L’homme de la soirée du 16 décembre 2023, c’était l’ailier des Kings, Keegan Murray. Pourtant, sur les 10 matchs au programme de la soirée, nombreux sont ceux qui ont performé ; Bobby Portis et Damian Lillard qui combinent pour 61 points, Shai Gilgeous-Alexander et Jimmy Butler qui arrachent la victoire avec des game-winners, Joël Embiid qui plante un gros double-double à 40 points, idem pour Karl-Anthony Towns, Stephen Curry et Cam Thomas qui nous offrent un duel fantastique, 37 points pour le premier, 41 pour le second, Kawhi Leonard qui ne manque que quatre tirs dans une performance à 36 points, et enfin Luka Dončić qui inscrit 40 points, en y ajoutant 12 rebonds et 10 passes.

Mais alors comment se fait-il que ce soit un sophomore de 23 ans qui se soit démarqué alors qu’autant de stars ont noirci leurs feuilles de stats. 47 points, 8 rebonds, mais surtout 12/15 à trois points voici la raison de cette étiquette « d’homme de la soirée » ! Si la planète basket a bien cru qu’il allait chercher le record de Klay Thompson, il s’est contenté du record de sa franchise.

Bien qu’il ait commencé le match sur de bonnes bases (5/6 de loin à la mi-temps), rien ne nous disait qu’il allait exploser dans le 3e quart-temps. 26 points et un parfait 7/7 du parking, dont le buzzer de fin de période. Il manque ses deux seules tentatives dans le 4e QT, et sort à quelques minutes du terme, sous les ovations de son public.

C’est le match qui a permis au jeune numéro 13 de Sacramento de se faire reconnaître dans la sphère NBA. Il finit d’ailleurs la saison avec 15 points par match, 5.5 rebonds, et 1.7 passes, à 36% à trois points.

Mais cette année, il ne tourne qu’à 29,1% de loin après 24 matchs. L’arrivée de DeRozan est-elle l’une des raisons, ou est-ce une simple mauvaise passe pour lui ?

Keegan Murray a-t-il déjà eu une mauvaise période comme celle-ci ?

Aujourd’hui, Keegan Murray n’a inscrit que 35 trois points, sur 122 tentés. Lorsque l’on regarde tous les matchs de sa jeune carrière, il n’y a qu’une seule fois où il a affiché moins de 30% de réussite de loin sur 20 matchs ; du 3 février au 20 mars 2024, où il tournait à 29,5%.

Donc non, en l’espace de deux ans, Keegan Murray n’a jamais eu autant de difficulté à rentrer ses tirs du parking. Et le problème ne vient pas du volume non plus, puisqu’il prend 122 tirs de loin en moyenne par période de 20 matchs depuis sa saison rookie.

Murray est un joueur régulier, qui inscrit 38,4% de ses tirs de loin sur ses deux premières saisons, alors son inefficacité au shoot en ce début de saison n’est probablement pas qu’une mauvaise passe.

L’emplacement des tirs de Keegan Murray est-il différent ?

Shot Chart de Keegan Murray (saison 2022/23). Crédit graphique : shotcreator.com (LA = League Average).

Observons la shoot chart de sa saison rookie. Il prend 30% de ses tirs à longue distance dans les corners, avec une majorité pour le corner gauche, puisqu’il est moins à l’aise à droite. 

Shot Chart de Keegan Murray (saison 2023/24). Crédit graphique : shotcreator.com

Lors de sa saison sophomore, il a encore moins pris sa chance depuis les corners. Seulement 26% de ses tentatives venaient de cette zone du terrain. Son efficacité diminue, une fois la surprise du Rookie passée, son shoot est respecté et bien défendu. Il s’est également imposé comme un joueur dangereux à mi-distance.

Keegan Murray Shot Chart (2024/25) Crédit graphique : shotcreator.com
Shot Chart de Keegan Murray (2024/25). Crédit graphique : shotcreator.com

Cette saison, c’est 40% de ses tirs à trois points qui sont pris depuis les corners, alors qu’il a toujours été plus à l’aise « above the break » comme ils disent outre-Atlantique, c’est-à-dire à 45 degrés et en face du cercle. 

Donc oui, Keegan Murray tente plus sa chance depuis les corners qu’auparavant, car il est plus utilisé comme un « floor spacer » aux côtés de Fox et DeRozan, qui ont besoin de tireurs d’élites avec eux pour briller. Ajoutons Domantas Sabonis à cette line-up, bien qu’il fasse un énorme début de saison à trois points, et ce n’est pas le mélange rêvé dans l’ère du spacing. À part Murray, Huerter et Monk, aucun joueur de la rotation des Kings n’est considéré comme un bon shooteur. 

Mais on observe aussi une tendance plus prononcée pour attaquer le cercle. C’est Mike Brown, son coach, qui lui avait demandé d’aller dans la raquette plus souvent, quitte à se faire siffler des passages en force. 

 

« Mike Brown a dit à Keegan Murray d’attaquer le cercle avec l’intention d’aller au dunk. Il s’en fiche s’il se fait siffler 3 fautes offensives par match. À noter que Keegan l’a bien fait hier lors de la défaite contre Brooklyn »
« L’auto-création de Keegan Murray a été plus courante au début de cette saison »

Keegan Murray a besoin d’un certain temps d’adaptation pour s’acclimater à ce nouveau rôle. Après avoir passé deux saisons à longer la ligne à trois points il doit pouvoir créer de lui-même et ne pas être une simple menace sur catch-and-shoot. Après un quart de la saison il ne semble pas 100% à l’aise encore, et certains pensent même qu’il a déjà atteint son plafond. Cependant, ses trois derniers matchs face aux Rockets, Grizzlies, et Spurs, sont encourageants,  il semble moins effrayé à l’idée d’attaquer le cercle ou de perdre la balle en tentant un drive.

L’arrivé de DeRozan est-elle le problème ?

Le remplacement d’Harrison Barnes par DeMar DeRozan a posé question en début de saison. Qui dit Deebo dit moins de spacing, et aussi moins de défense. 

Pour le premier point, cela ne se traduit pas dans les statistiques, puisque Keegan Murray prend le même type de shoots que lors de ses deux premières saisons. Il prend près de 50% de ses tirs en catch-and-shoot de loin, et il tente encore moins sa chance lorsqu’un défenseur est proche de lui (maximum 1m20 de distance entre lui et son défenseur), puisque ça ne représente que 1,7% de ses shoots tentés, contre environ 3% lors de ses deux premières années.

De plus, il n’a que très peu de fois la patate chaude de fin de possession, il ne prend le tir dans les quatre dernières secondes seulement 1,7% du temps encore une fois, contre 4,1% la saison passée, et 3,6% en tant que rookie.

Pour le second point, on peut y trouver quelques chiffres qui montre l’implication défensive de Murray.

« Le top 10 des défenseurs qui parcourent le plus de distance off-ball »

Keegan Murray est le deuxième joueur qui parcourt le plus de distance en défense off-ball, pour empêcher son adversaire d’avoir la gonfle. La fatigue n’est pas quantifiable par des statistiques, mais en toute logique, si un joueur dépense toute son énergie en défense, il sera moins efficace de l’autre côté du terrain. De plus, il est le deuxième joueur ayant disputé le plus de minutes cette saison, derrière son coéquipier De’Aaron Fox. Néanmoins, c’est le travail d’un 3&D de pouvoir planter des trois points malgré la fatigue.

L’ailier est également le défenseur attitré pour garder le meilleur joueur adverse. 

« Keegan Murray défend sur Trae Young pour commencer »

Il défend du poste 1 au 4, on a pu l’observer en défense sur Trae Young, comme sur LeBron James. Encore un tâche qui augmente sa fatigue, et qui l’empêche d’être dans de bonne condition en attaque pour planter de loin.

Keegan Murray est-il mieux défendu ?

Comme expliqué au-dessus, non, Keegan Murray n’est pas plus respecté que la saison précédente. Si deux tiers des tirs à trois points qu’il prenait lors de sa saison rookie étaient ouverts, ou grand ouvert (le défenseur à plus de 1m20), depuis la saison dernière, le nombre descend juste en dessous des 50%. Le problème se trouve dans les tirs que la NBA considère comme « grand ouvert », où le défenseur se trouve à plus de 1m80 du shooteur.

Lors de sa première saison, il tentait 4 tirs dans ces conditions et en primait 47%, pour le même nombre de tentatives la saison suivante il en plantait 40%, mais en ce début de saison…Pour 3,3 tentatives par match, il n’y en a qu’un qui fait ficelle, soit un total de 33%. Une baisse drastique pour des shoots qui, pourtant, ne sont pas défendus. 

Au final, rien n’explique vraiment cette inefficacité de Keegan au tir, mis à part l’augmentation du taux de tirs dans le corner. Ce n’est probablement qu’une mauvaise période pour lui, à l’image de son équipe. Ou alors la surprise de sa saison rookie est passée et Murray va devoir se réinventer et ne pas seulement attendre le ballon à trois points. Bien qu’il ne soit pas des plus à l’aise avec la balle en main, il possède une bonne qualité de drive, et pourrait en faire une force, d’autant plus que les défenseurs vont devoir continuer à respecter son shoot, il reste tout de même une menace.

Ne manque pas un article !

Rejoins la communauté Le Roster en t'abonnant à notre newsletter !

Damian Lillard indique l'heure