Après une période compliquée depuis son départ du Pole France, Théo Pichard, le gamin du Loiret semble enfin avoir trouvé une chaussure à son pied. Cette chaussure n’est nulle autre que Charleville-Mézières, club de Nationale 1 qui éprouve actuellement des difficultés sportives dans la poule B.
En quête d’un pigiste médical pour pallier la blessure de Sébastien Michineau, le club ardennais a donc misé sur le jeune meneur pour renforcer son effectif ; et je crois que nous pouvons déjà affirmer qu’ils ont flairé un bon coup. Retour sur les débuts d’un jeune joueur prometteur qui n’attendait qu’une simple chance pour se montrer.
Un CV bien chargé chez les jeunes

Si vous suivez quelque peu le basket français, il n’est pas impossible que ce nom vous dise déjà quelque chose. Avec une formation complète au Pole France et de nombreuses sélections dans les équipes de France jeunes, Théo Pichard avait la formation parfaite pour exploser au plus haut niveau. Dans un environnement ultra-compétitif, ce meneur de grande taille (1,97 m), il s’y est rapidement distingué par sa lecture du jeu et son altruisme balle en main, devenant l’un des grands organisateurs du Centre Fédéral engagé en Nationale 1.
Sur la scène internationale, Théo Pichard a confirmé ce potentiel avec l’équipe de France U17, en décrochant une médaille de bronze lors de la Coupe du monde 2022. Sans être le joueur le plus médiatisé de la sélection, il a joué un rôle important dans l’équilibre collectif, apportant contrôle, justesse et discipline dans un tournoi où la pression et l’intensité montent très vite. Cette expérience internationale a renforcé son profil de meneur gestionnaire, capable de s’adapter à différents contextes de jeu.
Fort de ce parcours, Théo Pichard a choisi de lancer sa carrière professionnelle à Monaco, un pas ambitieux mais logiquement risqué pour un joueur qui a besoin de se montrer dans un effectif professionnel. Son passage en Principauté s’est toutefois révélé compliqué, freiné par des blessures et un temps de jeu limité, ne lui permettant pas ne serait-ce que d’exprimer ses qualités.
Désireux de retrouver du rythme, de la confiance et un rôle plus affirmé, Théo Pichard a ensuite fait le choix d’un retour dans son club formateur, Orléans. Mais là encore, l’ancien du PFB fera toute sa première saison en Espoir. Seulement deux piges avec les professionnels, insuffisantes pour réellement s’installer dans la rotation. En début de saison, toujours à Orléans, il était 3ème dans la rotation des meneurs, derrière Xavier Johnson et Siriman Kanoute.
Avec la blessure du premier des deux, Théo a eu quelques occasions de se montrer. Quelques minutes par-ci, quelques minutes par-là, mais dès que Johnson a fini sa convalescence, le meneur français n’a plus vu l’ombre du parquet de la CO’Met Arena. En ce sens, Philippe Mézet, directeur sportif de l’OLB et Théo se sont mis en accord pour laisser partir ce dernier sous la forme d’un prêt. Et c’est donc Charleville qui s’est présenté début décembre à la table des négociations pour leur permettre de pouvoir lutter pour le maintien et dans un même temps, offrir du temps de jeu à un joueur qui en avait vraiment besoin.
Un profil singulier dans le paysage des meneurs
Si on reste sur les apparences, le joueur prêté par Orléans semble tout ce qu’il y a de plus normal. Il fait partie de cette branche de meneur qui a un QI basket très élevé, une qualité de passe assez remarquable et une capacité précoce à lire les aides ainsi qu’à identifier les décalages. Il est particulièrement à l’aise quand il s’agit de jouer autour de pick and roll. Comme l’illustre la vidéo ci-dessous, il a cette capacité en sortie d’écran, à conserver la bonne distance avec son vis-à-vis, ce qui lui donne un temps considérable pour étudier les différentes options qui s’offrent à lui.
Ici c’est frappant, il n’y a ni un gros changement de rythme, ni un gros changement de direction. Par contre, la balle est bien au chaud, il contrôle le tempo de l’action, a vu que le guard adverse a été pris dans l’écran et attend de voir si l’un des défenseurs extérieurs va fermer la raquette. C’est très scolaire et c’est aussi ce qui caractérise son jeu, mais quand l’exécution est aussi propre, c’est probablement ce qu’il y a de plus efficace.
L’autre véritable point fort de Théo Pichard réside dans sa qualité de passe. Au fil des séquences, on remarque sa capacité à se sortir des lignes de passe directes et à conserver sa lucidité sous pression, y compris lorsque la défense tente de mettre en place des prises à deux. Cette maîtrise se traduit également par une vraie précision sur des passes longues, et faites dans un timing qui est bien souvent très judicieux.
Le shoot est aussi l’une des particularités du meneur français. Sa distance reste assez limitée : pour preuve, il n’a rentré aucun tir extérieur depuis son arrivée en Ardennes. Il montre quelques éclairs à mi-distance, mais cela demeure encore faible en volume. En revanche, sa finition près du cercle est intraitable : il tourne à 63,5 % au tir depuis son arrivée, avec 83 % de ses tentatives prises dans la raquette.
Son mètre 98 lui permet également de jouer efficacement dos au panier face à des vis-à-vis plus petits. Avec un jeu qui l’amène constamment près du panier, ils cumulent les lancers francs. Un domaine où pour le coup, il reste fiable avec un 52 sur 73 depuis son arrivée.
Défensivement, les choses sont beaucoup plus contrastées pour Théo Pichard. S’il est indéniable que c’est un joueur qui a beaucoup de flairs sur les rebonds, son impact défensif reste plus compliqué à évaluer. On sent que l’utilisation fréquente de la zone par son coach, Jimmy Ploegaerts, ne lui convient pas totalement. Il est souvent pris dans les cuts et semble avoir du mal à s’y adapter. Difficile donc, de juger pleinement ses capacités défensives, mais une chose est sûre, il est plus à l’aise de l’autre côté du terrain.
Vous l’aurez donc compris, Théo Pichard n’est pas un joueur comme les autres. Et quand il a fallu pour moi trouver un autre joueur pour le comparer, il n’a pas été simple de dénicher un profil similaire. Je suis finalement arrivé au meneur tchèque Tomas Satoransky, qui possède certes un shoot extérieur plus développé, mais partage avec Théo une attitude similaire avec le ballon en main, une posture de meneur capable d’organiser le jeu et des qualités de passe et de gestion.
Une renaissance commune pour Théo Pichard et Charleville-Mézières

Arrivé dans le club ardennais au tout début du mois de décembre, l’ancien meneur d’Orléans n’a pas tardé à devenir un élément incontournable de l’équipe. Dans une lutte acharnée pour le maintien, la blessure de Sébastien Michineau et le choix d’un pigiste peu performant auraient pu sceller le destin du club et le mener tout droit vers la N2.
Et pour être tout à fait honnête, miser sur un joueur qui n’avait touché un parquet que du petit doigt, sur les trois premiers mois de compétition n’offrait pas beaucoup de garanties. Pourtant, dès son premier match, Jimmy Ploegaerts, le coach de Charleville, avait été très rassurant à son égard. Il avait déclaré en conférence de presse :
Je suis satisfait de son apport sur ce premier match. Ça correspond à ce qu’on attend de lui. Il a besoin de retrouver du rythme, mais il nous a déjà montré que lui et son état d’esprit s’intégraient très bien dans notre plan de jeu.
Ce que l’on peut affirmer, c’est que le rythme, il l’a retrouvé. 13,3 points, 5,8 rebonds et 7,7 passes, ce sont les statistiques de Théo Pichard depuis son retour en N1. Un joueur qui occupe le terrain avec un temps de jeu moyen de 31 minutes, et qui le rend bien. Sans lui, le club était dans les bas-fonds de la N1, 3 victoires pour 11 défaites et de nombreuses interrogations autour du futur du club.
Avec Théo Pichard, c’est un bilan beaucoup plus complet 4 victoires pour 7 défaites, mais surtout une dynamique excellente avant d’attaquer la phase de 2 (3 victoires en 5 matchs). En cas de victoire, vendredi prochain face au Pays Salonais, le club pourrait bien se retrouver en tête de ce petit groupe qui va lutter pour le maintien. Juste derrière l’URB, au niveau de Besançon, mais une victoire d’avance sur Lyonso, et surtout 2 voire 3 sur le Pays Salonnais, Chartres, Metz (qui a reçu des points de pénalités), mais aussi Poissy.
Ce prêt est donc vous l’aurez compris, une victoire à la fois pour le club et le joueur. D’un côté, un club qui peinait à trouver des solutions au fond de la poule B semble avoir trouvé un atout indéniable pour arracher un maintien. Et de l’autre, Théo Pichard, vrai espoir sur le plan national il y a quelques années, a réussi à relancer sa carrière, passant du fond de banc à une vraie réussite sur le parquet. Bravo à lui pour ce rebond, et on a déjà hâte de le voir évoluer dans un club plus imposant en N1 ou même déjà en Élite 2.
Ce prêt est donc, vous l’aurez compris, une victoire à la fois pour le club et pour le joueur. D’un côté, un club qui peinait à trouver des solutions au fond de la poule B semble avoir découvert un atout indéniable pour assurer son maintien. De l’autre, Théo Pichard, véritable espoir sur la scène nationale il y a quelques années, a su relancer sa carrière, passant du fond de banc à Orléans, à une belle réussite sur les parquets de la 3ème division française. Bravo à lui pour ce rebond, et on a déjà hâte de le voir évoluer dans un projet encore plus ambitieux, en N1 ou même en Élite 2.





