Depuis plus de deux décennies, le basket européen est marqué par une lutte d’influence entre les deux géants que sont la FIBA et l’Euroleague. Ce duel, aux conflits économiques et sportifs, trouve son origine dans la création de cette ligue du même nom (l’Euroleague) qui a vu le jour au début des années 2000, bouleversant l’organisation traditionnelle des compétitions sur le Vieux Continent. Revenons aujourd’hui sur la scission de ces deux grandes institutions ainsi que sur les tensions qui persistent entre ces deux entités du basket mondial. 

Les débuts de l’Euroleague, une première révolution des clubs européens

L’union des ligues européennes de basket, plus connue sous le nom de l’ULEB, est une organisation fondée en 1991 à partir des fédérations italiennes, espagnoles et françaises de basket dans le but de défendre les intérêts des écuries européennes, notamment sur le plan sportif et économique. La fondation de ce nouvel organisme est célébrée une année plus tard lors d’un All-Star Game organisé à Madrid pour mettre en valeur les talents de ces trois ligues sous les yeux de 10500 fans ainsi que 3 des plus grosses légendes de ce sport, Charles Barkley, Scottie Pippen ou encore un certain Michael Jordan.

Cet évènement marque déjà une première rupture entre les clubs européens et la FIBA. Avec l’ajout de la ligue grecque en 1996, qui a été la première à rejoindre les trois fondateurs, ainsi que les ligues belges, britanniques, suisses et portugaises en 1999, l’ULEB devient de plus en plus influente, laissant place au début d’un profond conflit entre elle et la FIBA. Les clubs voient leurs revenus stagner pendant que l’influence du basket européen ne fait que croître. 

Ils se sentent volés, et sous l’influence de leur directeur Eduardo Portela, les présidents des plus grands clubs européens se réunissent à Sitges en Espagne dans le but de créer et diriger une ligue indépendante qu’ils appellent l’ULEB Euroleague. Cette décision et cette conférence ont bien sûr été réalisées contre la volonté de la FIBA et de Borislav Stankovic. Et sa position stricte a eu un rôle majeur dans la désertion de ces clubs qui se sentaient délaissés par la société qui gérait la répartition des droits TV.


Le Kinder Bologna, premier club titré en Euroleague. Equipe orchestré par le futur magicien des Spurs, Manu Ginobili.
Le Kinder Bologna, premier club titré en Euroleague. Équipe orchestrée par le futur magicien des Spurs, Manu Ginobili. Crédit : Euroleague

L’Euroleague est donc créée lors de la saison 2000-2001, mais la FIBA poursuit également le déroulement de sa compétition européenne, la Suproleague. Les joueurs se tournent majoritairement vers la compétition organisée par l’ULEB si bien que le All-Star Game organisé par la FIBA est finalement annulé. Au terme de cette saison, il y a deux champions d’Europe: le Maccabi pour la Suproleague, et le Virtus Bologna en Euroleague. 

En février 2001, les délégations des deux parties se rencontrent dans le but d’unifier les compétitions. Cette bataille est évidemment bien trop nuisible pour l’image du basket européen, le Vieux Continent ne pouvant pas se permettre d’accueillir deux compétitions continentales de haut niveau d’un point de vue économique.

C’est finalement l’ULEB qui sort vainqueur des négociations, comptant derrière elle la multinationale espagnole Telefónica pour accompagner financièrement le projet. En effet, pendant que la FIBA devait plus de 152 millions de dollars aux équipes de la Suproleague, Telefónica eux assurait bien plus de garanties financières. 

C’est ainsi que des équipes comme le Maccabi Tel-Aviv, le Panathinaïkos d’Athènes, ou le CSKA Moscou retournent vite leur veste, laissant la FIBA et son directeur Giorgos Vassilakopoulos bien seuls dans les négociations. La FIBA accepte finalement de renoncer à l’organisation de sa compétition européenne et l’Euroligue devient une compétition unifiée avec l’ULEB comme principal organisateur.

Des tensions qui persistent et qui ne sont pas prêtes de s’arrêter

Si les deux institutions nous avaient annoncé que la guerre pour l’Europe était finie, il n’aura pas fallu attendre plus de 2 ans pour que ces tensions réapparaissent sur le devant de la scène.

En effet, après que l’ULEB ait annoncé être dans le rouge financièrement en mai 2003, les dirigeants de la FIBA n’auront attendu que quelques mois pour annoncer la mise en place d’une nouvelle compétition européenne, la FIBA Europe League, équivalente de l’ancienne Suproleague. Le nouveau projet est alors présenté comme très attrayant car il laissait une grosse marge de négociations sur les droits de diffusion.

Des équipes comme l’Olympiakos et le Panathinaïkos sont intéressées par cette nouvelle compétition au départ, mais voyant qu’aucune autre écurie les suivent, elles se retractent toutes les deux à l’été 2003. La Suproleague n’aura finalement pas le succès espéré, mettant principalement en valeur les équipes russes comme Grand Oural et UNICS (2ème et 3ème de la VTB United League) ainsi que quelques équipes grecques de seconde zone. Face au manque d’engouement pour cette compétition, la FIBA décide deux ans plus tard de laisser le monopole de la principale compétition européenne à l’ULEB en échange d’une compensation financière.

Ce partenariat est résilié en 2012 suite à la décision de l’ULEB d’arrêter de verser cette cotisation annuelle. En réponse à cela, la FIBA relance ce conflit interminable en essayant d’amener une nouvelle ligue pour concurrencer l’Euroligue qui n’est autre que la BCL. C’est alors qu’en juin 2015, la FIBA tente un coup de poker en convoquant 8 des 12 clubs possédant la licence A de l’Euroleague. Une conférence sans changement car rejetée à l’unanimité par les dirigeants présents qui n’hésitent pas à communiquer cette tentative au président de l’Euroligue, Jordi Bertomeu. Ce dernier va alors renforcer ses partenariats avec la société IMG  pour créer une ligue stable avec 16 équipes. 

La FIBA ayant bien compris qu’elle n’avait pas les moyens de créer une ligue avec une influence et des garanties similaires à l’Euroligue, doit rapidement trouver un moyen de riposter dans le seul but de réaffirmer sa supériorité. C’est pour cela que leurs dirigeants décident de bousculer le calendrier de l’Euroligue en planifiant les différentes fenêtres internationales en plein milieu de la saison (Novembre et Mars).  L’Euroleague, qui fonctionne avec un calendrier très dense et fermé, empêche les clubs de libérer leurs joueurs pour ces fenêtres et de nombreuses personnalités du basket européen prennent donc la parole pour que ce conflit, qu’ils trouvent ridicule, cesse. 

C’est notamment le cas du joueur du Real Madrid Mario Hezonja ainsi que son coéquipier argentin Facundo Campazo qui avait tout deux envoyé un message fort à ces deux institutions: 

C’était également les pensées de l’ancien président de la FFBB, Jean Pierre Siutat qui avait proposé sa candidature pour devenir le patron de la FIBA Europe afin d’apaiser les tensions entre les deux camps pour que la situation profite surtout aux joueurs. 

Je pense que je peux changer les choses en Europe ! Nous avons des compétitions internationales et interclubs de très haut niveau, mais nous ne pouvons pas les convertir financièrement. Nous devons nous unir pour respecter le calendrier et faire preuve de respect envers les joueurs et les arbitres. 

En 2023, les tensions semblaient enfin apaisées, l’Euroligue avait officiellement annoncé que son calendrier ne chevaucherait pas celui des fenêtres internationales et la FIBA avait d’ailleurs accepté de supprimer celle de Novembre pour faciliter ce nouvel accord. Paulius Montiejunas, PDG de l’Euroleague avait indiqué que c’était le début de quelque chose et qu’il fallait maintenant s’asseoir à la table des négociations pour faciliter le travail des acteurs du jeu tout en maintenant un développement du basket européen. Mais cette coopération va-t-elle durer longtemps ? 

La réponse est probablement non. En effet, avec les récentes déclarations du patron de la NBA, Adam Silver, les tensions vont probablement devoir se prolonger et la FIBA va peut-être enfin pouvoir reprendre le monopole du basket européen. Les relations sont déjà existantes entre la FIBA et la NBA que rien ne semble vouloir intervenir entre ce partenariat. La réponse appartiendra probablement aux dirigeants dans les prochaines années pour savoir s’ils voudront accorder leur confiance à une culture du basket totalement différente du modèle européen.