Cleveland Cavaliers. Crédit : Scott Galvin

Cleveland Cavaliers, un échec prévisible

Malgré une première participation aux Finales de Conférence depuis 2018, les Cleveland Cavaliers ont vécu une fin de saison douloureuse avec un sweep face aux New York Knicks. Si la manière fait mal, le résultat peut sembler logique et prévisible.

Une saison régulière en deçà des attentes

L’an passé, les Cavs avaient démarré la saison sur les chapeaux de roue avec 15 victoires consécutives. De quoi les placer immédiatement en tête de la Conférence Est, place qu’ils ne lâcheront plus jusqu’à la fin de la saison régulière, achevée avec un bilan de 64 victoires pour 18 défaites.

Malgré cette belle première saison sous les ordres de Kenny Atkinson, les joueurs de l’Ohio n’ont pas su gérer la pression de la post-season. Ils ont certes éliminé Miami sans aucune difficulté d’un coup de balai mais ont ensuite été les victimes de la surprise Indiana, auteure d’un parcours exceptionnel.

Kenny Atkinson, head coach des Cleveland Cavaliers. Crédit : Matt Krohn

Cette sortie, bien que décevante, n’était pas une déception en soi pour l’an 1 du projet Atkinson. La deuxième saison devait donc être celle de la confirmation et les Cavs se devaient de passer un cap, a minima faire aussi bien en saison régulière et aller plus loin en playoffs.

Dès le début, on comprit que le comte de fée de la saison régulière 2024-2025 serait très difficile à reproduire. Alors qu’ils affichaient un bilan de 15-0 en 2024, les coéquipiers de Donovan Mitchell étaient proches de l’équilibre à la mi-décembre (15 victoires et 14 défaites).

Les Cavaliers ne pouvaient pas se contenter de ces résultats et ils sont parvenus à redresser la barre pour achever la saison à une décevante quatrième place avec un bilan de 52 victoires pour 30 défaites.

Le cinq majeur des Cavs la saison passée. Crédit : Joshua Gunter

Une post-season en montagne russe

Pour la deuxième fois en deux saisons avec le nouveau staff, la franchise de l’Ohio s’avançait donc avec l’avantage du terrain au premier tour. Une série qui s’annonçait piégeuse face à l’une des surprises de l’année, les Toronto Raptors.

Cleveland partait tout de même favori par l’expérience des joueurs de son effectif ainsi que du coaching staff mais aussi par le talent, supérieur sur le papier. Malgré cela, les Cavaliers ont dû cravacher pour se défaire de l’accrocheuse équipe canadienne.

Ils ont dû passer par un match 7 pour conclure une série où les deux équipes ont gagné tous leurs matchs à domicile, d’où l’intérêt de disposer de l’avantage du terrain. Cette qualification pour le second tour n’avait rien de rassurant puisqu’elle respectait la logique du classement sans être nette.

Donovan Mitchell a joué un rôle majeur face aux Raptors. Crédit : Chris Young

Le vrai test allait donc être le numéro 1 de la Conférence, Detroit. Les deux franchises s’étaient déjà affrontées à quatre reprises cette saison pour un bilan à l’équilibre de 2 victoires partout dont 3 matchs s’étant achevés avec 4 points d’écart ou moins.

Une fois encore, Cleveland pouvait être considéré comme favori face à la vraie surprise de la saison qui a vécu une ascension fulgurante en passant de 14 à 62 victoires en deux ans. Cependant, la confrontation s’annonçait bien plus équilibrée face, notamment, au redoutable axe 1-5 des Pistons formé par Cade Cunningham et Jalen Duren.

James Harden et ses coéquipiers n’entamaient pas la série du bon bout, concédant les deux premiers matchs dans le Michigan et revenant au Rocket Mortgage Fieldhouse avec l’obligation de s’imposer à deux reprises sous peine de se retrouver plus proche que jamais du précipice.

La réaction ne se fit pas attendre puisque Cleveland a remporté ses deux matchs à domicile avant de remporter son premier match à l’extérieur depuis le début de la post-season pour prendre l’avantage dans la série (3-2). Ce cinquième match semblait être la bascule définitive avec une victoire en prolongations marquée par une polémique.

Surtout, les Cavaliers se donnaient deux opportunités de conclure dont la première à domicile qu’ils n’ont pas saisi, largement dominés (115-94). La série se déplaçait à nouveau du côté de Detroit pour un match de tous les dangers et c’est cette fois les Pistons qui passaient complètement à côté (125-94).

Les Cavaliers étaient donc au rendez-vous des finales de conférence, le minimum pour cette équipe, après deux séries extrêmement disputées et deux matchs 7. En face, des Knicks en pleine bourre qui restaient sur 7 victoires consécutives et avaient pu se reposer une semaine pendant que les Cavs bataillaient encore.

Le match 1 mettait en évidence cette différence de forme physique avec des Knicks qui avaient du mal à retrouver le rythme. Alors que Cleveland semblait se diriger vers une victoire tranquille en menant 92-71 à 8 minutes du terme, les joueurs de Kenny Atkinson se sont totalement écroulés au point de perdre le match après prolongation.

Une défaite dont ils ne se relèveraient jamais, les Cavs ne parvenant pas à remporter le moindre match dans cette série et concédant un sweep ponctué d’une terrible défaite 130-93 dans le match 4.

Les Knicks de Jalen Brunson n’ont eu aucune pitié avec les Cavs. Crédit : Nathaniel Butler

Un effectif mal construit

Pour être complet sur la saison de Cleveland, il faut obligatoirement parler du 3 février 2026. Ce jour-là, un trade bouleverse l’effectif pourtant solide du dernier leader de la conférence. Plus surprenant, cet échange intervient alors que très peu de rumeurs avaient fuité à ce sujet.

L’échange concerne Darius Garland, qui est envoyé du côté des Los Angeles Clippers alors que James Harden fait le chemin inverse. Un pari risqué pour le front office qui laisse filer un joueur de 26 ans à qui il restait deux ans et demi de contrat pour attirer un joueur certes bien plus référencé mais de 10 ans son aîné et en fin de contrat cet été.

Avec ce trade, Cleveland affichait clairement ses ambitions de gagner au plus vite avec un James Harden à qui il restait moins de temps au plus haut niveau mais qui apportait plus de garanties, du moins sur le papier.

James Harden a déçu durant les playoffs. Crédit : Brad Penner

Sur le papier uniquement car le barbu a énormément déçu sur les 18 matchs disputés en post-season. En effet, le meneur MVP en 2018 a vu ses statistiques baisser dans tous les domaines par rapport à la saison régulière : de 23,6 à 19,8 points, moins de passes décisives (de 8 à 5,5), plus de pertes balle (4,7 contre 3,5 en saison régulière) et des pourcentages plus faibles (41% au tir dont 30% à 3 points et 83% aux lancers francs).

Au-delà de ces difficultés, son attitude a également interpellé, le joueur passé par les Rockets et par les Sixers au cours de sa carrière ne semblant pas particulièrement alarmé ni préoccupé par son niveau de jeu. Ses déclarations après l’élimination ont d’ailleurs interrogé quant à son objectivité.

C’est difficile de répondre à cette question. Oui, il y a eu 4-0, mais je ne pense pas que nous ayons pu avoir notre meilleure chance de l’emporter, de part les circonstances. Ils nous ont dominés 4-0. Mais je pense sincèrement que nous sommes la meilleure équipe. Nous ne l’avons simplement pas montré sur la série.

La complémentarité entre les deux joueurs star sur les bases arrière, James Harden donc, et Donovan Mitchell, pose également question. En effet, ils présentent des profils assez comparables bien que James Harden soit davantage devenu un meneur au fil de sa carrière tandis que « Spida » reste un arrière. Les deux joueurs ont également besoin d’avoir le ballon en atteste leur usage rate : 31 pour Mitchell et 28 pour Harden.

Malgré cela, les deux joueurs sont aussi géniaux en attaque que peu performants en défense. Quand on sait que le dicton dit qu’un titre se gagne par la défense et que la NBA est davantage une ligue de meneurs, avoir deux boulets sur le plan défensif est trop handicapant.

Harden-Mitchell, un duo incompatible. Crédit : AFP

On l’a d’ailleurs constaté lors du match 1, quand Mike Brown a clairement assumé sa stratégie d’attaquer constamment James Harden. Stratégie payante puisque les Knicks ont comblé un déficit de 20 points en à peine 8 minutes avant de s’imposer en prolongations. Sur cette séquence, Jalen Brunson a enchaîné les possessions en isolation face à Harden qui ne pouvait rien faire pour le contenir.

Dans la raquette, même problème avec Evan Mobley et Jarrett Allen ayant des profils eux aussi assez proches, avec un Evan Mobley plus complet : deux intérieurs longilignes et forts défenseurs. Mais, ils ont montré leur limite face à un Karl Anthony Towns plus technique et intelligent dans le jeu qui leur a fait payer chaque choix.

Jalen Brunson a sanctionné chaque fois que James Harden défendait sur lui. Crédit : Seth Wenig

Une possible refonte de l’effectif

Cet été s’annonce clé pour déterminer ce qu’il adviendra du projet Cavs. Si Kenny Atkinson a été confirmé au poste de head coach, c’est sur le terrain plus que sur le banc qu’il pourrait y avoir du changement, même si Vincent Collet, conseiller d’Atkinson, pourrait faire ses valises.

Le principal enjeu sera l’avenir de James Harden. Comme évoqué précédemment, ce dernier arrive en fin de contrat cet été mais dispose d’une player option d’un montant de 42 millions de dollars pour la saison prochaine. Ce dernier a annoncé qu’il désirait rester, les Cavs semblent aussi enclin à le conserver mais pas à n’importe quel prix. Reste donc à négocier sur la durée et le prix.

Oui. À 100 %. Clairement. Oui. Je veux vraiment être ici. Je pense qu’on a trouvé quelque chose dans cette équipe.

Parmi les autres membres du « big 4 », Donovan Mitchell et Evan Mobley devraient aussi rester dans l’Ohio. L’ancien du Jazz a lui aussi déclaré que son avenir s’écrivait du côté de Cleveland. Il est sous contrat jusqu’en 2027 avec une player option pour 2028 pour environ 50 millions, salaire qu’il a justifié avec ses performances en playoffs (26 points de moyenne.

J’adore être ici. Je ne sais pas comment le dire autrement, mais j’adore être ici. On a encore des choses à accomplir. Cette ville mérite un titre et on va continuer à avancer.

Si quelqu’un était amené à partir, ce serait sans doute Jarrett Allen, pivot de Cleveland depuis 2021. Ce dernier a encore trois ans de contrat à environ 30 millions la saison mais n’arrive pas à convaincre pleinement.

Le front office devra en tout cas faire des choix puisque Cleveland est l’équipe qui a le salary cap le plus élevé avec 212 millions de dollars, au-dessus du second apron. Le propriétaire n’acceptera sans doute pas de rester dans cette situation car elle implique des amendes supplémentaires de 50 millions de dollars.

Le front office pourrait être tenté de trader Jarrett Allen. Crédit : Ashish Mathur

Revient également sur la table la chimère LeBron James : alors qu’il arrive en fin de contrat du côté de Los Angeles, plusieurs insiders l’annoncent de retour dans sa franchise de cœur pour ses derniers matchs. Si un retour n’est pas à exclure, LBJ devra accepter de faire des concessions salariales, ce qu’il, d’après les informations, ne verrait pas d’un bon œil.

La free agency s’annonce donc chargée dans l’Ohio et les Cleveland Cavaliers devront gérer au mieux les différents dossiers afin d’aborder la saison prochaine en tant que favoris.