Nanterre 92 s’apprête à vivre une deuxième moitié de saison des plus mouvementées. À une victoire des places de play-in et à deux défaites de la zone de relégation, la JSF se trouve sur le fil du rasoir. Peiné par un effectif sujet aux blessures, mais non sans potentiel, le club des Hauts-de-Seine aura fort à faire dans les prochaines semaines.

À Nanterre, la trêve internationale arrive à point nommé. Récemment éliminé par le Cholet Basket en 1/8e de finale de la Coupe de France (84-97), et absent de la Leaders Cup 2025, le club francilien va pouvoir prendre le temps de préparer ses prochaines échéances. À commencer par la réception de Gravelines-Dunkerque qui se déroulera le 28 février à Paris La Défense Arena. Il faut dire que le club s’attendait à vivre un exercice 2024-25 plus spécial que les précédents. 

D’abord, parce qu’il y a eu des gros changements au sein de l’effectif. En particulier l’entraîneur, Pascal Donnadieu, qui après 37 années de bons et loyaux services a laissé sa place de head-coach à son adjoint Philippe Da Silva. Chez les joueurs aussi les départs ont été nombreux.

Au-delà de la perte d’hommes forts comme Justin Bibbins, Ibrahima Fall Faye ou Joël Ayayi, Nanterre s’est retrouvé fragilisé dans son secteur défensif, au grand désarroi de son tacticien franco-portugais. En contrepartie, les Verts et Blancs ont enregistré les précieuses arrivées de l’expérimenté Paul Lacombe, du revenant Milan Barbitch, et du talentueux Roko Prakcin. C’est dans ce contexte qu’ils ont retrouvé la Basketball Champions League (BCL) pour la première fois depuis 2019.

Nanterre 92. Crédit : Nanterre 92
Nanterre a démarré sa saison à Limoges avec de nombreuses recrues sur le parquet. Crédit : Nanterre 92

Le bilan de Nanterre 92 à la mi-saison

Après une formidable saison 2023-24, où Nanterre avait fini finaliste de la Leaders Cup et 5e du championnat, les hommes de Philippe Da Silva ont connu un démarrage compliqué en Betclic Elite. La JSF a perdu 7 de ses 10 premiers matchs, dont deux énormes corrections contre Bourg-en-Bresse (61-86) et le Paris Basketball (102-86). La faute à un effectif qui a pris du temps à se dessiner et à trouver des automatismes. Justin Tillman et Ahmad Caver sont arrivés tardivement, Ibrahima Fall Faye est parti à l’aube de la reprise et Frank Jackson a abandonné ses troupes en pleine bataille. 

Nanterre possède un solide collectif, avec de belles qualités mais également de gros défauts. En attaque, le ballon n’a pas de mal à circuler. Le club des Hauts-de-Seine est la septième équipe qui réalise le plus de passes décisives par match (19,5 en moyenne) sans perdre trop de ballons, et cela se traduit aussi par la moyenne de points de ses joueurs.

Ils sont quatre à passer la barre des 10 points inscrits par match (Desi Rodriguez : 12,9 – Ahmad Caver : 12,5 – Benjamin Sene : 12,5 – Justin Tilman : 11,9), c’est autant que le Paris Basketball et plus que Bourg-en-Bresse qui sont les deux meilleures attaques de la ligue. Hormis une adresse extérieure alarmante, (la troisième plus mauvaise du championnat, à l’image de son 3/21 contre Paris à domicile), l’équipe du 92 a de quoi inquiéter ses adversaires lorsqu’elle a la possession. 

C’est plutôt lorsqu’il faut défendre que la magie se perd. S’il faut souligner la capacité des Nanterriens à faire perdre des ballons (première équipe au classement des interceptions avec 9,3 prises en moyenne) il faut également noter leur manque de dureté au rebond. Trop souvent, la JSF a aussi eu du mal à gérer ses temps faibles. Elle a essuyé plusieurs revers par manque de maîtrise et de sang-froid. C’est un regret qu’exprimait Philippe Da Silva après sa deuxième défaite de la saison contre Paris.

La dureté nous manque cruellement depuis beaucoup de matchs. On a une équipe en réaction, pas en action. C’est le but d’une équipe, de se mettre le cul par terre. On n’a pas eu cet état d’esprit sur 40 minutes […] Il faut une remise en cause individuelle, collective, de tout le monde. C’est une question de volonté, d’état d’esprit, d’engagement, de ne pas se faire marcher dessus. La priorité c’est l’équipe et le club, se mettre à l’abri le plus rapidement possible.

Philippe Da Silva, entraîneur de Nanterre 

La course au play-in ou au maintien ?

Se mettre à l’abri ? Nanterre en a les moyens. En décembre, les Franciliens ont remporté 3 de leurs 4 matchs de championnat, peu avant de se qualifier pour le Top 16 de la BCL en coupe d’Europe. Il n’y a eu que deux éléments pour venir briser cette dynamique : un calendrier dur en affaires et un effectif touché par les blessures. Depuis octobre, la JSF enchaîne les rencontres tous les 3-4 jours. Et celles en BCL obligent de longs voyages (Bosnie-Herzégovine, Israël, Hongrie…) et nécessitent un surplus d’effort non-négligeable.

À côté de cela, l’infirmerie a bien été sollicitée. En janvier, l’intérieur Justin Tilman a manqué 4 rencontres et à son retour, ce sont Paul Lacombe et Lucas Dussoulier qui ont fait le chemin inverse. Ces absences ont fortement impacté les rotations de Nanterre qui a subi une série de défaites face à des équipes bien classées du championnat comme Monaco (73-81), Le Mans (67-85), Bourg-en-Bresse (100-97) et Paris (78-92). L’infortune a d’ailleurs atteint son pic lors de la dernière sortie nanterrienne en 1/8e de finale de Coupe de France.

Pour autant, les espoirs de playoffs ne sont pas totalement éteints, et les Verts et Blancs ont de quoi ranimer la flamme. Si le club du 92 a du mal contre les cadors du championnat, il gère beaucoup mieux les confrontations contre ses concurrents directs. Le champion de France 2013 ne compte aucune victoire contre le top 6, mais il ne s’est pas fait peur contre les deux équipes relégables de Betclic Elite (Le Portel 15e et La Rochelle 16e). Surtout, il a su triompher contre des équipes qui affichent un bilan similaire à la trêve (Gravelines-Dunkerque et Strasbourg) ou légèrement supérieur (Chalon, Nancy et Dijon). 

En toute fin de saison régulière, Nanterre affrontera ses concurrents directs et les deux (actuels) relégables du championnat, et les défaites ne seront pas permises. Avant cela, ils n’auront pas d’autre choix que d’inverser la tendance face aux meilleures équipes de la ligue, notamment contre l’ASVEL ou le SQBB en mars. Ils devront refaire du Palais des sports Maurice-Thorez une forteresse imprenable, comme c’était le cas lors du dernier exercice (13 victoires pour 4 défaites à domicile). Cette saison, la « Mafia Verte » n’a célébré que 3 succès sur 10 réceptions à la maison.

Nanterre 92. Crédit : Nanterre 92
Poussé par son public, Nanterre tentera d’accrocher les playoffs en fin de saison. Crédit : Nanterre 92

De bons joueurs en développement

Quant à la Basketball Champions League ? Les derniers représentants français de la compétition peuvent, là aussi, nourrir quelques espoirs pour la suite. Troisième du groupe L après une défaite contre les Espagnols de Murcia, et une victoire contre les Hongrois de Szombathely, Nanterre peut décrocher l’une des deux places qualificatives pour les quarts de finale. Les deux prochains matchs contre Nymburk sont d’ores et déjà décisifs.  

Pour amasser les succès, Philippe Da Silva a entre ses mains des hommes clés sur qui compter. Desi Rodriguez en tête d’affiche. Meilleur marqueur et meilleure évaluation de l’effectif, le New-Yorkais se présente comme l’atout numéro 1 des siens en attaque. Régulier, clutch, et capable de grosses performances (30 points – 6 rebonds – 9 passes décisives vs Saint-Quentin) en temps voulu, il porte les siens depuis le début de saison.

 

Il est épaulé par les belles recrues que sont Justin Tilman, Ahmad Caver, Milan Barbitch et William Howard (arrivé en janvier). Le premier est la tour de garde de la raquette. Repositionné au poste de pivot, alors qu’il possède davantage le profil d’un ailier-fort, Tilman se montre précieux des deux côtés du terrain en sortie de banc. Milan Barbitch est l’autre remplaçant qui sait se muer en facteur X le temps d’une soirée.

L’ancien meneur de l’ADA Blois a le don pour prendre de vitesse les défenses adverses et peut également se créer un tir par ses dribbles. Souvent efficace, il apporte une dynamique offensive supplémentaire quand les titulaires sont au repos.  

Nanterre sait aussi responsabiliser ses jeunes prodiges, en témoigne la progression de Roko Prkacin (22 ans). L’international croate monte en puissance au fil des matchs. Durant l’absence de Justin Tilman, le pivot a pris le secteur intérieur à son compte et a réalisé son plus beau match de la saison (18 points – 7 rebonds – 3 interceptions) lors de la belle décisive contre Ostende en BCL.

Sans être exceptionnel, mais en étant toujours intéressant, l’ancien MVP de l’Euro U16 de 2018 s’impose de plus en plus parmi ses pairs. Tendance identique pour son coéquipier Lucas Fischer (20 ans). Pur produit de la formation nanterrienne, Fischer a eu un temps de jeu plus conséquent lors des derniers matchs. Son entraîneur explique la raison.

Il travaille le garçon. Il a la bonne attitude. Même lorsqu’il ne joue que 3 minutes, il se débrouille, se montre, se sacrifie pour les fautes. Il est exemplaire et beaucoup de joueurs devraient s’en servir. Je suis content pour lui car il montre qu’il mérite ses minutes.

Philippe Da Silva, entraîneur de Nanterre

Le numéro 0 est redoutable lorsqu’il faut attaquer le cercle, il n’y a qu’à voir ses nombreux dunks fracassants. Doté de grandes qualités athlétiques, il sait aussi se mettre au service de la défense, notamment en face-à-face.

Dès la reprise, la JSF va devoir effectuer de bonnes opérations si elle veut garder son destin en main. À trop regarder devant, elle pourrait être surprise par les équipes du dessous qui risquent de tout faire pour sortir de la zone rouge. Alors que le projet d’une nouvelle salle se murmure tout doucement, Nanterre a tout intérêt à rester dans l’élite pour ne pas freiner ses envies de grandeur.

Ne manque pas un article !

Rejoins la communauté Le Roster en t'abonnant à notre newsletter !

Damian Lillard indique l'heure