Nous terminons cette exploration du mercato d’Élite 2. On finit avec Quimper, Rouen, au SCABB, Vichy et Fos-sur-Mer. Je vous propose une dernière analyse d’une des recrues de ces équipes, qui m’ont toutes, à leur manière, taper dans l’œil.
Jay Heath : Un leader qui devra prendre les choses en main en Bretagne

Avec un effectif pleinement remanié, les responsabilités sont encore à pourvoir dans le club breton. Seul le capitaine actuel, Damien Bouquet, faisait partie du voyage l’an passé ; toutes les cartes sont donc encore dans les mains du nouveau coach, Philippe Da Silva. Et si l’ancien meneur de Kirchheim, Philip Russell semble déjà avoir pris les choses en main, pour l’arrière américain Jay Heath, c’est pour le moment une tout autre affaire.
Arrivé tout droit de la première division portugaise cet été, l’Américain tournait à plus de 16 points de moyenne dans ce championnat et avait terminé avec son équipe à la 4ème place de la saison régulière. C’est donc naturellement que l’on va attendre de lui qu’ils prennent les choses en main dans le scoring. Pour le moment ce que l’on peut dire, c’est que son rendu est pour le moins mitigé.
Un premier match en coupe de France à Rennes à 4 points (2 sur 11 aux shoots), puis 12 points face à Levallois (à 5/15), 4 points à Nantes (à 2/8), et un réveil progressif face à l’ASA avec 23 points (à 7/14). Pas des débuts rêvés donc, que j’expliquerais après avoir vu le dernier match des Quimpérois face à l’ASA par son intégration dans le collectif qui ne me semble pas idéal. Dans ce match j’ai vu 2 Jay Heath.
Un premier sur les trois premiers quarts-temps où il prenait la très large majorité de ses shoots sur des isolations, ça lui est même arrivé de couper de systèmes en leur milieu pour jouer des 1 contre 1. Et un deuxième dans le dernier quart-temps, où il aura planté 14 points en prenant des shoots beaucoup plus logique. Des mismatchs, des shoots en sortie de transition, auxquels vous pouvez ajouter quelques pénétrations intelligentes qui l’ont amené sur la ligne. En bref, un deuxième visage très convaincant sur lequel il devra se projeter ses prochaines semaines.
Igor Mintogo Ebang va t-il poursuivre sa folle progression à l’échelon supérieur ?

Saison après saison, l’arrière belgo-gabonais n’a cessé de nous surprendre depuis son arrivée en France. Après un premier exercice au HTV dans l’ombre de Nikola Knezevic, marqué surtout par plusieurs blessures qui l’ont limité à seulement 10 rencontres, des interrogations subsistaient quant à sa capacité à rebondir. Mais son départ pour Orchies a rapidement dissipé les doutes : la réponse fut un grand oui. Avec plus de 11 points de moyenne, il a su s’imposer dans un rôle de soutien aux côtés de Yannick Blanc et Joe Burton.
Dans un effectif où la concurrence à son poste restait relativement limitée, il a bénéficié d’un temps de jeu conséquent pour exprimer ses qualités. Il va enchaîner sur l’exercice 2025-2026 en appuyant sur ce qu’il avait démontré l’an passé. 15,8 points de moyenne, mais en devenant surtout l’une des plus fines gâchettes de la N1, avec 40% derrière l’arc. C’est donc logiquement que Rouen s’est positionné sur lui.
Avec le départ de Valentin Bigote, le club normand s’attire les faveurs d’un joueur certainement moins fiable que l’ancien Manceau, mais avec un vrai potentiel à exploiter d’ici la fin de saison (et plus si affinité). Et après 3 matchs, Jean-Denys Choulet a l’air de faire plus que confiance à sa première recrue de l’été. 27 minutes de moyenne pour Igor qui a relégué son principal concurrent au poste, Niel Pharose à 12 petites minutes de moyenne.
Ce qui est frappant pour le moment, c’est ce bon fit qu’il forme avec Jalen Moore, qui le trouve régulièrement en catch and shoot. C’est pour le moment sa principale utilité d’ailleurs, même si il a aussi une force de drive intéressante qui l’amène régulièrement à retrouver sur la ligne des lancers francs. Ces 11 points de moyenne qu’il tient pour le moment, je ne pense sincèrement pas qu’il les tiendra, parce que je pense que Rouen ne pourra pas se passer autant des capacités défensives que peut offrir un joueur comme Niel Pharose.
Il n’aura pour moi pas un temps de jeu aussi important à la longue, et le bonhomme devra gagner en efficacité s’il veut maintenir un temps de jeu conséquent. 34-35%, c’est ce qu’il devra viser au minimum, dans une équipe qui au vu des moyens mis en œuvre (6ème budget de la division) voudra sans doute accrocher au bas mot les play-in.
Jubrile Belo : un international qui va permettre au SCABB de changer de dimension ?

Avec le deuxième budget d’Élite 2, le SCABB a clairement affiché ses ambitions dès l’intersaison en réalisant un recrutement particulièrement séduisant. Timothée Vergiat, Tavon King, Robin Ducote et le revenant Maël Hamon-Crespin sont notamment venus renforcer l’effectif, aux côtés d’un joueur au profil international : Jubrile Belo. Un renfort de poids pour le club ligérien, qui mise sur un joueur connaissant déjà parfaitement le championnat français.
Champion d’Élite 2 avec La Rochelle, le pivot avait ensuite poursuivi l’aventure avec les Maritimes en Betclic Élite, où il avait confirmé ses qualités en affichant des moyennes tout à fait honorables de 11,5 points et 5 rebonds par match. Une expérience du haut niveau qui pourrait s’avérer précieuse pour un SCABB déterminé à jouer les premiers rôles cette saison. En termes de profil, Jubrile Belo, c’est un Maxime Yomi avec du scoring mais moins de capacité athlétique. Un intérieur sobre, efficace, dont le corps constitue la première force. Massif et rugueux, il sait prendre des positions facilement et utiliser son corps afin de prendre l’avantage sur son adversaire direct.
Il aime beaucoup jouer les post-up en passant son épaule et enclencher son reverse. Ses pourcentages à 2 pts sont intéressants 76% sur les 3 premiers matchs de la saison, mais surtout plus de 50% de moyenne sur chaque saison de sa carrière. Son adresse aux lancers est très propre pour un poste 5, elle oscille autour des 75%, et il a d’ailleurs un vrai petit touché à mi-distance. Au-delà de son apport au rebond, c’est surtout sur le rebond offensif qu’il s’illustre. Avec près de 2 rebonds offensifs de moyenne en carrière, il sera un vrai atout sur les secondes chances pour le SCABB.
Il a quand même quelques gros défauts qu’il faudra rectifier sévèrement. Défensivement, son manque de tonicité sur les appuis l’amène à être en difficulté sur les close-out ou les reprises de joueur après step-out, et il a des problèmes de faute non-négligeable. Offensivement, il a une main faible très peu fiable, même sur des situations favorables, et il a du mal à ressortir les ballons quand il y a de la pression qu’on double sur lui. Après réflexion, c’est un profil un peu à la Nick Ward pour ceux qui se souviennent de la période Metropolitans post Victor Wembanyama.
Théo Pichard pourra t-il performer cette fois-ci en Élite 2 ?

Après plusieurs saisons compliquées depuis son départ du Pôle France, Théo Pichard semble enfin avoir trouvé le contexte idéal pour exprimer son potentiel. Révélé en Nationale 1 sous les couleurs de Charleville-Mézières, où il avait réalisé une deuxième partie de saison particulièrement convaincante (14,5 points ; 5,8 rebonds et 8,1 passes), le jeune meneur français s’apprête désormais à franchir un nouveau cap en rejoignant Vichy.
Avec son mètre 97, Théo possède des mensurations peu communes pour un meneur de jeu. Mais c’est surtout son intelligence, balle en main, qui le distingue. Doté d’une excellente lecture du jeu, il excelle dans la gestion du pick and roll, où sa patience et sa capacité à analyser les réactions défensives lui permettent de trouver régulièrement la meilleure solution. Sans nécessairement s’appuyer sur des changements de rythme spectaculaires, il sait contrôler le tempo, attirer les aides et libérer ses partenaires.
Sa qualité de passe constitue sans doute son principal atout. Capable de trouver des angles de transmission peu évidents, de servir ses intérieurs dans le bon timing ou encore de sanctionner les défenses par des passes longues, il possède les qualités d’un véritable organisateur. Offensivement, son jeu reste néanmoins perfectible. Si sa capacité à attaquer la raquette et à provoquer des fautes représente une arme intéressante, son tir extérieur demeure un axe de progression important (même s’il a l’air d’avoir bossé ça cet été).
À l’inverse, sa taille lui offre des solutions près du cercle, notamment lorsqu’il peut exploiter un avantage physique face à un meneur plus petit. Défensivement, son impact reste plus difficile à cerner. Son gabarit et son instinct au rebond constituent des atouts, mais son adaptation aux différents systèmes défensifs devra être observée à un niveau supérieur. Pour Vichy, le pari est donc particulièrement intéressant.
Le club auvergnat récupère un meneur capable de faire jouer les autres, de contrôler le rythme d’une rencontre et de donner davantage de structure à son attaque. Il se retrouve, qui plus est, dans un contexte qui pourrait lui être favorable. Déjà, il est coaché par Élise Prod’homme, qui a l’habitude de gérer de jeunes joueurs. Et même s’il est pour le moment utilisé comme 6-7ème homme, je pense qu’il va apporter une certaine stabilité à cette équipe de la JAV.
Garlon Green : un vétéran qui remet les Byers plus que jamais dans la course au maintien ?

Après 3 ans aux Sharks d’Antibes, Garlon Green retrouve son premier amour français : Fos-sur-Mer. Souvenez-vous, l’ailier fort de 35 ans était l’un des meilleurs scoreurs de cette équipe (11,3 points à 40,2% derrière l’arc) lors de leur dernière saison en Betclic Élite. Après la rétrogradation administrative de la Roca Team, les Byers ont reçu le ticket d’or pour remonter en Élite 2, profitant d’une autre montée, celle de Saint-Quentin en Betclic Élite.
Mais seulement le mercato avait déjà été réalisé, un peu dans l’inconnu de savoir si Fos évoluerait en Élite 2 ou en N1, et le club n’avait, sur le papier, pas un effectif suffisant pour se maintenir dans ce championnat très relevé et homogène. C’est dans ce sens, qu’à la dernière minute, le club provençal est allé chercher Garlon Green, le 3ème marqueur de la dernière saison d’Élite 2 avec 17,4 points de moyenne (derrière Mathis Kangudia et John Roberson).
Vous l’aurez peut-être appris, mais dès son deuxième match, Garlon Green s’est blessé. Nous n’avons pas eu plus d’indications en ce qui concerne la durée de son absence, mais, pour moi, nul doute que Fos ne pourra pas se passer de ses services en vue d’un objectif de maintien. Cela vient poursuivre une fin de saison dernière qu’il avait passée sur le banc à Antibes. Et c’est toujours le risque avec des joueurs de cet âge-là, qui peuvent commencer à enchaîner les blessures ; c’est une affaire qui sera à surveiller.
Pour le profil du joueur, c’est quelqu’un qu’on ne présente plus. Excellent scoreur, capable de prendre des shoots à tout niveau et plus ou moins dans n’importe quelle position. C’est donc un gros créateur de shoot qui a quelques moves signatures néanmoins : un fadeaway mi-distance qu’il utilise beaucoup et un shoot à 45 degrés diablement efficace. C’est aussi un bon défenseur, notamment en opposition individuelle, et puis quelqu’un qui, au fil de sa carrière, a assuré de plus en plus sur les rebonds défensifs. En bref, c’est pour moi sur le papier, le probable meilleur poste 4 d’Élite 2.






