Si aujourd’hui on demande à un fan de NBA de citer un « dirty player » actuel, je pense qu’on aurait un très haut pourcentage de Isaiah Stewart dans les réponses. Étant fan des Pistons, ma première réaction serait bien évidemment de m’offusquer et de partir en croisade pour sauver le soldat Stewart (oui, même après ce qu’il s’est passé pendant le match contre les Timberwolves). Mais, une fois le calme revenu, je troquerais mon armure de croisé pour un costume d’avocat. Le premier point de la plaidoirie serait de dire que l’épisode où LeBron James lui fracasse l’arcade et quelques fautes flagrantes ça fait vraiment peu d’éléments pour décréter que c’est un dirty player qui ne sert qu’à se battre. Et en deuxième lame, l’axe principal du dossier de la défense : sa défense, justement.
Le profil d’Isaiah Stewart
Isaiah Stewart a été drafté par les Pistons en 16ème choix du premier tour de la Draft 2020 et est donc dans sa cinquième saison en NBA. Listé à 2m03 pour 113 kilos, il a longtemps été décrit comme un intérieur « trop petit et pas assez vertical pour jouer pivot, et pas assez athlétique, mobile et shooter pour jouer ailier fort ». Si il a été essayé en 4 à côté de Jalen Duren pendant toute la saison dernière par Monty Williams, il a, le reste du temps, été utilisé vraiment au poste 5. En tant que titulaire dès sa saison sophomore puis de nouveau en sortie de banc cette saison sous les ordres de JB Bickerstaff.
Comme pour tous les jeunes joueurs arrivés à Detroit ces dernières années, il a vécu un début de carrière chaotique ; avec des saisons au mieux insipides car encore au tout début de la reconstruction, et au pire désastreuse comme la saison dernière. Dans ce marasme, on peut tout de même assez facilement définir quel type de joueur il est : Isaiah Stewart est un soldat, un jeune homme qui mettra toujours la réussite du collectif et le bien-être du groupe au-dessus de ses objectifs individuels.
Cela va même au-delà de ça. On l’avait supposé après ses premiers mois aux Pistons, puis il l’a dit de lui-même à plusieurs reprises : Isaiah Stewart est un joueur qui tire sa satisfaction personnelle du fait d’avoir fait ce que le groupe attendait de lui. Il ne met pas ses considérations personnelles en retrait pour le bien du collectif, ses considérations personnelles SONT de se mettre au service du collectif.
Il est ce genre de joueur qui vit pour le groupe, et qui ne voit pas ça comme un sacrifice d’avoir un rôle « limité » aux sales besognes. Au contraire il adore ça. Et quand on est fan de Detroit ou simplement qu’on regarde l’historique des grandes périodes de la franchise, ça résonne très fort (et je dois me freiner tous les jours pour ne pas crier au nouveau Ben Wallace).
Sur le parquet cette saison, ça ressemble à un rôle très classique et valorisé en NBA : celui d’intérieur energizer en sortie de banc. Poser des écrans et rouler en attaque, mettre de l’intensité et protéger son cercle en défense. Cependant, quand on le voit en action, cela peut sembler assez réducteur.
D’abord en attaque, sans avoir un toucher incroyable, il est très bon dans les « main-à-main » qui sont extrêmement utilisés par les Pistons cette saison ; et il est parfaitement capable de finir sur autre chose que des dunks, avec des « push shots » ou des petits hooks après avoir enfoncé son défenseur. L’impression visuelle n’est pas toujours très rassurante, mais ça rentre.
Un impact défensif presque sans égal
Si j’ai eu envie d’écrire cet article, c’est parce qu’il y a quelques jours j’ai vu passer que Isaiah Stewart ne sera pas éligible aux All-Defensive Teams en fin de saison à cause des restrictions en terme de temps de jeu. Ça ne m’a pas bouleversé plus que ça, sans savoir que ces restrictions existaient je ne m’attendais pas à ce qu’il y soit nommé en tant que remplaçant.
Mais en discutant autour de ce sujet, et en voyant l’impact qu’il a sur la défense de Detroit quand il est sur le parquet, j’ai eu envie de me plonger un peu dans les stats (brutes et avancées) pour voir si cette impression visuelle se traduisait en chiffres. Parce que soyons francs, c’est pas facile de défendre le dossier Isaiah Stewart à coups de « regardez les matchs des Pistons vous verrez ! », même avec la saison formidable qu’ils font cette année. Petite précision : les stats qui suivent datent du 27 mars dont ça peut avoir un peu bougé depuis.
Et justement, signe envoyé par le ciel, après la victoire face aux Spurs, on a vu une statistique brute qui allait dans ce sens : depuis le All-Star Game, Isaiah Stewart est 2ème au nombre total de contres derrière Myles Turner. Sur cette période, il tourne à 1.9 contre par match en à peine 19 minutes de jeu, troisième en terme de moyenne derrière Turner et Walker Kessler.
Joueur | Contres | Contres / match | Matchs joués | Minutes / match |
Myles Turner | 40 | 2.35 | 17 | 30.8 |
Isaiah Stewart | 33 | 1.94 | 17 | 18.9 |
Walker Kessler | 32 | 2.28 | 14 | 29.3 |
Donovan Clingan | 31 | 1.82 | 17 | 24.1 |
Brook Lopez | 29 | 1.61 | 18 | 32.4 |
Evan Mobley | 27 | 1.69 | 16 | 30.7 |
Nic Claxton | 25 | 1.56 | 16 | 29.7 |
Ivica Zubac | 24 | 1.41 | 17 | 35.1 |
Chet Holmgren | 23 | 1.92 | 12 | 28.4 |
Zach Edey | 23 | 1.35 | 17 | 20.7 |
Deux éléments dans ce tableau mettent encore plus en valeur les performances récentes de Stewart : d’abord, il a le plus petit temps de jeu parmi ces 10 joueurs. Zach Edey a un temps de jeu similaire, mais affiche 10 contres de moins pour autant de matchs, ensuite on a Donovan Clingan qui affiche seulement deux contres de moins mais joue cinq minutes de plus, et tous les autres sont au-dessus des 28 minutes. Deuxième point : en terme de taille, Isaiah passerait pour un extérieur dans cette liste. Evan Turner 2m11, Walker Kessler 2m13, Donovan Clingan 2m18, Brook Lopez 2m16, Evan Mobley 2m11, Nicolas Claxton 2m11, Ivica Zubac 2m13, Chet Holmgren 2m16, Zach Edey 2m24. Le pivot des Pistons rend presque 10 centimètres à tout le monde ici.
Et ce qui est encore plus parlant, c’est que ce n’est pas uniquement vrai sur cet échantillon réduit de 17 matchs. Ces deux tendances tiennent sur toute la saison.

Sur toute la saison, Stewart affiche la 11ème moyenne au contre. Dans cette liste, il a le 2ème plus petit temps de jeu, à une minute près derrière Donovan Clingan, 2m18. Niveau taille, il n’y a qu’Amen Thompson (32.5 minutes par match), Peyton Watson (23.9 minutes par match) et donc « Beef Stew » qui sont sous les 2m08. Et seuls lui et Watson performent de la sorte en étant en majorité en sortie de banc.
Et toute la panoplie du contreur est là : en aide, en 1-contre-1 au poste, en recovery sur l’extérieur après un pick-and-roll, sur le « roll-man« … Démonstration en images !
Et en bonus parce que ce n’est pas dans la vidéo précédente :
Donc en terme de « production », Isaiah Stewart est l’un des tous meilleurs contreurs de la ligue. Pour revenir à la question initiale, est-ce que cela se voit au-delà de la seule stat des contres ? Est-ce que son impact sur la défense collective de Detroit est plus important que de « juste » contrer, comme on en a l’impression en regardant les matchs ?
Dans la suite je me base sur les chiffres de Cleaning The Glass, et sur la stat avancée : « On/Off Opponent Shooting : Accuracy » (j’abrège « On/Off OSA » plus loin), c’est-à-dire comment un joueur impacte l’efficacité des attaquants adverses quand il est sur le parquet. Et voilà donc la réponse concernant Stewart : c’est le meilleur. De toute la ligue en prenant en compte tous les postes (sur un échantillon de joueurs ayant disputé au minimum 1 000 minutes cette saison).

Isaiah Stewart est le joueur qui a le plus gros impact sur l’eFG% des adversaires quand il est sur le parquet. Il est 4ème en terme d’impact sur les tirs pris à l’arceau, 4ème sur les tirs pris à mi-distance, et 26ème sur les 3 points (9ème chez les « bigs »). Il n’y a que sur les tirs pris dans les corners qu’il n’est pas minimum 70ème centile (donc parmi les 30% meilleurs). Et si on regarde les tirs à 3 points au global, il est dans le meilleur quart de la ligue. J’ai joué un peu avec les filtres que proposent Cleaning The Glass, pour voir combien de joueur étaient dans le meilleur quart de la ligue, tous postes confondus toujours, en terme de baisse infligée à l’eFG%, à la réussite au cercle, à la réussite à mi-distance, et à la réussite à 3 points des adversaires. Voici la liste :
- Isaiah Stewart
- Pascal Siakam
- Nicolas Batum
- Fin.

Dans un sport collectif, les statistiques individuelles doivent toujours être remises dans leur contexte. Ici on peut dire que Stewart n’est pas le seul bon défenseur sur le banc de Detroit car Ron Holland fait un travail énorme de ce côté du terrain. On peut aussi souligné qu’il doit souvent être sur le terrain face aux remplaçants adverses ou dire que son impact est plus grand quand il remplace Jalen Duren (d’ailleurs, justement avec les problèmes de fautes de Duren, il faudrait vérifier mais je pense que Stewart n’affronte pas que des second units tous les soirs).
Les stats brutes disent que le pivot des Pistons est un des meilleurs contreurs de la ligue, et les stats avancées disent que ça va au-delà des contres. Isaiah Stewart impacte tous les tirs pris par les attaquants à un niveau presque inégalé dans la Ligue. Alors il n’aura pas les critères pour être élu dans une All-Defensive Team, soit. Mais moi je suis un fan des Pistons tombé amoureux de la franchise grâce à Monsieur Ben Wallace. Donc si j’avais un bulletin, Isaiah Stewart serait mon 6MOY 2025.