Partizan – Etoile Rouge, le derby. Source : Basket Europe

Comment les clubs serbes restent compétitifs ?

Malgré des budgets deux fois inférieurs à ceux du Panathinaïkos et du Real Madrid Baloncesto, le Partizan Belgrade et l’Étoile Rouge Belgrade restent des acteurs majeurs de l’EuroLeague. Culture, recrutement malin, ferveur populaire : les clubs serbes défient la logique financière. Mais jusqu’où ce modèle peut-il tenir ?

D’après les chiffres sortis en 2025, Partizan Belgrade et l’Étoile Rouge Belgrade seraient les onze et douzièmes plus gros budgets (respectivement 23 et 22 millions d’euros) de l’EuroLeague, loin derrière le Panathinaïkos 50 millions d’euros) et le Real Madrid (45 millions d’euros). Il est important de préciser que ces chiffres représentent le bilan total, c’est-à-dire le budget alloué aux dépenses pour toute la compétition (coûts d’hébergement, de déplacements…), calculé en brut. 

Les clubs serbes sont donc très loin de disposer de moyens colossaux qui justifieraient leur bon résultat depuis plusieurs années dans la plus grande ligue de basketball européen (même si cette saison, Le Partizan est avant dernier de la phase de groupe avec seulement 9 victoires en 29 matchs). Mais alors peuvent-ils rester autant compétitifs ? 

Une culture basket enracinée 

En Serbie, le basket n’est pas un sport secondaire. C’est une identité nationale. Au sein du pays, il serait le deuxième sport le plus suivi derrière le football. Le pays compterait plus de 20 000 licenciés (contre 500 000 en France) pour 7 millions d’habitants. 

Cet héritage de la balle orange, vient de la Yougoslavie qui était un empire du basketball masculin, le palmarès de la Serbie est donc bien étoffé : une fois champion olympique (1980), cinq fois champion du monde (1970, 1978, 1990, 1998, 2002) et 8 fois champion d’Europe (1973, 1975, 1977, 19891991199519972001). Indépendant depuis 1991 après la sécession, la Serbie était d’abord alliée avec le Monténégro, ce qui va leur permettre d’étoffer leur palmarès (2 titres de champion du monde, 3 titres européen pour 1 argent et 1 bronze). En revanche, depuis 2002 et son dernier sacre mondial, l’équipe nationale est à la peine. 

Basket aux Jeux Olympiques, Moscou 1980 : la Yougoslavie en or. Source : Trashtalk

L’indépendance du Monténégro en 2006 a privé la Serbie d’un vivier non négligeable de talents. Depuis, nombre de ses meilleurs joueurs ont également tenté l’aventure américaine : en l’espace de vingt ans, 21 Serbes ont disputé au moins une saison en NBA. 

A la pointe du coaching

À l’exception du Partizan Belgrade et de l’Etoile Rouge, aucune autre formation serbe n’est parvenue à briller sur la scène européenne. C’est plutôt du côté des entraîneurs qu’il faut aller chercher la réussite.  Željko ObradovićBožidar Maljković, Aleksandar Nikolić, Dušan Ivković, Svetislav Pešić … autant de noms associés à au moins une victoire en Euroligue.

Obradović a réussi l’exploit d’en remporter huit avec quatre clubs différents, en plus de ses succès européens et mondiaux à la tête de la sélection nationale. En 58 éditions européennes, les entraîneurs serbes ont raflé 18 titres. Tout ça grâce à un jeu tactiquement très avancé. 

Des Ultras en folie

Supporters de l’Etoile Rouge. Source : Basket Europe

Un des aspects les plus impressionnants et impactant, est celui des supporters serbes. Peu importe le sport, les ultras de Serbie jouissent d’une sacrée réputation : celle de hooligans et d’une ambiance très chaude et tendue. Le fait que le Basketball se joue dans des salles amplifient encore plus le spectacle et le bruit produit par les supporters. Le facteur “atmosphère” à Belgrade n’est pas anecdotique. 
La Stark Arena (ou Beogradska Arena) est une vraie arme stratégique, qui fait gagner des matchs en donnant un supplément d’âme aux joueurs et en terrorisant les adversaires. 

 

Intelligence dans le recrutement 

Là où certains clubs misent sur des stars chères, le Partizan et l’Étoile Rouge, signent des joueurs qui cherchent à se relancer, ils parient sur des profils sous-cotés et acceptent une rotation parfois plus instable. C’est un modèle de “valorisation” plus que de domination, faisant d’eux des très bons “reconstructeurs de valeur”. 

 

Mais soyons lucides. Si on regarde plus profondément, le modèle serbe ne tient à pas grand-chose. Financièrement, il est très peu stable. Le contexte des supporters constitue une forte dépendance aux résultats, c’est un peu comme L’Olympique de Marseille en France, au football : quand l’équipe gagne ce sont les meilleurs du monde, quand elle perd il faut tout brûler et changer. Cela met une énorme pression aux joueurs, certains n’ont pas les épaules assez solides pour y jouer, ce qui crée une difficulté à garder les meilleurs joueurs. Ils restent compétitifs, oui. Mais peuvent-ils vraiment gagner durablement ? 

Ce qui fait tenir les clubs serbes et les maintient dans la meilleure ligue européenne, c’est donc la passion qui les anime, eux et leurs fans, mais paradoxalement, c’est aussi ce qui peut les détruire.

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