A l’approche du Final Four de l’Euroleague, Facundo Campazzo est, peut être en passe, de gagner une troisième Euroleague. Dominant en Europe, génie en sélection, mais « trop petit » pour l’Oncle Sam ? Le passage de Facundo Campazzo dans la Grande Ligue restera comme l’un des dossiers les plus clivants de ces dernières années. Entre flashs de génie à Denver et fin de parcours anonyme à Dallas, retour sur la trajectoire d’un joueur qui a refusé de lisser son jeu pour plaire aux standards américains.
Il y a des joueurs dont on ne peut pas lire les statistiques sans avoir les images. Facundo Campazzo est de cette race-là. Pour l’Argentin, un simple « 5 points, 4 passes » dans un box-score de novembre cache souvent une passe laser à l’aveugle entre les jambes d’un pivot de 2m15 ou une séquence défensive où il a littéralement harcelé le porteur de balle adverse sur tout le terrain. Pourtant, après deux saisons et demie outre-Atlantique, le « Facu » est rentré à la maison, au Real Madrid. Un constat d’échec ? Pas si simple.
La communauté de Denver
Lorsqu’il débarque dans le Colorado en 2020, Campazzo n’est pas un rookie comme les autres. C’est un double champion de l’EuroLeague, un MVP de la finale ACB, le patron d’une équipe d’Argentine vice-championne du monde. Il arrive avec une réputation de « magicien » et une intensité qui doit, normalement, compenser son mètre 81.
À Denver, sous les ordres de Mike Malone, un coach avec qui l’alchimie aurait dû être parfaite, le mariage semble d’abord idyllique. Dans une équipe portée par le génie de Nikola Jokić, Campazzo trouve sa place. Il devient le chouchou du public, celui qui plonge sur tous les ballons, qui agace les stars adverses et qui distribue des caviars que seul le « Joker » semble capable de voir avant lui. Sa première saison est une réussite : il prouve qu’un meneur de poche sans jump shot d’élite peut exister en NBA grâce à son QI basket et son cœur.

Mais la NBA est une ligue de prédateurs, et les limites de Campazzo ont fini par être exposées, disséquées, puis exploitées. Dans une ligue où le tir extérieur est devenu la monnaie d’échange universelle, son irrégularité derrière l’arc (32% en carrière NBA) a commencé à peser. En playoffs, les défenses ont fait le choix de l’ignorer, resserrant la raquette sur Jokić et forçant Facu à prendre des tirs qu’il ne voulait pas.
Défensivement, malgré une hargne de tous les instants et des mains parmi les plus rapides de la ligue, sa taille est devenue une cible. Les systèmes de « switch » systématiques l’ont souvent retrouvé posté par des ailiers plus grands de vingt centimètres. À Denver, le retour de blessure de certains cadres et l’émergence de profils plus polyvalents ont fini par le pousser vers le bout du banc.
Les deux tours de Dallas
Le passage par Dallas en 2022 devait être celui de la relance. Retrouver son ancien compère du Real, Luka Dončić, paraissait être le scénario parfait. Mais l’aventure texane tourne court : 8 petits matchs, une poignée de minutes, et une coupure brutale. Nico Harrison, le GM des Mavs, cherchait alors du scoring et de la taille, deux choses que Campazzo ne pouvait pas offrir dans le système de Jason Kidd.

Le retour du Roi en Europe
Aujourd’hui, Facundo Campazzo survole à nouveau l’Europe avec le Real Madrid. Il rappelle chaque semaine qu’il est probablement le meilleur meneur du continent, un joueur capable de contrôler le tempo d’un match comme peu de monde dans l’histoire.
Alors, quel héritage pour son passage en NBA ? Campazzo n’a pas échoué par manque de talent, mais parce qu’il est l’archétype du joueur FIBA. En NBA, on demande souvent aux meneurs de complément d’être des 3&D. Facu, lui, est un créateur pur, un artiste qui a besoin du ballon pour exister.
Il restera ce météore argentin : trop pur pour le moule formaté de la NBA actuelle, mais trop grand pour n’être qu’un simple souvenir de passage. Campazzo n’a pas conquis l’Amérique, mais il a eu le mérite de ne jamais changer d’identité. Et pour les puristes, c’est peut-être là sa plus belle victoire. À l’heure où certaines franchises NBA manquent de créateur primaire ou secondaire, le profil d’un Facu aurait pu intéresser quelques franchises…






