On le sait, Nikola Jokic est bien loin de la machine à Hightlight défensifs qu’est Victor Wembanyama, du solide défenseur au poste qu’est Rudy Gobert ou du joueur qui va changer le cours d’un match grâce à une grosse action défensive. Malheureusement pour lui, le « Joker » ne fait pas partie de cette catégorie, mais il arrive à être impactant différemment. Pourtant le serbe a souvent été durant sa carrière (et encore plus cette saison), la cible à de nombreuses critiques à cause de son physique, de son explosivité ou encore de son manque de qualités en tant que protecteur d’arceau.

Beaucoup le considèrent comme un mauvais défenseur, qui ne joue que d’un côté du terrain, mais est-ce vraiment le cas ?

Des mains et un cerveau doré, dans un sens, comme dans l’autre

Nikola Jokic que ce soit offensivement ou défensivement, ne dépend pas de sa verticalité ou de sa vitesse, mais bien de son cerveau. Cerveau que l’on considère comme l’un des meilleurs de tous les temps en attaque, mais qui à l’inverse est très sous-estimé de l’autre côté du terrain. Sans pour autant être un monstre athlétique, sa compréhension du jeu et son activité lui permettent d’avoir un vrai impact défensif.

Nikola Jokic en couverture sur Anthony Edwards après un Pick & Roll. Crédit : ESPN

Le Joker excelle par son sens du placement et par son sens du jeu ; ce n’est pas pour rien qu’il est l’un des meilleurs de la ligue lorsqu’il s’agit de venir aider un coéquipier pour soit bloquer une pénétration, doubler un joueur en difficulté ou soit pour intercepter un ballon. À trop vouloir le critiquer,  on en oublierait presque qu’il est l’un des meilleurs intercepteurs et déviateur de la ligue avec en moyenne 1.72 interceptions et 3.63 deflections toutes les 75 possessions (86e et 93e percentile cette saison). 

Ce mélange entre dissuasion, activité, rapidité d’exécution, d’anticipation et de placement fait de lui l’un des meilleurs perturbateurs de ligne de passe de la ligue (9e meilleur score en passing lane defense), devant des joueurs comme Victor Wembanyama (13e), Jaden McDaniels (24e) ou Toumani Camara (30e).

Nikola Jokic est un spécialiste de la demi position : il mets les attaquants dans des positions inconfortables et de doute (passer ou tirer ?) Pour facilité les interceptions.

Son intelligence est également utile lorsqu’il s’agit de prendre des rebonds, secteur où il est dans l’élite de la ligue. À la manière d’un Dennis Rodman il arrive à comprendre la trajectoire et les angles des rebonds selon d’où les tirs sont pris pour pouvoir se placer efficacement et box-out avant les autres grâce à son physique. Le pivot est une véritable force de la nature, avec un impact physique très largement sous-estimé.

Cette saison, il se classe comme le 3e meilleur répondeur de la ligue avec 12.8 prises par match, tout en ayant régulièrement des performances à plus de 20 rebonds captés, même contre des rebondeurs tout aussi élite que lui comme Jarret Allen ou Domantas Sabonis. Ce qui permet à son équipe d’être à la 3e place de la ligue en termes de rebonds pris par rapport au nombre de rebonds disponibles durant un match, avec 52%.

Nikola Jokic à une telle capacité à gober les rebonds qu’ils arrivent à en prendre même sous la pression ou dans des positions défavorables.

Un défenseur étonnamment solide dans des contexte bien précis

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le pivot du Colorado se démarque dans trois situations défensives bien précises : la défense sur écran, la défense sur Pick And Roll, et la défense sur « Dribble Hand-Off » (DHO). Il est même dans les plus hauts tiers de la ligue dans ces trois contextes. En effet, cette saison il est dans le 89e percentile quand il s’agit de défendre sur les écrans, dans le 86e percentile quand il faut défendre sur Pick And Roll et dans le 87e percentile sur la défense des DHO.

Crédit : Basketball Index

Le Pick and Roll est l’une des actions les plus utilisées en NBA, un incontournable dans chaque playbook, qu’on soit coach amateur, universitaire ou professionnel. De par sa mobilité limitée, Jokic est souvent ciblé par les attaques adverses. Pourtant, son intelligence défensive et sa lecture du jeu lui permettent d’être bien plus efficace qu’on ne le pense sur ce système.

Contrairement à ce que l’on pense, le Serbe n’est pas un joueur qui subit ce genre d’action, il sait s’adapter et sait transformer ses faiblesses en force, il va réussir à utiliser son sens de l’anticipation pour limiter ses défauts athlétiques. Par exemple, s’il est face à un joueur très vif et très efficace en pénétration, il va reculer et protéger sa raquette pour faire un « Drop Coverage ». À l’inverse, si le joueur en face de lui est fiable à mi-distance, à 3 points ou s’il n’est pas à l’aise avec le ballon, le Joker ne va pas hésiter à sortir pour mettre la pression sur l’attaquant, c’est ce que l’on appelle un « Hedge ».

Même s’il n’est pas le plus rapide, il compense par son positionnement et sa capacité à lire les intentions de l’adversaire. Il sait quand il doit lever les bras, couper une passe ou temporiser pour forcer un mauvais tir. Dans de très rare cas, il peut switch avec un coéquipier quand son vis à vis-à-vis ne représente pas une menace (pas face au panier, ne montre aucune agressivité,  etc…).

Essayer de trouver les séquences ou le Joker fait un Drop ou un Hedge

On va retrouver le même sens tactique sur les defenses d’écrans. Sur les « Off-Ball Screen » par exemple, il va privilégier l’anticipation plutôt qu’une poursuite ou un slalom perdu d’avance. Sur les « On-Ball Screen », de par son physique impressionnant, il va réussir à ralentir les actions en contenant et gênant le poseur d’écran.  Il ne se précipite pas et garde toujours un œil sur le ballon, tout en sachant quand switcher et quand rester sur son joueur.

Nikola Jokic est aussi un joueur qui communique beaucoup avec ses coéquipiers, notamment pour éviter les erreurs de marquage, il dirige soit par la voix, soit par de grands gestes. Le Joker a un leadership et une communication défensive très largement sous-estimés.

L’autre aspect clé de la défense de Jokic est sa gestion des DHO et c’est assez logique : le Serbe est l’un des meilleurs joueurs de l’histoire sur Dribble Hand-Off offensifs, que ce soit en combinant avec Jamal Murray, Michael Porter Jr ou Garry Harris il y a quelques années, l’attaque des Nuggets est devenue une référence dans ce domaine. Ce sont des actions ou l’intérieur reçoit le ballon et part en direction de son coéquipier qui vient alors réaliser une course derrière son intérieur. Ce dernier pose alors un écran et lâche la balle au joueur qui réalise la coupe. L’arrière a donc plusieurs possibilités qui s’offrent à lui (via QI Basket).

Tout comme sur Pick and Roll ou sur écran, Jokic va avoir une approche plus cérébrale, mais il va quand même utiliser son physique pour ralentir le plus possible ce genre d’action, pour obliger l’attaquant à prendre un tir ou faire une passe dans une position inconfortable.

Image d’un DHO entre Nikola Jokic et Jamal Murray. Crédit : CoachWoodcock.com

Nikola Jokic reste un joueur qui a des faiblesses bien visibles

Pour apporter un peu d’objectivité et de nuance à cette analyse, il est important de souligner que Nikola Jokić n’est pas un défenseur irréprochable, même malgré tous ses efforts il y a des aspects ou il est très, très en dessous de la moyenne, en particulier sur sa défense dans la raquette. Le Serbe est l’un des intérieurs qui conteste le moins bien de la ligue : sur environ 8 contestations dans la raquette toutes les 75 possessions il ne fait subir aucune perte d’efficacité à ses opposants. Sur les 52 pivots qui ont joué au minimum 650 minutes cette saison, seulement 7 font moins bien que lui.

Il n’est pas une menace dans la raquette et ça se traduit par un nombre de contres par saison et par match très faible pour son poste : par 75 possessions, il ne contre que 0.7 tirs et ne « sauve » que 0.02 point (le « Rim Point Saved » est une statistique avancée qui mesure l’impact d’un joueur sur la protection du cercle, des joueurs comme Anthony Davis ou Daniel Gafford peuvent avoir des scores supérieurs à 2 ou 3). Cette protection de cercle régulièrement en dessous de la moyenne NBA, une mobilité et un athlétisme limité couplés à une mauvaise défense collective globale font que les Nuggets sont l’une des moins bonnes défenses cette saison (20e au rating défensif).

Certes ses faiblesses sont mises à l’honneur, mais on remarque aussi qu’il n’est pas forcément bien aidé par ses coéquipiers

Mais alors, peut-on vraiment dire que c’est un mauvais défenseur ? Qui de mieux que lui pour répondre à cette question ? Lors d’une interview d’après-match au Chase Center, le Joker lui-même a déclaré : “I’m not bad, not good, I’m in the middle.” Et il n’a sans doute pas tort. Il ne sera jamais un protecteur de cercle dominant comme Wemby ni un défenseur ultra-mobile à la Evan Mobley, mais il parvient à maximiser son impact en s’appuyant sur ses forces pour renforcer la défense des Nuggets. Et finalement, peut-on vraiment lui reprocher cela, quand on voit tout ce qu’il accomplit de l’autre côté du terrain ?

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