Remporter un titre NBA ne dépend pas uniquement du talent, du coaching ou des ajustements tactiques. À Philadelphie comme ailleurs, la saison se joue aussi dans une activité beaucoup plus discrète : la rééducation.
Joel Embiid, le franchise player des Sixers historique, et Jared McCain, meilleur rookie des mois d’Octobre et Novembre 2024, partagent un point commun rarement mis en avant.
Tous deux reviennent d’une opération du ménisque en 2024, une blessure moins clinquante qu’un ligament croisé (tu connais), mais souvent plus traître sur le long terme.
Dans une NBA moderne obsédée par la disponibilité en playoffs, la question n’est plus seulement de revenir jouer.
La vraie question est de savoir quelle équipe peut tenir assez longtemps pendant 82 matchs et 5 séries de playoffs pour viser un titre NBA.
Pourquoi le ménisque est devenu un enjeu central dans cette course au titre NBA
Le ménisque est une structure cartilagineuse présente en duo dans le genou et est absolument essentielle chez un joueur NBA. Il absorbe les chocs, répartit les contraintes et protège l’articulation lors des sauts, des freinages et des changements de direction.
Chaque soir, un joueur NBA subit des forces équivalentes à plusieurs fois son poids corporel. Lorsqu’un des ménisques est lésé, même après une opération du ménisque réussie, l’équilibre articulaire n’est jamais totalement identique.
Pendant plusieurs décennies, les chirurgies méniscales étaient considérées comme bénignes, presque routinières. Aujourd’hui, les équipes médicales savent qu’un genou opéré influence directement la disponibilité, pas seulement la performances brute.
Dans une saison régulière de 82 matchs, cette différence peut sembler marginale. Mais dans une équipe compétitive, où chaque victoire compte, cette indisponibilité peut décider d’une place au classement de la conférence, d’un adversaire différent en playoff voire même d’un titre NBA.
C’est précisément ce contexte qui rend la situation de Joel Embiid et Jared McCain si intéressante. On a deux profils opposés, deux âges différents, mais un même défi pour la compétitivité de la franchise.

(Crédit SCIEPRO/SCIENCE PHOTO LIBRARY / Getty Image)
Les retours de la science : opération du ménisque et NBA
Une étude récente publiée dans J Sports Sci Med (2025) a analysé 47 joueurs NBA ayant subi une opération du ménisque entre 2010 et 2023. Le constat principal : 90,7 % des joueurs sont revenus jouer en NBA, avec une moyenne de 17 matchs manqués la première saison post-opération et une carrière prolongée de 4,7 saisons supplémentaires en moyenne. Pour le player efficiency rating (PER) l’étude a pu observer des résultats allant de 92 à 96% de la valeur avant opération. Déjà c’est pas mal on a pas une chirurgie qui fait peur à base de 30% de risque d’amputation et autres joyeusetés !
Moins cool, l’analyse a démontré que la performance temporairement chute la première année, avec une baisse des minutes par match (MPG) de 26,0 à 22,3 et duPER) de 16,4 à 14,6. Cependant dès la deuxième année, en comparaison à la cohorte étudiée, les deux joueurs des 76ers pourraient retrouver leurs niveaux pré-opération.
Les principaux facteurs de influents qui ressortent de cette étude :
- L’âge impacte le retour en jeu : plus le joueur est âgé, plus la disponibilité et l’efficacité diminuent dans les années post opératoires.
- L’IMC (indice de masse corporelle) et le poste joué n’ont pas d’effet significatif (même s’il y a un manque de joueurs au poste de pivots dans l’étude)
Pour nos deux joueurs : Joel Embiid, 30 ans lors de l’opération, pourrait subir un impact plus marqué sur la disponibilité et le PER, tandis que McCain, plus jeune avec pile 20 ans en 2024, bénéficie d’un avantage naturel pour une meilleure récupération.

Emploi du temps post-op : quels défis ?
Même si la majorité des joueurs retrouvent leur niveau d’antan, la proportion de matchs joués reste inférieure au pré-opératoire (64 % à deux ans contre 79 % avant l’opération).
Cela reflète les stratégies modernes de load management, où les équipes limitent les minutes pour préserver les gonflements des genoux et indirectement prolonger la carrière de leurs vedettes.
Pour un pivot comme Embiid, la charge physique est élevée avec ses 127kg certes, mais le risque le plus important réside dans les contacts permanents dans la raquette. Les entraîneurs vont devoir surveiller son temps de jeu, surtout lors des séries de matchs consécutifs ou les longs trajets en avion.
Pour un guard de 88kg comme McCain, la dynamique est différente, mais sa faible expérience en NBA pourrait ralentir sa montée en puissance et en minutes de jeu.
Analyse des premiers matchs 2025-26 d’Embiid et McCain
Joel Embiid : un retour géré avec l’équipe médicale
Opéré du ménisque en mars 2024, Joel Embiid entame la saison 2025-26 avec une gestion extrêmement prudente.
Son game log du début de saison montre clairement une première phase de restriction avec de nombreux matchs inactifs, un temps de jeu souvent limité entre 20 et 26 minutes et une alternance de matchs joués et de back to back au repos.
Puis, un tournant ces derniers jours en fin décembre et début janvier avec trois matchs consécutifs à plus de 30 minutes et 29 points de moyenne.
Pour un joueur de son âge et de son gabarit, enchaîner ces volumes signifie une tolérance articulaire satisfaisante, une réponse inflammatoire maîtrisée et surtout une confiance du staff médical dans ses capacités à répéter les efforts.
Un optimisme qui ne doit pas s’enflammer
Si l’on regarde au-delà des points marqués, Joel Embiid peut toujours être dominant au rebond, avec un maximum de 14 unités à Atlanta le 14 décembre par exemple, mais au pourcentage total de l’équipe on est aux pires statistiques de sa carrière avec seulement 12.3% contre 18.9% usuellement. Cette baisse n’est pas seulement imputable à l’état de santé du bonhomme mais peut aussi s’expliquer par l’émergence de Dominick Barlow dans la rotation et dans son rôle d’éboueur au rebond notamment offensif.
En ce qui concerne la recherche de la faute (sujet qui fait souvent débat quand on parle d’Embiid) ses 17.1% de lancers par possession reste une statistique élevée. On peut faire une rapide déduction qu’il est toujours aussi dominant ou habile pour trouver des coups de sifflets (comme dirait Jalen Brunson) mais ça reste son plus bas score en carrière (21.6% de moyenne).
Dans les derniers points à regarder du côté de la création offensive, ses passes et sa capacité à générer du jeu pour ses coéquipiers restent solides avec 20.7% d’AST%, son instinct de facilitateur n’a pas tellement été affecté par rapport à sa carrière au global. Quand on regarde plus en détails le franchise player des Sixers était sur une base de 32.4% (!) d’AST% lors de sa blessure. Il y a donc une marge de manœuvre encore plus importante surtout quand on regarde sa production de passes décisives qui est largement en deçà de ses standards avec seulement 4 matchs à plus de 5 passes décisives.
Sans aller autant dans les détails que précédemment d’autres aspects de son jeu continuent de fluctuer. Son efficacité globale varie fortement, en particulier dans les premières semaines de la saison, même si aucun eFG% n’a été inférieur à 42 % depuis le 7 décembre. Ses pertes de balles augmentent également lorsqu’il joue de longues minutes, il doit encore gagner en travail foncier pour éviter de jouer avec le capot ouvert.
Sur le plan défensif, ses contres et son impact général (DRtg) restent irréguliers, contribuant à un net rating global négatif. On est sur le profil typique d’un joueur physiquement capable, mais encore en adaptation neuromusculaire et peut-être un énième mood de feignasse de star en défense pendant des matchs de saison régulière.
On va dire que ces derniers matchs sont rassurants sur son état de santé général mais on est pas sur un top-3 MVP de ces 5 dernières années.
Jared McCain : Bloqué par autre chose que sa santé ?
À l’opposé du spectre se trouve Jared McCain. On est sur un joueur de 21 ans, 88 kilos, sophomore, et pourtant lui aussi déjà embourbé dans des problématiques de blessures au sein des 76ers.
Son opération du ménisque, réalisée en novembre 2024, n’a pas la même signification que celle de Joel Embiid.
À cet âge, le cartilage est plus sain, la récupération plus rapide et la marge d’adaptation bien plus large comme nous expliquait l’étude statistique précédemment.
C’est à ce moment-là qu’on crie bingo après une année blanche et qu’il va repartir de plus belle cette année mais ses statistiques discrètes du début de saison peuvent donner une impression trompeuse. Surtout qu’une autre blessure au pouce, une déchirure d’un ligament du pouce dans les jours qui suivent les shootings photos pour les maillots rétro en pré saison (1.3 kg au développé couché sur la photo et l’annonce de la blessure dans la même semaine, il n’en fallait pas plus pour qu’il devienne une légende des 76ers).
On est dans les prémices de l’année 2026 et le joueur au vernis à ongle est enfin sur les rails depuis une vingtaine de matchs. On va pouvoir jeter un premier coup d’œil à ses performance à 14-15 mois de son opération.
Le tir analysé au microscope
Son retour lors de la saison 2025-26 s’inscrit clairement dans une phase de réintégration prudente. Avec seulement 19 minutes de moyenne, un rôle majoritairement en sortie de banc (1 titularisation en 25 matchs) et un usage très contenu, McCain n’est plus utilisé comme un créateur secondaire mais comme un profil d’appoint, souvent cantonné à du spacing et aux lectures simples. Ses statistiques brutes (6,9 points, 42,9 % d’eFG, 32,2 % à trois points) traduisent moins une régression qu’un rôle volontairement compressé.
Sur le plan de l’efficacité, les signaux restent contrastés. Son tir extérieur, censé être l’un de ses points forts, reste instable, avec une sélection de tirs parfois hésitante et visuellement une difficulté à créer de la séparation balle en main.
À l’intérieur de l’arc, ses finitions sont en net retrait (37,6 % à deux points), symptôme classique d’un joueur encore en adaptation neuromusculaire après une chirurgie du genou, notamment dans les phases de changement de rythme et de décélération (le ménisque tu connais maintenant). En revanche, son taux de lancers francs (84,2 % vs 87, 5%) est intact, ce qui tend à souligner que son toucher et sa mécanique de tir n’ont pas été altérés. Un bon présage pour le retour de son adresse en 2026.
La concurrence est rude
Là où le contexte devient déterminant, c’est qu’il faut du temps de jeu à Jared McCain. Et le problème est que la hiérarchie du backcourt des 76ers n’est clairement plus la même qu’en fin d’année 2024. Tyrese Maxey est désormais le titulaire indiscutable, au point qu’on peut légitimement se demander s’il n’est pas aujourd’hui le véritable franchise player de l’équipe. À ses côtés, VJ Edgecombe, le pick 3 de la draft 2025, s’est imposé comme le titulaire complémentaire, apportant une polyvalence défensive, un volume athlétique et une production offensive suffisante pour sécuriser son rôle. Dans cette configuration, McCain n’a plus la voie royale vers le cinq majeur.
La concurrence ne s’arrête pas là. Quentin Grimes, malgré un rôle fluctuant, reste un élément stratégique pour la franchise. En qualifying offer, assorti d’une no trade clause après une RFA compliquée, Grimes représente un asset que les Sixers doivent impérativement remettre en valeur s’ils veulent conserver une flexibilité à la trade deadline. Cela implique mécaniquement des minutes garanties et un usage régulier sur le backcourt, au détriment de McCain, qui se retrouve structurellement coincé comme troisième voire quatrième option extérieure.
Encore trop convalescent pour certains secteurs de jeu
Dans ce contexte, les métriques avancées de McCain doivent être lues avec précaution. Son on/off positif (+5,2) et son impact correct sur certaines séquences montrent qu’il arrive à s’intégrer à l’équipe et aux schémas de Nick Nurse, mais son volume trop faible empêche toute montée en régime statistique. Son AST% modeste et ses 1,8 passes décisives par match révèlent davantage son rôle que ses capacités réelles, observées à ses deux premiers mois de carrière. On est clairement sur un joueur à qui l’on demande de ne pas faire d’erreurs, plus que de prendre des initiatives.
Défensivement, McCain reste discret mais globalement propre. Son temps de jeu ne lui permet pas encore d’avoir une production constante de playmaking défensif (1 contre au total de la saison mais 5 interceptions contre les Nets cependant). Visuellement il tient la route dans les schémas collectifs, sans être forcément ciblé par les défenses extérieures. Là encore, c’est typique d’un jeune joueur revenant de blessure, dont le staff cherche avant tout à préserver les appuis et éviter les situations à haut risque de rechute.
Finalement, la situation de Jared McCain est moins une question de niveau intrinsèque que de timing et d’environnement. Sur le plan médical, sa production actuelle est cohérente avec ce que la littérature décrit à 12–15 mois post-méniscectomie, surtout pour un joueur de 20–21 ans. En revanche, sur le plan sportif, son développement est clairement freiné par une accumulation de priorités concomitantes : la centralité de Maxey, l’émergence d’Edgecombe et la nécessité économique de valoriser Grimes.
La course au titre NBA se joue sur la récupération future
Dans l’imaginaire collectif, un championnat se gagne avec des tirs décisifs et des ajustements tactiques. En réalité, il se gagne aussi avec des décisions médicales lucides et parfois impopulaires. Ici on parle de deux joueurs talentueux aux trajectoires de carrière différentes.
Embiid n’a pas le besoin urgent d’être dominant en janvier, la franchise fraternelle a surtout besoin d’un Embiid fonctionnel, disponible en avril-mai et capable de faire 80-85% de ses capacités de MVP. Chaque excès aujourd’hui peut coûter très cher demain. Sa saison se joue moins sur les boxscores que sur la capacité du staff à repousser son vrai pic de forme et l’inflammation de son genou. McCain lui n’est pas jugé uniquement sur ce qu’il est, mais sur ce qu’il peut devenir sans freiner la rotation ni déséquilibrer la hiérarchie. Sa récupération n’est pas autant médicale que Joel, elle est sportive: absorber les minutes, les responsabilités et la pression sans brûler les étapes.
Si Philadelphie veut réellement être respectée comme une franchise prétendante au titre, tout se jouera sur cette double gestion. Un Embiid suffisamment sain pour être décisif dans les matchs qui comptent, et un McCain suffisamment intégré pour élever le plancher de l’équipe sans perturber son plafond. Le talent est là. La question n’est plus si les Sixers peuvent être dangereux, mais quand et surtout dans quel état physique et collectif ils y arriveront à ce moment-là.
Après comme toujours il y a des coups de pouces à la trade deadline arriver comme ces 6 idées de trades pour les 76ers.





