Après plusieurs simulacres de matches devenus viraux à travers l’Europe, Trapani Shark a été exclu de la Serie A italienne ce lundi 12 janvier 2026. Amendes record, résultats annulés, crise financière profonde et bras de fer institutionnel : retour sur la chute spectaculaire d’un club passé, en quelques années, du conte de fées à la honte nationale.
Samedi 10 janvier, au PalaShark, il ne fallait pas être expert pour comprendre que quelque chose n’allait pas. Sur la feuille de match face à Trente, sept joueurs seulement. Trois professionnels, quatre jeunes du centre de formation. Le strict minimum pour éviter le forfait administratif.
Dès l’entre-deux, le malaise devient visible. Le ballon est lancé, et le pivot de Trapani ne saute même pas. Première possession offerte. Puis, moins de dix secondes après le coup d’envoi, les trois joueurs sous contrat demandent à sortir. Direction les vestiaires. Sans blessure apparente. Sans discussion.
Ce qu’il reste alors n’est plus vraiment un match. Les jeunes accumulent les fautes, volontairement ou non, jusqu’à être exclus les uns après les autres. Après 4 minutes et 11 secondes, un seul joueur sicilien est encore sur le terrain. Les arbitres stoppent la rencontre. Score final figé : 26-11 pour Trente, dont 24 points sur la ligne des lancers francs. Dans les tribunes, La Gazzetta dello Sport décrit des adultes en pleurs, des enfants choqués, des cris de honte. Pas une défaite. Une scène de rupture.
Une humiliation déjà vue, déjà commentée, déjà condamnée
Ce match n’est pas un accident isolé. Il est la répétition d’un scénario déjà vécu quatre jours plus tôt, cette fois sur la scène européenne. En barrage de Basketball Champions League, Trapani s’était déplacé en Bulgarie pour affronter l’Hapoël Holon avec cinq joueurs seulement, dont deux adolescents.
Même logique, même déroulé. Pas de saut à l’entre-deux. Sorties en chaîne. Blessures opportunes. Exclusions rapides. Après 7 minutes et 32 secondes, il ne reste qu’un joueur valide. Match arrêté. Score : 38-5.
La presse italienne parle alors de « farce », « humiliation mondiale », « bouffonnerie ». Il ne s’agit plus de sport, mais d’un message envoyé aux instances. Une manière de dire : regardez ce que vous nous laissez faire.
Un club piégé par ses propres choix

Car le cœur du problème n’est pas sportif. Il est financier, administratif et institutionnel. De retour en Serie A en 2024-25 après 32 ans d’absence, Trapani accumule rapidement les sanctions : irrégularités financières, impayés, dossiers incomplets. Résultat : 10 points de pénalité au classement, malgré un bilan sportif très correct.
La conséquence est immédiate. Les joueurs partent. Les contrats sont rompus ou non renouvelés. L’effectif fond. Le président Valerio Antonini entre en conflit ouvert avec la Fédération et la Ligue. Il est suspendu deux ans, mais refuse de déclarer forfait, préférant “jouer quand même”.
Chaque match disputé dans ces conditions aggrave pourtant la situation : 50 000 euros d’amende par infraction, jusqu’à 250 000 euros pour la rencontre face à Trente. Une spirale absurde, où chaque minute jouée coûte plus cher que la précédente.
L’association des joueurs professionnels italiens, la GIBA, finit par intervenir publiquement : “Nous demandons du respect pour les athlètes. Ces rencontres indécentes ne respectent aucune équité compétitive et deviennent une honte pour tout le système du basket italien.”
La décision que tout le monde attendait
Ce lundi 12 janvier 2026, la Fédération italienne de basket tranche. Trapani Shark est exclu de la Serie A pour le reste de la saison, basculant le sort de la Serie A. Tous les résultats du club sont annulés. Une amende de 600 000 euros est infligée.
La décision était inévitable. Trapani était devenu un problème qui dépassait son propre cas. Un symbole de ce qui arrive quand les institutions tardent à intervenir, quand un club refuse de s’arrêter, quand la logique administrative prend le pas sur la dignité sportive.
Aujourd’hui, Trapani laisse une image durablement abîmée : celle de matches arrêtés après quelques minutes, de joueurs livrés à eux-mêmes, et d’un championnat contraint de protéger sa crédibilité. La farce est terminée. Les dégâts, eux, resteront longtemps visibles.





