Au début du printemps, entre 2 rencontres du Cholet Mondial Basketball, nous avons rencontré Julie Germon sur le parquet de la Meilleraie. La jeune choletaise qui souhaite faire du journalisme son métier, à décidé de mettre ses études en pause pour s’offrir une expérience hors du commun : parcourir les plus grandes salles d’Europe en sac-à-dos et tout partager sur son compte Instagram. Elle nous raconte son voyage :
Pour commencer Julie, tu peux nous expliquer d’où vient ta passion pour le basket ?
Je n’ai pas vraiment eu le choix de me mettre au basket parce que toute ma famille est dedans. On est dans un territoire, les Mauges, où le basket est vraiment institutionnel. Ma maman a gagné quatre fois la Coupe de l’Anjou, qui est assez populaire par chez nous. Je joue avec mes deux sœurs, ma cousine, mon papa est président de club.
Donc en fait, le basket ça a toujours été une évidence. A un moment donné, vers 2020, j’ai commencé à suivre l’Euroligue et je me suis passionnée pour cette dernière. Et en fait, depuis, je n’ai pas lâché le basket.
Donc j’imagine que tu es une fervente supportrice du Cholet Basket ?
Je suis supportrice de Cholet, oui. J’ai été abonnée 2 ans où je suivais tous les matchs, mais finalement j’avais quand même pas mal d’imprévus entre les articles ou autres, donc les places allaient parfois à ma famille. Mais oui, supportrice du Cholet Basket, de l’équipe professionnelle et même des jeunes parce qu’il y a un super centre de formation. Donc un peu déçue qu’ils soient éliminés ici, mais ils ont affronté une équipe du Mans qui était très solide.
Et c’est cette passion qui t’a menée à visiter une bonne partie de l’Europe ?
Oui c’est ça. J’avais envie de faire du journalisme et d’octobre à décembre, je me suis lancée dans un tour des salles d’Euroligue. Donc, j’ai fait 17 salles en 3 mois, et tous mes trajets en train, soit 15 000 km. C’était vraiment une super expérience, de supers moments autant personnellement que professionnellement parce qu’à la fin, j’ai réussi à avoir des accréditations, interviewer des joueurs comme Sylvain Francisco, Rodrigue Beaubois, et partager tout ça sur ma page Instagram July on Tour.
Tu souhaitais vivre cette expérience avant d’entrer en école de journalisme ?
C’est quand même assez complexe d’entrer en école de journalisme. Il y a 16 écoles reconnues par la profession et dans ces 16 écoles, il y a 200 places à peu près. Ce sont des chiffres, on s’en fiche un petit peu, mais c’est quand même très compliqué d’y rentrer. Il y a 1 000 candidatures par école, donc il faut avoir un dossier en béton. Et je me suis dit que ce projet là, ça liait toutes mes envies de voyager, de progresser en anglais, parce qu’entre nous mon niveau était catastrophique.
Cette idée de partir en dans les salles à travers l’Europe réunissait vraiment tout : l’aspect journalistique, ma passion pour le basket, mon envie de voyager. C’était vraiment un tout qui a fait que ce voyage est venu à ce moment-là. Et puis je n’avais pas vraiment de connaissances pour le métier de journaliste, et avec cette expérience mon bagage a été multiplié par 10. J’ai eu des expériences de fou : j’ai pu aller en Grèce, au All-Star Game en France. Des choses que je n’aurais jamais pu faire si je n’étais pas partie avec mon sac à dos de 15 kg et mes deux jambes.
Le voyage de Julie Germon
Tu es partie combien de temps ?
Je suis partie à peine 3 mois, c’était le 29 septembre un peu à l’arrache, il faut le dire. J’avais seulement mes deux premiers billets de match et mon pass Interrail. Et je me suis dit : de toute façon, il faut y aller. J’avais pris la décision, j’avais prévenu mon chef, le chef des sports à Ouest-France. Je suis aussi dans le conseil consultatif de mon village, donc j’avais prévenu le maire, tout ça. Je ne me laissais pas le choix de partir, organisée ou non.
Donc si j’ai bien compris, tu partais avec l’Interrail, une sorte de pass qui permet d’aller un peu partout en Europe, tu avais deux billets pour deux portes d’entrée, et après c’était l’improvisation totale.
C’est ça. En fait, il y avait un autre facteur aussi, c’est que les billetteries n’ouvrent pas très rapidement sur certains matchs. Et il y a certains clubs où les supporters sont de vrais fanatiques, donc il fallait être plutôt calée et ne pas louper l’heure de la billetterie. Mais ouais, c’est vrai que c’était assez improvisé. Après, je peux être quand même un peu stressée de nature, mais là, je savais que j’étais en voyage, que de toute façon j’étais seule, donc il n’y avait personne qui m’attendait à part les matchs que j’allais voir. Donc au fur et à mesure, j’arrivais dans la ville, je sortais mon téléphone, je prenais un logement et puis ça le faisait comme ça.
Tu veux nous décrire un peu plus les détails de ton parcours, par quelle ville tu as commencé, les clubs qui t’ont ouvert la porte en premier notamment ?
J’ai commencé par l’Espagne, donc le Baskonia, enfin Vitoria-Gasteiz au Pays Basque espagnol. Une ville assez compliquée pour y aller. Et du coup, j’arrive en tribune, ça s’est super bien passé. Première expérience géniale avec une vraie ambiance d’Euroligue, beaucoup de monde, vraiment une super ambiance. Et je crois que c’est une des plus petites villes d’Euroligue.
Et finalement, je veux repartir à mon logement et impossible, aucun bus, je devais me faire 1h30 de marche. Et donc là je me dis : allez, avec mon espagnol à deux balles, je vais aller demander à droite à gauche si quelqu’un ne peut pas me ramener. Et je tombe sur une femme, je commence à parler espagnol et je dis en anglais : « Je suis désolée, je parle pas bien espagnol, ni anglais. » Et en fait on comprend toutes les deux qu’on parle français car c’était la femme de Clément Frisch !
Franchement c’était marrant, la coïncidence est folle. Et du coup, ils m’ont ramenée. Après le match, le joueur que j’avais vu sur le parquet m’a ramenée à mon auberge de jeunesse. Et puis ensuite j’ai continué en Espagne : Madrid, Valence, Barcelone. Je dirais que ce qui m’a le plus marquée sur ce voyage en Espagne, c’est vraiment Valence, parce que c’est l’inauguration de leur salle, une ambiance de fou, un club et une ville qui respirent basket, je ne pensais vraiment pas en y allant. Et puis du basket espagnol, un bon jeu collectif avec des sacrés joueurs…
Il y avait Sergio De Larrea qui avait fait un super match, qui est un jeune joueur de 21-22 ans dans mes souvenirs, qui avait fait une super rencontre. Donc ça m’a marquée, et puis ensuite j’ai continué.

Jusqu’à présent tu assistais aux rencontres en tribune spectateur, as-tu réussi à être accreditée par la suite ?
Ensuite, j’ai enchaîné avec Monaco. C’était une bonne expérience mais je n’ai pas réussi à avoir d’accréditation. Et ensuite l’ASVEL. Là, c’est la première accréditation donc j’étais super contente, super opportunité. Franchement, c’est eux qui m’ont donné ma chance au départ, donc je peux que les remercier. Ils ne répondaient pas à mes mails, pourtant j’ai insisté plus d’une fois on va dire. Et à la fin d’un de leurs matchs de championnat contre Monaco, je vais voir l’attaché de presse, je me dis : c’est peut-être que comme ça que les choses vont bouger. Je vais le voir, je lui parle de mon projet et il me dit : « Bon bah OK, je t’accrédite pour le match contre l’Alba Berlin. »
Première accréditation, j’étais trop, trop contente. C’était vraiment une super opportunité, même si à ce moment-là je devais être observatrice de ce qui se passait en conférence de presse. Je ne pouvais pas poser mes questions. C’était génial, mais en demi-teinte quand même dans mon objectif total.
L’Espagne, la France, ton périple a continué vers l’Est ?
Exactement, j’ai continué en Italie où je me suis rendue à Bologne. Bologne c’était sport, on peut dire ça comme ça. J’arrive avec un jour de décalage entre le match de l’ASVEL et celui de Bologne donc je n’ai pas de billet. Ils avaient bloqué la billetterie pour les étrangers parce que c’était contre le Panathinaïkos et il y avait eu plusieurs fois des matchs où ça s’était très mal passé entre supporters, donc pas d’accès aux étrangers. Je me dis : la seule chance que j’ai, c’est d’arriver sur place, de demander si certains ont des billets en plus.
Donc j’arrive à 16h à Bologne. À 17h, j’arrive devant la salle et là, je pense que je demande, sans être marseillaise, à une centaine de personnes s’ils ont un billet. Au moment où je me décourage je me dis : allez, c’est pas grave, on va aller voir les supporters qui sont dans les bars, les gens qui sont dans le camion de diffusion télé, on va essayer de trouver un moyen d’écrire cet article.
A ce moment-là, je vois un groupe devant moi et je dis : « Allez, dernière fois que je demande ». En vrai, j’en avais quand même un peu marre. Et là, je demande, et miracle, ils ont une place ! C’était une folie. Premier match dans cette arène, je rentre dans cette ambiance italienne, je m’attendais pas du tout à ça. C’est un club, enfin une ville vraiment qui respire le basket. Bologne c’est un club historique en Euroligue, et l’euphorie de rentrer alors que je ne devais pas, la rencontre qui est magique…
Et puis j’ai rencontré ces Italiens qui m’ont passé la place, très gentils, vraiment adorables. Ensuite, je continue mon périple en Italie. L’objectif aussi, c’est de voyager, j’ai eu la chance de faire Florence, Rome, et je retourne à Milan pour un match où je suis accréditée.
As-tu eu l’occasion d’aller dans des salles historiques à Belgrade ou Athènes ?
Ça se passait super bien alors j’enchaîné à Belgrade avec un jour d’intervalle. Là malheureusement c’était contre toutes mes valeurs par rapport à ce voyage. Jusque là j’avais toujours pris le train par souci écologique, je me disais que c’était ridicule alors qu’on est en Europe de prendre l’avion à chaque fois. Malheureusement, le trajet pour Belgrade a été la seule fois où je n’avais pas le choix de prendre l’avion.
Donc j’arrive à Belgrade, changement d’ambiance, changement de culture. Jusque-là le basket, j’avais vu que ça avait une place importante dans certaines villes mais en Serbie c’est autre chose. C’est leur deuxième religion, clairement. On passe dans une autre sphère et donc ça met direct dans l’ambiance. Le soir, je vais au match du Partizan. 20 000 personnes, 3 000 personnes de plus que ce qui est prévu de base, avec des gens dans les escaliers, une ambiance de malade, des prières avant chaque quart-temps.
Tu t’y sentais à l’aise en tant que femme seule ?
Pas trop, mais après je n’avais pas le choix, il fallait que je fasse des contenus, donc je faisais mes petites vidéos et tout ça. Alors après, ils ne sont pas fans qu’on les prenne en vidéo, donc il y a deux-trois moments où j’ai pris des petits coups de pression, donc fallait faire attention. Enfin, c’est comme dans tout endroit où tu connais pas, faut toujours avoir une certaine distance et se méfier.
Mais c’est un autre monde, c’est à voir. Je coupe un peu mon voyage, mais il y a 3 jours, j’étais à Belgrade pour le derby entre le Partizan et l’Étoile Rouge, et je pense que vraiment, faut voir ce match un jour dans sa vie pour tout passionné de sport, c’est tout simplement impressionnant.
On est dans une salle archi bondée, j’ai la chance d’être et à la fois en presse, et à la fois avec les supporters. On est tous dans les escaliers, on ne peut plus bouger, on est tous serrés et ils vibrent pour leur équipe. Après, ça peut limite être assez hostile, il y a une certaine animosité.
Mais non, non, c’était une super expérience. Et donc l’Étoile Rouge, c’est vrai que j’ai un peu subi cette hostilité parce que, bon, après des péripéties, j’ai dû prendre une place en courtside alors que j’avais un budget de 1 000 € pour toutes mes places.
Alors, ça a valu le coup de casser ton budget pour une place en courtside ?
Ma place a coûté 250 €, mais l’expérience était folle, vraiment, c’était incroyable. Sauf qu’à la fin, je filmais les ultras et là, je me fais caillasser. Ils m’envoient des rouleaux de scotch, ils m’envoient plein d’objets parce qu’ils ne voulaient pas. Ils peuvent après être repérés par des services de police et tout ça. Ils m’ont directement fait le signe en mode : « Supprime ta vidéo tout de suite. »
Et la sécurité, elle aurait pu intervenir ?
Oui, ils auraient pu intervenir : il y a énormément de sécurité, énormément de CRS, mais c’est à peine leur problème. Enfin, c’est leur problème mais en fait, ils doivent gérer tellement de choses et la sécurité des joueurs. Donc oui, ils m’auraient protégée, j’avais juste à passer derrière eux. Mais bon, faut se méfier, je serais sortie et me serait retrouvée toute seule.
Et tu me disais aussi que tu avais eu accès à des discussions avec certains joueurs, tu me parlais de Sylvain Francisco notamment.
C’est ça, c’est la suite de mon voyage. Donc je fais la Grèce et ensuite je vais vers Istanbul. J’ai eu un contact grâce à Valérie Garnier qui habite, pour ceux qui connaissent le coin de Cholet Et moi j’habite un tout petit village à côté, donc on avait un contact comme ça. Elle a entraîné au Fenerbahçe, donc elle m’a donné le contact de l’attaché de presse là-bas et c’est comme ça que j’ai pu être accréditée. Ça s’est très bien passé et à ce moment-là, j’ai rencontré un autre journaliste qui me donne le contact de l’Anadolu Efes, là où évolue Rodrigue Beaubois.
Je prépare mon interview avec Rodrigue Beaubois, j’avais droit aux quatre joueurs français, et finalement au dernier moment ça s’annule parce qu’ils perdent le match et le club était en difficulté. Donc je me mets en conférence de presse, je pose une de mes premières question, j’étais hyper contente, mais je reste quand même déçue de ne pas avoir mes quatre interviews parce que c’est une opportunité en or. Et là, je croise l’attaché de presse qui me dit : « Il a Rodrigue Beaubois dehors, tu peux aller l’interviewer. Du coup, je l’interviewe et ça se passe vraiment super bien.
Et la deuxième, comme tu me le disais, c’est Sylvain Francisco. Je suis remontée d’Istanbul jusqu’au Žalgiris en Lituanie, toute l’Europe de l’Est, et deux accréditations sur deux matchs. Interview avec Sylvain vraiment très chouette, très simple, hyper gentil, il prend le temps de parler. C’est vraiment quelqu’un de très, très sympa et qui a vraiment pris le temps de répondre à mes questions.
Aujourd’hui, tu en es où ? Si tu pouvais retourner faire un périple pareil, tu aurais forcément beaucoup plus d’accréditations, des portes beaucoup plus ouvertes ?
Oui, complètement. Ça m’a créé des contacts. Après, je sens que je n’ai pas encore toutes les clés pour faire du journalisme vraiment. Enfin, je suis pas encore journaliste et j’ai encore plein de choses à apprendre, et c’est pour ça que je veux rentrer en école. Mais oui, oui, c’est clair que ça m’a ouvert des portes. De toute façon, du moment où on part et qu’on prend l’initiative de le faire, forcément ça nous ouvre des portes. Donc non, c’est clair que ça m’a apporté plein de choses, plein, plein de choses.
Eh bien bravo en tout cas pour ta volonté et ton abnégation, parce que tu as eu du mérite dans certains moments de ton périple. Mais je ne peux pas m’empêcher de revenir sur le fait que tu as fait tout ça en partant avec très peu de bases d’anglais, comme tu disais. Est-ce que tu te sous-estimes un peu ou vraiment tu partais vraiment avec un 12-13 de moyenne au lycée ?
C’est très gentil le 12-13 de moyenne, franchement ! En licence d’histoire, on a des cours d’anglais, j’étais catastrophique. Vraiment, j’étais vraiment nulle. J’avais du mal même à me présenter, la base de l’anglais pour pouvoir échanger quelques mots. Après, maintenant je dis pas que je suis bilingue; il me manque encore des bases, mais je peux me débrouiller. Enfin, je me sens beaucoup mieux et je comprends beaucoup mieux aussi.
Merci à toi en tout cas, Julie. Tu peux nous rappeler où est-ce qu’on peut te retrouver ?
Oui bien-sûr, vous pouvez me retrouver sur Instagram, qui est lié aussi à TikTok et Facebook, c’est July on Tour.






