Après une intersaison XXL, le Panathinaïkós démarre cet exercice 2026/2027 sur des bases impressionnantes. Si les trois premières confrontations en Coupe d’Europe étaient face à des équipes relativement faibles, le succès du club grec sur le Fenerbahçe ce jeudi pour démarrer la saison sur un bilan de 4-0 envoie un signal fort à la concurrence.
Une défense suffocante

À la fin de cette 4e journée d’EuroLeague, le Panathinaïkós se classe comme la première défense en nombre de points encaissés par match avec une moyenne de 73, et la deuxième au defensive rating (98,3). Cependant, ce qui impressionne le plus, c’est surtout le ressenti sur le terrain. Les équipes qui ont eu la malchance d’affronter cette superteam se sont parfois confrontées à des séquences de plusieurs longues minutes sans parvenir à inscrire le moindre panier, donnant l’impression d’une domination totale de la part des Verts.
La première raison à cette domination est la défense de switch après écran. Cette dernière consiste à un échange de joueurs systématique entre le défenseur du porteur de balle et le défenseur du poseur d’écran. La formation athénienne possédant dans son effectif une panoplie de profils forts défensivement et mobiles sur les lignes arrières peut se permettre d’utiliser cette stratégie car elle n’a pas de joueur ciblable sur le terrain. Les joueurs de Zeljko Obradovic parviennent aussi à limiter l’impact des mismatchs poste bas par leur bonne rotation et l’impact physique mis même par leurs petits joueurs.
Utiliser ce type de défense permet de limiter la création de décalages après écran et ainsi compliquer l’accès à la raquette. Cela se voit dans les statistiques car, sur les 4 matchs disputés jusqu’à présent, les adversaires tirent en moyenne 30 fois derrière la ligne pour un taux de réussite de 30 %, preuve que, comme les équipes en face ne parviennent pas à accéder à la raquette, elles se retrouvent à n’avoir comme seule solution des tirs extérieurs parfois difficiles.
De plus, l’agressivité des Athéniens sur les switchs ou sur les stunts (mouvement d’un défenseur proche du porteur de balle s’interposant pour bloquer la ligne de drive) leur permet de se classer comme la quatrième équipe à l’interception (8 par match) et la deuxième en nombre de ballons perdus provoqués (17 par match).
Et si l’opposant réussit à franchir le premier rideau défensif, le travail de rotation qui est fait au niveau des aides, combiné à la présence physique des intérieurs sur la contestation de cercle, limite aussi le nombre de tirs inscrits dans la raquette. Cette contestation est illustrée par le deuxième meilleur total de contres effectués de la compétition (3 par match).
La défense est donc la force numéro un du Panathinaïkós sur ce début de saison, cependant, le succès du géant grec ne se limite pas à ce seul aspect.
Des talents exceptionnels qui punissent toutes couvertures d’écran

En attaque, quelque chose est remarquable sur ce début d’exercice : le talent offensif des Athéniens pose un casse-tête aux coachs adverses sur leurs couvertures d’écran.
Lors du dernier match face au Fenerbahçe, Sarunas Jasikevicius a d’abord indiqué à ses hommes de défendre en hedge (prise à deux sur le porteur de balle après la prise d’écran) sur Sylvain Francisco afin de limiter ce dernier dans l’expression de son talent ballon en main, en le lui faisant lâcher.
Cependant, la qualité à la passe du meneur tricolore a permis de trouver le poseur d’écran sur le short roll (tête de raquette) de manière quasi systématique. Les intérieurs du Pana étant talentueux ont parfaitement réussi à exploiter le décalage créé par le hedge sur Francisco grâce à leur lecture de jeu. L’exploitation efficace de cette stratégie défensive a forcé le Fener à changer de couverture après le premier quart-temps, mais cela n’a pas arrangé les choses pour autant.
Les Turcs se sont résolus à défendre en switch afin de limiter les décalages après écran et l’exploitation du short roll, sauf que le talent du natif francilien balle en main a suffi à lui seul pour créer des décalages par le dribble contre les mismatchs provoqués par les changements de joueurs.
Mais ce n’est pas la seule limite qu’a connue cette défense, car l’effectif du Pana possède beaucoup de joueurs dominants poste bas (Yabusele, Lessort, Hayes-Davis, Fall, Bonga, Grant) que le Fener n’a pas réussi à contenir lors de la rencontre. Guerschon Yabusele s’est exprimé sur ce point tactique après sa signature en Grèce lors d’un entretien avec le podcast QLS :
Zeljko Obradovic est un coach qui joue beaucoup avec les post-up, on aura un jeu tourné autour de ça et ce qui a beaucoup de sens car quand tu regardes les profils qu’on a dans l’effectif, on peut vraiment être très dominant poste bas. Et si le coach, il décide de faire une line-up avec Hayes-Davis en poste 3, moi en poste 4 et Lessort ou Fall en poste 5, il y a trois personnes qui peuvent faire du post-up et donc là, toi, quand t’es l’équipe adverse, comment tu vas défendre sur ça.
Et en effet, lorsque la défense décide de switcher, le fait d’avoir différents profils dominants dans ce secteur punit immédiatement les mismatchs et, si plusieurs défenseurs se concentrent sur le joueur poste bas, cela peut en plus générer de nombreux espaces.
L’ASVEL a tenté une couverture en drop (le défenseur du poseur d’écran reste bas afin de protéger la raquette), mais celle-ci n’a été que peu efficace face au talent de Francisco balle en main, qui a pu s’arrêter pour dégainer à trois points et à mi-distance ou profiter du deux contre un avec son intérieur, soit en lui livrant la balle après avoir attiré l’aide, soit en terminant seul au cercle.
Vous l’aurez compris, cette faculté à répondre à chaque couverture défensive est permise grâce à la qualité des joueurs dans l’effectif. Sylvain Francisco est l’un des joueurs les plus précieux car, en l’absence de Kendrick Nunn, il est le chef d’orchestre de cette attaque athénienne. Entre autres, c’est à lui de prendre les décisions sur pick and roll et ses qualités à la passe, en 1v1, au shoot et à la finition rendent la décision de la couverture défensive comme un casse-tête pour les coachs adverses.
De plus, la force de cette équipe à posséder des intérieurs capables de prendre les bonnes décisions sur short roll et de punir sur post-up la rend tout simplement inarrêtable offensivement. Sur le dernier match face au Fener, Mathias Lessort s’est régalé dans ce rôle et a affiché une belle ligne de stats : 19 points, 8 rebonds, 30 d’évaluation, qui lui a valu d’être nommé MVP de la 4e journée.
Ajoutez à cela que les Verts possèdent un offensive rating de 122 (4e au classement), la deuxième adresse à 2 points (62,5 %) et le troisième plus faible taux de ballons perdus par rencontre (10), et le constat est effrayant.
Même si on peut prendre des pincettes car toutes leurs rencontres se sont disputées à domicile et que leurs 3 premiers matchs étaient face à des équipes de bas de classement (Paris Basketball, ASVEL, Maccabi), la manière dont ces victoires ont été acquises, avec une moyenne de 20 points d’écart, confirme la place du Panathinaïkós comme l’un des favoris pour le titre. Ce départ leur vaut même un exploit inédit qui n’a pas été réalisé depuis le Real Madrid en 2013 : celui de remporter ses 4 premiers matchs avec au moins 18 points de différence.
Le changement de coach et le recrutement XXL à l’intersaison ont donc remis le Panathinaïkós sur les rails du titre. Ce qui fait peur, c’est que la superteam athénienne n’a toujours pas atteint son potentiel maximal car trois joueurs majeurs sont blessés (Kendrick Nunn, Kostas Sloukas et Juancho Hernangomez) et attendent de faire leur entrée en scène.






