La course au titre de MVP 2007-2008 est l’une des plus débattues de l’histoire récente de la NBA. Opposant Chris Paul, jeune meneur des New Orleans Hornets, à Kobe Bryant, superstar des Los Angeles Lakers, si Kobe a finalement remporté le trophée, une analyse approfondie montre que Paul disposait d’arguments au moins aussi solides, et peut-être supérieurs, pour être élu MVP.
Contexte général
En 2008, Chris Paul réalise une saison individuelle exceptionnelle. Il transforme le bilan d’une équipe des Hornets, passant de 39 victoires en une formation à 56 succès, deuxième de la Conférence Ouest, juste derrière les Lakers de Kobe Bryant, auteurs de 57 victoires.

Les deux joueurs sont clairement les moteurs de leur équipe respective dans une conférence particulièrement relevée. dans une conférence historiquement compétitive. Tout le jeu des Hornets repose sur Chris, et non pas pour gonfler ses statistiques, mais précisément parce que leur réussite collective dépend entièrement de sa capacité à organiser, créer et sécuriser chaque possession.
Les statistiques de Chris Paul et Kobe Bryant
Les statistiques de Chris Paul parlent d’elles-mêmes : 21,1 points, 11,6 passes décisives (meilleur total de la ligue), 2,7 interceptions (meilleur total également), le tout avec une efficacité élite et seulement 2,5 pertes de balle par match. Il s’agit d’un ratio passes décisives / ballons perdus tout simplement hallucinant. À tel point que Chris Paul a commis moins de ballons perdus que d’interceptions sur l’ensemble de la saison, un fait quasiment sans précédent pour un joueur avec un tel usage offensif.
Kobe Bryant, de son côté, a évidemment réalisé une saison remarquable : 28,3 points par match, une efficacité solide et un leadership constant. Mais réduire la comparaison à un simple duel de scoring est une erreur fondamentale. Chaque passe décisive vaut au minimum deux points, et Chris Paul en distribue plus de six de plus par match que Kobe. Même en ignorant les tirs à trois points, les paniers avec la faute ou les secondary assists, Paul produit davantage de points par rencontre que Bryant, tout en perdant moins de ballons.
On peut certes argumenter que les statistiques avancées ne doivent jamais constituer l’unique critère d’évaluation. Mais les ignorer complètement, surtout lorsqu’elles sont aussi déséquilibrées, revient à dire qu’on ne les apprécie pas simplement parce qu’elles ne confortent pas une conclusion prédéfinie.
En 2007-2008, les métriques avancées majeures, PER, Win Shares, WS/48, BPM, VORP, placent Chris Paul devant Kobe Bryant. L’écart est répété et constant. Cela ne signifie pas que ces statistiques sont parfaites, mais cela signifie qu’elles racontent toutes la même histoire : l’impact global de Chris Paul sur le jeu était supérieur.
Certes, ces statistiques doivent être contextualisées. Elles ne capturent pas toujours le système offensif (comme le triangle des Lakers), ni les aspects intangibles du leadership. Mais lorsque toutes les métriques convergent vers la même conclusion, les ignorer totalement revient à sélectionner arbitrairement les critères qui confortent un récit préexistant.
Le mythe du « meilleur effectif »
Un argument revient sans cesse : Kobe aurait porté une équipe affaiblie par les blessures, tandis que Chris Paul aurait bénéficié d’un effectif supérieur. Cette lecture est, au mieux, incomplète. Oui, Andrew Bynum n’a joué que 35 matchs. Oui, Pau Gasol n’est arrivé qu’en fin de saison.
Mais à l’inverse, présenter les statistiques des coéquipiers de Chris Paul sans reconnaître que ces chiffres sont précisément le produit de son jeu est profondément trompeur. David West réalise la meilleure saison de sa carrière aux côtés de Paul. Quelques années plus tard, sans lui, sa production et son efficacité chutent nettement. Ce n’est pas un hasard. C’est là toute la nature du poste de meneur : son impact se reflète dans les statistiques de ses partenaires. Ignorer cet effet, c’est ignorer la mission première du poste.
Le MVP, un trophée aussi narratif que sportif
Le fait est que le MVP est décerné par les médias. Et en 2008, le récit était écrit d’avance. Kobe Bryant, superstar de la franchise la plus médiatisée de la ligue, n’avait encore jamais remporté ce trophée malgré des années au sommet. Les Lakers terminent premiers de l’Ouest. Kobe incarne la résilience, le leadership, la revanche après des saisons difficiles après la fin du duo avec Shaquille O’Neal.
Chris Paul, lui, est un joueur de troisième année. Un futur MVP, pense-t-on. Il aura le sien plus tard. Ce raisonnement implicite, jamais assumé mais bien réel, pèse lourd dans le vote final, et c’est une réalité à ne pas ignorer. Encore aujourd’hui, le narratif peut être un facteur décisif.
Kobe n’a pas démérité

Alors attention, l’argument pour que Kobe soit MVP en 2008 ne repose pas uniquement sur l’idée qu’il avait le soutien des médias car il joue dans un gros marché, surtout qu’on se rappelle que le scandale dans la chambre d’hôtel dans le Colorado était encore assez récent.
Il faut rappeler quand même que Kobe a réalisé l’une des meilleures saisons de tous les temps en termes de points marqués, menant les Lakers à la première place de la Conférence Ouest, passant de 42 à 57 victoires quand même. Les votants récompensent souvent les saisons individuelles exceptionnelles combinées au succès de l’équipe, et il remplissait les deux cases.
Ensuite, la saison de Kobe doit être replacée dans son contexte d’effectif instable. On a évoqué les cas Bynum et Gasol, mais cela signifie que pendant une longue partie de l’année, Kobe a donc porté une équipe composée de role players, Lamar Odom, Derek Fisher, Luke Walton, Kwame Brown, Ronny Turiaf, sans véritable menace intérieure dominante.
Malgré cela, le niveau de jeu des Lakers est resté constant, et la seule chose qui n’a jamais fluctué au cours de la saison a été la performance de Kobe Bryant. Il n’a manqué aucun match, a joué malgré plusieurs blessures, dont une fracture à la main en février 2008, et a maintenu une production offensive d’élite : 28,3 points par match avec une efficacité comparable à celle de Chris Paul, tout en assumant une lourde charge défensive.
Un autre élément central concerne le leadership. Longtemps critiqué pour son individualisme, il est décrit cette saison-là comme un joueur ayant su tirer le meilleur de ses coéquipiers. Plusieurs d’entre eux, Odom, Walton, Sasha Vujačić, réalisent leurs meilleures saisons à ses côtés. Le système en triangle, qui minimise mécaniquement les passes décisives individuelles, masque en partie son impact réel sur la création offensive, mais ne réduit en rien son influence sur la circulation du ballon et la qualité des tirs générés.
Dire que Chris Paul méritait le MVP 2008 ne signifie pas que Kobe Bryant l’a « volé ». Les saisons où un seul joueur mérite clairement le trophée sont rares. Mais il ne fait aucun doute que Chris Paul a un dossier presque irréprochable. Il a dominé la ligue à la création, protégé le ballon comme personne, défendu à un niveau élite, et transformé une franchise en prétendant sérieux au titre. Ce n’était pas simplement une grande saison. C’était une saison légendaire de meneur de jeu.
Le trophée est allé à Kobe Bryant. L’histoire retiendra ce choix. Mais l’histoire devrait aussi retenir que, cette année-là, Chris Paul n’était pas seulement un dauphin malheureux, il aurait probablement dû repartir avec le titre de MVP à la fin de la saison.





