Paolo Banchero n'est pas le joueur que vous pensez.

Paolo Banchero n’est pas le joueur que vous pensez

Sans aucun doute, Paolo Banchero est un joueur clivant, qui suscite le débat dans la communauté basket. Ou alors, a minima, il ne laisse pas indifférent. Le néophyte sera impressionné par son combo taille-poids-vitesse-puissance-fluidité, et osera même la comparaison avec LeBron James. Mais pourquoi Banchero attire-t-il des comparaisons aussi flatteuses, aussi rapidement dans sa carrière ?

Cela vient très certainement de notre tendance à vouloir projeter des modèles sur les nouvelles choses que nous découvrons, pour mieux nous les expliquer (d’où l’outil de la comparaison, souvent utilisé dans le scouting). Quelque chose qui nous pousse à caricaturer, pour simplifier le réel, et donc parfois, brouille notre rapport à la réalité, en nous donnant des explications préconçues, souvent erronées. 

Revenons à Paolo Banchero. Cette tendance à la comparaison facile nous a forcés à lui coller les clichés des qualités que l’on retrouve chez les superstars NBA : un scoreur efficace et dominant ; un créateur offensif ; un bon défenseur. Il faut aussi ajouter des éléments propres au contexte du joueur. Il est, par exemple, souvent annoncé comme le franchise player du Magic, au détriment de Franz Wagner. Je propose ainsi d’essayer de démêler le vrai du faux à propos du natif de Seattle, pour comprendre quel joueur est véritablement Paolo Banchero.

Un scoreur efficace et dominant ?

La première idée reçue, que l’on accole à Paolo Banchero, concerne la pertinence de son scoring en NBA. Définissons donc ce qu’est un scoreur efficace et dominant : ce serait un joueur capable de rechercher la rentabilité de ses tirs, les choisissant qualitativement, et capable de les rentrer à un taux au-dessus de la concurrence. Ce qui implique, en conséquence, de le comparer à l’élite de la finition NBA. Il faut donc essayer d’analyser les composantes de sa finition, pour étudier si Banchero est efficace et/ou dominant dans l’exercice.

On retrouve deux grosses composantes d’attaque chez Paolo Banchero, le drive et le pull-up, communes aux stars offensives, servant d’étalon de comparaison entre les meilleurs scoreurs de la ligue. Ceci dit, le joueur du Magic utilise donc le drive sur un gros volume, et il est intéressant d’observer ses statistiques en carrière dans le domaine (des stats issues de nba.com sur les cinquante drivers les plus quantitatifs de la NBA par année, de plus, la productivité sur drive se fait selon le calcul : PTS / (FGA + 0,44 * FTA) ) :

22-23 : 10 drives par match (46e sur 50) avec une productivité de 1,09 (39e) – 72 matchs

23-24 : 12,7 drives par match (25e) avec une productivité de 1,07 (39e) – 80 matchs

24-25 : 11,9 drives par match (25e) avec une productivité de 1,21 (16e) – 46 matchs

Être dans les cinquante plus grands drivers lors de sa saison rookie constitue une preuve de la tendance qu’a Banchero à utiliser le drive dans son attaque. En regardant la productivité sur drive, qui n’englobe pas seulement l’efficacité pure, mais considère aussi la capacité à obtenir des lancers francs, on remarque que Paolo Banchero se situe dans le bas du classement, sauf lors de la dernière saison. Peut-on alors y voir une progression ?

En fait, on ne peut pas répondre tout de suite. Cependant, il semble nécessaire de prendre en compte que l’ancien de Duke a été blessé sur la saison, et donc, il faut admettre l’argument d’une variance plus forte sur un échantillon de 46 matchs, plutôt qu’un échantillon de 72 ou 80 matchs. Enfin, il faut ajouter une dernière donnée : le fait que Paolo Banchero est très bon dans la recherche de fautes (une de ses grandes qualités). Cela stimule la productivité de son drive, mais pose encore plus de questions sur son efficacité sur les tirs en fin de drive.

Paolo Banchero, capable d’un gros volume sur drive. Crédit : John Raoux (AP Photo)

L’autre grande composante d’attaque chez Banchero est le pull-up, ce tir en auto-création, l’arme symbolique de la star en NBA. On peut donc étaler ses tendances en carrière dans l’exercice (des stats issues de nba.com sur les cinquante joueurs qui prennent le plus de pull ups par match en NBA par année, l’efficacité (points par tir) est calculée par PTS / FGA, et %3P correspond à la fréquence de trois points pris sur des pull-ups) :

22-23 : 5,6 pull ups par match (46e sur 50) avec une efficacité de 0,79 (50e) avec 26,2 3P% (48e) et une fréquence à trois points de 32,1 %3P

23-24 : 7,6 pull ups par match (26e) avec une efficacité de 0,87 (43e) avec 32,3 3P% (40e) et une fréquence à trois points de 34,2 %3P

24-25 : 9,4 pull ups par match (9e) avec une efficacité de 0,89 (41e) avec 30,7 3P% (40e) et une fréquence à trois points de 41,5 %3P

Son inefficacité est peut-être encore plus flagrante dans ce compartiment du jeu, contrastant avec une augmentation du volume d’année en année, sans une nette amélioration de son rendement. C’est, selon moi, son plus gros point faible en attaque, tirant son efficacité vers le bas. En ajoutant l’aspect du tir à trois points dans cette question du pull-up, on remarque une augmentation lors de la dernière saison. On peut l’expliquer par une recherche de rentabilité, pour essayer de partiellement masquer le manque de réussite sur ces tirs.

La révolution du trois points et la démocratisation du spacing ont fait comprendre à la NBA, il y a environ dix ans, la nécessité de reculer les tirs pris à mi-distance derrière la ligne à trois points, dans cette recherche d’efficience. Il faut alors tenir compte de la pondération du tir, un trois points est plus rentable qu’un long deux points : 2*0,50 (le pourcentage moyen d’une star sur des longs tirs à mi-distance) = 1 point par tir contre 3*0,36 (le pourcentage moyen des tirs à trois points) = 1,08 point par tir.

Paolo Banchero
Le tir en suspension de Paolo Banchero. Crédit : Jeremy Reper (Icon Sport)

On peut finir avec une statistique, qui est le miroir de l’efficacité d’un joueur, le TS+, qui se base sur le True Shooting percentage (TS%). Elle permet d’évaluer la réelle efficience d’un joueur, en prenant en compte la rentabilité de tous les tirs que l’on peut mettre au basket. Ainsi, le TS+ donne l’adresse globale d’un joueur, ramenée à la moyenne de la ligue, qui se situe à 100. Les données pour Paolo Banchero sont donc :

22-23 : 91 TS+ / 23-24 : 94 TS+ / 24-25 : 96 TS+

Il faut lire que Paolo Banchero, lors de la saison 2022-2023, avait une efficacité de neuf points en dessous de la moyenne des autres joueurs en NBA. En somme, les joueurs qui sont considérés comme les scoreurs les plus efficaces sont souvent, et même obligatoirement au-dessus de la moyenne, se trouvant dans la zone de 105 de TS+ jusqu’à environ 115 de TS+, pour des ovnis offensifs comme Nikola Jokić ou Kevin Durant.

Le scoring de Paolo Banchero souffre ainsi d’une inefficacité chronique, le plaçant en dessous de l’élite des meilleurs finisseurs en NBA. Ce qui peut nous faire dire qu’il n’est donc ni un scoreur efficace, ni un scoreur dominant. De fait, pour revenir au terrain, on a pu constater, tout au long de sa carrière, que les grosses explosions au scoring de Banchero (cf. le match contre les Pacers en début de saison 2024-2025) sont dues à une réussite exceptionnelle de son shot-making, quelque chose dont l’irrégularité a été prouvée dans cette partie.

Un créateur offensif ?

Le second cliché associé à Paolo Banchero est qu’il serait un créateur offensif. Mais qu’est-ce qu’un créateur offensif en NBA ? Il s’agit d’un joueur capable de produire de l’attaque, par sa création de décalage, c’est-à-dire de provoquer une erreur de la défense grâce à la gravité de ses compétences (shootingdriving, …).

Un sens plus individuel de cette création peut aussi se manifester, à savoir l’auto-création, qui consiste en cette capacité à se créer de l’espace, à l’aide de son dribble ou de ses courses. Un créateur offensif peut donc s’auto-alimenter par sa propre création, mais aussi servir ses coéquipiers, les mettre dans les meilleures dispositions afin qu’ils puissent finir le mieux possible dans différentes configurations offensives.

Ainsi, si on veut mesurer les capacités de création chez Paolo Banchero, il faut analyser son jeu offensif à la lumière de certains critères. La propension à distribuer peut être le premier jalon, la statistique de l’AST:Usg (assist to usage ratio) exprime donc la disposition à passer d’un joueur par rapport à son usage du ballon (des stats issues de cleaningtheglass.com sur un groupe de joueurs à au minimum 28 USG% et 800 minutes, chaque année) :

22-23 : 0,61 AST:Usg (36e sur 39) pour 2430 minutes

23-24 : 0,82 AST:Usg (24e sur 38) pour 2799 minutes

24-25 : 0,77 AST:Usg (28e sur 35) pour 1582 minutes

Cette statistique nous apprend que Paolo Banchero n’a pas une grande tendance à distribuer, malgré une grande utilisation du ballon (22-23 : 28,1 USG% (96e centile) / 23-24 : 30,9% (99e centile) / 24-25 : 34,3% (99e centile)). Comparée à un panel de joueurs avec un grand taux d’usage, la lecture que l’on peut en faire suppose que Banchero pourrait être bien plus à l’aise dans un exercice de création individuelle, plus que dans de la création collective.

Quelque chose qui est appuyé par son pourcentage de tirs assistés : 22-23 : 46 ASTD% (28e sur 39) / 23-24 : 42% (17e sur 38) / 24-25 : 40% (13e sur 35). On comprend que, sur la saison 2024-25, Banchero s’est auto-généré 60% de ses tirs, le 13e joueur sur notre panel (le premier intérieur de la liste, derrière une foule d’extérieurs ou certains ailiers).

Les flashs sur short roll de Banchero. Crédit : nba.com

Dans la continuité de l’AST:Usg, qui nous donnait la propension à passer, une autre mesure, l’AST ratio (assist ratio) présente la réalisation du passing des joueurs. Elle se calcule à partir du nombre de passes décisives que réalise le joueur observé sur 100 possessions où celui-ci porte le ballon, le moment où il le tient dans ses mains (des stats issues de nba.com avec le même panel que pour la statistique précédente) :

22-23 : 14,7 AST ratio (34e sur 39)

23-24 : 18,5 AST ratio (24e sur 38)

24-25 : 15,3 AST ratio (31e sur 35)

Confirmant la tendance observée avec l’AST:Usg, Paolo Banchero se trouve en fin de classement en matière de  réalisation du passing sur un échantillon de joueurs qui s’accaparent le ballon. En réalité, il a un registre de jeu qui l’oblige à conserver la balle entre ses mains, avec beaucoup de paniers en auto-création. On pourrait penser, en caricaturant, qu’il fait la passe seulement quand son option de scoring est bouchée par la défense adverse. Paolo Banchero peut alors être considéré comme un monopolisateur du ballon, plutôt qu’un distributeur.

Une hypothèse à laquelle je n’adhère pas totalement. Je ne veux pas nier ses capacités de lecture, Banchero est véritablement capable de trouver des passes de création. Il est cependant difficile de le considérer comme un créateur offensif de premier plan. Il ne pratique pas la manipulation de défense, ou ne jouit pas d’une énorme gravité de ses compétences offensives, une autre limite de son passing. On pourrait peut-être plus l’apparenter à un connecteur de luxe, capable de faire vivre le décalage, plutôt que de le créer lui-même systématiquement.

Un bon défenseur ?

La dernière affirmation entourant Paolo Banchero sur ses qualités supposées de superstar NBA, est qu’il soit considéré comme un bon défenseur, contributeur à la défense d’élite à Orlando depuis deux ans. Il n’est pas aisé de mesurer l’impact individuel d’un joueur, puisque la défense est un exercice qui, par rapport à l’attaque, dépend davantage du collectif. Elle repose sur des schémas ou des relations collectives, difficiles à ramener à un individu.

Cependant, on peut avancer que Banchero n’est pas une cible pour les attaques adverses, sa présence n’empêche pas une très bonne défense. Il est donc au moins un joueur neutre dans cette défense du Magic, mais la question porte plus sur la plus-value potentielle qu’il peut apporter à l’équipe dans cet aspect du jeu.

Il faut alors se tourner vers des statistiques qui nous permettraient de comprendre la qualité de sa défense. Le BLK% (block percentage) et le STL% (steal percentage) constituent un bon point de départ, elles permettent d’apprécier le niveau de playmaking défensif que Paolo Banchero peut exercer sur un terrain NBA :

22-23 : 0,8 BLK% (59e centile) + 1,1 STL% (40e centile)

23-24 : 0,9 BLK% (17e centile) + 1,1 STL% (48e centile)

24-25 : 0,9 BLK% (19e centile) + 1 STL% (31e centile)

Il est donc facile d’en déduire que Paolo n’est pas un grand playmaker défensif, notamment vis-à-vis de la concurrence à son poste. Il n’est ni un grand contreur, ni un grand intercepteur pour son équipe. Dès lors, quelle est donc l’utilité d’un playmaker défensif, me direz-vous ? Son intérêt prend racine dans la nécessité croissante en NBA de gagner la bataille des possessions. En résumé, il faut prendre plus de tirs que son adversaire, pour se donner plus de « cartouches », ce qui fait moins reposer la victoire sur l’adresse, par essence, fluctuante.

Les équipes NBA ont alors essayé de jouer avec des curseurs tels que le rebond offensif, mais aussi le fait de pousser l’équipe adverse à perdre le ballon lors d’une possession, en interceptant ou en contrant. D’où l’utilité du playmaker défensif, qui fonctionne selon un raisonnement essentiellement quantitatif pour les équipes. Le but étant de créer le plus de possessions possibles au détriment des autres équipes.

Paolo Banchero et Luke Kornet se battant pour un second ballon. Crédit  : Bob DeChiara (Imagn Images)

Paolo Banchero étant un créateur défensif moyen, il reste d’autres qualités défensives à examiner. La protection de panier en est l’une des plus intéressantes à ajouter à son arsenal, en raison de son caractère primordial dans la façon dont les équipes NBA défendent en 2025. Pour la constater, on regarde comment le joueur impacte la réussite adverse au cercle lorsqu’il défend un tir au panier, nous donnant un indicateur de son talent dans l’exercice :

22-23 : – 2,9% par rapport à la moyenne de la ligue

23-24 : – 3,4% par rapport à la moyenne de la ligue

24-25 : – 4,2% par rapport à la moyenne de la ligue

Donner l’échelle de compétence de la protection de panier permet de mieux comprendre la statistique en elle-même. Entre – 5% et – 10%, il s’agit d’un bon protecteur de panier, mais si la mesure dépasse les – 10%, on retrouve alors le gratin de cette discipline. De ce fait, on se rend compte que, dans ce domaine aussi, Paolo Banchero ne ressort pas comme un joueur impactant dans la défense du cercle.

Sur le volet défensif, Paolo Banchero apparaît donc comme un défenseur neutre, qui n’a pas un réel impact dans la bataille des possessions ou sur la protection de panier. Pourtant, ce sont deux compartiments défensifs particulièrement valorisés aujourd’hui. De l’autre côté, il serait malhonnête de dire qu’il est un mauvais défenseur, ne servant pas de cible dont la défense adverse pourrait profiter pour déséquilibrer la défense du Magic.

En définitive, l’analyse statistique du jeu de Paolo Banchero remet en cause le statut de superstar qu’on a pu lui attribuer. Sans pour autant dire qu’il est un joueur à l’influence négative pour son équipe, Banchero n’est pas plus cette star capable d’ouvrir toutes les perspectives d’avenir en Floride.

Paolo > Franz ?

Dans cette seconde partie, concentrons-nous à essayer de démonter cet a priori selon lequel, pour certains observateurs en NBA, Paolo Banchero est incontestablement un meilleur joueur que Franz Wagner. Ils estiment ainsi que Banchero est la pièce central du projet à Orlando, le franchise player, sans réel débat. Je caricature sans doute un peu l’avis général, mais je pense qu’ils sont d’un niveau équivalent, chacun avec ses forces et ses faiblesses. On peut alors mettre en place une analyse comparative (avec des stats issues de la saison 2024-25).

Pour commencer, si on l’observe les pourcentages aux tirs classiques des deux joueurs, les forces et faiblesses apparaissent clairement entre les deux joueurs du Orlando Magic :

Paolo Banchero : 45,2 FG% / 32,3 3P% / 72,7 FT%

Franz Wagner : 46,3 FG% / 29,5 3P% / 87,1 FT%

Cependant, à la lecture des statistiques d’efficacité globale, Paolo Banchero et Franz Wagner affichent les mêmes scores dans le domaine. Concernant les PSA (points on shot attempt), l’Italo-américain se situe à 1,113 et l’Allemand est à 1,17, un écart infime qui ne permet pas de dégager un avantage pour l’un ou l’autre. Ce constat se confirme aussi via le TS+, où Banchero culmine à 96 et Wagner à 97, étant tous les deux en dessous de la moyenne.

Pour prolonger l’analyse, il convient d’entrer dans le détail de la manière dont chacun parvient à inscrire ses points. Sur ce plan, Banchero s’impose comme un meilleur scoreur individuel. Il affiche une supériorité nette dans l’exercice d’auto-création, que ce soit sur drive ou sur pull-up. L’écart demeure moins flagrant quand on s’intéresse aux tirs à mi-distance, aujourd’hui très rarement assistés en NBA. Banchero brille donc davantage dans les tirs en isolation, en termes de volume et d’efficacité.

Il est aussi un meilleur jump-shooter, en particulier derrière l’arc. L’avantage pour Banchero est net aussi bien sur les tirs à trois points pris en tête de raquette (34% contre 27% pour Wagner), que sur l’ensemble des tirs à trois points au global (33% contre 29% pour Wagner). Enfin, il faut aborder la recherche de lancers francs, la menace principale que peut faire peser Paolo Banchero sur une défense, un domaine où il domine réellement l’Allemand.

Le SFLD% (Shooting Fouled percentage) donne le taux de fautes sifflées sur les tentatives de tir d’un joueur. Banchero y excelle avec 18,6% contre 10,8% pour Wagner (une performance qui reste intéressante pour un ailier). Pour enfoncer le clou, on utilise le FTr+ (Free Throw rate plus), construit sur le même principe que le TS+. Celui-ci conduit à la même conclusion, et confirme la tendance : 174 pour Paolo Banchero et 110 pour Franz Wagner.

Paolo Banchero et Franz Wagner, les deux leaders offensifs du Magic. Crédit : Nathan Ray Seebeck (USA Today)

Mais alors comment expliquer que les deux joueurs aient la même efficacité globale ?

La première nuance à évoquer concerne l’adresse aux lancers francs de Paolo Banchero. Elle est relativement basse (72,7% contre 87,1% pour Franz). Une limite qui n’est pas négligeable, sachant que l’ancien Dukie a un volume important sur la ligne des lancers, avec 8,4 FTA (contre 5,2 pour Wagner). La deuxième nuance réside dans la répartition des tirs, qui vient combler les lacunes de Wagner face à l’avantage du jump-shot de Banchero.

En fait, Wagner a plus tendance à prendre des tirs à mi-distance près du panier (comme des floaters), alors que Paolo affectionne plutôt les longs tirs à mi-distance, juste après la ligne à trois points. Ceci dit, il faut savoir que ces long mids sont moins rémunérateurs que les short mids. Quelque chose que l’on peut vérifier avec les pourcentages des deux joueurs : 43% ou 45% pour les short mids et 40% pour les long mids.

Wagner apparaît comme un profil d’attaquant plus collectif, dont la productivité repose sur des actions impliquant ses coéquipiers, comme du pick & roll en porteur de balle, du post up ou sur des coupes. En conséquence, on comprend que leur scoring respectif s’exprime de deux manières différentes. Ils trouvent la même efficacité, mais en pratiquant un jeu offensif différent, qui ne repose pas sur les mêmes qualités et lectures de jeu.

La question de la création

On peut partir des statistiques élémentaires pour qu’elles servent de point de départ à nos analyses. Si on regarde la donnée des passes décisives, Wagner et Banchero apparaissent comme globalement égaux (4,8 AST contre 4,7 AST). Mais cette fois-ci encore, il faut rentrer plus en profondeur pour trouver des éléments pertinents.

Dans un premier temps, Franz Wagner se distingue de Paolo Banchero sur les indicateurs de propreté, comme le TOV% (turnover percentage), qui mesure les pertes de balle en fonction de l’usage d’un joueur. Wagner a un léger avantage avec 9 % contre 10,8 % pour Banchero. Cette tendance se confirme avec le TOV ratio (turnover ratio), qui fonctionne sur le même principe que l’AST ratio mais pour les pertes de balle : Franz est à 8, Banchero à 9.

L’Allemand confirme son avantage, avec la propreté mise en perspective à la création avec l’AST/TOV ratio (assist-per -turnovers ratio). La mesure met en relation la capacité de création et les déchets que peuvent produire les joueurs dans leur jeu, et Wagner a encore l’avantage avec 2,06 contre 1,61 pour Paolo Banchero.

L’écart semble, en revanche, se réduire pour les statistiques qui prennent en compte la création relative à l’usage, des métriques déjà utilisées dans la première partie. Il faut donc introduire de nouveau l’AST:Usg (0,77 pour Banchero et 0,79 pour Wagner) et l’AST ratio (15,3 pour Banchero et 16,5 pour Wagner). Elles nous indiquent que ce sont des joueurs portant beaucoup le ballon et qui ne sont pas de grands distributeurs au sein de leur équipe. Sur le terrain, Franz apparaît comme un passeur plus à l’aise dans l’exercice du pick & roll, alors que Paolo, lui, semble être un passeur plus situationnel, s’adaptant à la situation que la défense lui propose.

Le passing de Franz Wagner sur pick & roll. Crédit : nba.com

À l’issue de ses drives, Paolo Banchero passe dans 27,1% des situations, pour seulement 5,9% d’assists. Tandis que Franz Wagner présente un volume de passes similaire (26,6%), mais un taux de conversion (7,7% d’assists). Ces chiffres peuvent nous suggérer que Banchero cède le ballon seulement lorsque son option de scoring est bouchée. En comparaison, Wagner semble davantage capable de servir ses coéquipiers, sur pick-&-roll ou sur kick-out.

Il faut toutefois relativise ce constat : si l’on compare leurs chiffres au reste de la NBA, les deux joueurs du Magic se situent dans des zones similaires à celles de Kevin Durant, Tyrese Maxey ou Norman Powell. Des profils bien plus orientés vers le scoring que vers la création collective.

Par ailleurs, la présence de Wagner sur le terrain est associée à une hausse de la fréquence des tirs au cercle de son équipe : +2,3% (80e centile) sur les ON/OFF stats et 33% (72e centile) pour le ON COURT. On pourrait alors penser que cette hausse est principalement due à sa propre fréquence de tirs. Cette hypothèse est en partie fondée, puisque Wagner prend 32% de ses tirs au cercle (dans le 64e centile pour son poste).

Il convient donc de nuancer l’analyse selon laquelle Franz Wagner serait un créateur de tirs au cercle, à l’image de Nikola Jokić. Le Serbe est la référence absolue dans ce domaine : +5,8% (96e centile) pour les ON/OFF et 39,3 (99e centile) de tirs générés au cercle lorsqu’il est sur le terrain.

Franz Wagner, le meilleur coéquipier et plus grand rival de Banchero. Crédit : Kent Smith (Getty Images)

Il existe un autre type de créateurs de tirs en NBA, ceux qui influencent directement la fréquence des tirs à trois points, comme Luka Dončić ou Tyrese Haliburton. De son côté, Paolo Banchero n’exerce pas un impact notable sur la fréquence des tirs au cercle ni sur celle des tirs à points. Son influence se manifeste plutôt sur la fréquence des longs mi-distances : +4% (98e centile) et 11,5% (93e centile). Cette hausse s’explique principalement par son propre volume de tirs, Banchero prenant 17% de ses tentatives dans cette zone (96e centile pour son poste).

Cette logique se retrouve également dans la réussite au tir : Wagner améliore la réussite au cercle de ses coéquipiers : +3,5% (85e centile) et 68,5% (75e centile). Par comparaison, Nikola Jokić affiche des chiffres supérieurs : +5,8% (96e centile) et 69,9% (87e centile). À l’inverse, Banchero présente un impact négatif : -3% (23e centile) et 65,1% (40e centile). Ces données renforcent le sentiment que Wagner privilégie la création de tirs efficaces pour ses coéquipiers, des tirs à forte valeur ajoutée, comme les tirs au cercle, plutôt qu’un simple volume de passes.

Et la défense alors ?

Il faut donc finir par traiter de la défense, les deux joueurs se distinguent dans des exercices différents. Banchero semble plus à l’aise dans l’exercice intérieur de la défense, performant plus dans le BLK% et la protection de panier. Par rapport à un Wagner, qui lui appréhende mieux la défense extérieure, avec un meilleur STL% et plus de déflections (qui correspond au nombre de fois où un joueur dévie le ballon sur une passe). Cette différence s’explique principalement par les différents rôles auxquels on les a assignés dans la défense collective du Magic.

Néanmoins, les chiffres défensifs intérieurs de Paolo Banchero sont peut-être à relativiser, ils sont meilleurs que ceux de Wagner, mais à l’échelle de la NBA, ils ne sont pas très impressionnants. Comme on l’a traité précédemment, il atteint les 0,9% de BLK% (19e centile pour les intérieurs en NBA) et sa protection de panier est très moyenne (- 4,2%). De son côté, Wagner s’en sort mieux, il est à 1,6 de STL% (68e centile pour les ailiers) et au niveau des déflections, il se trouve dans les mêmes zones qu’Anthony Edwards ou encore Jrue Holiday.

Pour finir, Wagner fait même baisser la fréquence de tirs concédés au panier pour le Magic : – 2,3% (82e centile) pour les ON/OFF stats et 30,7% (58 centile) pour le ON COURT contre – 0,6% (60e centile) pour les ON/OFF stats et 31,4% (50e centile) pour le ON COURT. Une proximité des résultats qui force à nous contraindre, à nuancer le propos sur la faculté de Franz Wagner à réduire les tirs au cercle, puisque cela vient aussi du contexte collectif à Orlando.

En définitive, sur le plan statistique, Paolo Banchero et Franz Wagner sont plutôt d’un niveau équivalent. Quelque chose qui démonte les affirmations sur le fait que Banchero serait assurément un meilleur joueur que Wagner, et donc qu’il doit nécessairement être le franchise player du Orlando Magic.

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