Bienvenue dans Facteur X, une série qui retrace la saison et l’importance d’un joueur de l’équipe championne alors qu’il n’est pas la star de celle-ci. Aujourd’hui, on s’intéresse à la saison 2023-24 du divin chauve de Boston : Derrick White. Le duo Jayson Tatum-Jaylen Brown s’est illustré tout au long de l’année en étant All-Stars et en remportant le MVP des Finales de la conférence Est et celui des Finales. Il faut aussi féliciter les joueurs qui ne sont pas les têtes d’affiche. Pour les Celtics lors de cette saison, on aurait pu parler de Jrue Holiday ou encore d’Al Horford, mais c’est bien Derrick White qui a passé le cut.

Une adaptation rapide et réussie

C’est en décembre 2022 que Derrick White débarque dans le Massachusetts, en échange de Josh Richardson, Romeo Langford, d’un premier tour de draft 2022 (qui est devenu Blake Wesley), et d’un pick swap en 2028. Ce transfert a reçu un accueil mitigé de la part des fans des Celtics, si certains ont vu une amélioration de la défense sur le back court, d’autres pensaient même que c’était un « désastre ». Après seulement une demi-saison -et déjà une Finale NBA- ces supporters avaient certainement changé d’avis.

Après avoir pris ses marques, White fait sa première saison complète sous la tunique verte en 2022/23, et effectue des playoffs de grande classe. Il arrache même un Game 7 en Finale de conférence Est face à Miami, après avoir été mené 3-0. Le Heat remportera le Match 7, mettant fin à la saison des Celtics.

Lors de la saison 2023/24, Derrick White a passé la phase d’acclimatation et est désormais un joueur important de l’effectif, mais peut-être davantage qu’on ne l’imagine. Cette saison marque aussi l’arrivée de Jrue Holiday, pour former un backcourt ultra défensif, qui accompagne le trio offensif sur le frontcourt (Jaylen Brown, Jayson Tatum et Kristaps Porziņģis).

Une place ancrée dans le cinq majeur

À l’aube de la saison 2023/24, Derrick White n’avait été titulaire que 68% de ses matchs en tant que Celtic. Mais lors de la saison du 18e titre des Bostoniens, White s’est imposé comme un starter indétrônable, puisqu’il a été aligné dans le cinq titulaire dans 100% des rencontres. Une preuve de la confiance que lui accorde Joe Mazzulla, en poste depuis la saison 2022/23, et qui l’avait fait commencer beaucoup plus de matchs que son prédécesseur Ime Udoka.

SaisonMatchs jouésMatch commencés%
2021/2226415.4
2022/23827085.3
2023/247373100

Ce nouveau rôle de starter de Derrick White ne se résume pas au simple fait de débuter plus de matchs. Il tient aussi plus le ballon, et Mazzulla lui donne plus de responsabilité sur le terrain. Il retrouve son taux d’usage qu’il avait à la fin de son passage aux Spurs (aux alentours de 20%, contre 18% lors de sa première saison et demie à Boston), mais surtout, il augmente son volume de tirs.

Cleaning the glass Derrick White
Fréquence des tirs de Derrick White par saison

Il tente plus de shoots, et fait évoluer son régime de tirs. En termes de volume, il prend moins de tirs à mi-distance et au cercle pour en prendre encore plus à trois points. Aujourd’hui, cette tendance est encore plus prononcée. À noter que Derrick White n’attend pas simplement de recevoir le ballon dans le corner, puisque la grande majorité de ses trois points sont tentés above the break, donc à 45 degrés ou en face du panier.
Avoir plus de tirs, c’est bien, encore faut-il les mettre. Et niveau efficacité, le staff des Celtics n’a rien à lui reprocher. 1,22 point par tir tenté, soit le 10e meilleur total en NBA chez les guards ayant joué plus de 1700 minutes (environ 20 minutes par match), devant des joueurs comme Jalen Brunson, Damian Lillard ou encore Donovan Mitchell.
Ce rôle de 4e option offensive (3e lorsque Porziņģis était sur le banc) lui a presque permis de faire partie des 12 All-Stars à l’Est. Son coach était convaincu qu’il en était un, à la suite d’un match face à Sacramento le 20 décembre 2023. « Derrick White tire comme un All-Star en ce moment… » sans que le journaliste ait le temps de finir sa question, Joe Mazzulla l’interrompt et répond  « Oui, c’est un All-Star. » lors de la conférence de presse d’après match. S’il n’a pas été élu, les fans de Beantown le considèrent tous comme l’un des meilleurs joueurs de la Ligue.

Un défenseur extraordinaire

Si l’on a observé l’évolution de Derrick White sur le plan offensif, la raison principale de son arrivée à Boston est la défense. Tout d’abord, son intelligence défensive est remarquable, son placement et son sens du timing font de lui l’un des meilleurs contreurs de la Ligue chez les guards. À l’image d’un Dwyane Wade à son époque, il a des statistiques de contres plus élevés que certains pivots. Son Block% (le pourcentage des tirs adverse contrés) est le meilleur des guards, avec 1,8%. Il devance même des intérieurs comme Jarrett Allen ou Bam Adebayo. Dans les chiffres bruts, il affiche 1,2 contres de moyenne par match, soit plus que Draymond Green et Giánnis Antetokoúnmpo, entre autres. Il affiche un differencial opponent FG% (le pourcentage de réussite aux tirs des adversaires lorsque le joueur défend le tir) de -3% dans la raquette. C’est-à-dire que le pourcentage au tir des adversaires qu’il défend dans la raquette baisse de 3%.

Au-delà des contres, il est un vrai poison en défense on-ball et off-ball. Mais, sa défense n’a pas assez convaincu les votants pour avoir une place dans la 1st All-Defensive Team, faute à des équipes sans postes depuis peu. Aucun guard n’a été élu dans cette première équipe, mais quatre sont présents dans la seconde, dont Derrick White évidemment. Ces votes lui ont permis d’atteindre la 8e place au Défenseur de l’Année. Ses mains ultra actives est un autre aspect positif de sa défense, il affiche deux deflections (nombre de ballons déviés sans être comptés comme une interception) et une interception par match. C’est d’une importance capitale dans une NBA qui cherche de plus en plus les paniers les plus rentables, et une contre-attaque suite à une interception est, par définition, un panier facile et rentable. Il fait aussi parti des joueurs qui contestent le plus de tirs, avec près de 7 shoots contestés par match. Enfin, il est l’un des meilleurs joueurs pour provoquer des fautes offensives, il est toujours prêt à se sacrifier pour son équipe et ne se prive pas de faire tous les efforts défensifs possibles.

Vote pour les All-Defensive Teams de la saison 2023/24.

Les playoffs de Derrick White

En playoffs, la lumière n’a pas été trop brillante pour Derrick White. Au premier tour, c’est le Heat d’un Jimmy Butler blessé qui s’oppose aux Celtics. Après trois match, les joueurs de Boston mènent 2-1, et sont en Floride pour le Game 4. White impressionne et plante 38 points à 8/15 à trois points. Les Celtics remportent la série 4-1 sans difficulté, en n’ayant encaissé 100 points ou plus qu’une seule fois, et en gagnant avec un écart moyen de plus de 20 points.

Avec plus de 4 trois points marqués par match après le premier tour, Derrick White était attendu face aux Cavaliers. S’il a été moins époustouflant offensivement, il a profité de la crainte qu’ont les défenseurs adverses à son égard pour trouver des tirs plus faciles.

En Finales de conférence, il s’est surtout démarqué par sa défense. Moins adroit au tir face aux Pacers, Derrick White a ébloui ses supporters par sa polyvalence, capable de courir derrière McConnell pour empêcher la contre-attaque, ou de contrer Myles Turner qui pensait avoir le mismatch.

Pendant les Finales face aux Mavericks, il est resté en retrait par rapport à Jaylen Brown et Jayson Tatum, du fait d’un changement stratégique des Celtics. Derrick White, Jrue Holiday et parfois Jaylen Brown coupent pour se retrouver dans le dunker spot en attaque, c’est-à-dire sous le cercle. Avec le spacing de Boston, Horford et/ou Porziņģis étirent la défense et attirent leurs défenseurs à trois point. Donc, le protecteur de cercle chez les Mavs se trouve être un guard. Ça offre deux points faciles pour celui qui drive ou celui qui reçoit la passe au dunker spot. Cependant, celui qui était le plus sous le panier chez les Celtics était Jrue Holiday, car il est moins dangereux que Derrick White de loin, et il est l’un des guards les plus athlétiques, ce qui lui a permis de dominer son match up, en démontre son match à 26 points au Game 2, à 9/10 à deux points.

Le numéro 9 des Celtics ne fait pas de carton offensif, mais sur le plan défensif, il ne s’assied pas sur sa réputation. Toujours aussi intelligent dans sa lecture du jeu, il ne donne aucun panier facile à son vis-à-vis, ou aux autres adversaires lorsqu’il vient en aide.

Que disent les stats ?

Le Win Share (WS) attribue à chaque joueur une portion des victoires de l’équipe en fonction de ses performances, comme si on répartissait le mérite collectif en crédits individuels. C’est-à-dire que les Celtics se partagent 16 victoires, et Derrick White prend la plus grande part avec 2,9 WS. À titre de comparaison, Jaylen Brown est à 2 et Jayson Tatum 2,7.

Son TOV% (la part de ballon perdu d’un joueur sur toutes ses possessions) est exceptionnel, c’est même le deuxième meilleur parmi tous les joueurs ayant joué en playoffs et ayant plus de 18% d’usage. Derrick White est à 5,9%, seul Alec Burks le dépasse, n’ayant perdu aucun ballons. Néanmoins, Burks n’a joué que 6 matchs, alors que White en a disputé 19. C’est un avantage considérable pour Boston d’avoir un joueur capable de mener le jeu qui perd moins d’un ballon par match pour soutenir Tatum, Brown et Holiday, qui sont les ball handlers principaux.

« Offensive overview » des joueurs à plus de 18% d’usage en playoffs, trié par TOV%

En plus de perdre très rarement le ballon, White reste très efficace au tir, encore plus qu’en saison régulière. Il est même le 13e meilleur joueur en points par tir, avec 1,25 point. À noter que 8 des 12 joueurs le devançant n’ont participé qu’au premier tour. Forcément, avec plus de matchs, le volume de tir est plus élevé, et le nombre de points par tir tenté est plus probable de chuter.

Étant déjà un joueur réputé pour son hustle, il n’est pas surprenant que Derrick White se démarque dans ce domaine en playoffs. Il s’est notamment illustré au rebond offensif.

Il prend les rebonds offensifs sur les lancers-francs manqués de ses coéquipiers 10,5% du temps, soit le 6e meilleur pourcentage de la Ligue. Mais encore une fois, les joueurs qui le précèdent n’ont pas joué autant de matchs et sont tous sortis dès le premier tour.

Côté stocks (combinaison des interceptions et des contres), il reste sur la lignée de sa saison régulière. Toujours 1 interception et 1,2 contre par match, 1,8% de Block% (le meilleur chez les guards). Donc en plus d’être efficace, il fait preuve d’une régularité exemplaire. En ce qui concerne le differencial opponent FG% dans la raquette, il est encore meilleur qu’en saison régulière : -4,9% (-3% en SR). Le tout avec une fréquence de défense sur les tirs dans la raquette encore plus élevée : 55,6% (48,1% en SR).

Moyenne par match de Derrick White sur la saison 2023/24

Derrick White a conclu sa deuxième saison complète à Boston avec une bague de champion et un amour inconditionnel des fans envers lui. Aujourd’hui, il reste le role player ultime, capable de tout faire sur le parquet malgré sa taille (1m93). Il comble les lacunes des Celtics des deux côtés du terrain, il symbolise cette équipe où l’égo s’efface au profit du collectif. Capable d’enregistrer 4 contres ou plus de 30 points tout en s’occupant du meilleur scoreur adverse, il est le joueur que tout coach rêve d’avoir, et un coéquipier idéal. Un joueur prêt à se mettre en retrait pour que les autres brillent, mais dont l’absence se ferait cruellement sentir. En somme, il rappelle que les titres se gagnent aussi avec des gars qui font les petites choses. Les contres dans les dernières secondes, les interceptions décisives, les trois points qui brisent les runs adverses. Alors oui, son maillot numéro 9 ne flottera probablement pas sous les rafters du TD Garden. Mais dans le cœur des fans, White restera ce Facteur X qui a prouvé une vérité trop souvent oubliée : les champions ne se construisent pas qu’avec des MVP. Parfois, il suffit d’un chauve tenace, d’un sniper défensif, d’un homme-orchestre prêt à tout sacrifier… sauf la victoire. Et à Boston, ça n’a pas de prix.