Dans une période marquée par l’omniprésence d’Internet, les jeunes stars sont sujettes à une sur médiatisation. Celle-ci entraîne des critiques exacerbées et démontre une sévérité profonde avec cette nouvelle génération. Ils sont confrontés à un engrenage médiatique qui entraîne une pression qui peut, parfois, s’avérer destructrice.
Des attentes justifiables
Toute cette pression ne vient pas de nulle part, elle demeure parfois « explicable ». Plusieurs facteurs subsistent pour justifier celle-ci. Pour évoquer la nouvelle génération, leur position à la draft en est souvent la cause. Il suffit d’observer les attentes autour de Victor Wembanyama l’an dernier ou de Zaccharie Risacher cette année. Plus un athlète est drafté haut, plus il sera exposé à des critiques.
Ces attaques peuvent être exacerbées si les joueurs « draftés » derrière lui sont plus performants, comme s’il était l’unique responsable de son positionnement et qu’il n’existait aucun facteur externe à la réussite. Scoot Henderson : encore très jeune et inexpérimenté, subit des critiques démesurées. Ces dernières ne sont pas uniquement dues à son positionnement à la draft, mais rejoignent un autre facteur prédominant : la médiatisation des jeunes joueurs.
À l’aune des réseaux sociaux, les jeunes peuvent devenir viraux du jour au lendemain. Les frères Ball étaient des superstars bien avant d’avoir rejoint la grande ligue. Ce phénomène a été popularisé par le père de la famille, LaVar Ball. Ce véritable précurseur de l’exposition médiatique à propulsé ses enfants au statut de star mondial bien avant leur draft. Il a notamment crée une marque de prêt à porter nommée « Big Baller Brand » à l’effigie de ses progénitures. Depuis, les fils Ball se sont séparés du contrôle de leur figure paternel. Récemment, pour CBS Sport, Lavar confiait « la raison pour laquelle ils sont blessés, c’est parce qu’ils se sont éloignés de moi ».
Le second choix de la draft 2021, Jalen Green, est comparé à Kobe Bryant depuis ses 15 ans à cause de nombreuses vidéos devenues virales sur les réseaux sociaux. Ainsi, des attentes se sont placées sur lui, et des comparaisons complètement insensées ont vu le jour.
Ce phénomène s’accentue, de surcroît, dans cette période de surconsommation et de déconcentration généralisée. Aujourd’hui, une grande partie de la population consomme du basket via les réseaux sociaux, en visionnant des clips. Ces mêmes clips, souvent très courts, retransmettent les meilleurs moments, les actions marquantes. C’est alors que des fausses attentes se créent : pour quelques actions de 15 secondes visionnées sur un réseau social, le public s’imagine la réincarnation d’une gloire passée. Combien de joueurs ont été comparés, injustement, à LeBron James ? Bien trop.
Un dernier facteur peut aussi entrer en compte dans l’analyse portée à l’encontre des athlètes : le salaire. Lorsqu’un joueur signe un contrat onéreux, il est immédiatement catégorisé comme un grand joueur. Un rapport financier est alors établi pour évaluer la productivité du joueur, et une question de « mérite » se met en place. Pourtant, le joueur n’est en aucun cas « responsable » du salaire qu’il a accepté. En somme : plus le salaire augmente, plus les attentes sont grandes.
Un phénomène médiatique toxique
L’expansion des médias joue un rôle capital dans ce processus. Quotidiennement, des vidéos émergent sur de nombreux joueurs, certains étaient encore inconnus la veille. De plus, chaque média essaie de trouver un nouveau « prospect » à suivre, mettant ainsi d’énormes responsabilités sur ces mêmes hommes. Des jeunes de 14-15 ans ont d’ores et déjà des analyses détaillées sur leur style de jeu, leurs similitudes et des projections de carrière.
À l’image de Bronny James : bien qu’il soit le fils de LeBron James, il a subi une pression médiatique déconcertante. Il était constamment suivi, analysé, et chaque partie de son jeu a été décortiquée. De plus, les médias ont exploité sa notoriété et son lien familial pour placer des attentes démesurées sur un jeune joueur qui n’a pas encore 20 ans et qui a été sélectionné au fond du second tour de la draft.
Cette sphère médiatique, avide de visibilité, fait tout pour vendre. En juin 2024, Matas Buzelis avait déclaré que le futur choix numéro 1 de sa draft, Zaccharie Risacher, ne voulait « pas l’affronter ». Cette simple déclaration a entraîné des attentes sur les deux joueurs. Une « rivalité » a même été artificiellement créée, un processus similaire à celui entre Scoot Henderson et Victor Wembanyama.
Potential top-5 NBA pick Matas Buzelis sits down with @Stadium: “I respect Zach (Risacher) as a player…He just doesn’t want to see me. I’m just going to keep it real with everybody.”
— Shams Charania (@ShamsCharania) June 25, 2024
On “disrespect” of Ignite shutdown; Franz Wagner, PG, Andrei Kirilenko, Jaden McDaniels; more: pic.twitter.com/nZpLsoCkVp
Cette toxicité, qui peut paraître anodine, affecte en réalité profondément les joueurs. Bien qu’il « fasse un bon métier », le joueur phare des Pacers d’Indiana, Tyrese Haliburton, n’en demeure pas moins humain. « C’est moi contre moi », a-t-il déclaré. Il a aussi avoué utiliser les services d’un psychologue depuis deux ans : « C’est important pour nous, en tant qu’hommes aussi. » Depuis son début de saison assez moyen, l’ancien All-Star fait l’objet de moqueries et d’avanies sur différents médias. Ces humiliations sont vues par les concernés. Avant d’être des basketteurs, ce sont des humains. Il s’agirait donc de reconsidérer ses paroles, surtout sur des sites publics.

Des réseaux sociaux toxiques
Qui plus est, les jeunes stars subissent de plein fouet l’expansion des réseaux sociaux, devenus les plateformes les plus utilisées au monde. Ces dernières proposent, certes, une ouverture de la parole et des discussions parfois intéressantes. Cependant, tout le monde émet des avis, dont beaucoup ne sont pas constructifs. Dans cette ère où les statistiques virtuelles prédominent, les critiques fusent. Malheureusement, ridiculiser, voire insulter un joueur, est souvent plus gratifiant virtuellement qu’émettre un avis constructif et posé, formant ainsi un contexte toxique. Ces réseaux sont synonymes de démesure : très peu mesurent leurs propos et cherchent simplement à générer de l’interaction.
L’apparition de comptes « parodiques » peut aussi être problématique, à l’image du compte surnommé « NBA CENTEL », parodiant NBA Central. Ce profil X (anciennement Twitter) cherche à se moquer ouvertement de chaque joueur effectuant une mauvaise performance, sans fondement ; il prône ainsi la méchanceté gratuite.
Les réseaux sociaux peuvent garantir une visibilité accrue, entraînant alors une propagation importante des propos. Les joueurs qui souffrent le plus de ce climat sont, bien entendu, les stars, notamment les nouvelles.
L’expansion de la ligue, contrôlée par Adam Silver, joue un rôle important dans ce phénomène : plus il y aura de fans à travers le globe, plus des personnes malveillantes émettront moult avis clivants sur internet.
Nonobstant, les réseaux sociaux peuvent se montrer pertinents, avec des analyses productives et respectueuses. Il est important de faire attention à leur usage et de ne pas oublier que ces critiques impactent des humains.
Une quête d’un renouveau impossible
La NBA possède une multitude de légendes, certaines devenues de véritables icônes intemporelles. Chaque génération de fans a eu l’heur de grandir avec différentes gloires ; certains ont connu Magic Johnson et Michael Jordan, d’autres Kobe Bryant, et une nouvelle génération découvrira Victor Wembanyama et Brandon Miller. Néanmoins, ces jeunes stars subissent le poids de l’éminente histoire de la grande ligue.
Beaucoup, à travers les générations, cherchent à se rattacher aux anciennes icônes de leur sport, en analysant et comparant les profils pour trouver des similitudes, même minimes, avec leurs joueurs préférés. Il suffit de consulter un rapport de scouting pour s’en apercevoir : chaque jeune joueur est comparé à une figure actuelle ou, pire, à une ancienne gloire. Lors de l’explosion de Paolo Banchero, on s’est demandé s’il n’était pas le joueur s’approchant le plus de LeBron James. Trae Young a été comparé à Stephen Curry, et Anthony Edwards à Michael Jordan.
Ces comparaisons sont malsaines. En aucun cas une légende passée ne fait son retour sur les parquets par le prisme d’un autre ; chaque joueur est unique, avec ses propres caractéristiques et ses défauts. Trouver des similitudes dans le style de jeu ou dans l’attitude ne signifie pas qu’il aura, ou doit avoir, la même trajectoire que la personne à laquelle il est comparé.
De nouvelles icônes marqueront les esprits en étant elles-mêmes, avec leur touche personnelle, et inspireront d’autres générations à répéter ce processus.
I will let photos speak for themselves 🫢#Paris2024 x #Basketball pic.twitter.com/SDICXSaGKo
— FIBA Basketball (@FIBA) August 3, 2024
La NBA, riche de son histoire, continue d’évoluer dans un monde toujours plus connecté et exigeant. Les comparaisons, les attentes disproportionnées et l’impact des réseaux sociaux façonnent un environnement parfois toxique pour les jeunes talents. Pourtant, chaque génération a prouvé qu’elle pouvait écrire sa propre histoire en s’affranchissant des pressions et en restant fidèle à son identité. Les icônes d’hier ont inspiré celles d’aujourd’hui, et les stars de demain trouveront leur place en marquant le sport de leur empreinte unique.