Nando De Colo sous les couleurs du fener. Crédit : Icon Sport.

L’ASVEL, Nando De Colo et la fin d’une ère 

L’année 2026 s’est ouverte sur une défaite européenne pour l’ASVEL, battue par le Real Madrid (69-80) à la maison. Un match particulier, parce qu’il symbolisait surtout le premier sans Nando De Colo, officiellement libéré de son contrat pour rejoindre Fenerbahçe. À 38 ans, l’arrière français laisse derrière lui plus qu’une place dans la rotation : une philosophie de jeu, un leadership, un confort. Pourquoi Villeurbanne a accepté de le laisser partir, ce qu’il apportait et ce qui attend désormais le club. 

Quand Nando De Colo jouait, l’ASVEL avait un plan. Un vrai plan. Pas un plan flamboyant, pas un plan spectaculaire, mais un plan sûr, rodé, lisible : mettre le ballon dans les bonnes mains, au bon moment, au bon endroit. Et ces mains-là, pendant longtemps, ce furent les siennes. 

De Colo ne faisait pas partie des joueurs qui s’imposent par la voix. Il était de ceux qui s’imposent par la géométrie du jeu. Une passe dans l’angle mort, un changement de rythme qui casse une aide, un dribble minimaliste pour déplacer une défense d’un demi-mètre. C’est ce qu’il offrait à l’ASVEL : de l’oxygène structurel. 

Sa carrière européenne parlait pour lui : double vainqueur de l’EuroLeague (2016, 2019), MVP de la saison 2016, référence absolue du backcourt continental pendant une décennie. Mais à Villeurbanne, son impact prenait une autre forme : moins spectaculaire, plus essentiel. L’essence même de ce qu’on appelle un “joueur de système” : celui qui fait fonctionner tout le reste. 

Même dans une saison où son corps commençait à lui rappeler qu’il n’était plus immortel, son efficacité restait intacte : lecture du pick-and-roll, création sous pression, gestion du tempo, lucidité dans les derniers quart-temps, et surtout une main qui ne tremblait jamais quand le match s’emballait. C’était un joueur qui n’éliminait pas seulement son défenseur, il éliminait le doute. 

Pourquoi l’ASVEL a dit oui à la sortie 

Laisser partir un tel profil en cours de saison aurait pu être vécu comme un abandon sportif. Ce ne fut pas le cas, parce que le choix n’était pas seulement technique, il était vital, pragmatique, assumé. 

Le club sortait d’une période financière délicate, avec une masse salariale sous tension. De Colo était le plus gros salaire du roster, estimé à 1 million d’euros par an. Une somme immense à l’échelle européenne, encore plus à l’échelle d’un club dont l’ambition n’a jamais été d’acheter le sommet, mais de s’y accrocher avec dignité. 

Ce départ s’est fait sans indemnité, mais avec un élément clé : De Colo a accepté de renoncer aux sommes encore dues par l’ASVEL (plusieurs centaines de milliers d’euros), afin d’obtenir sa libération. Ce n’est pas un détail administratif, c’est le cœur du dossier. Un geste rare, qui dit beaucoup du joueur et du moment : l’ASVEL n’a pas monnayé un transfert, elle a retrouvé une marge pour se réorganiser. 

Gaëtan Muller (Président délégué de l’ASVEL) l’a expliqué avec lucidité avant la réception du Real : “On aura le mois de janvier pour regarder comment organiser les choses. On ne veut pas se précipiter sur le premier venu. Nando était notre plus gros salaire, on a potentiellement une enveloppe plus importante pour recruter.” 

Un rôle plus grand que son poste 

Nando de Colo, ASVEL
Nando De Colo plein de hargne, il était l’image du club. Crédit : Ilan Allouche – Infinity Nine Media

À l’ASVEL, De Colo était utilisé comme un poumon créatif de l’attaque. Il faisait jouer les autres, mais il faisait surtout jouer les idées. Le pick-and-roll, les sorties d’écran pour Jackson, les décalages pour les shooteurs. Il créait le danger, même quand il n’était pas en position de shooter. 

Mais ce qu’il apportait allait au-delà : 

  1. Un stabilisateur de tempêtes

Quand une équipe adverse prenait un run, l’ASVEL se tournait vers lui. Pas pour un tir héroïque, mais pour une possession propre, une lecture juste, un tempo contrôlé. Il ramenait l’ordre quand le match devenait anarchique. 

  1. Une intelligence défensive collective

Il n’était pas le meilleur athlète du roster, mais il était le meilleur coordinateur défensif invisible : placement, communication non verbale, anticipation des aides, gestion des fautes, timing des switchs. 

  1. Une fiabilité technique

Un des meilleurs finishers au contact, créateur de fautes provoquées, scoreur intermédiaire, joueur à très faible déchet technique. L’ASVEL n’avait pas besoin qu’il fasse plus, elle avait besoin qu’il fasse juste. 

Quelle suite pour l’ASVEL ? 

L’ASVEL ne s’est pas retrouvée totalement nue. Elle a des profils pour absorber des responsabilités, même si aucun ne remplace le rôle mental laissé vacant.  Thomas Heurtel : chef d’orchestre naturel, davantage gestionnaire, désormais attendu sur un rôle de création plus régulier.  Glynn Watson : meneur plus dynamique, capable de faire monter le tempo et de scorer en sortie de dribble. 

La deuxième partie de saison s’annonce donc comme un test collectif, sans De Colo, les possessions seront moins chirurgicales, avec davantage de transitions et d’attaques jouées tôt dans le chrono. L’ASVEL pourrait devenir moins dépendant d’un créateur unique, avec un jeu qui cherchera davantage à générer des séquences d’avantage par création collective, plutôt que par l’initiative d’un seul individu. 

Une fin à la Nando De Colo ( Le Maestro remballe)  

De Colo a quitté Villeurbanne sans bruit, sans conférence, sans scène dramatique. Il a quitté l’équipe comme il jouait : proprement, sans fioriture, avec élégance, en laissant les autres exister après lui. Les supporters ne l’ont pas hué. Ils ne l’ont pas retenu. Ils l’ont compris. Parfois, le plus grand apport d’un joueur, ce n’est pas ce qu’il prend, c’est ce qu’il accepte de relâcher pour permettre au collectif de continuer à vivre. 

Le départ de Nando De Colo ne transforme pas l’ASVEL en meilleure équipe. Elle perd un créateur, un chef d’orchestre. Mais elle ne perd pas l’ambition de tenir son rang. “On est le dernier budget, on sort d’une année économique très compliquée. Mais on ne fait pas une croix sur la saison européenne. On sait qu’on ne peut pas gagner l’Euroleague, par contre, on veut y rester compétitif le plus longtemps possible.” 

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