Toutes les franchises NBA connaissent des saisons décevantes. Des échecs sportifs : ne pas être champion, ne pas être en playoffs, ne pas progresser. Mais parmi toutes ces saisons ratées, il y en a forcément une qui brille un peu plus que les autres. Des grosses blessures de joueurs majeurs qui feront tirer une croix sur l’année. Des superteams réelles ou supposées dont le soufflet sera retombé aussitôt, un petit tour de playoffs et puis s’en vont. C’est un peu la honte mais ça arrive. C’est même parfois prévisible.

Cet article a été écrit par Erik Spochtron.

Ici on ne parle pas de ça, car c’est beaucoup plus grave. Ici on parle de saisons que l’on préfère purement et simplement oublier car rien ne laissait présager de tel naufrage. Même en revoyant les équipes constituées on se dit non, avec un tel effectif quand même, ce n’est pas possible. Pas à ce point là. On assiste probablement en direct à ce genre de saison de la part des Mavs et des Suns. Peut-être que cela permettra aux fans de relativiser qui sait ? En tout cas sachez que vous n’êtes pas seuls, car c’est de ce genre de saison que l’on va parler aujourd’hui. Avec la saison 2007-2008 du Miami Heat.

Les saisons d’avant

Petit retour en arrière, le Heat est champion NBA en 2006, le premier titre de l’histoire de la franchise. Une équipe déjantée qui se révèle après la reprise en main de Pat Riley au coaching en cours de saison à la place de Stan Van Gundy. L’effectif a de la gueule, mais il faut faire cohabiter tout ce petit monde. Sans faire tout l’effectif, en voici quelques noms.

Un jeune Dwayne Wade qu’on ne présente plus, déjà All-NBA Team en saison sophomore, un Shaquille O’Neal tout juste récupéré des Lakers mais qui commence à prendre de l’âge (35 ans) et quelques kilos supplémentaires. Jason Williams à la mène et sa tendance à n’en faire qu’à sa tête, pleine de créativité certes. Heureusement il est supplée en back-up avec le timide et discret Gary Payton. Dans le genre j’en fais qu’à ma tête : je vous présente Antoine Walker, un ailier qui prend beaucoup (vraiment beaucoup) trop de tirs. Udonis Haslem, bien sûr, comme toutes les équipes du Heat, il y a Udonis Haslem dedans. Ou encore, Alonzo Mourning, revenu de ses très graves problèmes de santé.

Lauréats de leur premier titre avec un Dwayne Wade sur le toit du monde à tout juste 24 ans, l’avenir s’annonce alors radieux. La saison 2006-2007 débute : le groupe reste globalement le même mais la régulière est nettement moins convaincante avec seulement 44 victoires et une 5ème place à l’Est. Les 30 matchs manqués par Wade pour blessures coutent des victoires précieuses.

Bilan lorsque Flash ne joue pas ? 10 victoires, 20 défaites. En l’absence de Wade, Antoine Walker pète un cable et retombe dans ses travers de toujours : prendre des quantités de shoot inefficaces dès que possible. Petite illustration statistique : en 2006, l’année du titre, shoote 2% moins bien que le reste de la ligue. Ce n’est donc pas fameux et il n’a pourtant jamais fait mieux en carrière. Ça vous annonce la couleur.

La saison suivante, en 2007, Antoine Walker shootera 15% en dessous de la moyenne NBA ! Pour vous le montrer en stats brutes à quel point c’est historiquement horrible : Antoine Walker va shooter à 39,7% au tir (au global hein, pas à 3 pts); 27,5% à 3pts (il en prend 4 par match); et…attention les yeux, 43,8% aux lancers !

Après cette régulière, ô combien poussive, advient une sèche élimination en playoffs par un sweep infligé par les Bulls de Ben Gordon 23ans, Luol Deng 21 ans, et Ben Wallace proclamée première option offensive par le front office des Bulls (beaucoup de courants d’air à Windy City). Perdre 4-0 au premier tour alors que l’équipe pouvait raisonnablement viser au moins les finales de conf, ça c’est une saison de grosses déceptions. Il y a la circonstance atténuante de Wade blessé en saison régulière, mais quand même, c’est moche, très moche.

Mais il y a un étage supplémentaire dans les profondeurs qui va être atteint, on y arrive, c’est la saison 2007-2008.

La pire saison du Miami Heat, la saison 2007-08

Antoine Walker sert de bouc émissaire à l’intersaison, allez oust, un petit trade contre Ricky Davis. Même genre de joueur, un peu moins croqueur et inefficace qu’Antoine Walker, en même temps c’est difficile de faire pire. Avec son pick 20 le Heat draft le pivot Jason Smith, carrière random comme son patronyme l’indique, contre Daequan Cook drafté une place après en 21. On imagine que le front office pensait qu’il fallait sécuriser le pick Jason Smith pour le marchander..?

En attendant Daequan let him Cook s’est vraisemblablement inspiré du jeu d’Antoine Walker : pull up mi distance à gogo, efficacité nulle. Allez, laissons le rookie se développer car il y a aussi du vétéran qui a été recruté, du pré-retraité même : Penny Hardaway ! Oui oui, Anfernee de son prénom qui vient faire une dernière pige avec le Shaq en Floride après avoir commencé ensemble chez le voisin floridien d’Orlando. Comme ça vous saurez où Penny Hardaway a terminé sa carrière. Il y portera le numéro 7 et non son numéro 1 de toujours.

En résumé, un boulet échangé, un rookie et un vétéran ajouté, on repart en somme avec la même base, quelques petits ajustements et c’est tout. Pat Riley est toujours au coaching toujours bien coiffé à la gommina, et au parfum flagrance Last Dance. Le Heat compte donc essentiellement sur une santé revenue de Dwayne Wade et ça devrait le faire pour viser une qualification sereine en playoffs et plus si affinité, n’est-ce pas ?

Première victoire de la saison ! Contre les New York Knicks de Isiah Thomas avec la double casquette entraineur/GM. Heureusement que dans la lose il y a toujours des voisins qui ont l’habitude. Sur le terrain un dégueuli de basket, score final : 75-72. Oui oui, ils ont joué les 4 quart-temps. Penny Hardaway a même joué 36 minutes comme titulaire. Il totalisera 5 points à 2 sur 8 aux tirs, son meilleur match de la saison. Bilan 1 victoire 5 défaites. On préchauffe.

Une autre défaite le match suivant contre les Bobcats qui auront plié l’affaire en 3 quart temps. Mais enfin ! L’espoir ! Le retour de Dwyane Wade dans le groupe ! Défaite malgré Wade en sortie de banc qui a montré qu’il avait juste besoin d’un peu d’essence dans le moteur et ça repartira vite. Défaite d’un point contre les Boston Celtics de Paul Pierce, Kevin Garnett et RayAllen, futurs champions qui étaient alors sur un démarrage en 7-0, 8 au terme de la rencontre. Mais il y a de quoi positiver : tenir tête à une équipe aussi forte, en confiance chez elle. Les optimistes peuvent encore y croire.

S’enchaînent alors 6 matchs alternant une victoire suivie d’une défaite. Disons qu’il y a du mieux, mais en bilan ça fait donc 4 victoire pour 11 défaites. Il y a urgence. Des remous logiques naissent dans le vestiaire. La balance est mauvaise. Et c’est à partir de ce moment là que ça part en vrille. Les joueurs sont toujours là, pas de blessures. Mais ça ne marche plus.

Pat Riley n’y arrive pas

Pat Riley tente de changer ses rotations mais rien n’y fait. Penny Hardaway joue son dernier match en carrière contre le solide Jazz de Deron Williams, Carlos Boozer et Andreï Kirilenko. Démarrant pourtant le match comme titulaire, il ne jouera que 13 minutes. Sa production ? 0 points à 0/3 au shoot, 2 assists et 1 rebond. Il sera cut du roster. La carrière de Penny était déjà un gâchis par rapport à son immense talent, ça sentait déjà la fin bien avant cette saison, cette fois-ci c’est définitif. Pas de farewell tour. Sa dernière ligne de stats de saison régulière est terrible : 16 matchs, 20 minutes de jeu, 3,8 points, 2 ast et 2 rebonds… Penny out. Ce n’est que la première fin de carrière dans cette immense saison ratée. Ah oui, au fait, le Heat perd ce match, fallait-il le préciser ?

Les matchs suivants, Dwyane Wade se bat comme un beau diable enchainant les perfs à 30 pts, mais il ne permet au Heat que de gratter deux victoires. Après 24 matchs, le heat compte 7 victoires, pour 17 défaites. Y croît-on encore ?

On arrive alors à un match quasi-totalement oublié des mémoires collectives et pourtant, ce match est unique dans l’histoire de la NBA, puisqu’il s’agit non seulement du dernier match d’une grande légende du Heat, mais surtout parce que ce match s’est terminé 3 mois plus tard. Hein ? Quoi ? Mais qu’est ce qu’il raconte ? Il y a eu combien de prolongations ? On se calme, explications.

Nous sommes le 19 décembre 2007. Le Heat se déplace chez les Hawks avec quelques noms connus notamment Joe Johnson, Josh Smith, Al Horford rookie etc… Le match est disputé, et dès le 1er quart temps, le glas sonne.

Joe Johnson part seul en contre-attaque, il s’élève pour dunker comme il l’a rarement fait. Alonzo Mourning, au contraire, lui vient pour contester le tir comme il l’a fait des milliers de fois dans sa carrière quitte à se prendre un poster comme le kamikaze qu’il est. Il veut monter au contre, à vitesse réelle on pense qu’il est en retard et donc il ne saute pas, mais à l’instant d’après on comprend qu’il s’est fait mal. Très mal.

Au replay (n’allez pas voir le ralenti), Alonzo Mourning prend appui pour sauter mais son genou droit se bloque. Le pivot s’effondre. Sa carrière vient de se terminer. Une immense carrière dont cette dernière action en est tragiquement le symbole. Rarement un joueur n’avait autant donné son corps à son sport et à la science. Il aura eu de graves blessures et de graves problèmes de santé. Cette blessure sera la dernière de son immense parcours en NBA. Pour les fans du Heat, c’est le premier franchise player, la Heat culture c’est Alonzo Mourning qui l’instaure.

Le match se poursuit, jusqu’en prolongations, le Shaq est expulsé alors qu’il reste 52 secondes à jouer, les Hawks mènent alors au score 114-111 suite aux 2 lancers consécutifs à l’expulsion du Diesel. Le match se terminera en 117-111 pour les Hawks, une nouvelle défaite pour le Heat. Mais ce n’est pas fini !

Le Heat va porter réclamation car une faute a été mal attribuée au Shaq pendant le match, ce qui fait que son exclusion n’était pas justifiée et que le Heat se retrouve floué. Vous allez me dire, à raison, qu’on va pas commencer à faire rejouer des matchs au prétexte qu’ils sont mal arbitrés, il y a déjà 82 matchs de régulière ça suffit, non ? Eh bien figurez vous que la ligue a donné raison au Heat et demande à faire rejouer les 52 dernières secondes. Celles-ci seront jouées en supplémenent du prochain Hawks-Heat. Vous suivez toujours ?

C’était la dernière fois qu’une réclamation a donné lieu à rejouer le match, et on comprend pourquoi vu le bazar que ça créé. Pas de défaite comptabilisée pour ce jour donc, c’est ça la Heat culture, on ne lâche rien ! D’ailleurs, il s’en suivra une première série de 15 défaites de suite, entrecoupée d’une seule win contre Indiana, elle-même suivie de 11 défaites d’affilées. Bilan à ce stade de la saison: 8 victoires 46 défaites. Alors vous allez me dire oui mais c’est parce que Wade est encore blessé et c’est pour ça qu’ils tankent. Et bien non non non ! Sur cette période Wade joue, et il fait sa production : 25,5 points, 7,5 passes, 4,5 rebonds 2 interceptions à 47% au tir. Il sera même All Star malgré ce bilan calamiteux, merci le vote des fans qui le mettent titulaire, carrément.

C’est Shaquille O’Neal qui est blessé, il ratera le premier All Star Game de sa carrière mais même s’il était resté sur le terrain, sa production était loin d’être suffisante pour espérer quoi que ce soit. Pendant que le joueur dément que ce sont des graves blessures pouvant abréger sa fin de carrière, Pat Riley, lui, laisse courir des rumeurs comme quoi le Shaq ferait semblant d’être blessé. Bref, une bonne ambiance à la Pat Riley, n’est ce pas Jimmy Butler ?

Le divorce est déjà consommé et le Shaq sera échangé à la surprise générale aux Suns de Mike d’Antoni, alors premier de la conférence Ouest, plus tellement run & gun avec un Shaq de 160 kilos. Wade et Shaq auront joué cette saison 25 match ensemble, et ils en ont gagné 7. L’excuse des blessures donc, on repassera. En échange, le Heat obtient Shawn Marion et Marcus Banks. De quoi regagner quelques matchs ?

Non, ça continue de perdre, l’échec est retentissant, le tanking devient assumé. Wade ne jouera pas les 20 derniers matchs de la saison. Mais même dans ce contexte il y a certaines choses qu’il faut absolument relever.

Vous vous souvenez du match contre les Hawks qui a été reporté avec 52 secondes à jouer ? Eh bien celui-ci a bien eu lieu… Sans le Shaq. Bah oui, celui-ci a été trade entre temps donc la raison pour laquelle le match a été reporté…N’est plus. Après le match « normal » donc, perdu par le Heat évidemment, les deux équipes ont rejoué les 52 secondes restantes en reprenant le score à là où il en était : 114-111 à l’avantage des Hawks. Sauf que le score en restera là puisqu’aucune équipe ne marquera de point. Le Heat a donc officiellement perdu deux matchs en une soirée, le deuxième sans avoir encaissé de points. En terme de lose absolue, est ce seulement possible d’imaginer faire pire ?

D’un point de vue enregistrement des stats c’est évidemment un foutoir sans nom puisqu’il a fallu reprendre le boxscore du match du 19 décembre et y ajouter notamment Shawn Marion, sauf qu’il jouait déjà ce même jour avec les Suns. Donc après une équipe qui subit deux défaites en un soir, il y a officiellement un joueur NBA qui a joué deux matchs dans la même soirée pour deux équipes différentes. Nan finalement ça valait le coup de faire une réclamation, c’est all-time.

Un bilan dramatique

Autre « performance » à souligner dans cette fin de saison de daube, la magnifique défaite 54 à 96 contre les Raptors. 3ème plus faible total de points de l’histoire. Là le tank est peut-être un peu trop assumé, ça en devient gênant. La légende Joel Anthony jouera 27 minutes et totalisera 4 rebond, 1 interception, 1 contre. Oui oui, c’est tout. Il a juste agité les bras. Pour l’anecdote, il y a aussi un certain Chris Quinn actuel assistant coach de la franchise et qui, par ailleurs, ferait des envieux comme potentiel head coach.

La saison se termine donc avec un bilan de 15 victoires pour 67 défaites, pire bilan de la ligue. Net rating de -9,5. 30ème offensive rating, 14ème en défensive rating quand même ! Heat culture quoi, emoji allumette puis immolation des fans imbibés d’essence. Pire bilan de l’histoire de la franchise à égalité avec la saison d’expansion et la première année d’existence du Heat. Propre le retour aux sources.

Pour conclure cette masterclass de loose, les Bulls alors 9ème de la lottery de la draft héritent du 1st pick de draft et de Derrick Rose qui, comme par hasard, vient de Chicago. Incroyable ça. Et puis c’est jamais arrivé dans l’histoire de la draft ces « rumeurs » de complot, non, c’est impossible. Quoiqu’il en soit le Heat héritera du 2ème choix et sélectionnera Michael Beasley que l’on peut cordialement qualifier de bust. Sachez qu’il y avait une hésitation entre Beasley et O.J. Mayo, même les scouts avaient la tête dans le purin cette saison.

La saison 2007-2008 du Miami Heat restera donc dans les mémoires comme la pire de l’histoire de la franchise. Il n’y a que peu d’excuses de blessures et pourtant l’échec sportif est total. Il s’agissait de la dernière saison au coaching de Pat Riley. La dernière saison de Shaquille O’Neal au Heat qui a permis de remporter son premier titre NBA. La fin de carrière d’Alonzo Mourning, le premier visage de la franchise. La fin de carrière de Penny Hardaway, très important à s’en rappeler pour jouer au « Who he played for? » Tout ça…Tout ça !… pour avoir Michael Beasley..

J’ignore si ces lignes remonteront le moral de fans qui vivent actuellement leur pire saison NBA, en tout cas sachez que vous n’êtes pas seuls à avoir vécu des saisons tellement horribles qu’on en rigole aujourd’hui, car même dans le mauvais, il y a du bon.