Nikola Jokic se blesse au genou façe au Heat. Crédits : SUSA / Icon Sport

La règle des 65 matchs en NBA est-elle à revoir ? 

Depuis la saison 2023‑24, la NBA a imposé une règle qui est rapidement devenue un sujet à grand débat. Pour prétendre aux trophées majeurs (MVP,MIP, All‑NBA Team, Defensive Player of the Year.), un joueur doit avoir joué au moins 65 matchs de saison régulière avec un minimum de minutes. Pensée pour lutter contre le load management et protéger le spectacle, cette règle est encore plus remise en cause cette saison. 

La NBA est un produit de divertissement, des diffuseurs aux fans en passant par les sponsors, tout le monde veut voir les plus grandes stars jouer le plus possible. C’est dans ce contexte que la ligue a décidé, via la Convention Collective, de lier l’éligibilité à certaines récompenses aux nombres de matchs joués. Concrètement, un joueur doit apparaître dans 65 des 82 rencontres, et jouer au moins 20 minutes dans la plupart d’entre elles pour être considéré pour les MVP,MIP, All‑NBA ou Defensive Player of the Year. Cette règle vise à décourager les absences calculées et à booster la disponibilité des stars tout au long de la saison. 

Quand les absences deviennent des exclusions  

C’est peut‑être là où la règle tient sa première faille, une blessure ou un repos forcé par le staff médical peut transformer une saison de très haut niveau en une saison “invisible” au moment des trophées. 

Prenons un cas actuel, Nikola Jokic, le triple MVP des Nuggets. Il s’est blessé au genou fin 2025, lors d’un match face aux Miami Heat, résultant une absence loin des parquets pendant plusieurs semaines, soit un total d’absences proche ou supérieur à la marge autorisée avant de rater le seuil des 65 matchs. Cette indisponibilité fait déjà parler car elle pourrait mettre fin à ses espoirs d’un quatrième MVP, même si, statistiquement, il continue de dominer quand il est sur le terrain.  

Victor Wembanyama, NBA
Victor Wembanyama touché au niveau du genou face aux Knicks. Crédit: Getty Images

Autre cas, Victor Wembanyama, qui après plusieurs pépins physiques doit lui aussi compter ses matchs pour rester éligible. Malgré une saison prometteuse, il a manqué plusieurs rencontres (notamment pour une élongation du mollet), et ce compteur d’absences réduit sa marge de manœuvre pour atteindre les 65 rencontres nécessaires. Une règle qui ne semble pas pour autant le stresser.“Je ne déteste pas cette règle… Elle est bien présente dans ma tête, même si ce n’est pas la première chose à laquelle je pense. Je fais confiance au staff médical pour prendre les bonnes décisions”. 

Le paradoxe est cruel : des joueurs qui, sur une base purement sportive, pourraient être considérés comme les meilleurs de l’année peuvent être exclus des votes simplement parce qu’une blessure temporaire les a fait manquer trop de matchs. 

Il n’a pas fallu longtemps pour que cette règle suscite des réactions. Déjà la saison dernière, Tyrese Haliburton n’avait pas à hésiter à qualifier cette règle de “stupide”, estimant qu’elle ne tient pas suffisamment compte de la réalité physique de la saison ni des enjeux financiers associés aux distinctions individuelles. 

Un seuil trop rigide ? 

Les chiffres parlent d’eux‑mêmes : sur la saison 2024‑25, environ 29% des joueurs NBA ont atteint la barre des 65 matchs (579 joueurs, seulement 169 avec 65 matchs ou plus). Ce niveau de disponibilité peut sembler raisonnable dans une ligue de 82 matchs, en comptant les joueurs coup de vent, aller-retours G-League, contrats coupés, les fonds de banc et les blessés. A noter que sur les 10 derniers MVP, seul 1, n’a pas atteint la barre des 65, Giannis Antetokounmpo en 2020, pour cause d’une saison modifiée par le covid. Les journalistes appliquent donc souvent sans forcément s’en rendre compte cette règle pour leur vote. Mais ce seuil n’est-il pas trop exigeant au vu des répercussions qu’il peut avoir. 

Ce n’est pas seulement l’éligibilité aux trophées qui est en jeu : dans le contexte actuel, ne pas être nommé All‑NBA peut réduire drastiquement le montant des contrats futurs, notamment les super‑max extensions qui dépendent souvent des distinctions individuelles obtenues récemment. 

Repenser plutôt qu’abandonner : Suggestions d’ajustement

La NBA sait évoluer. Crédit : Icon Sport

Plutôt que de balayer la règle du revers de la main, essayons de l’améliorer :  

-Abaisser légèrement le seuil par exemple à 55 matchs (257 joueurs éligibles en 2024-2025 avec cette proposition), ce qui aurait permis à des joueurs comme Norman Powell ou Cameron Johnson d’être nommés dans les MIP la saison dernière. 

-Mieux encadrer les absences pour blessure, en automatisant les exemptions quand elles répondent à des critères médicaux définis, (exemple le retour progressif de Wemby) 

-Séparer certains trophées des critères stricts, en permettant notamment que les performances dominantes soient prises en compte même si le joueur n’atteint pas le seuil complet 

-Dissocier éligibilité sportive et implications contractuelles, pour éviter que la santé d’un joueur soit dictée par des enjeux financiers plutôt que par des considérations médicales. 

Ces modifications ne ridiculiseraient pas l’objectif initial lutter contre les repos tactiques tout en tenant mieux compte de la vérité sur le parquet. La règle des 65 matchs n’est ni foncièrement mauvaise, ni inutile. Elle reflète une volonté claire : encourager la présence des stars, protéger le spectacle et renforcer la régularité du produit NBA.  

La NBA sait évoluer, le play‑in, la Cup ou encore les ajustements du calendrier en sont des preuves, et il est probable que la gestion du seuil des 65 matchs soit le prochain chantier à affiner. 

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