Quelles conséquences ont une draft d’expansion NBA ?

La NBA suscite une fois de plus l’enthousiasme avec les rumeurs d’expansion, mais il y a une question qui demeure: quelles sont les conséquences pour les 30 équipes déjà présentes? On va explorer cela ensemble en se concentrant sur le recrutement d’une équipe d’expansion.

Les règles d’une draft d’expansion

Selon Shams Charania d’ESPN, le Conseil des gouverneurs de la ligue votera les 24 et 25 mars pour déterminer si le processus peut officiellement aller de l’avant. Si le projet est approuvé, la NBA entamera les démarches officielles pour ajouter des franchises à Seattle et à Las Vegas.

NBA Expansion Team Charlotte Bobcats guard Jason Hart, left, goes up for a shot over teammate Melvil Ely, lower right, and Washington Wizards forward Michael Ruffin. Hart, shown Sunday in Washington, and the Bobcats will face a tough road in their inaugural season.
Les Bobcats sont la dernière équipe à avoir rejoint la Grande Ligue. Crédit : Susan Walsh – AP

Un retour sur les expansions précédentes permet de se faire une idée. La dernière expansion de la ligue remonte à 2004, avec l’arrivée des Charlotte Bobcats. Sur la base de ces précédents, le processus d’une draft d’expansion peut probablement se résumer en six règles principales :

  • Les équipes d’expansion pourront « débaucher » des joueurs non protégés des autres équipes
  • Les équipes peuvent protéger 8 de leurs joueurs
  • Les équipes ne peuvent pas protéger les joueurs en fin de contrat ou les agents libres restreints
  • Un seul joueur par équipe peut être sélectionné
  • Les contrats sont transférés tels quels
  • Les équipes d’expansion ont de bonnes chances d’obtenir le premier choix lors de la draft NBA

La deuxième et la troisième règle nous intéressent aujourd’hui. Si les équipes ne peuvent protéger que 8 joueurs, et qu’ils ne peuvent pas protéger des joueurs en fin de contrat, est-ce que des franchises seraient dans des positions délicates? Pour illustrer cela, imaginez que la draft d’expansion a lieu cet été. La ligue vise la saison 2028-2029 pour l’expansion, donc la draft d’expansion étant prévu pour l’été 2028. Mais on va utiliser les rosters d’aujourd’hui pour montrer les types de problèmes auxquels certains front offices vont devoir faire face.

Des opportunités cachées

Pour des équipes NBA, une draft d’expansion serait un bon moyen de se débarrasser d’un joueur surpayé ou sous-performant, un joueur avec un contrat long et un rendement déclinant. C’est une “opportunité cachée” : la draft agit comme une amnistie gratuite.

Un cas évident est celui de Patrick Williams chez les Bulls. Il n’est plus titulaire, et ne le sera probablement plus jamais (du moins pas de manière régulière) à Chicago. Williams a également du mal à rester en bonne santé d’une saison à l’autre. Il est devenu essentiellement un ailier spécialiste du tir à trois points qui n’apporte pas grand-chose d’autre, et qui touche 20 millions de dollars par an pour cela. Il y a cependant un problème: pourquoi une nouvelle équipe voudrait d’un mauvais contrat? Patrick Williams a déjà 24 ans. S’il peut s’améliorer encore, il est difficile de le voir passer un cap.

Une nouvelle franchise pourrait tolérer un mauvais contrat si c’était un gros nom, comme Paul George ou Ja Morant, en se disant qu’ils auraient quelqu’un qui attire le public local pour les premières années et assure une rentrée d’argent. Mais même si ces noms sous-performent vis-à-vis de l’argent qu’ils gagnent, rien ne garantit qu’ils seraient non protégés. Après tout, soit ils jouent toujours un rôle important dans l’équipe, soit il y a encore de l’espoir, dans le cas d’un jeune joueur, que sa carrière se relance, ou même qu’il puisse être échangé plutôt que de le laisser partir sans rien en retour.

La draft d’expansion serait aussi une bonne opportunité de résoudre des problèmes de surplus. Il serait évident de parler encore une fois de Chicago et sa rotation de guards, mais penchons nous plutôt sur le cas du Magic. Avec l’émergence d’Anthony Black, des questions se posent sur l’avenir de Jalen Suggs, qui a vu son salaire passer à 35 millions cette saison.

Lakers guard Luke Kennard celebrates with teammates after his game-clinching three-pointer Saturday against Orlando.
Les Lakers ne sont pas l’équipe avec le plus grand nombre de joueurs méritant d’être protégés. Crédit : Julio Aguilar – Getty Images

A l’inverse, il y a des cas où clairement arriver à 8 joueurs serait déjà difficile. Les Lakers par exemple. En-dehors de Luka Dončić, Austin Reaves, Rui Hachimura, Marcus Smart, Luke Kennard et Jake LaRavia, le reste de l’effectif ne semble pas assez intéressant pour qu’il nécessite une protection. Idem à Sacramento. Au-delà de l’aspect purement sportif, l’exercice force également les dirigeants à clarifier leur vision à moyen terme. Arbitrer entre jeunesse et expérience, potentiel et production immédiate, devient une nécessité, parfois salutaire.

Des risques majeurs

Mais ces bénéfices restent marginaux face aux risques encourus. Le principal danger réside dans la perte d’un jeune joueur à fort potentiel, encore sous-exploité mais particulièrement attractif pour une franchise en construction. Si on repense à 2004, c’est comme ça que Gerald Wallace, un futur All-Star, a atterrit à Charlotte car il était dans un rôle marginal à Sacramento.

La draft d’expansion agit comme un révélateur des incohérences organisationnelles. Les franchises les plus équilibrées, avec 9 ou 10 joueurs légitimes, sont souvent les plus exposées, contraintes de sacrifier un élément utile. Si cela avait lieu cette saison, imaginez le dilemme du Thunder. Voici potentiellement les 8 joueurs qu’ils garderaient: Shai Gilgeous-Alexander, Cason Wallace, Jared McCain, Alex Caruso, Chet Holmgren, Jalen Williams, Ajay Mitchell et Lu Dort. Mais cela ferait que des joueurs comme Isaiah Joe ou Aaron Wiggins ne seraient pas protégés, des joueurs pourtant importants et avec la possibilité de s’améliorer. Faut-il protéger un vétéran utile immédiatement ou un jeune à potentiel? Un mauvais arbitrage amènerait une perte sur le court et long terme.

May 15, 2025; Denver, Colorado, USA; Denver Nuggets guard Christian Braun (0) attempts a shot under pressure from Oklahoma City Thunder guard Alex Caruso (9) and center Isaiah Hartenstein (55) in the second quarter during game six of the second round for the 2025 NBA Playoffs at Ball Arena. Mandatory Credit: Isaiah J. Downing-Imagn Images
La profondeur d’une équipe comme le Thunder serait un problème. Crédit : Isaiah J. Downing – Imagn Images

Les joueurs en fin de contrat ou agents libres restreints ne pouvant être protégés, certaines équipes s’exposent à des pertes sans compensation. Une mauvaise anticipation de ces situations peut ainsi conduire à une érosion nette du capital joueur. En restant au Thunder, Isaiah Hartenstein par exemple est un agent libre cet été, et dans le cas où de nouvelles franchises arrivent a lieu durant cette période, il aurait fallu prendre une décision immédiate sur soit le garder, soit le transférer, soit avoir le risque de le laisser partir.

Ailleurs, des stars comme LeBron James, Zach LaVine, Trae Young ou James Harden auraient pu avoir de nouveaux contrats plus tôt, ou être transférés encore plus tôt. Pouvoir drafté LeBron James, ne serait-ce qu’une saison, pour une nouvelle franchise, serait incroyable pour avoir du monde dans l’arène très vite. En 2028, cela pourrait très bien être quelqu’un comme Kevin Durant, alors que les rumeurs d’un retour des Sonics s’intensifient… hm…

Mais de manière générale, les nouvelles équipes chercheraient avant tout à récupérer des jeunes talents et des joueurs avec des contrats favorables, à quelques exceptions près. Les franchises bien gérées sont paradoxalement plus exposées.

Finalement, la draft d’expansion ne se résume pas à une simple redistribution de talents. Elle constitue un véritable stress test pour les front offices, mettant à l’épreuve leur capacité d’anticipation, de hiérarchisation et de gestion contractuelle.

Les franchises les mieux préparées sont celles qui auront su agir en amont, avec des prolongations ciblées, des ajustements d’effectif, voire des trades préventifs. Car une fois la draft enclenchée, les marges de manœuvre se réduisent drastiquement. Dans une ligue où chaque détail compte, l’expansion n’est pas seulement une opportunité pour les nouveaux entrants, c’est aussi un moment de vérité pour les équipes déjà en place.

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