota.

Alex Rodriguez (au centre) et Marc Lore (à droite) au moment de l'annonce du deal avec Glen Taylor (à gauche). Crédit : Minnesota Timberwolves via Twitter
Alex Rodriguez (au centre) et Marc Lore (à droite) au moment de l’annonce du deal avec Glen Taylor (à gauche). Crédit : Minnesota Timberwolves via Twitter

Qui est Marc Stad, le nouveau propriétaire majoritaire des Minnesota Timberwolves ?

Issue d’une famille modeste, dont il est le premier à être diplômé de High School, Marc Stad connaît un début de carrière classique, mais solide.

Diplômé de Harvard et de Stanford, il débute en tant que consultant chez McKinsey avant de s’orienter vers l’investissement puis manager à l’Investment Group of Santa Barbara, où ol commence avec seulement un million de dollars sous gestion avant de devenir l’associé en charge du bureau de Hong Kong de la firme. Là-bas, il sécurise par exemple un investissement dans Alibaba avec l’aide de Joe Tsai, qui détient désormais les Brooklyn Nets. En parallèle, il débute dans le service public en devenant le président et le commissaire de la City and County of San Francisco Finance Corporation où il supervise la situation financière de la ville et du comté de San Francisco.

Mais c’est en 2012 que sa carrière prend un autre tournant puisqu’il fonde Dragoneer Investment Group, une société d’investissement basée à San Francisco et spécialisé dans les nouvelles technologies. Il réalise des choix stratégiques payant, que ce soit en investissant dans DoorDash ou AirBnB, deux entreprises qui seront par la suite introduites en bourse pour respectivement 55 et 47 milliards de dollars.

Il conduit également le plus grand rachat par effet de levier du secteur des services d’assurance américain avec une opération de 2,6 milliards de dollars sur AmWINS en 2016, dont il est devenu le principal actionnaire externe. Il participe également à la levée de fonds d’OpenAI en 2025 avec une participation de 2,8 milliards de dollars. Ainsi, Dragoneer s’est imposé comme un des plus grands fonds de venture capital (investissement de capital), parvenant à lever sept fois des fonds depuis sa création, dont la dernière a culminé à 4,3 milliards de dollars.

Malgré sa réussite, Stad n’est pas à la recherche de la lumière médiatique. Il privilégie au contraire le retrait vis-à-vis de la scène publique malgré son influence grandissante, n’hésitant pas à déléguer à d’autres les apparitions en public. Il est plutôt reconnu pour être un entrepreneur créatif dans la structure de ces deals et la recherche des avantages compétitifs des entreprises qu’il décide de soutenir. Avec une fortune personnelle estimée à 5 milliards de dollars, Marc Stad s’est imposé comme l’un des hommes forts de la Silicon Valley, Forbes le classant pour la cinquième année consécutive dans son top 100 des investisseurs Tech.

Présent en tant qu’investisseur depuis le début du rachat de Lore et Rodriguez, il était vu comme une figure « discrètement influente » au sein du groupe des propriétaires selon Jon Krawczynski de The Athletic. Alors même qu’on y retrouve de grands noms tels que Michael Bloomberg, ancien maire de New York, ou Eric Schmidt, ancien PDG de Google.

Dans le Minnesota, Marc Stad va pourtant bien conserver sa stratégie en se mettant en retrait médiatiquement. C’est d’ailleurs son épouse, Elisa Stad, qui est appelée à devenir la gouverneure officielle des Timberwolves une fois l’accord approuvé par la ligue. Tandis que lui continuera d’officier comme directeur de Dragoneer Investment.

Elisa Stad a quant à elle mené une carrière remarquée dans le développement commercial, stratégique et marketing, travaillant pour de nombreuses entreprises du secteur des produits de beauté. Elle sera ainsi chargée de prendre toutes les décisions finales concernant les Minnesota Timberwolves, à la manière de Jeannie Buss aux Los Angeles Lakers.

Elisa Stad prendra la gouvernance des Minnesota Timberwolves lorsque la vente sera validée par la ligue. Crédit : Xavier Collin via Image Press Agency
Elisa Stad prendra la gouvernance des Minnesota Timberwolves lorsque la vente sera validée par la ligue. Crédit : Xavier Collin via Image Press Agency

Quel est l’impact de cette vente sur le projet sportif des Minnesota Timberwolves ?

À six semaines du début du training camp, ce changement majeur à la tête de la franchise ne devrait pas avoir de réels impacts sur les plans de l’équipe, du moins à court-terme. Les Wolves restent toujours l’une des places fortes de la Conférence Ouest. L’acquisition de LaMelo Ball durant l’intersaison vient d’ailleurs confirmer cette tendance.

Il sera intéressant de voir son association avec Edwards sur le backcourt, des compères de la draft 2020. L’ancien joueur des Charlotte Hornets apportera surtout sa force à la création, l’un des points faibles dans le jeu offensif des Wolves depuis le déclin de Mike Conley. Il faudra bien évidemment surveiller sa santé, lui qui n’a pris part qu’à 63% des rencontres possibles depuis son arrivée dans la Grande Ligue.

L’effectif a d’ailleurs été remanié cet été, avec les départs de Naz Reid et Julius Randle, tous deux des contributeurs aux succès récents de la franchise. Nul doute que Chris Finch va s’appuyer davantage sur Ayo Dosunmu, qui a montré de belles choses lors des playoffs, et jouer avec davantage de lineup à un seul big, que ce soit autour de Rudy Gobert ou du jeune Joan Beringer. Le groupe s’est d’ailleurs réuni à Paris afin de travailler ces automatismes à l’approche de cette saison capitale.

Tim Connelly arrive en fin de contrat à la fin de la saison. Homme fort du management précédent, il entretient certes de bonnes relations avec Alex Rodriguez, mais rien ne dit qu’il sera toujours en place dans douze mois. Surtout quand on sait que les dirigeants apprécient placer leurs propres hommes. Le choix de la continuité avec Stad vient tout de même rassurer de ce point de vue-là, même si la question du paiement de la luxury tax va rentrer en compte.

Minnesota aura fort à jouer la saison prochaine, car elle se retrouve à un tournant de son hisoire. Après plusieurs saisons consécutives réussies sportivement, l’équipe doit passer ce plafond de verre, elle qui s’est fait éliminer à deux reprises en finale de conférence contre les Dallas Mavericks de Luka Doncic et l’armada d’Oklahoma City. Surtout après les rumeurs qui se font de plus en plus insistantes autour d’un potentiel départ d’Edwards, même si celui-ci semble être en phase avec sa franchise selon les proches du joueur.

Au-delà du cas de Minnesota, cette vente illustre une tendance de plus en plus visible et qui traverse le monde du sport. Les franchises sont désormais achetées, revalorisées puis revendues en quelques mois à peine, que ce soit les Lakers et désormais les Wolves. Un rythme qui interroge sur la place laissée à la stabilité dans une NBA où les propriétaires ressemblent de plus en plus à des investisseurs de passage qu’à des bâtisseurs à long terme. Même si Minnesota semble en partie épargné par certaines dérives, notamment avec la continuité affichée via Marc Stad. Mais pour combien de temps ?

Ne manque pas un article !

Rejoins la communauté Le Roster en t'abonnant à notre newsletter !

Damian Lillard indique l'heure