La saison dernière, Massimo Assuti a vécu une expérience inédite dans le monde du basket suisse. Il est devenu le photographe personnel de Bryan Colon, joueur du Fribourg Olympic Basket. Tout au long de l’exercice, il a suivi Bryan à travers les doutes, les épreuves et les succès. Pour nous, Massimo revient sur cette expérience mémorable.
Un projet inédit
Lorsqu’il s’agit de citer les photographes actifs dans le microcosme du basket helvétique, le nom de Massimo Assuti ressort assez rapidement. Photographe de Fribourg Olympic pendant quelques temps, l’Yverdonnois cherchait un nouveau challenge à relever. Un projet où l’humain était au centre du projet.
“J’ai eu quelques insatisfactions les mois précédant cette envie dans mon processus en lien avec la fonction de photographe de club, et moi qui attache une importance à l’humain, je cherchais à trouver un projet dans lequel m’investir et où l’humain était au cœur du mandat. Je me suis inspiré de photographes personnels, principalement dans la musique (par exemple DJ Snake), mais aussi dans le sport international. J’avais envie de reproduire cela. Mon ami d’enfance Inaki Baragano signant au LHC (Lausanne Hockey Club), c’était l’occasion de commencer un processus de photographe personnel avec lui dans un sport inconnu et un nouvel environnement. Ce projet n’a pas pu se concrétiser. Dans l’intervalle j’ai pris connaissance de la signature de Bryan Colon à Olympic et j’ai eu tout de suite envie de le contacter, car c’est l’un des premiers joueurs à m’avoir fait confiance lors de ses entraînements individuels il y a de cela quelques années, quand je filmais encore mon contenu au téléphone. J’ai été honnête avec lui dès le début. Je lui ai partagé mon état d’esprit actuel qui était l’envie de m’éloigner du basket et pourquoi j’avais envie d’aller découvrir le hockey. Mais cette envie de devenir photographe personnel a été plus forte que l’envie de faire une pause avec le basket et c’est comme ça qu’on a conclu un accord de collaboration avec un contrat derrière. Il y a aussi l’aspect de la sortie de zone de confort, que je mets souvent en avant dans mon processus personnel ou que je partage en public. J’avais vraiment à cœur de découvrir sans un modèle tout fait ce qu’est d’être un photographe personnel. J’ai appris pas mal de choses par moi-même, j’ai fait des erreurs, procédé à des ajustements, mais la satisfaction de Bryan et la mienne tout au long de la saison reste l’élément le plus important à prendre en compte et une marque importante de réussite.”

Des défis à relever
Cette nouvelle expérience a demandé des ajustements, une réflexion. Massimo a tout de suite pris en compte les remarques de Bryan Colon.
“Sur le premier match de championnat, Bryan m’a fait un retour à ma demande. J’attendais naturellement un retour sur le rendu de mes photos, mais aussi sur le processus qu’on mettait en place. Avec beaucoup de bienveillance, il m’a communiqué qu’il m’avait trop vu au bord du terrain. Mon expérience comme photographe de Fribourg Olympic m’avait conduit à connaître parfaitement cette salle, à être dans ma zone de confort, mais dans un tout autre registre. Il était temps pour moi de vraiment switcher et de me positionner comme un photographe personnel. La discrétion était un élément à prendre en compte. J’ai rapidement réussi à switcher vu que le match suivant c’était l’inverse, j’ai été bien discret. Au fil des matchs, j’ai réussi, dans mon processus, à être présent tout en restant discret.”
Outre les ajustements effectués tout au long de la saison, il a aussi fallu se familiariser avec un autre type de photo. A l’image de ce qui peut se faire en NBA avec les photos d’arrivées des joueurs, Massimo et Bryan ont mis ce rituel en place. Un rituel qui a demandé de la réflexion au photographe.
“Il y a un type de photo qui était important pour nous. C’était la photo d’arrivée en civil. Bryan et moi attachions une importance à ce type de photo et ceci pour diverses raisons. Malheureusement, sur les deux premiers matchs j’ai eu de la peine à rendre un contenu dont j’étais vraiment satisfait. Les photos étaient bien, mais me demandaient beaucoup en retouche et en travail de post-prod, notamment avec la lumière. Je n’étais pas pleinement en accord avec le fait de devoir autant retoucher une photo de ce type. Je voyais les photos que proposait la NBA, j’ai comparé (pas toujours la bonne idée) et je ne trouvais pas normal de devoir autant retravailler ma photo. Je voulais quelque chose de naturel. Je me suis mis une pression à ce sujet, mais c’était une bonne pression, car les résultats positifs sont très vite arrivés et ensuite la routine était lancée. Je dirais que c’est l’un des gros moments difficiles cette saison tant dans l’état d’esprit que sur la technique.”
Mais quand on lui demande s’il a des regrets ou des choses qu’il aurait aimé faire différemment, il est catégorique. Il n’a aucun regret sur l’expérience en elle-même.
“Je n’ai pas de réel regret par rapport à cette expérience. La seule chose que je peux relever à ce sujet, c’est que je me demande souvent comment serait ce genre d’expérience si j’étais encore plus avec l’athlète, dans les moments encore moins visibles que les matchs. Ma réalité avec mon travail à 100 % et la réalité de l’athlète, du sport, du club (qu’importe l’athlète, le club, le sport) font que ce n’est pas toujours possible de répondre pour le moment à cette question. C’est, je l’espère, une musique d’avenir et qu’un jour je pourrai répondre à cette question.”

La gestion des émotions de l’athlète
En tant que photographe personnel d’un athlète, Massimo a dû faire avec les émotions de Bryan. Qu’elles soient positives ou négatives, il a su mettre en place des automatismes qui lui ont permis d’être présent sans oppresser le joueur dans les bons ou les moins bons moments.
“J’approchais toujours Bryan de la même manière ; mon premier objectif était de prendre des photos, donc je restais plus silencieux. Si j’y repense, je laisse Bryan me dire un mot ou non, et je n’allais pas forcément dire quelque chose. La distance qu’on peut prendre dans ces moments est naturellement une option à prendre et cela peut même amener à des photos sympas où l’athlète se fond dans la masse, par exemple des enfants qui viennent demander un autographe et donc c’est intéressant d’avoir des personnes entre le sujet et moi.”

Une identité visuelle impactée ?
Lorsqu’il est passé de photographe de club à photographe personnel, Massimo a dû s’adapter. Les attentes qu’il avait connues n’étaient plus les mêmes que celles que Bryan pouvait avoir. Dès lors, les réglages, la réflexion, le travail post-prod ont été légèrement impactés.
“Au niveau des photos, j’ai voulu garder ma patte cinématographique un maximum, mettre autant que possible les émotions en avant, et retranscrire les moments clés des matchs, mais qui ne sont pas tous forcément des photos d’action. Ce n’a pas toujours été évident, surtout en lien avec le premier point (patte cinématographique), car le processus de retouche est très différent de mon processus qu’on peut dire habituel, vu que je retouchais le 90 % si ce n’est le 100 % des photos en live pendant que Bryan était sur le banc. Par rapport à mon contenu, je n’ai pas voulu procéder de la manière dont j’ai plus ou moins l’habitude de faire, c’est-à-dire de poster quasiment à chaque match / événement que je couvre. Bryan a toujours valorisé mon travail comme je l’attendais et donc pour moi le plus important était de laisser de la place à l’athlète. J’ai valorisé cette collaboration dans des moments clés comme le Final Four & la PBSC (trophées à la clé), la fin du championnat avec une vidéo présentant mon expérience.”

Une saison dont Massimo se souviendra
Outre le triplé réalisé par Fribourg Olympic et donc des clichés remplis de joie, Massimo a, tout au long de la saison, pu compter sur le soutien et la confiance de Bryan Colon. Dans un monde aussi concurrentiel et pas assez respecté comme la photographie sportive, savoir que son travail est valorisé par les principaux intéressés est un cadeau. Cette dernière a permis à Massimo de grandir personnellement et professionnellement.
“Cette confiance, mais surtout la valorisation de Bryan m’a vraiment beaucoup aidé dans mon processus que ce soit personnellement et professionnellement.Quand tu fais face à un manque de valorisation dans ton expérience en tant que photographe, tu te remets beaucoup en question que ce soit sur ta personne mais aussi sur le travail que tu proposes et donc le doute s’installe. Ce sont dans ces moments qu’il est très important de revenir aux sources et regarder seulement le positif afin de ne pas tomber dans un processus négatif. »
La photo reste un art, et l’art doit toujours se pratiquer avec plaisir, qu’importe la situation. »
Dans une saison riche en émotions, Massimo retiendra un souvenir en particulier.
“Il y a un moment que je garderai précieusement en tête, c’est notre shooting photo improvisé avec Bryan le lendemain du titre de champion. Pour contextualiser, nous sommes rentrés de Genève en car la nuit, et le lendemain à 15 h nous avions réalisé notre shooting photo dans un spot magnifique de Fribourg avec les 3 trophées. Ce moment est un moment clé, car il marquait déjà la fin de la saison, mais surtout j’ai vraiment ressenti, encore plus que sur l’ensemble de la saison, que j’étais photographe personnel. Trouver un lieu en moins de 12 h; préparer un moodboard dans le train sur le trajet du shooting; le présenter à Bryan en arrivant; shooter en un temps record, car Bryan avait des obligations avec le club, toutes ces raisons font que ce moment a été un rendez-vous clé dans mon processus. J’ai toujours beaucoup apprécié les fins de matchs et surtout les fins de matchs avec les titres au bout. On a eu la chance de gagner 3 titres et c’est précieux. Il faut savourer ces moments tout en restant focus sur l’objectif de base qui est de prendre des photos pour créer des souvenirs que l’on gardera pour toujours. Les moments avec les enfants qui demandent des autographes, qui discutent avec Bryan, les photos de la fille de Bryan qui l’accompagne à chaque fin de match quasiment.”

Une expérience qu’il encourage
Avec cette année d’expérience supplémentaire, Massimo a quelques conseils à partager avec celles et ceux qui aimeraient se lancer ou qui se sont déjà lancés dans le monde de la photographie.
“Le premier conseil que je peux donner c’est de tout noter. Quand tu rentres d’un mandat photo, pose-toi et note ce qui a été, ce qui a été compliqué, les actions que tu as entreprises, ton mindset, etc., etc., etc. ! Ceci va t’aider à court terme pour avoir une meilleure visualisation de ce que tu es en train de vivre. Ça va t’aider à moyen terme pour te permettre de faire des comparaisons et de voir plus facilement ton évolution. Et à long terme, cela va te permettre de pouvoir faire ce que je fais actuellement, de pouvoir revenir chercher des souvenirs autres que visuels et de pouvoir plus facilement en parler. Le fait d’écrire permet de ne pas oublier tout le travail investi dans le processus, et permet de passer plus aisément ces moments compliqués. Le deuxième conseil que je peux transmettre est assez en lien les épreuves que l’on peut rencontrer. C’est important de bien s’entourer et de ne pas hésiter à aller chercher de l’aide dans les moments de doute. Pour ma part, j’ai une personne avec qui je parle beaucoup, que j’ai rencontrée dans la photo et qui est devenue très importante pour moi. Elle m’a beaucoup aidé dans mon processus. Il se reconnaîtra et c’est précieux de l’avoir dans mon entourage. Et si je devais en rajouter un dernier : même si ce n’est pas toujours simple à mettre en pratique, c’est d’éviter un maximum de se comparer aux autres (car on ne connaît jamais pleinement le processus de l’autre) et donc le jugement est biaisé. Il faut aussi ne pas trop se prendre la tête avec les chiffres que notre contenu génère, car si on parle seulement d’Instagram, cette plateforme n’est plus faite pour notre art et donc les chiffres sont souvent en dessous de nos attentes (si on se fixe des attentes). Et pour finir, car c’est ma marque de fabrique, mais je le partage avec plaisir :
Garde confiance en ton processus ! »

Non seulement Massimo a acquis de l’expérience mais il a aussi un sentiment de fierté qui ressort lorsqu’on lui demande sur ce qu’il ressent par rapport à cette aventure.
“Cela me procure de la fierté d’avoir osé me lancer dans quelque chose de quasiment inédit dans le paysage sportif suisse et de voir qu’à ce jour on a déjà inspiré des athlètes et des photographes à se lancer dans ce genre de collaboration dans le monde du basket. Qu’elle soit ponctuelle ou à long terme, je ne peux qu’encourager les athlètes à investir dans des photographes personnels et qu’encourager les photographes à découvrir ce type de mandat. J’encourage aussi les fédérations à s’ouvrir à ce type de mandat et de bien comprendre que s’il y a un vrai contrat écrit avec rémunération entre l’athlète et le photographe. Il faut prendre en compte cette démarche comme une démarche professionnelle et valoriser cela à juste titre. J’encourage également les clubs à s’ouvrir à ce type de mandat. Pour ma part, je profite sincèrement de remercier Fribourg Olympic qui m’a toujours bien accueilli dans ce mandat et dont la cohabitation s’est passée à merveille.”
Cette expérience restera comme l’une des belles histoires mêlant parquet et photo de la saison dernière. On vous laisse avec la photo favorite de Massimo !






