Olympiakos et Panathinaïkos. Crédit : Florent Bruere

Le titre d’Euroleague va-t-il rester à Athènes?

Alors qu’ils avaient connu une disette de 10 ans, de 2013 à 2023, les deux clubs d’Athènes, l’Olympiakos et le Panathinaïkos, sont bien de retour sur le devant de la scène. Le Pana a remporté son septième titre d’Euroleague en 2024 et l’Olympiakos a retrouvé le sommet de l’Europe après son doublé en 2013 et 2014 la saison dernière. Au vu de leurs recrutements respectifs, le trophée pourrait bien rester dans la capitale grecque une année de plus.

Olympiakos, la saison d’après

Le club du Pirée courait après ce titre depuis 12 ans et semblait s’en approcher de plus en plus avec quatre Final Four consécutifs (une seule finale, perdue face au Real Madrid sur un tir légendaire de Sergio Llull) à l’entame de la saison 2025-2026 auxquels venaient s’ajouter trois premières places de la saison régulière sur ces quatre mêmes saisons. L’équipe de Georgios Bartzokas était donc l’équipe dominante du continent mais ne parvenait pas à concrétiser cette supériorité par le titre suprême.

Le game-winner de Sergio Llul qui offre l’Euroleague au Real face à l’Olympiakos en 2023. Crédit : 20 minutes

L’Olympiakos abordait donc la saison dernière comme l’un des favoris, en la compagnie du tenant du titre turc Fenerbahçe, du club le plus titré de la compétition le Real Madrid ou de son rival, le Panathinaïkos. La pression sur les épaules de l’équipe était forte, les supporters ayant du mal à se contenter d’une domination en saison régulière et désirant que le jeu léché proposé par Sacha Vezenkov et ses coéquipiers les emmène enfin au titre.

Comme à son habitude, l’Olympiakos a donc tranquillement dominé les 38 matchs de saison régulière pour s’offrir la première place, mené donc par Sacha Vezenkov, MVP pour la deuxième fois après 2023 et meilleur marqueur avec 19 points de moyenne. Un bilan de 26-12 permettant d’aborder les play-offs avec confiance. L’accès au Final Four fut facile face à une équipe de Monaco décimée, entre blessures et problèmes financiers. Les Grecs les ont donc écrasé 3-0 pour se qualifier pour le dernier carré, presque à domicile puisqu’organisé à l’OAKA Arena du Panathinaïkos.

Sasha Vezenkov, MVP de la saison régulière, et Evan Fournier, MVP du Final Four. Crédit : Eurohoops

Les rouge et blanc allaient-ils encore buter sur leur plafond de verre ? L’occasion était trop belle sur week-end comme à la maison et Olympiakos ne l’a cette fois pas laissé filer. Après avoir écrasé le tenant du titre, Fenerbahçe, en demi-finale (79-61), la revanche du souvenir douloureux de 2023 face au Real Madrid s’annonçait. Mais, les coéquipiers d’Evan Fournier ont conjuré leurs démons en remportant cette finale au terme d’un match maîtrisé (92-85). Le français a même été élu MVP du Final Four.

En plus du graal européen, le club du port d’Athènes a remporté le championnat grec au terme d’une série haletante qui s’est achevée sur un match 5 d’anthologie et une violente bagarre entre Tyrique Jones et Kendrick Nunn dans les coursives.

L’Olympiakos célèbre son titre d’Euroleague 2026. Crédit : Sport 365

Le Panathinaïkos veut sa revanche

Sur la saison dernière, le Panathinaïkos souffre de la comparaison avec son rival historique. Lui aussi fanny de titre européen depuis bien longtemps, le Pana était revenu sur le devant de la scène en 2024, remportant son 7e titre d’Euroleague porté par un duo Kendrick Nunn-Mathias Lessort redoutable. Cette saison 2023-2024 était d’autant plus belle que les Greens ont récupéré le titre national après deux ans du côté de l’Olympiakos qui faisaient eux même suite à un quintuplé vert. La saison suivante, 2024-2025, fut plus compliquée avec une Coupe de Grèce comme unique trophée.

Le Panathinaïkos, vainqueur en 2024. Crédit : Paris Normandie

Le Pana s’avançait donc le couteau entre les dents avant la saison dernière, motivé par le Final Four organisé dans sa salle. Néanmoins, Ergin Ataman, coach volcanique, avait une épine dans le pied avec la blessure longue durée du pivot français Mathias Lessort. Malgré cela, le vainqueur 2024 faisait figure de sérieux prétendants. La saison régulière n’a pas vraiment répondu aux espérances puisque le Panathinaïkos n’a fini que 7e et a dû passer par le play-in, remporté contre Monaco, pour se hisser en play-offs.

Les Grecs n’avaient donc pas l’avantage du terrain face à la surprise de la saison, Valence. Tout avait pourtant bien commencé face aux Espagnols, inexpérimentés à ce stade de la compétition, puisque les hommes d’Ataman menaient 2-0 alors que Valence avait joué les deux premiers matchs à domicile. Ce score ne représentait pourtant pas vraiment la physionomie de la série avec deux matchs accrochés dont l’un remporté par un énorme buzzer beater de Nigel Hayes-Davis. Mais, tout s’est écroulé puisque les coéquipiers de Jean Montero ont renversé la série et remporté trois matchs consécutifs pour créer la sensation et sortir le Pana.

A la suite de cette énorme désillusion, les Verts ne pouvaient sauver leur saison que par les titres nationaux. S’ils sont parvenus à accrocher la Coupe de Grèce pour la deuxième saison consécutive, les hommes d’Ergin Ataman se sont inclinés en finale du championnat, comme évoqué précédemment. Une deuxième saison en deçà des attentes et qui a entraîné un été fou permis par le président, Dimitris Giannakopoulos.

Ergin Ataman a été démis de ses fonctions à la fin de la saison dernière. Crédit : Panathinaïkos

Des recrutements XXL pour un même objectif

D’un côté, une équipe voulant étendre son règne et voulant réaliser le premier doublé européen depuis l’Anadolu Efes en 2021 et 2022, de l’autre une équipe revancharde bien décidée à remonter sur le trône. Le point commun entre les deux rivaux : une intersaison hors norme marquée par les arrivées de certains des meilleurs joueurs de l’Euroleague pour former deux effectifs aux allures de superteams. Pour cela, les propriétaires des deux équipes, les frères Angelopoulos pour Olympiakos et Dimitris Giannakopoulos pour le Pana, ont dû mettre la main à la poche et ils n’y sont pas allés de main morte. En effet, ce seraient les deux seules équipes à avoir une masse salariale supérieure à 20 millions d’euros, et assez largement.

Les Reds de l’Olympiakos ont fait venir le MIP de la saison dernière d’Euroleague, le meneur dominicain Jean Montero en provenance de Valence (accessoirement bourreau du Panathinaïkos en quarts de finale de l’Euroleague), ainsi que le dernier joueur en date ayant réalisé un triple double ainsi qu’un match à 20 passes décisives, le meneur américano-bulgare Codi Miller-Mcintyre qui évoluait à Vitoria. Un joueur bien connu du championnat de France a également posé ses valises dans le sud d’Athènes en la personne de Mbaye Ndiaye, le bondissant ailier-fort qui évoluait à l’ASVEL. Bryant Dunston est lui aussi arrivé pour renforcer un effectif qui a gardé son noyau (Sacha Vezenkov, Evan Fournier, Tyler Dorsey, Nikola Milutinov, Tyson Ward).

Jean Montero, l’une des recrues de l’Olympiakos. Crédit : BeBasket

Georgis Bartzokas a tout de même vu des joueurs importants s’en aller entre Alec Peters, qui aurait pu prétendre au titre de MVP du Final Four mais a finalement été devancé par Fournier, parti à Milan ; Thomas Walkup, un historique du club, qui est allé renforcer un concurrent direct à Dubaï ou encore Moustapha Fall qui n’a pas forcément eu besoin de déménager puisqu’il a rejoint le rival. L’effectif est complété par des joueurs qui seraient titulaires dans la majorité des équipes d’Euroleague : l’ancien joueur NBA Cory Joseph et les très verticaux intérieurs Donta Hall et Tyrique Jones.

Si le recrutement de l’Olympiakos peut sembler impressionnant, celui du Panathinaïkos l’est sans doute plus. Dimitris Giannakopoulos, le volcanique président des Greens, n’a pas digéré l’échec face à Valence et le premier à en faire les frais a été le coach turc Ergin Ataman. Exit, ce dernier, réputé pour avoir un tempérament chaud, le président grec a décidé de rappeler une légende de l’Euroleague, Zeljko Obradovic. Le coach serbe est l’entraîneur le plus titré de l’histoire de la compétition avec 9 couronnes, dont cinq lors de son premier passage au Pana. Mais, Giannakopoulos ne s’est pas arrêté là et a sorti le chéquier pour permettre au coach serbe de répondre aux ambitions.

Zeljko Obradovic, le légendaire coach de retour sur le banc du Pana. Crédit : Basket USA

Ainsi, les Greens n’ont signé que des joueurs de premier plan dont trois français : Sylvain Francisco, Guerschon Yabusele et Moustapha Fall. Le premier sort de sa meilleure saison en carrière du côté de Kaunas, récompensée par une deuxième place au MVP et une nomination dans le meilleur cinq de la saison. Le second fait son retour après deux ans en NBA tandis que Fall arrive en provenance de l’Olympiakos et sera la troisième pièce d’un secteur intérieur 100% tricolore. En effet, Mathias Lessort, qui semble enfin remis après avoir longtemps cravaché pour guérir de sa terrible blessure au tibia, peut être considéré comme une recrue. Les autres signatures ? Le champion du monde allemand, ailier à tout faire, Isaac Bonga, et l’une des révélations de l’équipe surprise Valence, Brancou Badio.

Les trois stars françaises célèbrent une victoire avec leur public. Crédit : L’Equipe

Ces nouveaux joueurs s’ajoutent aux stars déjà présentes dans l’effectif comme les extérieurs Kendrick Nunn et Kostas Sloukas ainsi que l’ailier fort U.S, meilleur scoreur sur un match d’Euroleague (50 points), Nigel Hayes-Davis. L’effectif est complété par des joueurs grecs de devoir, parfaitement capables de hisser leurs niveaux de jeu en cas d’absences : Panagiotis Kalaitzakis, Dimitris Moraitis, Nikolaos Rogkavopoulos, Konstantinos Mitoglou, Eleftherios Mantzoukas.

Voilà donc deux effectif pléthoriques qui s’avancent logiquement comme les deux grandissimes favoris au titre européen et qui auront pour unique objectif de décrocher le trophée sous peine que la saison ne soit considérée comme un échec. Difficile de placer l’un devant l’autre car si le Panathinaïkos a peut-être plus de noms ronflants sur le papier, l’Olympiakos bénéficie de la stabilité symbolisée par son coach et son jeu léché basé sur le jeu sans ballon et le mouvement. Pour le moment, ce sont les locataires de l’OAKA Arena qui ont le plus impressionné avec trois victoires de 20 points d’écart en autant de matchs même si l’adversité peut être remise en cause (les deux équipes françaises et le Maccabi Tel-Aviv). Les habitants du Stade de la Paix et de l’Amitié, actuellement en travaux, ont déjà laissé filer une rencontre au buzzer face à la Virtus Bologne.

Qui pour rivaliser avec les deux mastodontes ?

Mais alors, qui pourrait priver l’un des deux clubs d’Athènes du sacre européen ? S’ils font bien figure de favoris, la tâche sera loin d’être aisée dans une Euroleague qui n’a peut être jamais été aussi forte, avec l’afflux toujours plus fort d’anciens joueurs NBA. Sur le papier, un tercet d’outsiders se détachent (Real Madrid, Fenerbahçe et Dubaï) mais les trois premiers matchs de la saison ont peut-être déjà rebattu les cartes. En effet, l’institution espagnole est passée complètement à côté de ses trois premiers matchs et se retrouve déjà en difficulté. Le recordman du nombre de titres européens a notamment déjà refermé la page Sergio Scariolo, remplacé par le coach de Valence Pedro Martinez.

La Maison Blanche a recruté l’ailier bleu Timothée Luwawu-Cabarrot, auteur d’une saison remarquable dans le Pays basque avec Vitoria (top 5 des meilleurs marqueurs de l’Euroleague en saison régulière), Mikael Jantunen et les deux anciens joueurs NBA Olivier Sarr et Damion Jones. L’axe 1-5 Facundo Campazzo-Eddy Tavares, si dominant, a été conservé mais les retours en NBA de Mario Hezonja et Trey Lyles risquent de laisser un vide.

Le Real Madrid sera un concurrent sérieux. Crédit : Real Madrid

Côté turc, le Fener a aussi commencé sur les chapeaux de roue avec trois victoires en autant de matchs. Le club d’Istanbul a lui aussi frappé fort lors du marché estival en faisant venir les deux acteurs majeurs du doublé du rival l’Efes Istanbul, le meneur naturalisé turc Shane Larkin et l’ailier américain Will Clyburn. Shavon Shields, dominant à Milan, est aussi arrivé sur les rives du Bosphore. Le secteur intérieur risque toutefois d’apparaître limité lorsque l’altitude s’élèvera.

 Le trio est complété par le « nouveau riche », Dubaï, qui a clairement affiché ses ambitions de Final Four après une première saison d’acclimatation. Pour cela, l’équipe basée aux Emirats Arabes Unis a allié les actes aux paroles en faisant venir les Monégasques Elie Okobo et Jaron Blossomgame ainsi que Tornike Shengelia et Thomas Walkup, deux valeurs sûres de la compétition.

Après la faillite de Monaco, Elie Okobo a posé ses valises à Dubaï. Crédit : BeBasket

Ces trois équipes font donc, sur le papier, figure de principaux outsiders et voudront priver les équipes grecques du titre. Il faudra sans doute se méfier aussi de Valence qui a certes perdu son coach et son meilleur joueur partis respectivement au Real Madrid et à l’Olympiakos mais qui pratiquent un jeu atypique et n’ont pas perdu au change avec les arrivées de T.J Shorts, pour qui l’expérience au Pana fut douloureuse, et de Nikola Mirotic.

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