Nous poursuivons aujourd’hui notre exploration du mercato d’Élite 2. Au menu du jour : Le Havre, Levallois, Nantes, Orléans et Poitiers. Ces équipes ont été l’objet de mon attention ces derniers jours, l’occasion de vous proposer une modeste analyse des recrues qui, chacune à leur manière, m’ont tapé dans l’œil.
Jonah Pierce : la future star du STB Le Havre ?

Il est toujours difficile de se projeter sur des joueurs qui sortent tout juste d’un cursus universitaire, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que le profil de Jonah Pierce est très intrigant. Avec ses 2,05 mètres et ses 106 kilos, l’ancien joueur des Blue Hose a l’archétype parfait du pivot des années 90, misant beaucoup sur sa domination physique. Et même si le championnat universitaire américain est fait en sorte pour que les potentiels athlétiques se dégagent, je ne pense pas qu’il y aura beaucoup de pivots qui pourront tenir l’opposition sur ce plan-là.
Et c’est en ce sens qu’il s’est particulièrement dégagé dans la pré-saison, avec un notamment une performance à 20 points, 15 rebonds, 3 interceptions et 2 contres face à Quimper. De l’autre côté, le duo d’intérieur quimpérois (Pouaveyoun – Oladapo) a mis 2 fois moins de points et pris de 2 fois moins de rebonds. Et même si bien évidemment, il ne faut pas tirer trop d’enseignements des matchs de préparation, j’avoue que je ne m’attendais pas à une telle domination de sa part.
Autre point qui me parait important, c’est finalement sa faculté d’adaptation. Exemple récent et direct, le match qui a suivi l’opposition face à Quimper, le STB a reçu Chalon-Reims. Et face à un joueur qui est à fortiori plus tenace physiquement, en la personne de Maxime Carène, il a été limité à 12 points et 9 rebonds avec un pourcentage au shoot bien moins propre (28,6%). Mais plus limité dans le scoring, il a également su délivrer 5 passes à ses coéquipiers.
Et c’est ce que j’ai pu observer sur les quelques matchs que j’ai pu voir de lui, pendant sa période NCAA. C’est un joueur qui est plus intelligent que son paraître. Au-delà de sa bonne compréhension et gestion des relation de pick and roll sur lesquels il est capable de ressortir sur les extérieurs (ce qui est particulièrement utile avec un meneur comme Thibault Desseignet aux manettes), il a aussi cette capacité de jouer poste bas, et d’anticiper les doublages pour ressortir.
Sur ces situations-là, il avait notamment une bonne relation avec son ailier-fort de l’époque (Jaylen Peterson) qui traînait toujours en tête de raquette. Et devinez quoi, c’est exactement la philosophie que porte Lauriane Dolt avec le STB, depuis son arrivée. Le spacing n’est pas la priorité, mais le STB compense par une forte pression dans la raquette. Et avec Cédric Bah en tant que titulaire au poste 4, l’intérieur américain aura de quoi s’amuser.
Tom Digbeu : entre blessure et talent, sera-t-il l’homme providentiel des Mets ?

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi en tout cas, sa signature chez les Mets a fait l’effet d’une bombe. Tom Digbeu, l’homme qui, il y a deux ans, claquait 34 points à la JDA avec La Rochelle, retrouve la France, chez le promu francilien. Mais logiquement, avant de parler de ce qu’il pourrait apporter cette saison à Levallois, nous sommes obligés d’évoquer ce qui nous fait douter dans cette signature. Et le point le plus évident, c’est sa santé physique.
Avec un seul petit match joué la saison passée, et 22 sur les 3 dernières saisons, les inquiétudes sont de taille quant à sa capacité à jouer ne serait-ce que la moitié de la saison. Autre question légitime, après 3 années passées davantage hors des parquets, de combien de temps aura-t-il besoin pour prendre en main cette équipe ? Car oui, pour l’instant, c’est l’autre prétendu leader de cette équipe qui a pris les rênes, pour la personne de Kezza Giffa, auteur de deux matchs convaincants en pré-saison (le premier à 22 et le deuxième à 27 d’évaluation).
De son côté Tom n’a pas beaucoup joué sur la pré-saison. Seulement 12 minutes face à Rouen, et pas une seule lors du premier tour de coupe de France. On a donc hâte de voir ce qu’il va valoir une fois qu’il aura retrouvé un rythme. Maintenant, passons aux points forts de cette signature. Et bien Levallois s’accorde les services d’un énorme scoreur. Un joueur qui pour sa dernière expérience française, n’a certes jouer que 11 matchs, mais tournait néanmoins à 14,5 points de moyenne en Betclic Élite.
Ses qualités ressortent rapidement, à commencer par force de drive et sa capacité à conclure près du cercle. Capable de monter très haut, il fait preuve également d’un gainage assez impressionnant dans les airs, qui lui permet de rester longiligne et efficace face aux contacts de ses vis-à-vis, y compris face à des 5 venus fermer la raquette.
Et si le tir extérieur n’est pas son principal atout (29 % à La Rochelle et 30 % avec l’ASA), il demeure suffisamment fiable en catch-and-shoot pour représenter une menace crédible, et forcer ses vis-à-vis à sortir. Et évidemment, ça lui permet d’exploiter davantage ses qualités de drive.
Javon Masters Ferguson : un champion d’Élite 2 rejoint le projet ambitieux de l’Hermine

Javon Masters reste donc en Élite 2, à Nantes, où il sera l’une des pièces maîtresses d’une équipe qui jouera clairement la montée. Titré donc l’an passé, avec le Roanne de T.J. Parker, il a été pour moi, sans aucun doute, le meilleur 6ème homme d’Élite 2. 13,3 points et 3,3 passes, le tout avec une efficacité insolante (51,5% au shoot et surtout 40,2% derrière les lignes extérieures). Je vous avoue que je pensais qu’avec Roanne ou non, il passerait le cap de la Betclic Élite.
Une saison comme la sienne a dû intéresser bien nombre d’équipes de la Betclic, mais c’est sans doute lui qui a fait le choix de reste à l’échelon inférieur. Nantes peut en ce sens, s’estimer très heureux de pouvoir s’offrir les services d’un tel joueur. En premier lieu, c’est un scoreur triple-niveau, qui a beaucoup de cordes à son arc. Pull up, catch, finition main gauche ou main droite, le meneur canadien peu à peu près tout faire, à partir du moment où vous lui donnez un ballon orange entre les mains.
Et tout ça, il le fait avec une grande efficacité. L’an passé, il tournait à 65,4 de TS%, quand la moyenne de la ligue se trouvait à 52%, ce qui démontre bien sa capacité à scorer efficacement dans toutes les zones. Maintenant, on peut se douter qu’avec ce nouveau statut de titulaire, et plus encore de leader offensif, son efficacité va baisser, et peut-être beaucoup baisser. Et c’est l’enjeu autour du joueur cette saison. Quel niveau d’efficacité sera-t-il capable de maintenir avec ce nouveau statut ?
Mais autre point important, c’est le genre de joueur idéal pour aller chercher une montée. Et les mots de son ancien coach à La Rochelle, Julien Cortey, traduisent d’ailleurs parfaitement cette idée :
Au-delà de sa capacité à dynamiter n’importe quelles défenses, c’est un super mec, humainement très respectueux, toujours à l’écoute, qui possède de vraies valeurs de travail. C’est un joueur d’équipe, qui ne met pas son ego au-dessus des autres, qui est au service du collectif. En bref, quelqu’un de facilement coachable.
Jonathan Jeanne : une ancienne star d’Élite 2 rejoint le roster XXL d’Orléans

Bouché par la volonté qu’a eue Guillaume Vidaze de jouer small-ball avec le MSB, le géant manceau a dû se contenter d’une grosse dizaine de minutes dans la rotation, derrière notamment, l’expérimenté Tashawn Thomas. 4,6 points et 3,2 rebonds, mais un échantillon de minutes pour énoncer clairement s’il était oui ou non un joueur du calibre de la Betclic. En ce sens, il a fait un choix d’une maturité qu’on lui connaît, de retourner en Élite 2, dans le projet qui apparaît comme le plus ambitieux de la division. Celui de l’OLB.
Et ce choix du Loiret, il apparaît comme très logique et avantageux pour sa personne sur au moins deux points. En premier lieu, il va retrouver un temps de jeu conséquent, qui pourra lui permettre de reprendre confiance dans son jeu. Et le deuxième, c’est qu’en cas de montée, on peut imaginer qu’Orléans aurait envie d’installer un tel joueur si ce n’est dans le 5, au moins comme un 6ème ou 7ème homme. On l’a vu récemment avec Roanne qui donne à des Antoine Diot, Maxime Roos, Aaron Levarity ou Dylan Affo Mama autour de 20 minutes par match que ce soit dans la préparation ou dans les matchs de la Super Coupe LNB.
Maintenant, au-delà de ses intérêts personnels, parlons de la plus-value qu’il va apporter à cette équipe orléanaise. Et le premier qu’on va pouvoir noter, c’est le rebond offensif. C’est la première lumière que j’ai eue, au fur et à mesure que l’effectif de l’OLB se dessinait. Gbetkom, Bruyas, Kanouté, Shepherd, Negrobar, etc ; tout ça sous les ordres d’un coach (Lamine Kébé) qui utilise le spacing de manière la plus extensive possible, ça va shooter, shooter et shooter. Et ça n’a pas trompé, puisque si on enlève le premier match face à Roanne, la proportion de shoot extérieur par rapport aux shoots totaux était de 48%.
Donc bien évidemment, avec autant de spacing et de shoots extérieurs, le besoin d’avoir un intérieur fort au rebond devient rapidement essentiel. Et dans la pré-saison, cette optique s’est aussi largement vérifiée, puisque Jonathan a pris autant de rebonds offensifs que défensifs. Autre élément important l’aspect défensif, évidemment avec ses 2 mètres 18 et son envergure démesurée, il sera le protecteur de cercle par excellence. En effet, l’intérieur français tournait à 0,8 contre l’an passé (avec 11 minutes de temps de jeu), et 1,4 avec le PB 86, il y a de ça deux saisons.
Dernier point, son efficacité près du cercle. Évidemment, c’est un profil offensif à la Rudy Gobert. Très bon sur du pick and roll, un peu de contrôle au poste et jeu dos au panier, mais pas beaucoup, voire pas du tout de distance au shoot. Néanmoins une efficacité au shoot qui s’élevait à 75% la saison passée et une relation avec Jean Baptiste-Maille qui va être à surveiller.
Matthys Mahop : Poitiers mise sur la jeunesse française !

On le sait : miser sur des jeunes sortant tout juste du Pôle France relève souvent du quitte ou double. Il y a rarement d’entre-deux, de demi-satisfaction. C’est en tout cas le constat que je tire en me penchant de plus près sur les deux dernières cuvées du PFB (2023-2025). Parmi ces joueurs, un seul entre véritablement dans la catégorie des déceptions à mes yeux : Jonas Boulefaa, dont on attendait sans doute davantage pour sa première expérience dans le monde professionnel.
Pour le reste, les satisfactions sont nombreuses, avec notamment Nathan Soliman, Talis Souhlac, Hugo Yimga-Moukouri, Nolan Traoré ou encore Meissa Faye, qui ont su tirer leur épingle du jeu et répondre aux attentes placées en eux. Mais cette période de transition entre l’INSEP et le monde professionnel peut aussi s’avérer particulièrement délicate à cet âge. Certains ont connu une première sortie plus compliquée, à l’image de Yannis Allard, Noa Kouakou-Heugue ou Soprano Szelazek (etc.).
Des trajectoires qui ne sont évidemment pas figées : tous ont encore le temps de rebondir, et certains sont peut-être même déjà en train de le faire. Reste que, pour ces joueurs, la découverte du monde professionnel a été plus difficile que prévu. Mais revenons à nos moutons, à savoir : pourquoi je pense que Matthys fera partie de cette classe de joueurs qui réussiront leur entrée chez les professionnels ? Et surtout dans quel mesure sera-t-il utile au PB86 ?
En premier lieu, ses qualités athlétiques sont incontestables. C’est un joueur rapide, très fort en transition et qui a une grosse capacité de drive. Évidemment, il accompagne ça d’une jolie finition près du cercle, mais aussi d’un gros volume à mi-distance. Pull-up, fadeaway, floater, il a une panoplie assez élargie pour un joueur de son âge dans ce secteur, d’autant plus quand on connaît le recul de ces shoots dans le basket moderne.
Je ne l’avais pas forcément anticipé avant le début de la saison, mais son association avec Keaston Willis est aussi intéressante. Forcément, avec un parcours universitaire aux États-Unis et une saison en Suède, ce n’est pas le joueur le plus référencé pour des amateurs de basket français. Mais de ce qu’on a pu observer, il porte beaucoup le ballon, et avoir à ses côtés un joueur un peu scolaire qui drive et pénètre bien, c’est intéressant. Ça, Andy Thornton-Jones l’a bien compris, et c’est en ce sens qu’il est déjà dans le 5 de cette équipe.
Fin de cette troisième partie. La dernière sera consacrée à Quimper, Rouen, au SCABB, Vichy et Fos-sur-Mer.






